Accueil | À PROPOS | CONTACT | NOS AUTEURS | INDEX ARTICLES | ANCIENS NUMEROS | ABONNEMENT | AGENDA | LIBRAIRIE | ACTUALITE  | PUBLICITE |  


 

 
 

 

 



Inscrivez vous à notre Newsletter et recevez régulièrement un point sur toute notre actualité
Drapeau normand
*ABCDEFGHIJLMNOPQRSTUVYZ

Carentan, capitale des marais


Marais de Carentan

Carentan, capitale des marais


Extrait Patrimoine Normand N°12
Par Georges Bernage


Carentan devient maintenant la "capitale" du parc des marais du Cotentin et du Bessin ce qui lui confère une importance nouvelle ; elle sera le centre d'un nouveau centre touristique. Cette petite ville fut bien souvent trop ignorée des voyageurs ou des amoureux de la Normandie, à tort car elle possède un patrimoine de qualité - pas toujours mis en valeur. Nous convions à découvrir ce qui en fait l'intérêt : une église exceptionnelle, une place unique en Normandie avec ses maisons en arcades, un patrimoine urbain ancien en grande partie sauvegardé.


DES GAULOIS AU VIKINGS
Plan de Carentan Moyen Age

Ainsi se présentait Carentan derrière ses murailles à la fin du Moyen-Age, avec son château (8) la port Saint Côme ou Houlegate (9), la porte Saint-Hilaire (10), l'Eglise Notre Dame (7), entourée par le cimetière, était bâtie le long du rempart. En rouge les zones bâties qui figuraient sur un plan de la ville dressé en 1754. En noir sont les vestiges médiévaux qui sont conservés ; les maisons à arcades (1), maison de la vue Saint Germain (2), cour du n°1 de l'Arsenal (3), le N°10 de la rue du Château (5) et un pignon sculpté (6). (© Rodolphe Corbin - PATRIMOINE NORMAND).

Carentan occupe une position particulière ; c'est un point de passage important au cœur d'une région autrefois difficile. A la base de la presqu'île du Cotentin s'étendaient des marais qui constituaient un important obstacle naturel. Par ailleurs, un peu plus à l'est, il n'y avait pas de pont sur la Vire de Saint-Lô au sud de la baie des Veys. Au sud-est du Cotentin, l'accès dans la presqu'île se faisait par Saint-Côme-du-Mont qui aurait été une bourgade gallo-romaine importante. A l'est de la Vire se trouve Isigny. Entre les deux, une longue bande de terre domine le marais jusqu'à Saint-Hilaire-Petitville. A l'Ouest de cette dernière localité, un îlot aurait vu l'établissement d'un village gaulois _ Carantomagos _ qui signifiait le "beau marché" ou le "marché de Carentos". Le nom indique déjà que ce premier habitat est relativement important, il a une fonction de foire ou de marché. C'est un carrefour : vers Bayeux (Augustodurum) à l'est, par Isigny ; vers Saint-Lô (Briovera) au sud ; vers Valognes (Alauna) au nord. Entre Saint-Côme-du-Mont et Carentan, le marais est un large obstacle et le passage est précaire. Cet environnement aquatique sera une protection mais aussi rendait les conditions de vie plus difficiles. Au XVIIIe siècle, l'historien René Toustain de Billy y était tombé malade et fera une mauvaise réputation à la ville : "Cette ville est dans un fond, au milieu des marais, des prairies et des eaux : on n'y voit presque jamais le soleil qu'il ne soit dix ou onze heures de matin, à cause des effroyables brouillards que causent ces diverses eaux et marais, qui le dérobent aux yeux, et qui enveloppent Carentan presque continuellement. - C'est le meilleur canton du monde pour les anguilles : les limes, c'est à dire certains fossés remplis de bourde et d'eau qui divisent les prairies et ces marais, en sont tout pleins ; on y en pêche la plus grande quantité du monde. Il en est de même des canards, vannels, bécassines, courlieux et autres animaux aquatiques.
Les lieux qu'ont peut un peu sécher, ou qui sont un peu plus élevés que le reste du terrain sont excellents pour les bêtes : les chevaux et les bœufs y graissent parfaitement bien ; on y fait de très beau et bon beurre, et en grande quantité.
Les terres qui sont un peu écartées de ces larges marais sont communément bonnes, et les plus élevées produisent de bon grain, lorsqu'on veut se donner la peine des les labourer ; mais en tant que croyance aux herbes qu'elle produisent naturellement et au beurre qu'on en retire, qu'à peine vont-on se donner la peine de labourer.
Rien des choses de la vie n'y manque, et si Carentan étoit situé un quart de lieue plus vers levant, c'est-à-dire hors du milieu de ces insupportables marais, je crois que ce serait une des meilleurs villes de la province : mais certainement en l'état et dans le lieu où elle est, on peut dire qu'on y languis plutôt qu'on y vit ; et, encore un fois, il faut y être né pour y subsister, particulièrement pendant neuf mois de l'année (...)


