Patrimoine Normand magazine

 





Les foires aux bestiaux en Pays de Caux

Les foires aux bestiaux en Pays de Caux


Extrait Patrimoine Normand N°26
Par Isabelle Audinet

Plus de deux cents animaux étaient attendus le samedi 6 février à la foire de la chandeleur de Grainville-la-Teinturière. Bovins, chevaux, ovins et volailles ouvraient la saison des foires-concours de 1999 du Pays de Caux. La majeure partie de la journée était consacrée aux bovins, animaux herbagers et de boucherie : plus de quatre-vingts étaient présentés, preuve que l’élevage de qualité est toujours de rigueur. 

Un éleveur guide lune de ses bêtes vers le ring.

Un éleveur guide l’une de ses bêtes vers le ring.
 
Mais le succès de cette foire est principalement dû à son organisateur, Joseph Raimbourg, Grainvillais d’origine, et qui élève encore chevaux et bêtes à cornes. Voilà quarante ans qu’il organise et préside avec passion la foire de Grainville, une des plus cotées du circuit, réservant encore cette année surprises et attentions aux concurrents et au public, venu nombreux (on notera la présence du sous-préfet, du député de la circonscription, ainsi que des organisateurs d’autres foires) admirer les magnifiques animaux en concours.

Rien ne doit échapper au lavage pour mettre en valeur lanimal.
Rien ne doit échapper au lavage pour mettre en valeur l’animal.
 
Déroulement du concours
 
La matinée et une bonne partie de l’après-midi furent destinés au concours des bovins. Comme pour chaque concours, la présentation des bovins suivit l’ordre des catégories mâles et femelles séparés, les animaux sont appelés selon leur âge, leur espèce, en herbagers ou animaux à viande. On peut noter qu’une espèce fut primée plus particulièrement, les Maine-Anjou, ce qui n’est pas toujours le cas, puisqu’on l’ignore parfois.
Les concours se déroulent sous surveillance vétérinaire qui certifie la bonne santé des animaux ; chaque bête est suivie depuis sa naissance et est fichée. Deux numéros lui sont attribués, sa naissance et l’élevage, qu’elle porte fichés sur ses oreilles. Quant aux mem­bres du jury, négociants confirmés et spécialistes, ils examinent de près les animaux afin de déceler un développement anormal de taille, de masse musculaire d’un animal par rapport à leur âge, leur race ou sexe, évitant ainsi toute fraude ou élevage non réglementaire. De plus, ils attestent de la bonne foi des éleveurs quant à l’âge des animaux. Toute effraction constatée provoque immédiatement le retrait du concours, avec les conséquences postérieures quant à la crédibilité de l’éleveur.

Avant que chaque foire ne commence, les propriétaires préparent les animaux, leur lavant et brossant le pelage. Un point dhonneur est mis à présenter des bêtes propres, de même que les conditions d
Avant que chaque foire ne commence, les propriétaires pré­parent les animaux, leur lavant et brossant le pelage. Un point d’honneur est mis à présenter des bêtes propres, de même que les conditions d’élevage sont le plus hygiéniques possible.
 
Le calcul de l’âge s’effectue en fonction de la dentition des animaux, à savoir :
– animaux ayant toutes ses dents de lait ;
– animaux ayant deux dents de remplacement ;
– animaux ayant quatre dents de remplacement ;
– animaux ayant six dents de remplacement ;
– animaux ayant plus de six dents de remplacement.
Les animaux sont donc appelés à « défiler » devant le public, dans un « ring », où les attendent les membres du jury. Ils sont alors examinés : les dents, la courbe du dos, sa largeur, l’arrondi de l’arrière, la finesse des pattes, la beauté et la finesse du cuir, la beauté de la tête de la bête… Tous ces critères qui doivent permettre de déterminer de l’importance de la masse musculaire (plus le squelette est lourd, moins elle est importante, et il en va de même pour l’épaisseur du cuir), des qualités laitières… L’animal primé doit donc être prometteur, mais son aspect esthétique est aussi important puisque l’harmonie de sa silhouette est prise en compte. La bête de concours se décèle un peu comme pour un sportif de compétition, dès son plus jeune âge. Notre quadrupède va donc faire l’objet de toutes les attentions, il sera bichonné, choyé, entouré d’une grande affection, on lui prodiguera des soins intensifs.

