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Bricquebec, une cité médiévale



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Bricquebec

Bricquebec, une cité médiévale


Extrait Patrimoine Normand N°13
Par Georges Bernage

Au cœur de la Presqu'île du Cotentin, en venant de Carteret  ou de Valognes, surgit le bourg de Bricquebec dominé  par la masse de son puissant donjon. Une riche histoire  y est attachée, Bricquebec laisse une impression forte  et inoubliable au visiteur. Nous vous invitons à découvrir  ou à mieux connaître ce bourg cotentinais.


 

Face orientale (ci-dessus) du château de Bricquebec. On aperçoit au premier plan, de gauche à droite, la Tour de l'Epine, les belles fenêtres qui ouvraient sur l'aile du « Palais », la courtine « 5 », la tour « H ». En arrière : le donjon et le châtelet d'entrée. (Photo Jacques Perrée.)

Il y a un peu plus de onze cents ans, cette région était couverte d'épaisses forêts, il en reste actuellement d'importants vestiges à l'ouest de la localité. L'absence de noms de lieux gallo-romains dans ce secteur nous incite à supposer l'absence d'établissements humains à cette période. Puis viennent les Vikings, à la fin du ixe siècle et au début du xe siècle, Danois mais aussi, pour la Presqu'île, Norvégiens accompagnés d'Irlandais. Les nouveaux arrivants cherchent des terres à défricher et ils s'installent en des lieux dont les noms rappelleront leurs établissements : Quettetot (la ferme de Ketill), Lanquetot, Rotot, Le Vrétot, Randal (« la vallée du corbeau »), Darnétal. Là où se trouve le bourg actuel, l'avancée d'un plateau schisteux domine une petite vallée où coule un ruisseau que les Vikings nommèrent le Brekkubekk (le « ruisseau de la pente »). Ce nom est bien approprié : la pente du plateau (brekka) domine le ruisseau (bekk), qu'on nomme maintenant l'Aisy et qui coule nord-sud après avoir pris sa source près de l'actuelle abbaye de la Trappe. Ce lieu devait être alors un important carrefour des chemins venant (au nord) de la Hague (et de la région de Cherbourg) par Quettetot, de Carteret à l'ouest, de Valognes à l'est et de l'actuelle région de Saint-Sauveur au sud. En 933, le Cotentin est rattaché au nouveau duché de Normandie centré au départ sur le « comté de Rouen » en 911. Rollon est mort il y a deux ans, son fils Guillaume Longue Epée établit son pouvoir sur ses terres nouvelles où sont installés d'autres Vikings, ceux qui avaient conquis la Bretagne.
Mais le nouveau duc a besoin de renforcer son autorité dans le « Clos du Cotentin », il va y implanter quelques-uns de ses proches. Un certain Anslech, son parent, sera le premier seigneur de Bricquebec à partir de 942.
Leurs origines communes sont princières. Vers 750, Eysteinn Glimru est Jarl de Trondhjem, en Norvège. Sa fille épouse Ivar, Jarl d'Uppland, vers 780 ; ils ont pour fils Eysteinn le Batailleur, vers 810, père de Rögnvald, Jarl de Möre. Ces trois principautés Trondhjem, Möre et Uppland, se trouvent au nord de Bergen et d'Oslo. Rögnvald, d'après les historiographes des ducs de Normandie, aurait eu plusieurs fils dont Hrolf, notre Rollon, qui deviendra Duc de Normandie, et Hrollaug. Ce dernier suivra Hrolf en Normandie où il s'installera.
Le fils de Hrollaug, Hrolf Thorstein, devait être l'un des grands seigneurs du duché et il épouse Gerlotte de Blois. Cousin du second duc Guil­laume « Longue Epée », il dut rester à ses côtés. Mais le fils de Hrolf Thorstein et de Gerlotte, Anslek, partit en Cotentin assurer l'autorité ducale. Son nom est encore bien scandinave, il signifie « le jeu des Ases », les Ases étant les principales divinités des anciens Scandinaves.

