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Avranches : cité des Abrincates


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Vue ancienne dAvranches (xviie siècle). Elle présente la Ville Haute avant la Révolution et les nombreuses destructions dont elle est responsable. Saint-André, la cathédrale, est encore en place.

Avranches
Cité des Abrincates


Extrait Patrimoine Normand N°18
Par Isabelle Audinet

 
Que l’on arrive de Caen ou de Rennes, la ville d’Avranches nous domine, les clochers de ses églises s’élevant vers le ciel, répondant à celui du Mont Saint-Michel. La ville fut implantée sur un site d’éperon et il est facile de suivre le relief en observant sur un plan le tracé des rues. Les hommes ont bien perçu l’intérêt de ce site qui surveille un lieu de passage et une ouverture sur la mer.
 

Déesse Victoire

L’occupation ancienne.

Cette situation de carrefour existait déjà à l’Antiquité, située au croisement de la route éventuelle de l’étain et de la route du sel. Des découvertes de poteries romaines, attachées à différents ateliers, permettent de reconstituer les divers courants commerciaux qui évolueront au cours des siècles.
Nous ne possédons aucune preuve de l’occupation de l’éperon aux périodes préhistoriques. Cependant, de nombreux témoignages archéologiques des environs montrent que la région était occupée par l’homme.
Statuette en bronze de la déesse-mère, trouvée à Pontaubault. IIe-IIIe siècle.A l’Antiquité, la présence de l’homme sur l’éperon est fort plausible dès les Gaulois. Des monnaies trouvées en divers endroits de la ville (cathédrale Saint-André, place d’Estouville, rue de Drémesnil, Tertre Fouqué) laissent à penser qu’une agglomération gauloise, capitale des Abrincates, était en ce lieu, dont la topographie est celle d’un oppidum celtique. Le nom de cette agglomération n’est pas certifié, en raison de l’absence de preuves épigraphiques.

Vase gallo-romain trouvé au Val-Saint-Père, au Gué de lEpine. Noter la décoration de la panse.La ville romaine, Legedia, est, elle, créée peu avant notre ère, sur une superficie de quinze hectares, qui ont soigneusement été nivelés par l’apport de matériaux. L’espace préparé est à l’écart de l’éperon. Des arpenteurs ont découpé le site de manière orthogonale, établissant la position des rues et des différents édifices publics, le tout orienté sur les points cardinaux. Certaines de ces rues ont été retrouvées sous les rues actuelles, mais une grande partie d’entre elles est ailleurs.
Ces rues étaient ou pavées de gros blocs granitiques arrondis  ou faites de petites pierres et de sable damé. Leur largeur était de cinq mètres et elles pouvaient être bordées d’un trottoir et d’un caniveau. Pour border ces rues, plusieurs types d’habitat privé se succèdent : en premier lieu, sans doute dès l’origine, des maisons en bois et en torchis, puis plus tardivement, de grandes maisons en pierre, plus à l’écart du centre, datant de la fin du Ier ou du IIe siècle de notre ère. Ces maisons, de grande taille, possédaient un aménagement et une décoration très luxueux (chauffage par le sol par hypocauste, peintures murales). Ces maisons appartenaient sans aucun doute à des habitants aisés qui avaient décidé de s’établir dans un quartier résidentiel à l’écart du reste de la population. Aucun bâti public ne fut retrouvé en place. Seuls des témoins (restes en pierre sculptée) incrustés dans les remparts nous indiquent leur existence. On peut supposer que le forum était au sud-est, près de l’actuelle Notre-Dame-des-Champs. Deux nécropoles furent retrouvées, au sud de la ville, de part et d’autre d’une voie menant à Rennes (le long de l’actuelle rue de la 4e Division et le long du boulevard du Maréchal-Foch).
La ville n’a jamais possédé de remparts avant le IIIe siècle.
Ceux-ci sont édifiés à la fin du IIIe siècle avec l’invasion des Saxons. Une partie de la ville fut détruite, elle se replie sur l’ancien oppidum qui est entouré d’une enceinte. Un château est construit et une garnison de soldats est chargée de surveiller les côtes de l’Avran­chin au ive siècle. La ville change de nom à cette époque et devient Abrinca. Le bouleversement de l’organisation de la ville s’accompagne du bouleversement des relations commerciales. En effet, loin d’être à l’écart de toutes routes, Avranches fut en relation avec l’Italie, le centre de la Gaule, l’Espagne, la Yougoslavie actuelle, puis par la suite Londres et Constantinople. Les voies de liaison sont terrestres, mais aussi et surtout maritimes par cabotage le long des côtes bretonnes et fluviales. Plusieurs sites portuaires peuvent être envisagés, qui ont perduré jus­qu’au xixe siècle pour cer­tains : port d’Alet, Grand Port et Grouin du sud sur Vains, Grand Port sur Céaux, Pontorson et Genêts, Gué de l’Epine au Val Saint-Père.
La principale activité de la ville d’Avranches semble donc être le commerce, favorisé très nettement par la position qu’elle occupe.

e Jardin des Plantes constitue une visite incontournable à Avranches. Lieu de promenade agréable, il réunit en outre de nombreuses espèces de plantes et darbres anciens.

