Patrimoine Normand magazine

 





Un jardin conservatoire de fleurs et des légumes en Pays d'Auge

Vue générale du jardin avec le clocher de labbaye.

Un jardin conservatoire de fleurs et des légumes en Pays d'Auge


Extrait Patrimoine Normand N°26
Par Isabelle Audinet, Christianne Dorléans, Katia Plekhoff

Scolyme dEspagne.
Scolyme d’Espagne.

Pour qui a rêvé de découvrir un jour le haricot magique du conte, ou bien la fleur introuvable de son enfance, le jardin conservatoire de Saint-Pierre-sur-Dives, peut être pour lui une manne. Lieu de promenade pour amateur, il est aussi un moyen de prendre pied dans les jardins du Pays d’Auge et leurs traditions ancestrales.
 

Le jardin conservatoire de Saint-Pierre-sur-Dives n’est pas un jardin d’agrément, avec perspectives et jets d’eau. Nulle recherche de l’esthétique, sa beauté lui vient des plantes qui y poussent et de leurs histoires. C’est un jardin récent, né de la réunion de trois compétences : le professeur Pierre-Noël Frileux, de l’Université de Rouen ; Michel Vivier, ethnobotaniste, ancien délégué régional de l’INRA Basse-Normandie ; Christiane Dorléans, présidente de « Montviette Nature ». Tous les trois sont profondément impliqués par leurs recherches personnelles et professionnelles dans les jardins ruraux du Pays d’Auge. Leurs passions communes les amènent à monter en 1994 une exposition originale, celle d’un jardin entièrement recréé. Concept nouveau pour le public qui y adhère. Suite à une proposition de la ville de Saint-Pierre-sur-Dives, le Jardin Conservatoire est implanté dans les anciennes pépinières de la ville, réutilisant les structures abandonnées (serres et châssis). Chacun des trois fondateurs apporte sa collection privée. Et pour reprendre la tradition des jardins ruraux, on peut échanger ses graines et boutures, issues de son trésor, contre des plants du jardin conservatoire. Chacun en ressort enrichi et le patrimoine (agri)culturel se développe ainsi. Le jardin conservatoire a pour objet non seulement de rechercher et préserver les espèces et variétés en voie de disparition, mais aussi d’observer le comportement des plantes (rusticité, rendement…). Recueillir et conserver les plantes domestiques ainsi que leurs modes de culture, d’entretien et l’usage de ces végétaux est aussi une manière de contrarier le nivellement des cultures modernes.

Les plantes grasses.

Les plantes grasses.

Un jardin organisé pour le visiteur…
 
Le jardin est divisé en deux grands espaces : l’espace des légumes et aromatiques… et celui des fleurs. Cinq autres petits espaces sont aménagés : les plantes de « grand-mère » à l’entrée (plantes grasses ou cactées), une roseraie, des plantes ayant servi des techniques anciennes, les secrets de la pharmacopée et l’espace aux échanges. Une des serres abrite des espèces rapportées de voyages au xixe siècle par de fameux « chasseurs de plantes » (dahlia pour en consommer la racine, glycine et capucine tubéreuses…).
En pénétrant dans le jardin, nous sommes tout d’abord frappés par la luxuriance de la végétation. L’organisation est rigoureuse, mais si une plante se développe dans une allée, en bordure de châssis, on la laisse s’épanouir ou bien on la transplante ailleurs. Nous trouvons donc à droite, en entrant, le carré des plantes dites de « grand-mère », dont une variété épineuse surnommée « belle-mère », allez savoir pourquoi !… Elles se développent dans les rocailles ou sur les toits, comme les « artichauts » (ou joubarbes) aux belles fleurs roses. La roseraie présente 25 variétés prélevées dans les jardins du Pays d’Auge. La rose n’a pas de territoire mais certaines vieilles roses comme « William Lobb » disparaissant sous les épines étaient par goût ou par tradition, présentes en Basse Normandie. Autour de la rose de France sauvée d’une friche, des sujets aux formes complexes, aux teintes et corolles variées fleurissent le mois de juin : comme la rose « Lévêque » d’un pourpre profond…
Dans le parterre des plantes associées à une technique, poussent le pastel ou bien le choucanne dont la tige haute et dure pouvait servir de canne au jardinier ornais. Le coin suivant dévoile quelques secrets de plantes médicinales. Désignées sous leur nom populaire, comme la cardiaque, qui dit bien son usage, le baume-coq à odeur de camphre mais aussi le chou, racontent les remèdes aux petits maux du jardinier et de sa famille.

