Patrimoine Normand magazine

 

Les tours observatoires de Saint-Vaast-la-Hougue

Vendredi 1 Mai 2009
Les tours observatoires de Saint-Vaast-la-Hougue

Saint-Vaast-la-Hougue : les tours observatoires (© Annick Perrot).


Extrait Patrimoine Normand N°70.
Par JEANNINE BAVAY.


Dans la nomenclature militaire, ces deux tours sont « le troisième type de tour à la mer de Vauban, après le fort compact et la tour à batterie basse ». Si le site a été accepté, c'est qu'il est exceptionnel dans sa conception, son architecture et ses paysages d'une grande richesse au point de vue faune et flore.

 
 

Tatihou par la mer (© Annick Perrot).

Tatihou par la mer (© Annick Perrot).

Une côte familière aux Anglais

La côte de la Hougue est une côte que les Anglais connaissent bien, puisqu'ils y ont réussi le premier débarquement de la guerre de Cent-Ans le 12 juillet 1346. Les habitants se sentaient constamment menacés, et même en temps de paix, des raids se produisaient d'un côté ou de l'autre de la Manche.
En 1686, Vauban effectue une visite des côtes du Cotentin et en tire comme conclusion qu'elles présentent deux points faibles :
- Cherbourg, dont les fortifications lui paraissent trop faibles et dont le port est trop petit pour accueillir une flotte de guerre importante.
- La Hougue, trop facilement à portée de l'ennemi.
 

Carte de Cassini, coloriée : la baie de la Hougue au XVIIIe siècle (© IGN).

Carte de Cassini, coloriée : la baie de la Hougue au XVIIIe siècle (© IGN).
 

La Hougue vue de la Porte aux Dames.

La Hougue vue de la Porte aux Dames (© Annick Perrot).

Des travaux commencent à Cherbourg pour moderniser les fortifications, mais Louis XIV craint que les Anglais, s'ils réussissent à débarquer, ne s'emparent de Cherbourg et qu'il ne puisse plus les en déloger (comme pendant la guerre de Cent-Ans.) Aussi donne-t-il l'ordre de détruire le château et les fortifications de Cherbourg, ainsi que le château de Valognes et les fortifications de Granville (1688). Rien n'est fait à la Hougue.
 

 

 

 

Les conséquences de la bataille de la Hougue

Lorsqu'en 1689 débute la guerre de la Ligue d'Augsbourg, la France est dans une position particulièrement difficile puisque les deux principales puissances maritimes, l'Angleterre et les Pays-Bas, sont liguées contre elle. Les côtes de la Manche sont particulièrement exposées et les Anglais voudraient réitérer l'exploit d'Edouard III en 1346. De son côté, Louis XIV voudrait bien rétablir sur le trône d'Angleterre Jacques II, roi catholique et de plus son cousin germain, chassé par la Révolution de 1688, qui avait offert le trône d'Angleterre à Guillaume d'Orange, Stathouder des Provinces-Unies. Avec le retour de Jacques II sur le trône, l'Angleterre ne serait plus une ennemie, mais une alliée. Une première expédition ayant déjà échoué en 1690, il prépare une nouvelle tentative en 1692. Toute la flotte française, soit 80 vaisseaux, doit se réunir sous les ordres de l'amiral Tourville dans la baie de la Hougue et embarquer 1 500 soldats stationnés entre la Hou­gue et Quinéville. Mais finalement, Tourville n'a pu réunir que 44 vaisseaux, avec deux mois de retard, ce qui a permis aux flottes britanniques et hollandaises de se rejoindre, rassemblant 99 vaisseaux. Le 29 mai 1692, la rencontre très inégale a lieu au large de Barfleur. La flotte française ayant courageusement combattu, ne perd aucun bateau mais cherche à se mettre à l'abri : 29 vaisseaux ont pu gagner le Havre, Saint-Malo ou Brest. Le Soleil Royal essaie de s'abriter à Cherbourg mais sans aucune défense depuis la terre pour le protéger, il est incendié par les Anglais ainsi que deux autres navires. Douze navires, les plus touchés se réfugient à Saint-Vaast-la-Hougue, mais là aussi, sans système défensif depuis la terre, ils seront incendiés.
 

Ajoncs et la Hougue (© Annick Perrot).

Ajoncs et la Hougue (© Annick Perrot).