Bricquebec vers l`An Mille : au milieu de la grande forêt, sur un éperon rocheux dressé au-dessus de la vallée du  Brekkubekk , une motte de terre a été élevée. Sur son étroit sommet plat, un logis
Bricquebec vers l'An Mille : au milieu de la grande forêt, sur un éperon rocheux dressé au-dessus de la vallée du « Brekkubekk », une motte de terre a été élevée. Sur son étroit sommet plat, un logis et une tour en bois entourés d'une palissade. Au pied de la motte, occupant le terrain aplani, une cour circulaire entourée d'un fossé et d'un talus couronné d'une palissade de rondins. Une tour-porte en bois protège l'accès vers le ruisseau, une autre l'accès vers une plus vaste enceinte (actuelle place Sainte-Anne et des Buttes), légèrement fortifiée par un talus et d'épais réseaux d'épineux. Au pied de la motte, la route vers la côte marine traverse un gué aménagé, auprès d'un petit moulin à eau. Au nord, part la vieille route se dirigeant vers l'oppidum et le château de Brix. A droite, un chemin forestier se dirige vers le « village » de Bricquebec (quartier actuel de la vieille église). La grande enceinte sert de refuge aux populations rurales, la petite (« basse cour ») sert de refuge aux proches du seigneur, ses hommes d'armes, serviteurs, ouvriers spécialisés. Le château protège un important carrefour de voies de communications.
(Reconstitution F. Scuvée/Vikland.)

 
Les Bertrand

lettrine A

rrivé à « Brekkubek », Anslek sera un défricheur et un pionnier. Il s'établit sur le plateau dominant le ruisseau, là où se trouve un gué. De récents travaux de voirie ont permis de retrouver ce gué : un lit de fagots et de branchages supportant de longs et puissants madriers, le franchissement de l'Aisy se nomme d'ailleurs toujours « la Chaussée ». Le bout du plateau sera arasé, le schiste dégagé servira aux premières constructions de pierre. Une esplanade en arc de cercle vers l'est dut être entourée d'une palissade de bois et d'une enceinte d'épineux face à la forêt toute proche.
Mais, deux ans après son installation à Bricquebec, en 944, Anslek est confronté à des troubles : le Duc Guillaume « Longue Epée » est assassiné. Anslek sera le tuteur du nouveau duc, Richard Ier « Sans Peur », et combat les seigneurs révoltés aux côtés de Bertrand le Danois ; il vainquit Rioulf, Comte de Cotentin et Vicomte de Saint-Sauveur. Il obtiendra ainsi la plus grande part des terres de Rioulf et sera particulièrement puissant en Cotentin.
Anslek se partage alors l'île de Guernesey avec Richard seigneur de Néhou. Le Baron de Bricquebec va constituer un village à côté du premier château de bois en donnant des droits d'usage permanents aux premiers paroissiens qui viendront s'y établir. Il aurait fondé à Bricquebec une collégiale dotée de cinq chanoines.
La légende entourera bientôt la personnalité de ce premier baron : « il était d'une taille si élevée que les hommes de son temps ne lui venaient guère qu'à la ceinture, et l'on montrait autrefois dans le château, un casque et une cuirasse qui lui auraient appartenu, et qui étaient de dimensions telles que, suivant la chronique, c'était merveille de les voir. » (rap­porté par P. Lebreton dans Bricquebec et ses environs, 1902).
Anslek aura un fils, Richard Turstin de Bastenbourg, Baron de Bricquebec et de Montfort-sur-Risle. Celui-ci aura deux fils : Guillaume Bertram ou Bertrand, Baron de Bric­que­bec, et Hu­gues le Bar­bu fondateur de la dynastie de Montfort-sur-Risle. Ce troisième Seigneur de Bricquebec est cité en 1003, soit sous le règne du Duc Richard II. Il aurait en effet participé cette année-là à la brillante victoire de la Hougue sur les armées d'Ethelred, Roi d'Angleterre débarqué à Barfleur.
A cette époque, le château de Bricquebec n'est encore qu'une construction de bois, comme nous le montre le dessin. Noyau du château actuel, l'énorme motte sur laquelle devaient se trouver un logis et une tour en bois protégés par une palissade. Fossé, talus et palissade devaient entourer la cour du château, à l'emplacement des actuelles courtines.
Elément de carrelage avec les armes des Bertrand. (Dessin Wanis/Heimdal.)Son fils Robert Bertrand Ier le Torz sera l'un des compagnons de Guillaume le Conquérant. Il reprend le nom de Bertrand porté aussi par son père et qui deviendra celui de la famille. En 1060, il fonde le prieuré bénédictin de Beaumont-en-Auge et sera un bienfaiteur de l'abbaye de Lessay. Son frère Guillaume aurait participé à la conquête de l'Angleterre en 1066 et figurera au Domesday Book sous le nom de Willelmus Bertram, souche des barons de Bothal et de Mitford en Angleterre. Robert Ier meurt en 1082. Son fils, Robert Bertrand II est tué en 1138 près de Caen en combattant pour soutenir les droits des Plantagenêts contre Etienne de Blois. Robert Bertrand III s'oppose au roi de France et est dépossédé de ses biens en 1204, lors du rattachement de la Normandie à la France, il meurt l'année suivante, mais son fils, Robert Bertrand IV, se soumet en 1207 et retrouve sa seigneurie de Bricquebec.
chevalier vers 1260 portant  l`écu des Bertrand. (Dessin de Viollet-le-Duc/mise en couleurs PN.)Le château a entre-temps été reconstruit en pierre. De cette forteresse romane, il nous reste des portes et des fenêtres romanes de l'ancien logis qu'on peut découvrir dans l'actuel hôtel.
D'autres générations de cette famille vont se succéder : à Robert Bertrand IV (qui meurt en 1240), succède Robert Bertrand V puis Robert Bertrand VI et Robert Bertrand VII (1271-1348) qui sera maréchal de France et fut en conflit avec Geoffroy d'Harcourt (1). Il créera aussi deux foires à Bricquebec, en 1325. Son fils, Guillaume Bertrand lui succède en 1348 mais est tué en 1353 à la bataille de Mauron, en Bretagne, après avoir épousé Jeanne Bacon qui ne lui avait pas donné d'enfant. Avec lui s'éteint la ligne masculine des Bertrand de Bricquebec.
Avec la fin de la lignée, en 1353, le château a acquis la physionomie que nous lui connaissons. Le grand donjon de pierre a probablement été reconstruit vers le XIIIe siècle, à l'emplacement d'un premier donjon roman. Le logis avec ses arcades (hôtel actuel) et sa salle basse (« crypte ») sont en place de même que les courtines et les tours polygonales et rondes du côté du nord-est, ainsi que les parties basses du châtelet. Seront construits ou modifiés ultérieurement, au xve siècle : les parties hautes du châtelet, la tour de l'Epine et le Bastion. Par ailleurs, l'église, dont le porche et les parties basses sont romanes, se dresse à l'est du bourg (actuellement ruinée).