Rose lvêque.
Rose l’Évêque.
On extrait le jus des feuilles de choux pour soulager les ulcères à l’estomac (résultat obtenu grâce à une enquête réalisée auprès de M. Vivier).

La visite s’avance vers le grand carré des légumes répartis en châssis classant les plantes « à potage » selon la partie consommée. Ainsi le scolyme voisine avec les carottes dans le châssis « Racines », l’ansérine avec la pomme de terre au rayon « Tubercules ».
Au bout de chaque châssis sont cultivées aromatiques et plantes à liqueur. La bordure d’herbes étant un schéma plus récent de la culture des plantes aromatiques. Se rencontrent aussi le « loto » dont la feuille donne au lait un goût d’amande amère, la chartreuse, les menthes… Volontairement les légumes sont laissés libres dans leur cycle de végétation. Il peut être surprenant de découvrir l’oseille, l’asperge ou la chicorée aux jolies fleurs bleues. L’objectif est de permettre au public de rencontrer la plante dans ses différents états et aux responsables du Jardin d’observer cette dernière dans ses différents comportements.
On ne peut quitter cet espace sans parler de quelques unes des 180 variétés présentées. Disparues depuis bientôt un demi-siècle des graineteries, le haricot « Petit Carré de Caen à rames » ou de pied, le savoureux petit pois « mangetout jaune de Saint Désirat » côtoient des espèces encore bien plus anciennes comme la gesse cultivée à la floraison blanche et la dolique cultivée avant l’arrivée du haricot au XVIIe siècle.

Crambé maritime, choux de bord de mer.
Crambé maritime, choux de bord de mer.

L’alphabet des fleurs
 
Du côté des fleurs, la répartition est alphabétique et chacun peut trouver les plantes et les odeurs de son enfance. Là aussi la pousse est laissée libre. Luxuriance des arbustes, douceurs des parfums, délicatesse des clochettes ou des pétales retiennent le bruissement du vent. Chacun y trouve son bonheur, et peut-être vous arrêterez-vous aussi, comme les enfants, pour caresser les douces feuilles des « oreilles d’ours » ou de coquelourdes.
La dernière adoptée au jardin : le pancrais, grand amaryllis blanc au parfum capiteux fleurissant tout le mois de mai, servait dans les paroisses autour de Honfleur à la procession de la communion solennelle. Les jeunes communiantes portaient cette fleur immaculée à la place du cierge traditionnel…

Marmelade de potiron
1,8 kg de chair de potiron pelée et épépinée - 3 oranges coupées en fines rondelles - 60 cl d’eau - 1,8 kg de sucre.
Détailler la chair de potiron en petits cubes et mélanger avec le sucre. Dans une autre terrine, mettre les oranges et les couvrir d’eau. Laisser reposer le tout pendant 24 heures.
Mettre les oranges avec leur eau de trempage dans une grande bassine à confiture et porter à ébullition. Ajouter ensuite le potiron et le sucre. Laisser mijoter jusqu’à ce que le potiron soit bien tendre et que le moment de la prise soit atteint. Mettre en pots, couvrir et boucher.

