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Giverny : Impression, jardin vivant

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Giverny

Giverny 
Impression, jardin vivant


Extrait Patrimoine Normand N°77
Par Thierry Georges Leprévost

 
Nymphéas, Impressionnisme, Giverny… Ces noms conduisent immanquablement vers Claude Monet. 
Dans une précédente édition, nous vous avons présenté le plus important mouvement pictural du XIXe siècle à travers les expositions-événements de l’année 2010.
Si Rouen est bien le berceau historique de l’Impressionnisme, les jardins de Claude Monet à Giverny, remarquables toiles évolutives au gré des saisons, en constituent le vivant et indispensable complément.
 

Les Agapanthes,  Bridgeman Giraudon

Les roses trémières poussent leurs derniers assauts vers la lumière d’automne, comme pour affirmer une dernière fois leur coquetterie avant le sommeil hivernal, tandis que les tournesols les narguent encore de leurs soleils miniatures, et que, plus modestes, les capucines colonisent paisiblement les allées, sachant leur fin prochaine dès les premières froideurs. Eternelles sentinelles, ifs et épicéas montent la garde çà et là, imperturbables au rythme des saisons, tout comme les gigantesques bambous ou les rhododendrons ventrus, dont la verdure maintient intact le fond de la toile de ce tableau végétal. Le sol commence à tisser son tapis mordoré où s’amoncellent des feuilles de toutes tailles et de toutes formes, détachées de leurs branches par une arrière-saison précoce, conséquence de l’exceptionnelle sécheresse de l’été. C’est à présent le règne des dahlias, innombrables et variés, ainsi que les aimait le peintre qui les cultivait avec passion, jusqu’à créer des hybrides à partir de ses préférés.

Vue de la maison depuis le jardin  ⓒ  fondation Claude Monet

5103 La maison de Giverny vue du jardin aux roses, (c) Bridge

Claude Monet dans son allée centrale, sous les immenses arceaux métalliques qui ont remplacé les conifères. Y grimpaient surtout deux variétés : Crimson Rambler et La Belle Vichyssoise. Les modestes é

Coup de cœur pour Giverny
 
Lorsqu’en 1883 Claude Monet s’installe à Giverny, nul ne peut supposer que ce paisible village aux portes de Vernon recevrait annuellement un siècle plus tard entre 400000 et 500000 visiteurs ! Concours de circonstances, coup de pouce du hasard, tirage au sort de cette loterie sans nom qui sortira d’un chapeau un lieu élu par la grâce du destin plutôt qu’un autre. Un destin largement aidé par l’Homme. Et surtout par un homme, dont on a célébré en novembre dernier le 170e anniversaire de naissance.
On savait Monet amoureux de la Normandie. Né à Paris en 1840, il a la chance, car c’en est une, de s’installer au Havre avec sa famille dès l’âge de cinq ans. Georges Clemenceau écrira de lui : “...Si j’ajoute qu’il passa toute sa jeunesse au Havre, et là, s’éprit des brassements de lumière que l’océan tumultueux des côtes reçoit de l’espace infini, peut-être s’expliquera-t-on cette familiarité de l’œil avec les gymnastiques lumineuses d’une atmosphère affolée qui jette toutes les nuances de tous les tons au gaspillage des vagues et des vents”.
5083 Les iris jaunes et mauves, (c) Bridgeman Giraudon
Iris
Adolescent adepte de la caricature, il rencontre Eugène Boudin qui lui apporte les indispensables  rudiments de peinture. A 18 ans, il expose sur place une première œuvre. Il navigue ensuite entre Paris et Le Havre, s’ouvre à l’estuaire, apprécie Honfleur et Ste-Adresse où il séjourne. S’il réside fréquemment dans la capitale ou à proximité, on le voit encore à Rouen, Fécamp, Dieppe, Trouville ou Etretat. Et puis, à Giverny. L’endroit a tout pour le séduire : loin du tumulte de la vie parisienne, le village est cependant assez près de Paris (et desservi par le chemin de fer) pour qu’il y fasse valoir ses œuvres. La Seine est proche aussi ; et l’Epte, frontière symbolique entre l’Île-de-France et une Normandie qu’il affectionne comme s’il y avait vu le jour. Il découvre à Giverny une longue maison au crépi rose qui domine un terrain d’un hectare. L’allée centrale qui descend jusqu’à la route est bordée de conifères. De hauts murs de pierre ceignent l’ensemble. Malgré la présence d’une pommeraie et d’un potager, on ne peut guère parler de jardin ; de nos jours, un promoteur immobilier parlerait d’un “fort potentiel d’aménagement” que Monet perçoit aussitôt. A 43 ans, peintre à succès établi et reconnu, il s’installe au bien nommé “Clos normand” et, bien que locataire, y entreprend de grands travaux paysagers. 