place le Marois - Bricquebec début XXe siècleplace le Marois - Bricquebec au XXe siècle
Vue de la place Le Marois (à gauche) au début du siècle avec les maisons masquant la base du donjon.
Deux d'entre elles furent détruites (voir à photo de droite) dégageant la motte avant la reconstruction du Crédit Agricole. 


 
Le château
 
C'est au centre de Bricquebec, depuis la place Le Marois, que nous commencerons la visite du château. Nous avons devant nous la partie la plus imposante et la mieux conservée de l'ancien château fort : le puissant donjon planté sur sa motte et le châtelet massif. Lors des travaux qui avaient précédé la reconstruction du bâtiment du Crédit Agricole, on pouvait prendre toute la mesure de la majesté du donjon et de sa motte, certains souhaiteraient voir à nouveau cette perspective dégagée.

Bricquebec - Le puissant châtelet et le donjon planté sur sa motte depuis la cour intérieure

Nous entrons par le châtelet, l'une des deux portes du château à l'origine. Cette énorme tour rectangulaire est percée de deux portes, l'une charretière et l'autre piétonne. Mais il n'y a nulle trace dans la maçonnerie, au-dessus, des rainures pour le système de manœuvre des ponts levis et le niveau initial de la porte charretière a été creusé, de un mètre et demi pour accéder au bourg. De toute évidence, le puissant châtelet devait être précédé d'une barbacane – dont certains vestiges auraient été décelés dans les constructions proches – muni lui d'un pont-levis.

