Patrimoine Normand magazine

 

Pharmacie ensorcelée de Saint-Georges-du-Vièvre

Vendredi 1 Novembre 2013

MICHEL DE DECKER - HISTOIRES NORMANDES.
Journal de bord ma Normandie Bleue - n°85

La pharmacie ensorcelée

DAMES BLANCHES & MAISONS HANTEES
La pharmacie de Saint-Georges-du-Vièvre


  Extrait Patrimoine Normand N°85
Par Michel de Decker


La pharmacie ensorcelée

                          
Traversant l’autre jour le ravissant village qu’est Saint-Georges-du-Vièvre, dans le département de l’Eure, je me suis souvenu de l’affaire de la pharmacie qui a défrayé la chronique des années trente (de 1900 !). Tout commence avec un tuyau de poêle. Un jour de décembre, grelottant dans son laboratoire, le pharmacien – appelons le Aimé – veut mettre un peu de charbon dans son fourneau. Mais au moment où il se penche pour ouvrir la porte en fonte, la buse s’effondre en soulevant un épais nuage de suie, dans un fracas épouvantable.
- Eh bien, songe Aimé, ça ne tenait donc plus ? Il s’efforce alors de remboiter le tuyau mais il n’y parvient pas. Décidément non, il ne peut le maintenir. Alors, il le pose sur un meuble en disant :
- Je vais aller chercher main forte. Mais il a à peine le temps de tourner le dos que ledit tuyau tombe du haut du meuble sur lequel il l’avait posé pour venir rouler jusqu’à ses pieds. Il le repose et le cale.
- Là, c’est bien. Cette fois il ne bougera plus. Erreur ! Car subitement, comme saisi d’un tremblement, le tuyau de poêle se remet à glisser sur le meuble avant de venir une nouvelle fois rouler sur les pieds du maître de maison.
Saint-Georges-du-Vièvre, en 1930, c’est un petit bourg qui compte 648 habitants, autant dire que tout le monde connaît tout le monde, que l’on clabaude et cancane en veux-tu en voilà.
- Vous savez quoi ? On dit que la pharmacie de M’sieur Aimé est hantée !
- Sûr que je le sais !
- Eh oui, ma chère ! Et vous savez ce qu’en pense le père Alphonse ?
- Alphonse, not’ menuisier ?
- Parfaitement ! Il m’a raconté que deux jours après Noël, alors qu’il était affairé à prendre des mesures pour faire des casiers dans l’officine, il a vu le mortier de M’sieur Aimé se soulever tout seul sur son socle. Oui, tout seul, parfaitement ! Et il est venu s’éclater par terre, devant lui. Vous le croyez, vous ? Un mortier qui pèse plus de vingt kilos ! Vous n’allez tout de même pas me dire que c’est un courant d’air qui l’a fait voyager ! Et puis il y a les bouteilles vides, aussi ! Il paraît qu’elles se sont mises à valser, sans qu’on y touche, comme si elles étaient prises de la danse de Saint-Guy !
- Et la couturière ? Elle a eu une peur bleue, cette pauvre Mme Deshayes, elle en a même attrapé une jaunisse ! Elle l’a raconté aux gendarmes, d’ailleurs ! Elle leur a dit qu’il s’en passait de drôles dans la boutique de M’sieur Aimé ! Elle a même fait une déposition, vous vous rendez compte ! “ Tous les jeudis je vais coudre à la pharmacie et, en décembre et en janvier, j’ai eu l’occasion d’être témoin de faits anormaux. Un après-midi par exemple, j’ai vu les portes du placard, fermées à l’aide d’un loquet, s’ouvrir brusquement et des bocaux, entonnoirs, mortiers en verre tomber par terre et se briser. Un autre jour, j’ai vu deux bouteilles qui se trouvaient sur une planche du laboratoire tomber et se briser. Dans la boutique même, j’ai vu trois bocaux se placer sur le bord d’une planche. Ils ont été repoussés contre le mur par Monsieur Aimé mais quelques instants plus tard, un autre bocal est tombé d’une planche voisine et s’est cassé, cependant que nous étions certains qu’aucun bocal ne se trouvait sur le bord de la planche quand Monsieur Aimé a replacé les autres bocaux. Pendant cette journée, il s’est produit vingt-deux cas ! Ces faits anormaux se sont déroulés sans l’intervention d’aucune personne ».
- Alors, qu’est-ce que vous en dites, ma chère ?
- Oh, moi, j’en dis rien mais j’en pense pas moins ; parce que not’ curé-doyen, l’abbé Hervien, a vu lui aussi des choses étranges et lui aussi il a raconté tout ça aux gendarmes :
“ Le dimanche 12 janvier 1930, j’ai été témoin de faits anormaux qui se sont passés à la pharmacie. J’ai entendu, étant dans la salle, une chaise se déplacer et se projeter contre une porte. J’ai vu le chapeau de Monsieur Aimé, qui était accroché au porte-manteau du laboratoire, venir presque à mes pieds. Une canne, qui était suspendue au porte-manteau, a été projetée à distance. Un tiroir de buffet rempli de fourchettes et de cuillères et situé contre un mur du laboratoire a été projeté et renversé par terre. Ce même jour, j’ai entendu divers objets tombés d’un placard bien fermé situé dans le laboratoire. Tous les faits énumérés se sont passés dans le laboratoire, tandis que le bonne se trouvait enfermée seule dans la cuisine et qu’il ne se trouvait personne dans le laboratoire. ”
- Et il a exorcisé tout ça, l’abbé Hervien ?
- Non, pas encore ! Mais faut dire qu’on lui a pas demandé ! Il a seulement grogné : “ c’est pas logique, tout ça ! Y a du j’teux de sort, là-dessous !

La jeune Andrée

Dans la plupart des témoignages recueillis par les gendarmes Dumortier, Martin et Luyckx (3ème légion, secteur de Pont-Audemer, Brigade de Saint-Georges), un nom revient constamment, celui de la jeune Andrée la femme de ménage de la pharmacie. Car tous les événements surnaturels surviennent quand elle est dans la maison. Certes, on l’a vu, ce n’est pas elle qui les produit mais ce qui est très étrange, c’est que dès qu’elle quitte l’habitation, le calme revient instantanément. Alors, le pharmacien ne tarda pas à conclure :
- Elle est ensorcelée !
D’ailleurs, d’après la rumeur publique, Andrée se serait chamaillée avec une autre jeune fille du village, la petite So...

 

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(n° 85Printemps 2013)


 


 

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