Claude Monet

Au désespoir de sa compagne, il se débarrasse des épicéas et des cyprès de l’allée pour ne conserver que deux ifs près de la maison, seule concession à Alice Hoschedé, avec qui il vit depuis deux ans (sa femme Camille est morte en 1879). Des arceaux métalliques remplacent les conifères, où s’appuieront des rosiers. Le père de l’Impressionnisme commence à sculpter le jardin de ses rêves. Ce ne sera pas un jardin “à la française”, trop organisé et contraint par des normes drastiques. Les rectilignes bordures de buis qui cernent les massifs sont arrachées. Au lieu des pommiers, il met en place des cerisiers et des abricotiers du Japon. Au sol, des tulipes, des iris, des narcisses, des jonquilles, des pavots d’Orient, des pivoines. Et il paie de sa personne, en recrutant ses proches sans vergogne : “Nous nous sommes tous mis au jardin ; je bêchais, plantais, sarclais moi-même ; le soir, les enfants arrosaient. A mesure que la situation s’améliorait, je m’étendais”.
Il y trace des perspectives comme il composerait une toile, découpe le terrain en plates-bandes où ce sont les fleurs elles-mêmes qui bordent les massifs, créant volumes, symétries et lignes de fuite par leurs dimensions et leurs couleurs. Il crée des contrastes, jouant avec l’ombre et la lumière, met en valeur la maison. Rosiers grimpants, roses trémières, arbres fruitiers ou d’ornement, structurent l’ensemble. Les annuelles apportent au tableau vivant des touches variables à l’infini. A la noblesse des plantes cultivées, il n’hésite pas à unir de simples fleurs des champs comme des pâquerettes ou des coquelicots. Les formes et les couleurs déterminent ses choix, ainsi que les époques de floraison qui lui permettront d’obtenir la palette qui lui convient.

Les Hémérocalles,  Bridgeman Giraudon

Pris de passion pour son œuvre botanique, il se livre à la traque des variétés rares qui donneront à ses massifs leur originalité. Il échange avec d’autres amateurs éclairés, tels Gustave Caillebotte, ou Georges Clemenceau. “Je suis dans le ravissement, écrit-il à Duret. Giverny est un pays splendide pour moi” ! Tout en reconnaissant par ailleurs que tout son argent passe dans le jardin...

 
L’autre jardin
 
A l’automne 1890, Claude Monet se rend enfin acquéreur du Clos Normand, où il aménage un nouvel atelier. “En dehors de la peinture et du jardinage, je ne suis bon à rien !”, clame-t-il. Deux activités auxquelles il s’adonne sans limites. Ses principaux modèles, quand il n’est pas en voyage, il les trouve désormais dans son jardin, dont chacune des scènes est interprétée par lui deux fois : la première dans la nature, la seconde dans la peinture…
Dix ans après son installation, il rencontre pourtant les limites de son inspiration. Ses recherches de plantes exotiques l’ont conduit à s’intéresser à l’Extrême-Orient, et principalement au Japon, pays qu’il n’a jamais visité mais qu’il connaît par les livres, des relations épistolaires avec des correspondants nippons, et la réception chez lui de visiteurs du pays du Soleil-Levant. Dès lors, il n’a de cesse de placer dans son jardin les éléments qu’il admire sur les estampes japonaises auxquelles il voue un véritable culte.