Bricquebec - A l`intérieur du châtelet est installé un intéressant musée.

Derrière la fente qui abritait la herse, la porte charretière est encore munie de sa porte de bois, suspendue et montrant bien le niveau initial. Puis se succèdent, intacts au-dessus de nous, d'autres moyens de défense : la fente d'un assomoir (ouverture permettant de bombarder l'attaquant), puis la fente d'une seconde herse et une seconde porte. Le passage pour piétons pouvait être condamné en enlevant des planches qui démasquaient une fosse en eau. La sortie dans la cour s'effectue par une dernière porte charretière munie d'un vantail après être passé devant une salle de garde pourvue d'une cheminée, où les deux entrées se sont rejointes.
On remarquera sur la face externe (côté bourg) et sur la face interne (côté cour) que le châtelet est construit en schiste pour le rez-de-chaussée et en grès armoricain pour les étages. Les contreforts, fenêtres et autres parties sculptées sont en calcaire. En fait, on remarque que toutes les parties anciennes du château sont en schiste dégagé sur place quand le plateau a été arasé. Quant aux blocs de grès, des gisements existent à quelques kilomètres de distance et le calcaire vient de la région d'Yvetot-Bocage.
On accède aux étages du châtelet par un escalier du côté de la cour qui donne sur une porte au premier étage. Il devait y avoir une galerie extérieure en bois à ce niveau, il en reste des vestiges. Le musée est installé dans les premier et second étages, belles pièces destinées à la garnison avec leurs fenêtres à meneaux repercées au xve siècle. Les planchers, sur charpentes de bois sont formés d'une  épais­se couche d'argile recouverte de carreaux de terre cuite. Le troisième étage est consacré à la défense avec des embrasures de tir du côté de la cour et des machicoulis du côté du bourg. A ce niveau, on atteint le sommet de la courtine assurant la jonction avec le donjon.
La courtine 9 est épaisse de 2,20 m, elle est très haute et a été construite en même temps que le châtelet, elle supporte un chemin de ronde qui arrive au niveau du premier étage du donjon, mais n'y accède pas. Sur les deux tiers de sa hauteur, cette courtine est en schiste. Sur le tiers supérieur apparaît le grès, elle a été surélevée après sa construction.
 