Eglise Notre Dame Carentan
La flèche de l’église Notre-Dame domine Carentan. Elle est visible loin aux alentours, signalant la « capitale des marais » (© Rodolphe Corbin - PATRIMOINE NORMAND).

Carentan est fort petit : ses murailles, en y comprenant le château, ne renferment pas plus de trois ou quatre acres de terre. Il y a deux faubourgs, l'un au levant et l'autre au couchant : ils sont assez peuplés, aussi bien que la ville.

C'est un fameux passage pour aller du Cotentin au reste de la province et du royaume ; mais ce passage est très dangereux en hiver, à cause des eaux. Ces eaux inondent tout le chemin et les marais depuis la dernière maison du Faubourg qui est vers le nord-ouest, jusqu'au pont d'Ouve, c'est à dire trois quarts de lieue : elles ont trois ou quatre pieds de hauteur. On a élevé tout au long de ce chemin un petit mur large de deux pieds et demi, sur lequel les gens de pied peuvent marcher et mener leurs chevaux, avec de longs licols, mais c'est toujours un grand danger de tomber dans l'eau, particulièrement lorsque le vent est gros, et lorsqu'on rencontre d'autres personnes qui viennent de lieu où l'on va."
Malgré les exagérations de ce texte nous trouvons là ce qui fait l'originalité de cette petite ville. Ce rôle de cité carrefour et marché en fera rapidement une ville forte (après 1240), il n'y en avait pas beaucoup dans la région alentour : Bayeux, Saint-Lô. Ce qui démontre son importance. Le gros village gallo-romain sera occupé aussi par les vikings qui se trouveront à l'aise dans ce milieu aquatique. Ils ont laissé leurs traces dans les noms de lieux ; le chemin menant au cœur du village était une Holgata ("chemin creux" en vieux scandinave) ; la rue Holgate actuelle. Un certain Blakki s'installe au nord de Carentan, en bordure du marais, sa ferme s'appela Blakkatoftir, l'actuel Blactot. Les viking commencèrent à endiguer le marais où les dicks (du scandinave ancien diki). Ce secteur est en suite rattaché au duché de Normandie en 933. Une première église, romane est construite à Carentan au XIe siècle.

Henri Ier Beauclerc

LES ROIS Y SEJOURNERENT

Le roi Henri Ier Beauclerc y passe en 1106, pour Pâques. Le 16 août 1199, Jean Sans Terre se trouve à Carentan  quand il apprend la mort de son frère, le roi Richard Cœur de Lion. Il séjourna de nouveau à Carentan les 30 et 31 janvier 1200, puis les 3 mai et 12 septembre de cette même année. En 1203, Carentan ouvre ses portes au roi de France. Saint-Louis y séjourne à son tour en 1240 et ordonne d'y faire construire " une ceinture de rempart ". Ce roi y revient en 1256, en venant de Bayeux et avant de partir pour Valognes et Cherbourg.

