Patrimoine Normand magazine

 





Abbaye de Cerisy la Forêt


ue aérienne de l’abbaye. On aperçoit le côté sud des bâtiments : porterie, vestiges de la nef, abbatiale. En arrière-plan, la forêt de Cerisy.

Abbaye de Cerisy-la-Forêt


Extrait Patrimoine Normand N°19
Par Isabelle Audinet & Eric Groult

Au débouché de la forêt de Balleroy surgit  une superbe abbatiale romane, un monument en cours de restauration car il est en grand danger.

Saint-Vigor et Cerisy

Une légende veut que le moine Vigor alors ermite au village de Reviers ait reçu de Volusianus, grand propriétaire terrien, la terre de Cerisy.
Devenu par la suite évêque de Bayeux, il fonda au vie siècle, en ce lieu, un établissement religieux qui exista jusqu’aux invasions normandes. Celui-ci probablement ruiné par ces mêmes envahisseurs, ne retrouva une vie régulière que sous le règne du père de Guillaume le Conquérant : Robert le Magnifique. « En ce jour du 12 novembre 1032 » nous indique la première mention connue. On sait aussi que le premier abbé du lieu vint de Saint-Ouen de Rouen. De cette époque il ne reste au jour d’hui aucune trace apparente des constructions.
L’abbaye de Cerisy prit de l’importance avec les moines bénédictins qui se chargèrent d’établir des prieurés, rayonnant sur les monastères affaiblis de Saint-Fromond, Saint-Marcouf et autres sites éprouvés.
 
l’abbatiale vue du plan d’eau. Chevet et croisillon nord
Chronologie du XIe à nos jours
 
Bien qu’il ne nous reste aucun texte, on situe pourtant au XIe siècle la construction de l’abbatiale. On pense que la nef fut édifiée (au XIe siècle) avant le chevet et le chœur. Au cours du XIIIe siècle, on construisit la porterie et la chapelle de l’abbé. De même on édifia une travée d’avant nef ainsi qu’une façade gothique à trois portails devant l’église. En 1269, une importante donation fut faite par saint Louis. Une autre donation permit par la suite, au XIVe siècle, de construire la voûte du chœur. Au XVe siècle, les logis conventuels ayant disparu on les reconstruit, et une grande campagne de restauration est lancée, on remet au « goût du jour » le décor du chemisage autour des piles et de la croisée du transept, puis bouchage des baies de la croisée, ainsi qu’élargissement des autres. Sous le règne de François Ier se développe l’habitude d’établir des abbés commendataires (la commende) à la tête des abbayes. Les revenus qui restaient auparavant dans les abbayes pour leur entretien s’en vont dorénavant avec l’abbé. Dès lors on observe un appauvrissement des abbayes que connaît aussi Cerisy.
D’importantes détériorations vont s’ensuivre. Outre tempêtes, ouragans et la foudre qui causent à maintes reprises des dégâts importants, l’abbaye va souffrir des affrontements entre catholiques et protestants.


 
En 1714, le croisillon nord s’éboule ; il est refait mais la foudre s’abat sur le clocher en 1765.
Avec la réforme de Saint-Maur (qui est une réforme de l’ordre Bénédictin au même titre que les Cisterciens et les Chartreux ; la congrégation s’installe en 1706) est entreprise une nouvelle campagne de restauration, tant spirituelle qu’architecturale :
– des bâtiments sont cons truits ou reconstruits,
– le clocher est refait,
– un second empâtement à la base des piles est effectué, ainsi que la mise en place d’une voûte d’arêtes à la croisée du transept.
Enfin, en 1775, à la suite d’un tremblement de terre, des baies du chœur et de la nef sont bouchées pour consolider l’ensemble.
Mais le déclin définitif de l’abbaye s’amorce dès Louis XV. A la Révolution, on ne comptait plus que sept moines. D’autres destructions s’ensuivent. En 1811, en raison de l’état de délabrement de la partie ouest de l’abbatiale, la municipalité décide de la démolir. Cette partie accueillait à l’origine les gens du peuple, les laïcs et était séparée du reste de l’édifice occupé par les moines. Cette séparation était figurée au départ par une barrière, puis au XVIIIe siècle, par un mur. Afin d’éviter une destruction totale, les bâtiments sont inscrits sur la liste des monuments historiques en 1840. De nouveaux travaux sont engagés, comme le voûtement léger de l’église en 1872, ou des restaurations suite à la foudre à la fin du XIXe siècle.
Au total, c’est près d’un siècle de restauration et de travaux qui nous a permis d’avoir l’édifice tel que nous l’avons sous nos yeux. Ce qui n’empêche pas que l’abbatiale est encore en péril et que de nouveaux travaux, actuellement engagés, vont permettre de sauver de la ruine les structures et de revenir à un état antérieur et originel
 