Bricquebec - le donjon et le pignon du logisLe donjon est élevé sur une énorme motte de 17 mètres de haut et de 50 mètres de large, soutenue par une maçonnerie du côté de la cour. Ses fondations s'enfoncent de 4,50 mè­tres dans la motte ; elles semblent construites sur un édifice antérieur à peu près circulaire légèrement excentré. Sur ce socle, le donjon s'élève à 22,30 mètres avec un diamètre de dix mètres. Cette construction est de schiste mêlée de grès avec les chaînages d'angle et les entourages des portes et des fenêtres en calcaire taillé. C'est un édifice polygonal présentant treize faces, chacune d'elles ayant une longueur variant entre 2,80 et 3,60 mètres. Ce type de construction était plus robuste. Il semble avoir été construit au début du XIIIe siècle dans sa forme actuelle avec des modifications ultérieures, en particulier le percement de fenêtres à meneaux au XVe siècle.
Il contient cinq niveaux, deux voûtés, trois étages possédaient des planchers. Seule, la voûte supérieure existe encore. On pénètre actuellement par le pied du donjon, grâce à une ouverture pratiquée dans un contrefort où se trouvait une citerne. A l'époque, seules deux entrées élevées permettaient d'y pénétrer : – une porte (visible côté cour) située 6,30 mètres au-dessus de la motte à laquelle on accédait par une passerelle de bois démontable ; – par la courtine 8 (actuellement disparue mais qui existait encore au siècle dernier) reliant le logis à une porte (murée) sur le flanc sud-est du donjon.
bricquebec - le donjon
donjon bricquebec
Par l'ancienne citerne (qui était alimentée par les eaux de pluie), un couloir de 3,25 mè­tres de long mène dans le caveau. Il était recouvert d'une épaisse voûte à six nervures. Cette salle obscure avait une hauteur totale de 3,50 mètres pour un diamètre de 5,63 mètres. Cette salle sans ouverture devait probablement contenir le ravitaillement en nourriture et en munitions, cinq boulets sphériques de pierre y furent découverts en 1890. La voûte a disparu et on aperçoit tout l'intérieur du donjon jusqu'à la voûte nervurée du sommet ; une immense cavité s'élevant à 22 mètres de hauteur. Les restes des cheminées et les diverses ouvertures nous montrent les différents niveaux.
Depuis le caveau, vers l'ouest, un corridor qui était obturé par trois portes fermant à clef, mène à un étroit escalier à vis qui accède au rez-de-chaus­sée. Cette pièce d'un diamètre de 7 mètres possède un petit four (placé en-dessous de la cheminée du premier étage). Ce devait être la cuisine et la pièce destinée à la domesticité. On y accédait, depuis l'extérieur, par la porte en hauteur donnant sur la cour. Vers le nord, entre la cheminée et le four, s'ouvre en haut de quelques marches, une embrasure munie de banquettes latérales et éclairée par une grande baie à meneaux donnant sur la cour. Au sud de la pièce, un couloir mène à la porte murée qui ouvrait sur la courtine 8 menant au logis. Ainsi, les deux accès se font à ce niveau. Un escalier à vis, plus vaste, située entre les deux portes, mène aux étages supérieures.
Au premier étage, nous arrivons à une pièce d'une hauteur de 4,40 mètres. Elle est éclairée du côté de la cour par une étroite fenêtre à un meneau, de 1,50 mètre de large et de 2,92 mètres de hauteur pour l'embrasure intérieure. Une cheminée à manteau tronqué et avec des chapiteaux sculptés chauffait cette pièce qui était défendue par cinq archères réparties sur son pourtour.
Nous arrivons maintenant au deuxième étage qui devait être l'étage noble réservé au seigneur. Sa hauteur est plus réduite (4 mètres). Une troisième cheminée chauffait la pièce du côté ouest. Une baie donne sur la cour et une autre ouvre vers le nord-ouest. Au sud, une petite porte ouvre sur une chambrette et des latrines placées dans une échauguette qu'on peut observer à l'extérieur du donjon.
Le troisième étage est plus bas, recouvert d'une voûte à voussettes. Il était aussi chauffé par une belle cheminée et éclairée par trois baies, une vers la cour, une autre au nord-ouest et la troisième au sud-ouest. Cet étage devait être réservé à la garnison qui pouvait ainsi accéder rapidement aux moyens défensifs en haut du donjon.
En haut des 113 marches de l'escalier à vis, nous arrivons au sommet du donjon sous un lanternon qui mène au chemin de ronde faisant le tour du donjon. Il était muni de corbeaux de pierre portant 27 machicoulis. Les corbeaux sont presque tous conservés, il reste encore un machicoulis du côté de la cour (derrière le lanternon de l'escalier). Avec son large arc surbaissé, il est d'un type assez particulier au Cotentin (Sénoville, Saint-Lô, etc.). Au centre de la plateforme se trouvait un pavillon qui, en 1902 (d'après P. Lebreton) « était surmonté d'un toit pointu, qui, au dire des vieillards de la localité, était en plomb à sa partie supérieure ».


le château de bricquebec reconstitution
Une vue ancienne, du début du siècle dernier, nous permet de restituer fidèlement la façade extérieure du logis entre le pignon restant et le bastion plat. Elle présentait un grand mur renforcé par de larges contreforts plats réunis à leur sommet par trois arcades cintrées, cette disposition rappelle celle que nous retrouvons dans la Merveille au Mont Saint-Michel. Ce logis était relié au donjon par une courtine aboutissant à une porte, second accès à cet ultime réduit défensif. Le donjon était muni d'un « pavillon » rond à sa partie supérieure recouvert d'une toiture pointue. Cette restitution nous donne l'état du château de la fin du Moyen Age à la fin de l'Ancien Régime. 
(Dessin Wanis/Heimdal - mise en couleurs PN/F. Gautier.) 
 