Edouard IIILa région connaît alors une très longue période de paix (de 1203 à 1346), jusqu'à la Guerre de Cent Ans. Le roi d'Angleterre, Edouard III, débarque avec son armée à la Hougue (Saint-Vaast), le 1er juillet 1346 et se présente le 20 juillet devant Carentan, Froissart écrit : "... Et apriès, ils vinrent à une moult grosse ville et bien fermée, que l'on appelle Quarentin, et ossi, il y a moult bon chastel. Et donc y avait grand mison de saudoliers qui le gardoient. A donc descendirent li seigneur et les gens d'armes de leurs naves, et vienrent devant la ville de Quarentin, et l'assaillirent vistement et fortement.
Quant li bourgois veirent chou, il eurent grant paour perdre corps et avoir si se rendirent salves leurs femmes et leurs enfants ". Mais si la population civile se rend alors au roi d'Angleterre, les soldats se retranchent dans le château " qui était très fort, fut vendu au anglais, après deux jours de résistance par deux chevaliers, Roland de Verdun et Nicolas de Grouchey ". Ceux-ci seront ultérieurement décapités sur ordre du roi de France pour "traîtrise". 
La ville fut alors en partie brûlée. Par ailleurs, suite à la conjuration de Geoffroy d'Harcourt (voir Patrimoine Normand n°6), Guillaume Bacon, Jean de la Roche Tesson et Richard de Persy, sont arrêtés à Saint-Lô et exécutés, leurs têtes seront exposées dans cette ville et deux d'entre elles, celles de Guillaume Bacon et de Richard de Percy auraient été ensuite exposées sur une porte de Carentan, ce qui aurait soulevé la colère du roi Edouard III d'Angleterre qui aurait fait mettre Carentan au pillage, abattre les maisons des notables, démolir les fortifications et brûler le château, ne respectant que l'église. Les troupes du roi de Navarre occuperont ensuite Carentan. En 1364, Bertrand du Guesclin reprend la ville dont les remparts avaient été remis en état par les Navarrais. Il a repris la cité en faisant creuser un tunnel menant jusqu'à l'église. Mais Carentan sera repris par les anglais et leurs Alliés Navarrais. Les anglais rendront la place en juillet 1375 suite au siège mené par Jean de Vienne. La ville changera de mains plusieurs fois encore pendant cette longue guerre, mais restera ensuite longtemps sous le contrôle anglais. Le 23 février 1419, le roi Henri V met l'entretien des murailles de Carentan à la charge des habitants. Vers 1440, commence la reconstruction de l'église Notre-Dame. Vaincus, les anglais quitteront le Carentan après le siège de septembre 1449 mené par l'armée bretonne soutenue par un contingent de Saint-Louis. La paix revient alors, elle durera plus d'un siècle, ce qui est difficile à concevoir en ce XXe secoué par des guerres permanentes. Le pays se construit, l'opulence revient. L'église sera terminée au début du XVIe siècle. Carentan présente encore plusieurs maisons de cette époque. Le roi François Ier passe à Carentan au printemps de 1532 "où il est reçu avec une munificence qui surprit beaucoup la cou ", le souvenir de ce passage a été conservé dans la chapelle axiale de l'église. Puis éclatent les guerres de religion. En mai 1562, sous la conduite d'Henri-Robert aux Epaules, seigneur de Sainte-Marie-du-Mont qui soutient la cause réformée, les Protestants se réunissent à Carentan et lèvent une armée de 700 cavaliers et 1500 hommes à pied. Les protestants sont les ordres de Montmorency, installé à Bayeux et qui tient Carentan. La noblesse fidèle au roi suit le duc de Bouillon qui tient Caen. Le parti catholique opposé aux Protestants, sous les ordres de Matignon, tient Valognes et Cherbourg. La guerre civile règne dans la région. En mars 1563, Charles IX signe un édit de pacification ; Carentan est attribuée aux Protestants comme "place de sûreté".
 Les Protestants battissent alors un temple rue Holgate mais, après la saint Barthélémy, (en aout 1572), l'inquiétude grossit dans leurs rangs. En mars 1574, Montgomery s'empare de Carentan. Les Protestants de Carentan ravagent la ville et détruisent la chapelle Saint-Germain (qui se trouvait dans la rue du même nom), renforçant Carentan placée sous le commandement de Jean de Guitry, nommé gouverneur par Montgomery. Mais après avoir capturé ce dernier et repris Saint-Lô, Matignon se porte sur Carentan qui capitule le 28 juin 1574.
La place est maintenant sous le contrôle des Catholiques. En 1587, Jean III de Longaunay, seigneur de Damigny, est gouverneur de Carentan où il a sa résidence. Il est un catholique fervent et a même embrassé le parti de la Sainte Ligue. Les aux Epaules avaient été précédemment gouverneurs de Carentan, et Jean de Longaunay avait épousé la fille de Henri-Robert aux Epaules, Suzanne, peut être un signe de réconciliation. Il défend alors la ville et le pont d'Ouve. Mais, l'assassinat du duc de Guise, en 1588, relance les hostilités. Longaunay prendra le maquis pour compte de la Ligue en se retranchant au château de Neuilly-la-Forêt. D'Aigneaux et de Canchy le remplacent provisoirement à Carentan. Depuis l'abjuration d'Henry-Robert aux Epaules, le culte protestant avait été aboli à Carentan. Et son gendre, Longaunay, redevenu gouverneur et de Bellefonds s'opposent à son rétablissement. Après la mort de Jean III de Longaunay, la branche de Dampierre (près de Caumont-l’Evente) des Longaunay veillera aux destinées de la ville. Cependant, la garde du château et de la ville est retirée provisoirement par Mazarin à l'un d'eux le 10 février 1650. Le protestantisme s'éteint progressivement. Le 23 mars 1681, des Calvinistes abjurent dans l'église en présence du gouverneur Antoine de Longaunay et des autorités civiles et religieuses, et la révocation de l'Edit de Nantes survient en 1683.