PLAN DE L'ABBATIALE
 

 
L’abbatiale de Cerisy représente bien l’architecture romane des grands édifices. Elle possède aussi des formes qui caractérise le style roman normand. Dans son ensemble, le plan est courant : une nef avec deux bas-côtés, un transept saillant et un chœur échelonné, dont l’origine est normande (Bernay) mais qui ne sera diffusé réellement dans cette région qu’à la fin du XIe siècle. Le chœur échelonné, comme l’indique le terme, montre dans le plan une succession plus ou moins pyramidale d’absides. Nous pouvons donc observer des absides sur le transept, puis plus loin une abside dans le prolongement de chaque bas-côté, puis une dernière, plus vaste et proéminente au bout de la nef.
A la croisée du transept est construit aussi une tour-lanterne. Ces dispositions apportent un fort relief dans les volumes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, et aident le regard à se déplacer dans l’édifice. L’abbatiale se distingue des autres églises romanes de par l’élévation des structures. Ces dispositions préfigurent l’architecture gothique, et elles constituent en tous les cas une œuvre très audacieuse pour l’époque et d’une grande beauté. Ce qui les caractérise est la luminosité de l’ensemble, luminosité très bien répartie dans tout l’édifice, sans zone d’ombre. Elle est due au grand nombre de baies perçant les murs tant de la nef, des bas-côtés que du chœur.
A l’inverse des édifices romans du XIe siècle en général, où les volumes s’étagent sur deux niveaux, l’abbatiale de Cerisy a été construite par l’architecte avec trois niveaux :
– série de grandes arcades de la nef (donnant sur les bas-côtés),
– baies moyennes géminées ouvrant sur une tribune au-dessus de chaque bas-côté, elle-même éclairée,
– galerie haute de circulation au dernier niveau qui permet de circuler entre les baies. Le chœur possède aussi une disposition tripartite, l’abside étant plus basse que le reste. Cette église n’était pas voûtée, mais couverte par des plafonds ce qui allégeait la construction et permit de pratiquer de nombreuses ouvertures et une élévation à trois niveaux. Un voûtement initial aurait abouti à une église romane basse et sombre, commune pour cette période. Seuls les bas-côtés furent voûtés à l’origine d’arêtes, de réalisation ma­la­droite.

 
LES RESTAURATIONS
 
La conception architecturale de l’abbatiale ne destinait pas celle-ci, on l’a vu, à être couverte de voûtes. C’est malheureusement ce qui fut réalisé dans les siècles suivants sa cons­truction, puisque le chœur, la croisée du transept, la nef furent voûtés. Ces transformations successives expliquent en partie les détériorations de l’édifice que l’on dut consolider en bouchant des baies et en rechemisant les piliers de la croisée du transept.
De récentes études, organisées dans le cadre d’une campagne de restauration en cours (dont le but est de déchemiser les piliers de la croisée du transept, principalement) ont permis de comprendre les causes des dégâts causés aux maçonneries. Des déformations observées sont dues, d’une part à un sol non stable en schiste décomposé qui ne peut supporter les pressions imposées par le bâtiment, d’autre part par une détérioration des maçonneries composées de pierre taillée visible et d’un remplissage de matériaux divers (blocage) entre les deux couches de pierre. Ce blocage, en effet, s’est trouvé « lavé » sous l’effet des infiltrations et ses éléments désolidarisés. Quant aux fondations, elles ne sont pas non plus solides, car faites de gravats disparates.
Les restaurations sont donc destinées à renforcer les maçonneries, les fondations, afin de rééquilibrer les poussées des murs sur les piles et le sol. La reconsolidation s’effectue en injectant un liant dans les maçonneries et les fondations, remplaçant celui disparu. Ce liant est adapté au matériau de construction des murs afin de ne pas constituer un facteur de détérioration supplémentaire. 
De plus, au pied de chacun des piliers de la croisée ont été implantés des micro-pieux destinés à recevoir les charges délivrées sur chaque pilier. Ces charges sont donc réparties en plusieurs points et non en un seul et n’écrasent donc pas les fondations. A la fin de ces restaurations, l’abbaye retrouvera ses piliers centraux originels, formés de plusieurs colonnettes élancées, qui sont actuellement cachées derrière les lourdes maçonneries qui les renforcent (maçonneries installées aux XIIe et XVIIIe siècle).

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