Patrimoine Normand magazine

 





Histoire du thermalisme à Bagnoles-de-l'Orne

CDC Bagnoles-de-lOrne - Tessé la Madeleine.

Histoire du thermalisme à Bagnoles-de-l'Orne


Extrait Patrimoine Normand N°26
Par Isabelle Audinet

CDC Bagnoles-de-lOrne - Tessé la Madeleine.

Nichée au cœur de la forêt d’Andaine, la station de Bagnoles-de-l’Orne offre charme et douceur de vivre aux curistes et touristes de passage. Créée depuis quatre siècles, embellie constamment depuis, elle a littéralement changé l’aspect des lieux. De la découverte de la source à la station thermale, tant et tant d’histoires ont forgé Bagnoles - Tessé…

Un monde de légendes…
 
On ne connaît ni les circonstances, ni la période de la découverte de la source, ni l’inventeur bien sûr. Vide qui a laissé la place à de nombreuses légendes.
La première se situe au xiie siècle. Le seigneur Hugues de Tessé, revenant de Croisade et passant par la forêt d’Andaine, abandonna son cheval fourbu à la nature, lui accordant ainsi la liberté pour la fin de sa vie.
Quelques temps plus tard, Hugues voit revenir son cheval, redevenu le fringant destrier avec qui il était parti en croisade. On imagine aisément son désarroi. Il décide alors de suivre le cheval pour comprendre l’origine de cette jeunesse renouvelée, cheval qui le conduit à une flaque d’eau, fontaine naturelle. Hugues de Tessé, frappé par la profondeur et la transparence de l’eau, et surtout encore marqué par le « miracle » accompli sur son cheval, ne peut que goûter de cette eau. Il retrouve alors jeunesse et vigueur perdues lors des batailles. Sa jeune fiancée ne peut plus dorénavant se refuser à lui et l’épouse bien volontiers. Et pour prouver sa vigueur retrouvée, Hugues lui donne de nombreux enfants comme dans toute légende qui se respecte.
Une variante de cette légende montre le seigneur Hugues, rentrant de Croisade, entraîné par son cheval vers une fontaine de la forêt d’Andaine. Au creux de cette fontaine se baignait une ondine, d’une très grande beauté, et de laquelle le seigneur Hugues tomba immédiatement éperdument amoureux. Dans son désir de mieux la voir, il s’avança, mais la belle l’aperçut et, effrayée, s’enfonça dans les eaux. Hu­gues voulut la suivre, s’engagea dans la fontaine et, à son grand étonnement, ressentit bientôt bien-être et jeunesse renouvelée. La découverte de cette fontaine de jouvence et sa rencontre avec l’ondine firent que Hugues y revint le lendemain. Assis au sein de la fontaine, sentant les bienfaits de cette eau agir sur son corps, ses pensées allaient vers la belle ondine entrevue la veille. L’avait-elle senti venir, l’attendait-elle ? Toujours est-il qu’Hugues la vit soudain à ses côtés, qui l’observait. Subjugué de nouveau par sa beauté, son cœur s’enflamma et il lui déclara son amour, bien qu’il crût la perdre à tout jamais. Mais la belle ondine, à son cœur si chère, n’était pas que curieuse, et de son chant sublime, le couvrit d’amour. Hu­gues et la belle, prénommée Yvette, se marièrent et eurent eux aussi de nombreux enfants.

CDC Bagnoles-de-lOrne - Tessé la Madeleine.

La tour de Bonvouloir : restes dun château dont ne nous sont parvenus que deux tours (premier plan et plan central) et quelques bâtiments, la tour de Bonvouloir, malgré la légende qui y est attachée,
La tour de Bonvouloir : restes d’un château dont ne nous sont parvenus que deux tours (premier plan et plan central) et quelques bâtiments, la tour de Bonvouloir, malgré la légende qui y est attachée, n’est qu’une tour de guet.
Une troisième légende fait intervenir un chevalier de la région, Guyon Essirard, et se déroule plus tard dans le Moyen Age. Ce Guyon Essirard était marié avec une femme bien plus jeune que lui, puisqu’elle n’avait que 20 ans, prénommée Anne. Leur union resta malheureusement stérile pendant les premières années, et Guyon chercha finalement à résoudre ce problème cinglant pour sa virilité et sa succession (d’autant qu’il n’était plus jeune). Il s’installa donc auprès de la fontaine de la forêt d’Andaine (il semblerait, d’après cette légende, qu’elle était déjà connue à l’époque où se situe l’histoire), y construisit un abri et passa vingt et un jours à s’y baigner, à en boire l’eau et à dormir au sein de la forêt. Un régime que tout bon curiste de nos jours ne saurait démentir ! Ces quelques jours passés, il revint auprès de sa jeune épouse, ayant retrouvé sa vigueur d’antan. Ce qui lui fut confirmé par la grossesse de sa femme, puis la naissance d’un descendant. Pour fêter sa revanche sur l’âge, il aurait fait construire la tourelle du château de Bonvouloir, situé non loin de là, et dont la forme est pour le moins équivoque.
 