Mairie de CarentanLa reconquête sur le culte réformé est accompagnée par l'installation des Sœurs de la congrégation de Notre-Dame dont l'immeuble est construit de 1644 à 1652. Les Sœurs s'installent dans leur couvent en mars 1652. L'une des ailes sera faites en 1717, et abrite l'actuel Hôtel de Ville. Avec la Guerre de Sept Ans, déclarée en 1743, et la menace anglaise, des postes de défenses sont établis aux alentours ; les craintes d'invasion disparaissent en 1763, avec le Traité de Paris. Le 22 juin 1786, le roi Louis XVI, accompagné du duc de Coigny, passe à Carentan alors qu'il se rend à Cherbourg ; les clés de la ville lui sont remises par le gouverneur, M. d'Auxais. A cette époque, la vie intellectuelle est active dans cette ville qui ne compte pourtant que 2 000 habitants, des salons littéraires s'y sont même formés. La Révolution se passe dans le calme, mais si l'opinion républicaine s'était d'abord largement répandue, l'esprit de modération régnait et supporta difficilement l'agitation furieuse des Jacobins et de la Terreur. L'arrivée au pouvoir de Bonaparte amena un certain soulagement. Et, le 25 mai 1811, Napoléon Ier s'arrête à Carentan en se rendant à Cherbourg ; comme Louis XVI un quart de siècle plus tôt, le grand port militaire entrait dans ses préoccupations. Il s'attachera à l'assèchement des marais, entrepris à plus grande échelle au cours du XVIIIe siècle mais qui se renforce considérablement le 6 mars 1809, quatre cents prisonniers espagnols avaient été envoyés pour accomplir ces durs travaux avec cette recommandation de l'Empereur : "Ce sont pour la plupart des fanatiques qui n'exigent aucun ménagement" ; ils creuseront l'actuel canal du Haut Dick, le canal des Espagnols, etc. 

Avec le drainage de toute la région puis des liaisons routières rapides, la construction du pont sur la Vire, Carentan voit, au cours du XIXe siècle, sa position de carrefour renforcée, au milieu d'une région herbagère. Actuellement, les travaux entrepris sous Napoléon ont permis l'installation d'un agréable port de plaisance et le marais environnant permet la découverte d'un riche environnement naturel préservé. Mais, Carentan, c'est aussi un important patrimoine monumental dominé par son église.

Maisons à arcades Carentan
Les Maisons à arcades de Carentan au début du XIXe siècle constituent un ensemble unique en Normandie (Dessin de Wanis - mis en couleur par Francine Gautier © Coll. PATRIMOINE NORMAND).