Vue de la maison depuis le jardin ⓒ  fondation C. Monet ⓒ ph

L’occasion lui en est donnée le 5 février 1893. Ce jour-là, il signe l’acte d’achat d’un terrain situé au sud du Clos Normand, de l’autre côté de la voie ferrée. Il présente l’avantage d’être proche d’un petit bras de l’Epte, tout simplement désigné sous le nom de “Ru”. Une aubaine pour son projet ! Il y aura désormais deux jardins distincts et complémentaires : le Clos Normand et le jardin d’eau ; le jardin du haut et celui du bas ; différents dans leur forme, semblables par leur esprit foncièrement impressionniste.
Car l’eau a toujours fasciné l’artiste, que ce soit sur son atelier flottant d’Argenteuil, aux bords de Seine ou le long des canaux de Hollande, ce sont pour lui autant de jeux de lumière, de reflets, de miroirs entre le ciel et la terre. Il détourne le Ru pour le faire couler chez lui, et jette dessus un pont japonais, dans l’exact prolongement de l’allée centrale de son  jardin du Clos Normand ; il lui donne, non la couleur rouge classiquement adoptée pour les  estampes, mais un vert qui se fond mieux dans l’ensemble. Puis il fait creuser un étang qu’il peuple de végétaux. D’autres suivront, plus petits. “J’aime l’eau, mais j’aime aussi les fleurs, écrira-t-il. C’est pourquoi, le bassin rempli, je songeais à le garnir de plantes. J’ai pris un catalogue et j’ai fait un choix au petit bonheur, voilà tout” ! Au terme nénuphar, il préfère son synonyme nymphéa, plus chargé à ses yeux d’évocation poétique. Osons dire qu’il a eu raison. Le plan d’eau aux nymphéas sera le creuset de ses chimères picturales.

Les Roses, (c) Bridgeman Giraudon

 Les Clématites, (c) Bridgeman Giraudon

Non qu’il veuille de prime abord le coucher sur ses toiles. Curieusement, la seule réalisation de ce jardin d’eau suffira à sa nature contemplative ; il se réfugie dans ce havre de paix où il se livre à de longues méditations auprès des saules pleureurs, des bambous, des ginkgos biloba, des érables et des pivoines arbustives qui cernent le bassin. Il y reçoit aussi ses hôtes de passage, mais il hésite à y apporter son chevalet. “J’ai mis du temps à comprendre mes nymphéas. Je les cultivais sans songer à les peindre. Et puis, tout d’un coup, j’ai eu la révélation des féeries de mon étang. J’ai pris ma palette. Depuis ce temps, je n’ai guère eu d’autre modèle”. Une affirmation qu’il convient de nuancer, car lors de son aménagement du Ru, face à l’opposition de ses voisins paysans qui craignent que les plantes exotiques empoisonnent le cours d’eau, il fait cette défense dans une lettre au préfet de l’Eure qui le soutiendra : “Il ne s’agit là que d’une chose d’agrément et pour le plaisir des yeux, et aussi d’un motif à peindre (c’est nous qui soulignons) ; je ne cultive dans ce bassin que des plantes telles que nénuphars, roseaux, iris de différentes variétés qui croissent généralement à l’état spontané le long de notre rivière, et il ne peut être question d’empoisonnement de l’eau”.
L’anecdote de cette méfiance du horsain mérite d’être soulignée au siècle de Guy de Maupassant qui en a vu d’autres (l’écrivain, que Monet a fréquenté et qui meurt cette même année 1893, aurait pu en faire une nouvelle intitulée “Le petit Ru”) ! Toujours est-il que, s’il a attendu 1897 pour peindre ses nymphéas, il y songe déjà quatre ans plus tôt ; le contraire nous eût bien étonnés ! Gageons que l’heure n’était pas encore venue pour lui - soit procrastination, soit nécessité de s’imprégner longuement du sujet avant de passer à l’acte - de peindre ses nénuphars. C’est ainsi que les nymphéas de Giverny ont conquis le monde entier, frémissements de couleurs et de formes où se mirent des ciels changeants, poussant souvent sa peinture impressionniste à la lisière de l’art abstrait, chargée de sensations et d’émotions : “Le motif est quelque chose de secondaire, ce que je veux reproduire, c’est ce qu’il y a entre le motif et moi”. Ou encore, suivant la même idée : “Je veux peindre l’air dans lequel se trouve le pont, la maison, le bateau. La beauté de l’air où ils sont, et ce n’est rien d’autre que l’impossible” ! Or, impossible n’est pas Monet...