 
...des légendes qui rejoignent la réalité
 
Les histoires qui précèdent ne sont que des légendes, mais il est vraisemblable qu’elles tirent leur fond en partie de la réalité. Deux idées peuvent être retenues : l’ancienneté (les histoires se passent au Moyen Age) et le pouvoir médical, la principale action étant la jeunesse retrouvée, avec l’accent mis sur la virilité. En ce qui concerne l’ancienneté de la station, si l’on n’a pas de traces, des indices nous laissent supposer que son utilisation est ancienne. Le nom de la commune, récente, qui n’était auparavant qu’un lieu-dit, est l’un de ces indices. Bagnoles, comme d’autres noms de lieux (Bagneux, Bagnolet…) viendrait du latin Bagnum ou Balnoleum, mots latins désignant « les Bains ». La fontaine aurait donc déjà été connue, voire exploitée en période romaine. Cependant rien ne permet de l’affirmer, même si non loin de là passait une voie romaine et qu’une source chaude au bois de Magny, aussi nommée Chaude-Fontaine faisait l’objet d’un culte. Les très nombreuses occupations et exploitations du site postérieures à la période gallo-romaine ont effacé les traces archéologiques éventuelles.
La Tour de Bonvouloir, détail.
La tour de Bonvouloir, détail.
De l’occupation à la période médiévale non plus rien n’est connu, même si l’on peut se laisser aller à rêver que les légendes sont des faits, transformés certes, mais transmis depuis le Moyen Age.
Sans aller jusque-là, les premiers témoignages écrits sur la source remontent au XVIIe siècle. On ne connaît pas de documents plus anciens, même si une revue du xixe siècle mentionne l’existence d’une brochure sur la source datant de 1565. Les premiers écrits du xviie siècle relatent les premiers aménagements de la source et autour de la source. On est donc certain qu’avant cette période, s’il y eut une fréquentation de la fontaine, il s’agissait de personnes habitant tout près de la source. Quant au mode d’utilisation, ils devaient boire l’eau et se baigner directement dans la flaque naturelle.
 
Bâtiments situés sur le site du château de Bonvouloir.
Bâtiments situés sur le site du château de Bonvouloir.

Chapelle Saint-Antoine.
Chapelle Saint-Antoine.
A cette période, l’intérêt réel pour la source débute, avec des conflits entre plusieurs antagonistes, s’arrachant qui l’affermage, qui l’exploitation… Aux intérêts locaux se joignent ceux de l’Etat, qui, si l’on suit un érudit de Bagnoles, aurait découvert la source grâce à certains de ses agents, botanistes, faisant une recherche sur la flore. La fontaine est ainsi définitivement rattachée au domaine royal en 1668. Quant aux propriétaires, ils se succédèrent jusqu’en 1896, date à laquelle la société actuelle acquit les bains. La véritable exploitation de la source dans une optique « médicale » débuta en 1691 avec l’acquisition de la fontaine par deux médecins, puis par Pierre Hélie. L’établissement thermal apparaît alors avec la création d’au moins deux bains (un pour les hommes et un pour les femmes) et d’une chapelle en 1695 (il existait une chapelle non loin de là, mais difficilement accessible puisque la source était au milieu des bois). Un bassin pour les pauvres était prévu par Pierre Hélie, mais il ne fut jamais creusé apparemment. Les bains étaient chacun dans une salle, salles elles-mêmes surmontées de chambres. Le premier édifice thermal était construit, fort modeste certes par rapport aux constructions actuelles, mais bien plus « somptueux » que les aménagements du début du xve siècle. En effet, si l’affluence commençait déjà dans les premières années du xviie siècle, avec les prémices d’une installation hôtelière (indépendante de la source et qui plus tard sera en concurrence avec l’établissement thermal), les conditions offertes aux « curistes » étaient précaires. Ils se baignaient à même la fontaine, sans distinction de sexe ou de classe sociale (!) et à ciel ouvert. Seul un petit abri la protégeait, quant à l’eau elle était recouverte de feuillage. Autant dire que l’état sanitaire des lieux laissait fort à désirer, et que la renommée des vertus médicales de l’eau devait avoir un fort pouvoir de persuasion sur les malades pour qu’ils s’y baignent.