arcades de Carentan


L'EGLISE NOTRE-DAME

Eglise Notre-Dame de CarentanL'église est le plus beau monument de Carentan, s'est un joyau qui ne faut pas manquer de découvrir, tant pour l'extérieur dominé par une jolie flèche que pour l'intérieur qui a conservé pour la plupart de son mobilier, dont de belles verrières. 
La première mention connue de cette église nous est donnée par le moine bénédictin Odric Vital qui, dans son Histoire de Normandie écrite au XIIe siècle, évoque l'arrivée d'Henri Ier Beauclerc en 1106 à Barfleur, venant d'Angleterre afin de remettre de l'ordre dans son duché de Normandie : "La veille de Pâques, il pris ses logements et se repose dans un bourg que l'on nomme Carentan, sur les gués de la Vire."  L'évêque de Sées, Serlon, était alors venu à la rencontre du roi pour célébrer les solennités de Pâques et fit un long sermon au roi pour lui faire part de la misère dans laquelle se trouvait le Cotentin et l'encouragea à évincer son frère Robert ; l'église servait d'ailleurs d'abri à des habitants réfugiés qui y avaient entassé leur mobilité, suite aux guerres constantes entre les fils de Guillaume Le Conquérant.
Mais, si rien n'existe plus d'un premier édifice du XIe siècle, celui qu'a connu Henri Ier, il reste des vestiges d'une seconde église datant du XIIe siècle, en particulier les piles cruciformes de la croisée du transept (2ème moitié du XIIe siècle). Les arcades en plein cintre surhaussées de cette croisée retombent sur des chapiteaux présentant soit des goderons (décor géométrique) soit des scènes plus ou moins fantastiques : deux sirènes tenant un poisson, personnages tenant des boucliers et combattant des montres, personnages combattant entre eux. Ces quatre piliers romans devaient probablement supporter une première tour lanterne. Et, si rien n'existe plus du chœur roman, les piliers de la nef sont de la même époque. Ils ont été conservés jusqu'à mi-hauteur, environ lors de la reconstruction de l'église au XVe siècle. Le beau portail occidental, simple avec ses colonnettes engagées et son archivolte décorée de motifs géométriques (bâtons brisés formant des losanges) est aussi du XIIe siècle.

 
orgue de l`église notre dame - Carentan

L'orgue de l'église Notre-Dame. Il succède, au XVIIIe siècle, à des orgues plus anciens; Dès 1802, les marguilliers (trésoriers du conseil de fabrique de l'église) se préoccupent de la reconstruction de l'orgue. Sur un buffet d'orgue qui serait début XVIIIe siècle, la partie instrumentale a été refaite par Louis lair qui a signé son œuvre avec la date de 1805)

Eglise Notre-Dame de Carentan

Lors de la Guerre de Cent Ans, l'église dut subir d'importants dommages et elle sera en grande partie reconstruite dès le deuxième quart du XVe siècle. La reconstruction commence avant 1443. Le maître d'œuvre remonte, avant cette date, la nef en gardant les piliers romans à mi-hauteur (jusqu'à trois mètres du sol environ) sur lesquels les nouveaux piliers porteront les arcades en ogives, sans fenêtres hautes et les voûtes. Il reconstruit aussi le collatéral sud de la nef et le transept sud qui est daté du mois d'avril 1443 par un petit personnage tenant une inscription. Ce collatéral est à peu près à la hauteur de la nef. Cette dernière qui est sombre est éclairée par les verrières des collatéraux. Ce type de construction, que l'on retrouve en Bretagne et en d'autres édifices de la région, Marchésieux, Montebourg, Périers, Saint-Lô, Villedieu, Saint-Sauveur-le-Vicomte, permet d'éviter les arcs boutants et donne une silhouette plus trapue à Notre-Dame de Carentan. Les travaux continueront ensuite par le collatéral nord et le transept nord de même style mais plus "moderne". La croisée romane du transept avait été conservée. Mais elle sera surmontée, probablement vers 1450, par un beau clocher et une flèche gothique du type courant dans la région à cette époque et qui aurait pour modèle celui de Saint-Pierre de Caen mais qu'on retrouve aussi, dans la région, à Montebourg et Périers. Après 1450, et la paix retrouvée, toute la partie occidentale, chœur et déambulatoire est reconstruite en gothique flamboyant. Les largesses du Vicomte de Carentan et de Guillaume de Cerisay y contribueront de manière importante. Ses armes "d'azur au chevron d'argent, accompagné de trois croissants d'or" sont encore visibles sur la clef de voûte de la deuxième travée du chœur. Guillaume de Cerisay était aussi grand bailli du Cotentin. Baron du Hommet, de la Rivière, de la Haye-du-Puits, et seigneur de Vesley, il était l'un des généraux des finances du roi Louis XI, il en fut aussi le confident et l'ami. Les ruines de son château de la Rivière existent encore en bordure du marais près de Saint-Fromont. Guillaume de Cerisay avait épousé Jacqueline de Rentot ; leur tombeau aurait été élevé dans la nef, sous les cloches. Le mécénat était souvent pratiqué par des personnes de cette importance ; l'argent était alors réinvesti sur place dans le patrimoine monumentale et en particulier dans les églises. Ainsi toute la partie occidentale est construite en 1466, après la fin des travaux du collatéral nord de la nef, une autre inscription le rappelle à la voûte, de la première travée du déambulatoire nord. En 1490, Guillaume de Cerisay fait un nouveau don de 130 livres de rentes pour financer les travaux. Le chœur flamboyant est éclairé par les fenêtres hautes. En 1502 est construite une chapelle à l'angle du transept nord et du collatéral de la nef. Et, finalement, une chapelle axiale est élevée en 1519 ; un écusson aux fleurs de lys accompagné de la salamandre rappelle François Ier. Cette phase de travaux s'achève avec les superbes boiseries Renaissance placées dans le chœur et les grandes verrières datant de la fin du Moyen-Âge. Tout est quasiment resté intact. S'ajouteront plus tard : un très beau maître autel (1655) imitant les colonnades du Bernin à Saint-Pierre-de-Rome, réalisée par Guillaume de Mutrécy, sculpteur, et présentant un tableau de l'assomption de Notre-Dame, payé à M. de la Hay, peintre, le 18 octobre 1667. La chaire est constituée de fragments des XVIIe et XVIIIe siècle. Et admirerons de très belles ogres, récemment restaurées : buffet du XVIIIe siècle, partie instrumentale de 1805 (Louis Lair). L'église Notre-Dame est en endroit privilégié où l'on a plaisir à séjourner, le décor est presque intact, superbe offrande faite à Dieu pour le plus grand plaisir de tous.