cuisine giverny monet

Salle à manger Maison Monet Giverny ⓒ ARTLYS

Il agrandira son bassin, le peuplera d’autres espèces, garnira de glycines sa passerelle japonaise qu’il peindra plus de 45 fois ! Adepte des séries (on se souvient de celles de la cathédrale de Rouen), il multipliera aussi les interprétations de ses chers nymphéas : 48 toiles recensées. “J’ai peint beaucoup de ces nymphéas, avouera-t-il à Thiébault-Sisson, en modifiant chaque fois mon point de vue, en renouvelant le motif suivant les saisons de l’année, et par suite, suivant les différences d’effet lumineux qu’engendrent ces changements. L’effet, d’ailleurs, varie incessamment. L’essentiel du motif est le miroir d’eau dont l’aspect, à tout instant, se modifie grâce aux pans de ciel qui s’y reflètent, et qui répandent la vie et le mouvement. Le nuage qui passe, la brise qui fraîchit, le grain qui menace et qui tombe, le vent qui souffle et s’abat brusquement, la lumière qui décroît et qui renaît, autant de causes, insaisissables pour l’œil des profanes, qui transforment la teinte et défigurent les plans d’eau”.
A l’opposé de l’artiste bohème, Monet peint avec application, et s’en explique ainsi devant Georges Bernheim et René Gimpel : “Ah, messieurs, je ne reçois pas quand je travaille, non, je ne reçois pas. Quand je travaille, si je suis interrompu, ça me coupe bras et jambes, je suis perdu. Vous comprenez facilement, je cours après une tranche de couleur”. Pourtant, Dieu sait qu’il ne se prive pas de recevoir : ses relations japonaises bien sûr, de nombreux peintres, cela va de soi, mais des artistes arrivés, pas des débutants qui le supplieraient de lui prodiguer des conseils, car il se refuse à fonder une école ! Franchissent encore sa porte des amis venus de tous horizons : littéraire, journalistique, marchand ou mondain.
Monet ne vit pas terré dans son paradis. Son jardin achevé, ce grand voyageur (service militaire en Algérie, séjours en Angleterre, en Hollande, en Provence, en Italie) poursuit son périple en France et à l’étranger. On le voit sur sa chère côte normande, à Londres, en Espagne, à Venise... Autant d’occasions de varier ses sources d’inspiration. Ses toiles bougent, elles aussi, au gré des expositions. Jusqu’à New York en février 1924.
 