La bataille de la Hougue dé­montre que Vauban avait raison. Dès septembre 1692, Vauban présente au roi, les esquisses d'une tour sur l'île de Tatihou, une autre sur la presqu'île de la Hougue et un projet de port s'étendant entre le village de Saint-Vaast et l'îlot de Tatihou. Cette fois, il est entendu et, en 1694, sous ses ordres, l'ingénieur du roi, Benjamin Descombes commence la construction des deux tours. Le tir croisé de leurs batteries hautes doit protéger la baie et renforcer le système défensif composé de batteries et redoutes côtières. Lorsqu'en 1699, Vauban visite le site, il constate l'achèvement des travaux et mentionne que « la rade de Hougue est la meilleure de France ». Mais, point de cons­truction de port, et Vauban meurt en 1707, sans voir se réaliser le grand port dont il rêvait.
 

Intérieur de la salle du 1er étage de la tour de Tatihou (© Annick Perrot).

Intérieur de la salle du 1er étage de la tour de Tatihou (© Annick Perrot).

Les tours portent bien leur nom de « tours à canon ».

Mais, un an après sa mort, les Anglais organisent une descente côtière avec soixante vaisseaux et tentent d'aborder le littoral. Le tir croisé, des tours et des différentes batteries de la côte, oblige les chaloupes de débarquement à regagner l'escadre. Pendant tout le XVIIIe siècle, les Anglais conservent l'habitude de relâcher pendant des mois à quelques encablures de la côte, à l'affût de la moindre faille. Pendant la guerre de Sept ans (1756-1763), les corsaires anglais harcèlent sans cesse les côtes, sous l'apparence de paisibles bateaux de pêche, pénètrent dans les petits ports et pillent tout ce qu'ils peuvent. En 1795, le Directoire réunit une flotte à la Hougue pour repren­dre aux Anglais, les îles Saint-Marcouf. L'attaque échoue et, en représailles, une petite escadre anglaise vient canonner le fort de La Hougue dont les batteries ripostent violemment. Les tours « à canon » continuent à jouer un rôle, surtout de dissuasion jusqu'à la chute de Napoléon en 1815.
 

Bretèche sur la tour de Tatihou : une bretèche renforce les fortifications (© Annick Perrot). La chapelle à Tatihou (© Annick Perrot). Crochet pour retenir un canon sur la plate-forme de Tatihou (© Annick Perrot).
Bretèche sur la tour de Tatihou : une bretèche renforce les fortifications (© Annick Perrot). La chapelle à Tatihou (© Annick Perrot). Crochet pour retenir un canon sur la plate-forme de Tatihou (© Annick Perrot).

 

« Sentinelles de pierre, elles veillent toujours sur la baie, mais leur rôle est dépassé »

Le grand conflit avec l'Angleterre est terminé, et malgré quelques travaux complémentaires (la défense de l'îlet, construction de casernes), les temps ont changé. L'évolution rapide de l'artillerie, la révolution des moyens de transport (chemin de fer et bateau à vapeur) obligent à de nouvelles conceptions de défense. C'est ce qui explique aussi que leur architecture primitive ait été préservée.
Pendant la Première Guerre mondiale, le premier niveau de la tour de Tatihou est aménagé en prison pour les étrangers originaires des pays ennemis et résidant en France. Et pendant la Seconde Guerre mondiale, la tour sert de dépôt de munitions.
Aujourd'hui, les deux tours se dressent dans un environnement naturel exceptionnel, aussi bien terrestre que maritime. La ri­chesse naturelle de l'estran avait décidé le Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, en 1688, à installer sur l'île de Tatihou son laboratoire maritime permettant l'étude des algues, du plancton et de la zoologie marine. Au­jourd'hui, il est répertorié dans l'inventaire national ZNIEFF. Depuis 1989, l'île de Tatihou appartient au Conservatoire de l'Espace Littoral, établissement public chargé de la protection des milieux naturels côtiers. Des travaux de restauration de la biodiversité des milieux naturels ont été engagés sur l'île et une réserve ornithologique a été créée.

 

Champ d'œillets maritimes et au fond la tour de Tatihou (© Annick Perrot).

Champ d'œillets maritimes et au fond la tour de Tatihou (© Annick Perrot).
 

 

 

 

POUR EN SAVOIR PLUS :
 
- Vauban et la Hougue en Cotentin, ouvrage collectif d'Annick Perrot, Gérard Grimbert, Edmond Thin, André Zysberg.
- Du « cap Béveziers » à la rade de la Hougue, ouragans de feu sur la Manche, par Stéphane William Gondoin, Patrimoine Normand n°108.
 
 



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