Patrimoine Normand magazine

 





Château d'Harcourt

Le château d'Harcourt (photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand).

Le château d'Harcourt (photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand).


Extrait Patrimoine Normand N°23
Par Isabelle Audinet

 

Situé entre Brionne et Le Neubourg, le château d’Harcourt appartient à une ligne de défense de la Normandie. Construits sur la Risle, en effet, on rencontre les châteaux de Monfort-sur-Risle, Brionne, Beaumont-le-Roger, et plus bas Conches-en-Ouche.
 

Le site est cependant connu bien avant la fondation du château. Le toponyme est d’origine ancienne, signifiant « la court » (domaine, nom d’origine latine) d’Herulfus (nom d’Homme d’origine germanique). Le suffixe -court est antérieur à l’arrivée des Normands.

De plus, pour aller vers l’ancienneté du lieu, des vestiges antiques ont été trouvés sur le site, et notamment une villa gallo-romaine (exploitation agricole).
 

Reconstitution hypothétique du château d'Harcourt d'après J. Téaldi (Mise en couleur F. GAUTIER/ Patrimoine Normand).

Reconstitution hypothétique du château d'Harcourt d'après J. Téaldi (Mise en couleur F. GAUTIER/ Patrimoine Normand).

 

Du tout premier château on ne connaît rien, sinon qu’il devait s’agir d’un château en terre et en bois, entouré d’une palissade et d’un fossé. La tradition veut que Rollon, après le traité de Saint-Clair-sur-Epte, partagea, en 912, entre ses amis, les terres obtenues lors de ce traité.

La terre d’Harcourt échoua à Bernard le Danois. Il serait le premier d’une lignée qui prit le nom d’Harcourt deux siècles plus tard. Mais sa filiation avec les d’Harcourt n’est pas assurée. Les premiers ancêtres dont on soit sûr sont Turketil et son fils Ansquetil vers l’An mil.

Le premier château de pierre remonte au XIIe siècle, construit par Robert II d’Harcourt, compagnon de Richard Cœur de Lion. Il consistait en un gros donjon carré, encore visible, sur une motte isolée par un large fossé, avec basse-cour. Au XIIIe siècle, l’ensemble est repris, réutilisant les structures déjà en place. Le château actuel permet de bien comprendre l’évolution de la forteresse, car il subit d’une manière générale peu de changements.

Sur la motte du premier château, on adjoignit à la tour carrée un château de forme polygonale, à cinq tours rondes. Elle était entourée d’un fossé inondable. On accédait à la basse-cour par un pont avec, à l’origine, sans doute un « pont dormant », c’est-à-dire un tablier de bois que l’on pouvait ôter en cas de besoin. La basse-cour est aussi de forme polygonale, entourée d’une enceinte flanquée de neuf tours à archères. Cette enceinte aurait pu éventuellement se poursuivre derrière le château.
 

L'enceinte du château d'Harcourt, entourant la basse-cour. Les tours, avec un fort "fruit" descendant dans les fossés ont été "ovalisées" pour mieux permettre la défense et l'attaque (photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand).

L'enceinte du château d'Harcourt, entourant la basse-cour. Les tours, avec un fort « fruit » descendant dans les fossés ont été « ovalisées » pour mieux permettre la défense et l'attaque (photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand).
 

Cette grande enceinte semi-circulaire, flanquée de tours, à la base évasée (« fruit », permettant d’éviter les sapes et de faire rebondir tout objet déversé dessus) avec un large fossé, est caractéristique de l’architecture dite philippienne (de Philippe-Auguste). Les architectes ont su s’adapter au château antérieur, de type roman, avec la motte et sa vaste basse-cour. Les murs de l’enceinte sont équipés des dernières innovations : mâchicoulis et chemin de ronde. Tout aussi caractéristique de cette architecture, le châtelet d’entrée composé de deux tours jumelées en avant du fossé.

La multiplication des obstacles permettait de retenir au mieux les assauts et les sièges. Les propriétaires firent aussi évoluer l’architecture en fonction des besoins de défense ou d’attaque. De nos jours restent le château polygonal en partie (le vieux donjon a été arasé à hauteur des autres parties du bâtiment), le châtelet d’entrée (deux tours en avant du fossé et dont l’entrée était défendue par des herses) et une partie de l’enceinte fortement abîmée.

Au XVIIe siècle furent ouvertes de grandes baies dans les tours et le château, et réalisés d’autres aménagements internes pour rendre plus habitable l’ensemble. Toute la partie est fut aussi abattue pour y installer un jardin d’agrément.

Il est, à partir de 1802, entouré d’un arboretum, l’un des plus beaux de France, dont nous avons parlé dans le numéro 22.

Ce château a eu la chance d’être habité jusqu’à peu avant la Révolution, ce qui lui a évité la ruine.
 


LES D'HARCOURT

Les premiers d’Harcourt semblent avoir été, on l’a vu, Turketil et Ansquetil, vers l’An Mil. Cette famille fut l’une des toutes premières de Normandie pendant le Moyen Age et vit naître nombre de personnages importants (pour l’Histoire de France) en son sein.

Au XIIe siècle, Philippe d’Harcourt devient évêque de Salisbury et chancelier du roi d’Angleterre. Jean II le Preux, qui reçut Philippe II le Hardi, est amiral et maréchal de France.

Les terres des d’Harcourt deviennent comté sous Jean IV, en 1338. Pendant la guerre de Cent Ans, le château passe dans le camp anglais, sous Godefroy d’Harcourt, allié d’Edouard III, roi d’Angleterre, à qui il lègue son domaine à sa mort en 1356. Le château est pris définitivement par les Anglais en 1418, repris par le Français Dunois, inventeur de l’artillerie en 1449.

Le domaine passe ensuite aux mains de diverses maisons, faute de descendants. Il échoit à Françoise de Brancas, amie de Madame de Maintenon, au XVIIe siècle. Elle est à l’origine des aménagements de cette période. Le dernier propriétaire privé est Louis Gervais Del­a­marre qui crée le jardin. Il est de nos jours propriété de l’Académie d’Agriculture de France. Mais ceci est une au­tre histoire (voir Patrimoine Normand n° 22).


 

Vue aérienne du château. On distingue nettement la motte d’origine sur lequel est implanté le château, séparée de la basse-cour par un fossé profond (© Eric Bruneval).

Vue aérienne du château. On distingue nettement la motte d’origine sur lequel est implanté le château, séparée de la basse-cour par un fossé profond (© Eric Bruneval).

Bibliographie
 
- Harcourt un domaine millénaire, Cliquet Dominique, Guide Gallimard, L'Eure, 1995.
Harcourt, château et arboretum, Stéphane William Gondoin, Editions OREP, 2017.
La France médiévale : romantisme et renouveau, Jacques Tealdi, Editions Publitotal, 1988.
 

 




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