Le logis
 
Il ne reste que peu de vestiges du logis où résidait habituellement le seigneur et sa famille ; le donjon n'était qu'un réduit ultime qui n'était utilisé qu'en cas de siège et il n'a donc sûrement jamais été habité. Le logis se trouvait construit au sud-ouest, il n'en reste plus que le pignon ouest se dressant presqu'intact dans le prolongement du donjon, avec son puissant contrefort (« K » sur le plan), percé de deux fenêtres et archères. On en connaît la face sud (« 7 » sur le plan) d'après une estampe du siècle dernier réalisée avant sa destruction : un grand mur rythmé par de larges contreforts plats réunis à leur sommet par trois arcades cintrées, cette disposition rappelle celle que nous retrouvons dans la Merveille au Mont Saint-Michel. Ce grand mur ne présentait que d'étroites fenêtres ou archères et trois belles fenêtres dont deux à meneaux au dernier étage. Cette façade était complétée par une construction plus basse, plus à l'est, construite sur le même principe avec, en haut, une échauguette à usage de latrine. On peut supposer que les belles fenêtres éclairaient les chambres seigneuriales avec une chambrette avec latrine attenante. Une autre échauguette existe encore tout à fait à gauche contre le contrefort du pignon encore existant. On ne connaît pas la façade côté cour. On a seulement la mention d'une grande tourelle d'escalier à vis dans l'angle nord-ouest (face au donjon) qui devait désservir les étages et mener à la courtine 8 conduisant à l'une des portes (murée actuellement) accédant au donjon. On peut supposer que la façade de ce logis était percée de belles fenêtres et, à l'intérieur, ce bâtiment devait abriter de vastes et agréables pièces aux belles cheminées, aux murs décorés de peintures, couverts de tapisseries et de tentures. Comme nous l'avons dit, les sombres donjons n'étaient que bien rarement habités, ils donnent souvent une fausse idée de la société médiévale. C'est dans le logis où manoir manable qu'habitait alors le seigneur et les siens. Il nous reste  encore une partie de ce logis incluse maintenant dans « l'Hôtel du Vieux Château » (« S » du plan). Il y a là un tronçon du logis qui assurait la liaison avec le « palais » (P, Q, R). Au rez-de-chaussée, une belle porte romane donne accès à la partie « S » depuis « R » (dans le hall d'entrée actuel de l'hôtel, alors un grand préau). Plus à l'ouest, au premier étage de « S », une belle porte gothique ouvre encore sur le logis disparu. Ce bâtiment était percé de grandes fenêtres romanes dans les deux murs ouest et est de « S », elles sont maintenant bouchées.

préau des chevalier - bricquebec

Le Palais
 
Nous arrivons maintenant dans l'ancien « Préau des chevaliers » (« R » du plan) qui est actuellement le corps principal de l'actuel hôtel. Il y avait là un vaste préau ouvert du côté de la cour par quatre arcades gothiques maintenant murées. Le mur sud de ce bâtiment est rythmé par trois travées percées par trois grandes fenêtres gothiques encadrées par quatre contreforts plats. Ce vaste préau couvert semble avoir été modifié à diverses époques car il comporte quatre travées côté cour et trois travées côté rempart. Par ailleurs, deux gros piliers à l'intérieur suivent encore un rythme différent. Cette grande halle devait servir de salle pour les visiteurs ayant demandé une audience au seigneur et permettait d'accéder au logis, vers l'ouest, ou aux salles de réception du palais, vers l'est.
En « Q » se trouvait une partie du palais, il n'en reste qu'une bonne partie du mur s'appuyant sur le rempart (face à l'est). Il est percé de belles fenêtres gothiques (XIV siècle) montrant qu'il abritait de belles pièces de réceptions recouvertes de voûtes d'arêtes (il reste le culot de retombée de l'une d'elle à l'angle nord-est du bâtiment « R »). Ce bâtiment devait permettre l'accès à la grande salle palatiale située au-dessus de la salle basse « P ».