Carentan rue champvalon

PROMENADE AU CENTRE DE CARENTAN

Pour mieux suivre la progression, nous entrerons dans le centre de Carentan par la rue du château (emplacement de la porte Saint-Hilaire). L’emplacement du Château était à gauche à l’entrée de la rue. Au n°10, maison du XVIe siècle, jolie porte de même époque en face. Tourner à gauche dans la rue de l’Arsenal : cour du n°01 et bâtiment en face. Place de la République (place Royale). A droite à l’angle – bâtiment classique (XIXe siècle). A gauche, belle maison Louis XVI (n°03), bâtiment XVIIIe (n°23) et XVIIe sur la cour. Au n°31 grande façade XVIIIe avec vestiges importants de la fin du Moyen Age (intérieur de la pharmacie). En face les arcades (ou « porches ») du Moyen Age (XIV et XVe siècles). Maison du début du XVIIIe siècle au n°28 avec belle porte. Dans la rue de l’église, le côté gauche (n°1 à 7) est très beau : maisons d’époque Louis XV (n°1, 3, 5) et hôtel de Dey au numéro 7 : Vestiges des XVe et XVIe siècle dont un joli pignon sculpté puis XVIIe siècle avec des balcons Louis XV. Honoré de Balzac y séjournera en 1822 et l’évoque dans « Le Réquisitionnaire ». Place de Cerisay : l’église Notre-Dame et l’Hôtel de Champvalon (presbytère actuel). Les rues au Prêtres et Champvalon ont gardé un cadre intact. Bel hôtel de la fin du XVIe siècle du côté de la place, maison du XVIIIe siècle à l’autre extrémité puis les importants bâtiments de l’Hôtel de Lessey (XVIIe siècle. De l’autre côté de l’Avenue Qui Qu’en Groigne, l’hôpital du XVIIIe siècle. 