Le Grand Hôtel de Bagnoles, vu du lac.                Hotel des thermes
             Le Grand Hôtel de Bagnoles, vu du lac.

LHôtel des Thermes qui contient cent cinquante appartements.
L’Hôtel des Thermes qui contient cent cinquante appartements.
 
L’arrivée des Hélie de Cerny, famille qui va être à la tête de l’exploitation thermale pendant un siècle, inaugure une période de développement tant financier qu’architectural.
Des bains nouveaux vont être construits, le traitement s’effectuant toujours cependant à plusieurs. Il faudra attendre la veille de la Révolution pour que des bains individuels soient construits lors de la rénovation du bâtiment, ainsi que de vraies douches. Néanmoins, l’installation est bien moins sommaire, avec des salles chauffées, lambrissées. La prise de douche devient possible, ce qui n’était pas le cas auparavant. La présence des Hélie se marque aussi par une politique de communication importante, surtout avec Louis Hélie, dont les publications sur la source et ses environs relèvent d’une véritable campagne publicitaire. Ce qui se révèle fort utile en attirant toujours plus nombreux les curistes. Enfin, juste avant la Révolution est mis en place pour la première fois un service médical attaché à l’établissement thermal. Un tournant peut alors être pris, malheureusement interrompu par la Révolution. On note aussi qu’aucune analyse sérieuse de l’eau n’a été effectuée, si ce ne sont des inspections sommaires (odeur, transparence, goût…), dont une demandée par Louis Hélie mentionné plus haut. Avant ces analyses, on ne savait pas pourquoi ces eaux étaient utiles, ni ce qu’elles pouvaient aider à soigner. Seules pouvaient témoigner du bien fondé de ces cures les nombreuses guérisons, qui devinrent en quelque sorte d’excellents outils publicitaires. La Révolution marque la fin de l’ère Hélie. De nouveaux propriétaires se succèderont jusqu’en 1896, nous l’avons vu précédemment. Entrée en pleine décadence dans la Révolution, la station thermale ne se relèvera qu’avec l’appui de mécènes, dont le marquis de Sommarira à partir de 1812, qui aide le nouveau directeur, A. Lemachais, à reconstuire la station. Quant à la station actuelle, les bâtiments datent pour la majorité de la fin du xixe siècle et le début du xxe siècle. Ainsi le Grand Hôtel, l’Hôtel des Thermes, le Casino du Lac… Des aménagements plus récents ont permis de moderniser l’Etablissement thermal et la ville, mais l’architecture balnéaire du début du siècle est ce qui donne le plus un cachet à l’ensemble.

Les thermes vus du roc au Chien.
Les thermes vus du roc au Chien.

Le Casino du lac.
Le Casino du lac.
 
Photos CDC Bagnoles-de-lOrne - Tessé la Madeleine.

Des lieux qui jalonnent le temps

Arriver de nos jours à Bagnoles-de-l’Orne, grosse bourgade perdue au milieu de la forêt, se reflétant dans son lac, ne donne pas les mêmes impressions que celles que l’on devait avoir aux siècles précédents. La topographie actuelle est récente, héritage des travaux post-révolutionnaires. La source jaillissait dans une vallée étroite de la Vée, en pleine forêt, avec non loin de là des marécages. Le lac n’existait pas, puisqu’il fut aménagé en 1611 en barrant la Vée pour actionner une forge installée sur la rivière. Elle exploitait le minerai de fer extrait du sol de la forêt d’Andaine. Elle cessa de fonctionner en 1795, et fut détruite en 1811 par une trombe d’eau. Un moulin prit alors la suite.
De la forêt encore peuplée par les loups à la vaste clairière artificielle, d’immenses travaux durent être effectués. Quant à la source, elle est toujours sous l’établissement thermal, puits de 12 m constamment entretenu. Cette source, la Grande Source, ne tarit jamais, même par grande sécheresse. Il est donc difficile de reconnaître ou même d’imaginer les lieux rencontrés dans les légendes. On peut cependant effectuer un périple qui nous conduira du Moyen Age au xxe siècle, à travers plusieurs sites mentionnés.