intérieur de l`Hotel du vieux château préau des chevalier - bricquebec

La « crypte » ou salle basse est une longue cave qui mesure en son ensemble 19,85 mè­tres de long sur 8,25 mè­tres de large. Elle est formée de trois vaisseaux de sept travées de douze colonnes et vingt colonnes engagées dans la maçonnerie. Le parti adopté est simple et beau, il fait alterner les colonnes cylindriques et octogonales. De même les nervures des voûtes alternent elles aussi : de section trapézoïdale entre les colonnes cylindriques, formées d'un tore bordé de deux baguettes entre les colonnes octogonales. On accède à cette salle basse par un escalier débouchant dans l'angle sud-ouest. Plus de la moitié de cette salle basse est en excellent état après restauration. Une partie a été recouverte par la voûte et est enfouie, une troisième partie a perdu sa voûte mais les piliers sont encore en place et la disposition intérieure est conservée. Cette salle basse dépasse du sol et quatre soupiraux (deux seulement sont visibles) ouvraient côté cour. On ne connaît pas son affectation : salle des gardes, salle de justice ? De toute évidence, elle supportait une grande salle de réception munie de grandes baies vitrées.
 
La chapelle
 
Sur les vestiges d'une chapelle médiévale, probablement romane, Marie de Bourbon en fit construire une autre en 1594 dans le style de la Renaissance. Elle a totalement disparu mais se trouvait, d'après des documents, appuyée à la courtine 4 (par où l'on entre avec les voitures) entre les tours G et H.
 
La face nord
 
Le long de la courtine 3, au nord, se trouvait un bâtiment à usage de communs probablement, dont il reste quelques vestiges. La courtine est percée d'embrasures pour des archères. Suit alors la porte nord, dégagée il y a quelques années. Elle ouvre entre deux tours polygonales. A l'arrière de la tour F, se trouve une rangée de fosses, probablement des latrines pour la troupe et les serviteurs. Le bâtiment s'appuyant à la courtine 2 était probablement un casernement ou logis pour la troupe. On aperçoit encore au premier étage, appuyée à la courtine, les restes d'une belle cheminée encadrée de deux larges embrasures pour des fenêtres munies de banquettes.
 
Le chartrier
 
En C se trouve un grand bâtiment très modifié et qui a perdu extérieurement tout son caractère. Il s'agit en fait de l'ancien chartrier. Au rez-de-chaussée se trouve une belle salle médiévale de 3,20 mè­tres de hauteur avec son puissant pilier central octogonal supportant une voûte d'ogives très simples. Au-dessus se trouvait une autre vaste salle voûtée mais qui a été compartimentée sur deux niveaux. En 1787, M. Simon, l'archiviste de Mademoiselle de Matignon, avait comptabilisé les documents qui se trouvaient dans cette salle voûtée à l'abri du feu : 5 699 pièces pour la baronnie de Bricquebec, 1 259 pour Orglandes, 369 pour Blosville, 1 087 pour la seigneurie de La Haye-d'Ectot et 75 pour celle de Valcanville soit 8 482 pièces au total qui furent malheureusement détruites ou dispersées à la Révolution, une perte pour l'Histoire.
Suit ensuite la courtine 1 con­tre laquelle devaient s'appuyer des communs puis une tour polygonale (ruinée) et un petit bâtiment (a) s'appuyant au châtelet.


Remparts du château de Bricquebec
L'imposant front sud avec le « bastion plat », la courtine « 6 » et la puissante tour 
de l'Epine.  en haut : le côté est du bastion  plat vue de la  Tour de l'Epine. (Photo J. Perrée.)
 