le salon maison monet giverny
 

Sacha Guitry, Claude Monet, (c) Bridgeman Giraudon

Une succession difficile
 
Si les peintures survivent généralement à leur auteur, il n’en est, hélas, pas de même des sculptures végétales. Lorsque Claude Monet meurt le 5 décembre 1926, après avoir passé à Giverny la moitié de sa vie, ses jardins sont menacés. Michel, son seul fils survivant, qui hérite de la propriété et de la collection d’estampes japonaises de son père, n’habite pas la maison (il vit à Sorel-Moussel). Il revient donc à Blanche, la belle-fille de l’artiste, de veiller sur les biens, ce dont elle s’acquitte jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. Les années d’Occupation se révèlent catastrophiques ; faute d’entretien, les jardins perdent leur âme. Jean-Pierre Hoschedé meurt en 1960, puis six ans après, Michel Monet, qui lègue la propriété à l’Académie des Beaux-Arts de l’Institut de France. Jacques Carlu, qui en est membre et détient le titre de conservateur du musée Marmottan, ne peut alors faire face financièrement à la restauration du site. Il sauve toutefois la maison par la réfection de sa toiture, protège les estampes et transfère les toiles subsistantes à Paris. 
Si les jardins ont la tête hors de l’eau, ils ne sont pas pour autant sauvés de la noyade. Le Clos Normand est la proie des mauvaises herbes, la rouille sévit sur les arceaux et tout ce qui comporte des métaux ferreux, les serres sont ouvertes à tout vent, et la maison ferait fuir la plus nécessiteuse des familles sans logis ! En bas, les ragondins colonisent les berges du Ru et de l’étang, tandis que le pont japonais n’est plus qu’une vieille éponge pourrie.
C’est le temps urgent des nécessaires recensements. Dans les années 1970, on cherche les témoins de la splendeur du Clos Normand. Arrière-petit-fils d’Alice Monet, Jean-Marie Toulgouat procède au relevé des jardins, rassemble souvenirs et photographies, multiplie plans et mesures, aidé d’un ami américain, peintre de l’école de New York. James Butler, fils de Suzanne Hoschedé-Butler, rédige une longue liste de plantes, classées par saison, et fait appel aux archives de la maison Truffaut, très impliquée dans la démarche botanique de Claude Monet.
A la mort de Jacques Carlu en 1977, l’Académie des Beaux-Arts se tourne vers Gérald Van der Kemp, qui a donné les preuves de son savoir-faire lors de sa restauration du château de Versailles. Il se met en quête de généreux donateurs et trouve aux Etats-Unis (son épouse Florence est américaine)  de nombreux et fortunés mécènes qui prennent fait et cause pour la réhabilitation de la propriété. Ainsi naît la Giverny-Versailles Foundation, qui sauvera deux joyaux essentiels du patrimoine culturel français.

tang giverny monet ⓒ photographe F. Didillon

5125 Le saule pleureur et bassin aux nymphéas, (c) Bridgeman

Vient la résurrection, sous l’égide du jeune chef jardinier Gilbert Vahé. Exit les ronces et mauvaises herbes. On abat les arbres morts, on retourne les parterres. Un rideau de peupliers hors d’âge, malencontreusement érigé sur la colline entre le jardin et la lumière qui lui donnait vie, finit probablement en cageots et en boîtes de camemberts, assumant ainsi le destin normand de son espèce et sortant le jardin d’eau de sa semi-obscurité. Les rosiers lianes reprennent leur course autour des arbres, les hêtres se fardent à nouveau de pourpre, l’étang redevient miroir des cimes et du ciel. 
Sur le Ru, si les glycines plantées par Monet sont reparties de plus belle après une taille effectuée au moment des réaménagements, il a fallu en revanche reconstruire le pont japonais à l’identique, tandis que des palplanches renforcent la stabilité des berges. En prévision de l’afflux des touristes à venir, on élargit et consolide les allées.
La maison fait l’objet de la même sollicitude ; au moins, pour elle, il n’est pas nécessaire d’attendre des mois comme pour la pousse des nouveaux cultivars ! Le logis, les ateliers, les estampes et le mobilier font l’objet d’une minutieuse restauration. L’ensemble ne prendra pas moins de trois ans de travaux. Enfin, au terme de tant d’efforts conjoints, le Phénix renaît de ses cendres. 1980 voit la création de la Fondation Claude Monet et le 1er juin, pour la première fois, le public franchit les portes de la propriété de l’artiste. Elle est aujourd’hui en fréquentation le deuxième site touristique de la Normandie, derrière le Mont St-Michel. Et, comme le « Mont-Tombe », reçoit des visiteurs du monde entier.
Nombreux aussi sont les peintres qui viennent en pèlerinage à Giverny pour se ressourcer autour des étangs aux nymphéas. Tous rendent hommage à Monet en tant que précurseur de l’art abstrait. Depuis deux décennies, la Giverny-Versailles Foundation reçoit pendant un trimestre en résidence à Giverny trois artistes américains sélectionnés à New York par l’Art Production Fund, en hommage aux mécènes d’outre Atlantique qui ont permis de sauver la propriété.
Le Clos Normand a heureusement renoué avec le rythme des saisons. Les 38000 bulbes plantés chaque hiver font du printemps un jaillissement de tulipes, narcisses, crocus, anémones, muscaris, iris, scilles, oxalis, fritillaires, aulx, aconits, ornitogales, puschkinias, érythrones, camassia ou bulbocodiums. Ils surgissent par vagues successives, à la conquête de la nouvelle année. A ne pas manquer : une collection de tulipes anciennes, dont certaines des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, renouvelée tous les ans par le Conservatoire des Tulipes Hollandais.