Les idées en tout genre peuvent « germer » pour aménager vos jardins (comme les haies de topinambours, parents du tournesol), les fleurir et même faire des farces à vos amis. En effet, une mode s’était développée au XIXe siècle de disposer des leurres dans la salade ou bien sur l’assiette des invités ; des chenilles étaient cultivées au jardin, vertes et grouillantes à s’y méprendre, elles valaient bien toutes les farces et attrapes d’au­jourd’hui. Leur culture fut donc instaurée dans cet unique but.
Dans la serre enfin, les plantes ramenées au XIXe siècle, après la destruction par le mildiou des pommes de terre récemment adoptées en Normandie : une société d’Emulation ou d’acclimation accueillait à Lisieux les tubercules et quel­ques arbustes rapportés par les chasseurs de plantes. Deux normands sont ainsi partis au Nouveau Monde. De ces plan­tes introduites comme le dahlia, la capucine et la glycine tubéreuses, les jardiniers n’ont retenu que leur caractère ornemental.
Le Jardin Conservatoire est un lieu magique qui, bien au-delà du rôle des parcs et jardins d’agrément, transporte le visiteur dans un monde qui disparaît. Histoires, anedoctes et recettes délivrées par les guides emmènent le public dans l’univers de son enfance, celui du grand-père jardinier, des confitures mises en pot par une grande tante. C’est une rencontre avec un peu de nous-mêmes qui nous attend en ce lieu. 

Chenille velue.        Chenille grosse.
        Chenille velue                            Chenille grosse
Haricot il de Perdrix.
Haricot œil de Perdrix.

Pommes de terre bleues de la Manche.
Pommes de terre bleues de la Manche.

Haricot petit carré de Caen.
Haricot petit carré de Caen.

Melon sucrin de Honfleur.
Melon sucrin de Honfleur.


 
Culture de la pomme de terre dans un sac.
Culture de la pomme de terre dans un sac.
Le Pancrais, grand Amaryllis blanc.
Le Pancrais, grand Amaryllis blanc.
Auricule.
Auricule.

Consoude de Russie.

Consoude de Russie.







Pois jaune fondant Saint-Désirat.

Pois jaune fondant Saint-Désirat.








Arbre aux perruches.

Arbre aux perruches.

 
Le jardin conservatoire des fleurs et des légumes du Pays d’Auge recherche…
 
Les légumes :
 
- Betteraves « Jaune des Barres », « Rose disette d’Allemagne »
- Cardon « De Tours »
- Chicorée « Frisée de Guillande »
- Choux « Grappu de Lingreville », « Milan de Caen », « De Mortagne », « De Cherbourg », « De Bayeux »
- Fève « Maraîchère naine hâtive »
- Fraisiers « Rubis », « Perpétuelle Janus », « A gros fruits blancs »
- Haricots à rames « Top Kroc », « Fourchette d’argent »
- Flageolet « Prolifique de Lisieux » (1937)
- Haricots nains « Métis », « Phénix »
- Laitues « Saint Laurent », « Palatine », « Bossin », « Pionnet des 4 Saisons »
- Maïs « Etoile de Normandie »
- Melon « Sucrin de Honfleur »
- Navet « De Maltot »
- Poireau « De Rouen »
- Pois à écosser « De Clamart », « Puce », « Prince Albert », « Daniel », « Victoria »
- Pois mangetout « Italie », « Beurre », « A la Reine »
- Pois (?) « Suprême à rames », « Empereur sucré hâtif à rames »
- Panais « Rond »
- Pommes de terre « Noire des Montagnes », « Marjolain », « Prince de Galles », « Suie », « Piquet », « Fulvie », « De Strasbourg », « Rohan »
 
Les fleurs :
 
- Glaïeul « Souvenir de Saint-Pierre-sur-Dives »
- Œillet « Avranchin »
- Reine Marguerite  « Hercule variée » (fleurs géantes)
Si vous cultivez encore ces légumes et ces fleurs ou si vos aïeux les ont cultivés ou encore si vous savez où les trouver, merci de nous contacter.
Nous recherchons aussi des recettes de soupes, confitures, liqueurs… traditionnellement utilisées en Pays d’Auge.
 
Horaires
 
Mai, juin, septembre, octobre, le lundi de 10 h à 12 h, et de 14 h à 17 h. Tous les jours (sauf le mardi) de 14 h à 17 h. Visite guidée à 15 h. Juillet et août, tous les jours (sauf le mardi) de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h. Visite guidée à 15 h et à 16 h 30. Accueil des groupes sur rendez-vous.
Renseignements : Office de Tourisme - Rue Saint-Benoist, tél. : 02.31.20.97.90.
http://www.mairie-saint-pierre-sur-dives.fr/

Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 26, avril-mai 1999)



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