plan du château de Bricquebec

Tours et remparts
 
Nous avions laissé l'enceinte au nivau du logis (T) et de l'enceinte (7) disparus. Suit ensuite un large bastion plat (J) qui dut être construit assez tardivement à la fin du Moyen Age pour protéger les logis seigneuriaux sur cette face exposée. Il fait 19,45 mètres de long avec une saillie de 5,55 mètres. Suit une longue courtine (6) qui possède une gaine couverte (chemin de ronde couvert) à son sommet. Elle a été endommagée et réparée comme la maçonnerie nous le montre. A l'angle sud-est se dresse la massive Tour de l'Epine (I). A 24 mètres du bastion, elle est la tour la plus puissante du château avec un diamètre extérieur de 12,80 mè­tres. Deux étages seulement surmontent une salle basse voûtée à laquelle on accède par un escalier à vis. On accède à la salle du rez-de-chaussée par un couloir en gaine (venant du nord) coudé, qui aboutit (sur la face sud) à des latrines. Cette salle montre les restes d'une cheminée et trois baies avec banquettes et une fenêtre à un meneau. Des colonnettes montrent l'existence d'une voûte disparue. Il existait au-dessus un autre étage qui ne semble pas avoir été voûté mais présente aussi une cheminée et deux baies. Face à l'ouest, nous trouvons les restes de la courtine 5 avec les belles fenêtres du bâtiment Q puis la tour H montrant les restes d'un escalier à vis. Un couloir, coudé assez soigné et protégé, part de cette tour, derrière la salle basse P. La courtine 4 a disparu, remplacée par un bâtiment sans intérêt et le porche permettant aux véhicules d'entrer dans la cour ; la chapelle devait se trouver derrière cette courtine. Nous avons ensuite la tour G assez semblable à la tour H. La courtine 3, percée d'embrasures, est cachée  par un immeuble et nous arrivons à la porte nord(E), largede 2,50 mètres et haute de 4 mètres, entourée de ses deux tours polygonales avec des embrasures de tir rayonantes. La courtine 2 fait face au nord avec ses deux fenêtres et assure la jonction avec le massif chartrier et nous arrivons au châtelet avec la courtine 1. Mais, de la porte nord au châtelet, toute cette partie de l'enceinte est masquée par maisons et jardins. Toute l'enceinte forme un cercle irrégulier d'environ 125 mètres de diamètre.


Vue aérienne du chateau de Bricquebec
 
Visite du bourg
 
Sortons du château par le châtelet, nous sommes sur la place Le Marois : en face sur la droite, une belle maison du XVIIIe siècle (actuellement photographe). Nous prenons à droite : la mairie est devant nous, des halles en occupent le rez-de-chaussée. Nous la longeons et descendons par la rue Tristan à gauche : sur la droite, façades d'anciennes échopes. Dans l'angle un porche nous amène dans une ruelle pittoresque. Lucarne du XVIIe siècle en haut du porche intérieur. Ce passage était un accès secondaire du château des Galeries. Puis nous arrivons en bas sur l'une des principales artères du bourg, la rue de la République (ancienne « rue du bourg »). Nous la descendons par la droite en direction de l'Aisy, le « Bricquebec ». Sur la droite, nous pouvons admirer la façade d'un ancien hôtel particulier du XVIIIe siècle (actuellement notaire). De l'autre côté de la rue, au n° 9 (actuelle Caisse d'Epargne), bâtiment du XVIe siècle modifié deux siècles plus tard. On voit encore la trace d'une fenêtre à meneaux. Sur le côté, en descendant la ruelle (rue Tristan), on peut voir des vestiges plus évidents : fenêtre, porte avec un arc en accolade. Nous  continuons ensuite du côté droit (côté pair) jusqu'à la place Gosnon-Verger, on peut admirer la superbe façade romane de l'ancienne église qui a été remontée là. Un peu plus loin, dans l'angle (n° 8) ensemble de la fin du XVIe siècle (fenêtre à meneau) que nous retrouvons en contournant par la rue et en entrant dans la cour : tour d'escalier à l'arrière de l'immeuble, trois portes surmontées de blasons. Très bel ensemble qui mérite d'être restauré avec les joints à chaux – surtout pas au ciment. Nous laisserons, sur la droite, la « chaussée » qui enjambe l'Aisy et son ancienne filature, rue Saint-­Roch (la statue représentant Saint-Roch est actuellement au Musée de Bricquebec).
On remonte alors la rue de la République à peu près en face de la poste en prenant l'entrée de la rue Boël-Coler (le Boël est une courette, le mot vient du scandinave bœli). Nous la prenons : tour d'escalier sur l'arrière. On peut explorer les « Ruettes » vers l'arrière puis on revient sur la rue de la République en passant à droite devant le bâtiment du XVIe siècle déjà signalé. A proximité du centre : – lavoir restauré au bout de la rue du 11 Novembre ; – les restes de l'église médiévale au bout de la rue Maréchal-Bertrand, quartier ancien.
 

Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 13Printemps 1997)




 

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