Gilbert Vahé givernyLe jardin d’eau est sacré roi de l’été, grâce aux nymphéas qui offrent le rayonnement  de leurs fleurs comme à l’époque où Monet en avait fait ses modèles préférés. Découverts en 1889 à l’Exposition Universelle de Paris, le peintre en a passé trois commandes, en 1894, 1904 et 1908. Gilbert Vahé, scrupuleux jardinier de talent, en perpétue la tradition auprès du même producteur Latour-Marliac.
Les dahlias, on l’a dit, dominent l’automne. Trois saisons, trois raisons d’aller à Giverny, afin d’y retrouver l’œil de Monet sur sa création, toujours la même et toujours différente. Qu’on permette à l’auteur de ces lignes de conclure cet article sur la citation d’un autre artiste né à Paris (ou peu s’en faut) et séduit par la Normandie : l’auteur de A la recherche du temps perdu, son contemporain Marcel Proust, grand amateur de fleurs et de peinture : “Si je puis voir un jour le jardin de Claude Monet, je sens bien que j’y verrai, dans un jardin de tons et de couleurs plus encore que de fleurs, un jardin qui doit être moins l’ancien jardin-fleuriste qu’un jardin coloriste, si l’on peut dire, des fleurs disposées en un ensemble qui n’est pas tout à fait celui de la nature, puisqu’elles ont été semées de façon que ne fleurissent en même temps que celles dont les nuances s’assortissent, s’harmonisent à l’infini en une étendue bleue ou rosée, et que cette intention de peintre puissamment manifestée a dématérialisée, en quelque sorte, de tout ce qui n’est pas la couleur”.

Nous remercions chaleureusement la Fondation Claude Monet Giverny,  le Musée Marmottan Monet et l’Agence Observatoire pour les facilités qu’ils nous ont accordées lors de la réalisation de cet article, ainsi que pour leur aimable autorisation d’utiliser leurs photographies.

Crédits photographiques :
Reproductions de tableaux : 
Bridgeman Giraudon ; 
portraits noir et blanc, estampes japonaises,
 
jardin et maison : Fondation Claude Monet ; 
salle à manger : ARTLYS.
 
INFOS PRATIQUES

La Fondation
Claude Monet Giverny
84, rue Claude Monet
27620 Giverny
est ouverte au public tous les jours,
du 1er avril au 1er novembre,
de 9h30 à 18h00. Parking gratuit.
Tel : 02 32 51 28 21
www.fondation-monet.com
Fondation monet

 


Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 77
, Printemps 2011)


 

 

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