Hotel Ponthergé- Carentan portail renaissance

LES ANCIENS FAUBOURG

En dehors de la ville close de Carentan existaient deux faubourgs. A l'ouest, le Faubourg de Holgate comprenait la rue Holgate menant vers Coutances et la rue Sébline (ancienne rue des Près) menant vers Valognes. Dans cette dernière rue, au numéro 47, on peut admirer le très beau porche Renaissance de l'Hôtel de Ponthergé, construit en 1554 par l'avocat de Ponthergé. Quant à la rue Holgate, principale rue commerçante, actuellement, elle présente rien de particulier, à l'exception de l'ancien couvent : le Couvent des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame fut bâti de 1644 à 1652 ; il comptait 80 religieuses en 1713. Toute la partie nord en briques et pierres, est d'origine, elle est très belle. L'aile orientale en pierres, a été reconstruite en 1717 ; ce bâtiment a brûlé il y a quelques années et a été remarquablement restauré. Tous ces bâtiments abritent maintenant la mairie, l'Office de Tourisme et les services administratifs de la ville. Au sud de la voie ferrée, on ira voir le lavoir d'époque Louis XVI. 
Le faubourg de Gémare présente deux axes : la rue menant vers Bayeux, à partir de l'ancienne ville close est la rue Torteron. On remarque au numéro 14 la cour intérieure d'un ancien relais de poste. Elle se prolonge par la rue de l'Isle, celle-ci se trouvait entre la rivière des Gouffres et son affluent le Cotin. Au nord, nous remonterons la rue du Quai à Vin en direction du port de plaisance. Jusqu'au siècle dernier, elle était bordée par la rivière des Gouffres et le port de Carentan y était installé depuis le Moyen Age ; le roi de Navarre s'y ravitailla en 1370. On y débarquait les fûts de vin et des celliers y étaient construits. Vestige de cette activité, on peut y admirer les maisons construites par des armateurs et des négociants : maison du XVIIIe siècle au numéro 3, maison d'armateur d'époque Napoléon III au numéro 54, maison de la fin de la Renaissance au numéro 13/15. On arrive alors sur le port de la plaisance et le canal du Haut Dick menant à la baie des Veys. Cette promenade dans Carentan nous prendra une journée.


 

A LIRE  : 
- L'approche des marais au seuil du Cotentin.
Cliquez ici
- Les lieux incontournables de la Manche. Cliquez ici

 
Carentan médiévale


 


• Autres fiches pouvant vous intéresser :
Jardin des plantes de Coutances
Le carnaval de Granville entre à l’UNESCO
Aéronavale dans les environs de Cherbourg de 1914 à 1918
Maîtres verriers de Coutances
Sel en Normandie - Une histoire poivrée !


• Catégories liées :
la manche
vikland


Commentaires sur cette fiche :

Posté le 04-02-2012, par Lemouton Maryline (Note : 5/10)

Très intéressant l'histoire de notre petite ville au milieu du marais, j'attends la suite avec impatience.

Page 1
Laissez un commentaire sur cette fiche :
Nom ou pseudo :
Notez cette fiche : /10
Commentaire :
Recopiez le caractère suivant dans le champ :
  (Obligatoire)

Les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits par les conditions d'utilisation du service. Vous pouvez être identifié(e) par votre adresse internet si quelqu'un porte plainte.



Patrimoine Normand 103


PATRIMOINE NORMAND N°103

Feuilleter patrimoine normand

Derniers articles


ABONNEZ-VOUS
et profitez d'uneoffre 
 exeptionnelle

-40%

4 numéros

24
au lieu de 40,00€

S'ABONNER
 
 Acheter d'anciens numéros


LibrairiE NORMANDe


événements

 

agenda culturel normandie

Agenda pour vos sorties culturelles en Normandie. Cliquez ici.

 

ESPACE ANNONCEURS

 
Manufacture Bohin Fondation Claude Monet - Giverny
abbaye de Montivilliers Musée de l`horlogerie
Saint-Lo Musée de Normandie
Honfleur Musée Canel
Abbayes Normandes
Compagnie Theatre des Trois gros Publicité magazine normandie


Les RUBRIQUES


Michel de Decker
Cheval Normandie
cuisine normande
Deauville histoire
Illustres normands
Fondation du Patrimoine

Livres sur la Normandie
 
J'EN PROFITE !
 
 

Espace Annonceurs

CLIQUEZ ICI

Pour votre sécurité, nous utilisons Paypal, la solution de paiement sécurisée du web, nous acceptons les cartes bancaires ci-dessous.
Pay Pal solution paiement
Livraison sous 48H avec La Poste


Livraison

Réseaux sociaux

  
 

PRATIQUE

PAtrimoine Normand
Les 3 Cours 
14220, Les Moutiers en Cinglais    par courriel
standard : 02 50 08 78 5