Photos CDC Bagnoles-de-lOrne - Tessé la Madeleine.

Façade de léglise, construite au xxe siècle.
Façade de l’église, construite au xxe siècle. 

La tour de Bonvouloir du seigneur Essirart fut réellement construite, à quelques kilomètres de Bagnoles. Il ne reste d’un château, élevé dit-on sur un ancien camp romain, que deux tours et la tourelle, sorte de phare s’élevant vers le ciel. Faisant sans doute office de tour de guet à l’origine, elle est maintenant inutile et presque « ridicule » en raison de la ruine de l’ensemble. A Magny, on peut visiter l’église, ainsi que la Fontaine-Chaude, à Tessé, le château au-dessus du Roc aux Chiens, avec son parc, à Bagnoles, le parc de l’Etablissement thermal, les chemins de la forêt d’Andaine avec une autre source d’eau chaude. Et il ne faut pas partir de Bagnoles sans avoir découvert les maisons typiques d’une station thermale, datant des années 1930, le casino de la même époque, tous ces édifices de la période faste de la station où, grâce à l’arrivée du train, de nombreux curistes, dont certains illustres, vinrent chercher repos et santé. Curistes pour lesquels la station est en perpétuelle évolution pour garantir des soins et un accueil toujours meilleurs.

Bibliographie :
 
– Foubert Jean-Marie - Lefeuvre Christian, Les eaux de Bagnoles-de-l’Orne, Bienfaits et histoire de la station thermale, 1992.
– Poessel André-Edgar , Bagnoles-Tessé et l’histoire, éditions Corlet, 1984, rééd. 1992.

Vue aérienne de Bagnoles-de-lOrne, avec au centre le lac. De part et dautre, on aperçoit à sa gauche le casino et à sa droite le grand Hôtel. La ville sétend à droite de la photo, alors que les the
Vue aérienne de Bagnoles-de-l’Orne, avec au centre le lac. De part et d’autre, on aperçoit à sa gauche le casino et à sa droite le grand Hôtel. La ville s’étend à droite de la photo, alors que les thermes sont hors du champ, en bas.
 
Piscine de lEtablissement thermal. De telles piscines furent construites dans les établissements antérieurs, mais le confort était loin datteindre lactuel.
Piscine de l’Etablissement thermal. De telles piscines furent construites dans les établissements antérieurs, mais le confort était loin d’atteindre l’actuel.
 
Villas des années 30.
 
Villas des années 30.

Villas des années 30.

Villas des années 30.

Villas des années 30.
Qualité des eaux et traitements
 
La Grande Source de Bagnoles jaillit à 25° d’un puits de 12 m de profondeur. C’est une eau très acide, avec une forte contenance en oligo-éléments, principalement métalliques. Elle est par ailleurs faiblement radioactive, ce qui explique en partie les cas de guérison. Les troubles soignés à Bagnoles sont les suivants : 
– problèmes en phlébologie, gynécologie principalement,
– problèmes en rhumatologie en deuxième indication.
Au XVIIIe siècle, Louis Hélie de Cercy énumère les maux pour lesquels l’aide de la source paraît  indiquée :

« Paralysie
 
Convulsions,
 
Tremblements des membres,
 
Asthme,
 
Faiblesse d’estomac,
 
De l’imbécillité des Forces,
 
Des Coliques Néphrétiques,
 
Obstruction en quelque partie que ce soit,
 
Jaunisse,
 
Pâles Couleurs et Suppression de Mois,
 
Squile au Foie, à la Rate et à la Matrice,
 
Tumeur et Inflammation à la Rate,
 
Mélancolie Hypocondriaque,
 
Perte de Substance provenant de coup ou de travail,
 
De la Pierre et Calcul,
 
Fleurs blanches,
 
Stérilité,
 
Pour le Soulagement de la Goutte,
 
Pour la Sciatique,
 
Pour Rhumatisme,
 
Erésipèles, Dartres, Galles invétérées et toutes Maladies de la Peau,
 
Langueurs, Faiblesses et Humeurs froides »
 
        

Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 26, avril-mai 1999)



 
 
 
 
 

 
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