 

Plan Avranches Médiéval

Le Moyen Age
 
Si la ville actuelle est peu marquée par la période antique, de manière frappante, le Moyen Age imprime à Avranches une grande partie du caractère qu’elle possède aujourd’hui.
Le principal changement est l’implantation du christianisme à la fin du ive ou au début du ve siècle. La première église est construite sur le site de l’ancienne cathédrale Saint-André, malheureusement disparue. L’édifice qui faisait 12 mètres de large et une trentaine de mètres de long, avait fait preuve d’un soin de construction très fort. Il est remplacé au ixe siècle. Une seconde église est construite à l’extérieur de la ville, sur les lieux d’un miracle réalisé au passage des reliques de saint Martin.
Quartier épiscopal avant la destruction de la Cathédrale Saint-André. En noir : remparts et palais épiscopal.La cathédrale Saint-André est reconstruite à partir de 1025. Elle subira malheureusement de nombreux préjudices au cours des siècles qui conduiront à sa perte après la Révolution. Au pied de la cathédrale, voire dans la cathédrale, furent inhumés de nombreux ecclésiastiques et civils. Les fouilles de leurs sépultures ont permis de découvrir des objets (bijoux, chapelets divers) qui témoignent de leur richesse certaine. Rares sont les témoignages archéologiques des maisons médiévales, en raison sans doute de la réutilisation des matériaux de construction (la pierre) et du creusement des caves. En revanche, les témoignages écrits rapportent les positions plus ou moins précises de maisons et en même temps commencent à décrire le réseau des rues. Il existe encore de nos jours des édifices ou parties d’édifices médiévaux en place que nous allons découvrir plus loin. Dessin montrant la façade nord du Doyenné, très peu ouverte, et rythmée de contrefort. La sobriété de la façade est renforcée par la pierre, le granit.
Au Moyen Age est reconstruit le rempart de la cité, sur les traces du rempart romain. Le château médiéval reprend l’emplacement du castrum romain et il est entouré d’une première enceinte.
En dehors de la ville, à moins de 200 m du rempart, à un croisement de voies, est implanté le marché. Enfin, dans un rayon de 500 mètres maximum, sont construites ou reconstruites des églises, Saint-Gervais, Saint-Saturnin, Notre-Dame-des-Champs, Saint-Symphorien, Saint-Martin.
Avant le XIIIe siècle, enfin existait un Hôtel Dieu, près de Saint-Gervais. Rares sont les témoignages de maisons dans les secteurs au pied de la cité, mais ceux-ci montrent une occupation ancienne, (XIIIe siècle) et dont la densité probable est confirmée par le réseau des voies et la présence de cimetières.

Dalle située à lemplacement de Saint-André disparue, commémorant la pénitence effectuée en 1172 par Henri II (roi dAngleterre) devant les légats du Pape pour le meurtre de Thomas Becket.

Il ne reste malheureusement peu de choses du Avranches du Moyen Age. Les reconstructions des XVIIe, XVIIIe siècles, puis du xixe siècle, les destructions du XXe siècle, avec la guerre ont fort endommagé le paysage de la ville. Une vue ancienne d’Avran­ches montre combien les remparts semblaient puissants, sur lesquels s’appuyaient les principaux organes de l’ensemble cathédrale : le palais épiscopal et la cathédrale. Ils dominaient la baie du Mont Saint-Michel de manière bien plus forte que ne le font actuellement les édifices religieux. Les clochers et tours devaient se répondre, le Mont étant visible de la cathédrale, la cathédrale devant être visible du Mont. Confrontation symbolique puisque la légende affirme que le Mont fut fondé en 709 par l’Evêque d’Avranches saint Aubert, sur ordre de l’Archange Saint-Michel. Si l’aspect physique d’Avran­ches au Moyen Age est mal connu, son histoire est bien plus célèbre. Sa position stratégique s’est confirmée au Moyen Age, objet de luttes constantes entre les Normands et les Bretons puis Français et Anglais pendant la guerre de Cent Ans. Les luttes nombreuses ont valu à la ville d’être entourée de remparts puissants à diverses périodes : au xie siècle, au xiiie siècle par saint Louis après être devenue ville royale. Au xvie siècle, elle est assiégée puis conquise par les troupes de Henri IV pour avoir pris le parti de la Ligue. En 1639, la révolte des Nu-Pieds, pauvres gens qui récoltaient le sel de la Baie et craignaient de voir supprimés certains de leurs privilèges, cette révolte est mattée de nouveau par les troupes du Roi.

Les remparts, Tour de l’Arsenal. A gauche, les murs datent du xixe siècle. A gauche, le haut (créneaux et mâchicoulis) sont récents, le bas de la tour est du xiiie siècle.

 
Les environs d’Avranches furent aussi le lieu de combats entre Chouans et Bleus.
Enfin, en 1944, Avranches devient célèbre par les opérations de libération de la France qui s’y déroulèrent sous le commandement du Général Patton.
Voici retracé en quelques mots l’histoire houleuse d’Avranches qui fut le siège de nombreux conflits et heurts, mais entra ainsi dans l’Histoire.
Il est grand temps maintenant de se promener à travers les rues et de découvrir ou des témoins du passé, ou des lieux souriants qui font tout le charme de la ville.
Pour quiconque visite Avran­ches pour la première fois, il ne pourrait retenir de cette ville que la matière et la couleur. Le granit marron et gris est partout, froid, sévère. Mais ce ne serait pas rendre justice ni hommage à Avranches. Ville historique, ville culturelle, Avranches nous livre son âme à travers ses rues, ses mo­numents, ses panoramas. Nous allons maintenant nous laissez entraîner à travers la ville pour sentir l’atmosphère qui s’en dégage et admirer chaque détail qui fait d’Avran­ches ce qu’elle est.
 

 


Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 18, Hiver 1997)


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