Un magnifique taureau.                           Les juges examinent, tâtent, comparent et notent chacun des animaux.
1.                                                                                                                    2.
 
1. Un magnifique taureau.
2. Les juges examinent, tâtent, comparent et notent chacun des animaux.

Les juges viennent de donner les résultats, les animaux sortent du ring, encadrés par les éleveurs.                  Les juges viennent de donner les résultats, les animaux sortent du ring, encadrés par les éleveurs.
      Les juges viennent de donner les résultats, les animaux sortent du ring, encadrés par les éleveurs.

Les juges viennent de donner les résultats, les animaux sortent du ring, encadrés par les éleveurs.

Juger de lépaisseur et de la qualité du cuir est important pour évaluer la masse musculaire de lanimal.
Juger de l’épaisseur et de la qualité du cuir est important pour évaluer la masse musculaire de l’animal.
 
Un membre du jury vérifie lâge de lanimal en comptant le nombre de dents de remplacement. Les animaux apprécient vraisemblablement rarement ce geste, et lexercice peut se révéler dangereux pour les
Un membre du jury vérifie l’âge de l’animal en comptant le nombre de dents de remplacement. Les animaux apprécient vraisemblablement rarement ce geste, et l’exercice peut se révéler dangereux pour les juges.

Membres du jury et éleveurs se consultent.
Membres du jury et éleveurs se consultent.
 
Parmi les éleveurs Monsieur Joseph Raimbourg, président de la foire de la chandeleur depuis quarante ans, et éleveur de bovins et chevaux.
Parmi les éleveurs Monsieur Joseph Raimbourg, président de la foire de la chandeleur depuis quarante ans, et éleveur de bovins et chevaux.

Parmi les éleveurs Monsieur Joseph Raimbourg, président de la foire de la chandeleur depuis quarante ans, et éleveur de bovins et chevaux.

Parmi les éleveurs Monsieur Joseph Raimbourg, président de la foire de la chandeleur depuis quarante ans, et éleveur de bovins et chevaux.

Parmi les éleveurs Monsieur Joseph Raimbourg, président de la foire de la chandeleur depuis quarante ans, et éleveur de bovins et chevaux.

Il ne s’agit donc pas d’une foire d’opérette, ni d’un défilé de mode, même si l’ambiance bon-enfant nous transporte dans les fêtes de notre enfance ou des souvenirs de nos aïeux. D’une part parce que nous sommes en face d’animaux pour qui être examinés et tenus en laisse n’a rien de très agréable. Ils sont donc potentiellement dangereux. D’autre part et surtout les enjeux sont capitaux pour l’éleveur, mais aussi pour l’élevage de qualité en général.
Il est d’ailleurs heureux de relever que ce type d’événement revient en vogue, puisque parmi les foires prévues pour cette saison, celle de Fauville, qui n’existait plus, fut reprogrammée pour le 27 mars. En effet, loin d’avoir souffert des graves désordres provoqués par la maladie de la vache folle, l’élevage de qualité est reconnu et soutenu par le public. Car qui dit élevage de qualité dit produits (viande, lait…) de qualité et l’on sent un regain dans l’attitude du consommateur pour ceux-ci. De plus, ces foires aux bestiaux sont aussi un moyen de garder des liens tissés entre les hommes, un moyen aussi de sauvegarder une agriculture « tradition­nelle » qui doit de plus en plus faire face à l’adversité. La fin de l’élevage tel qu’il est pratiqué, face à l’élevage « industriel », marquerait malheureusement la fin de la vie dans les campagnes. Si la profession est un peu vieillissante, quelques jeunes, parfois, se lancent dans cette aventure pour reprendre le fambeau paternel. Le jeune maquignon, levé très tôt, exécutera les tâches les plus ingrates, après les concours il se chargera du bovin pour le ramener à son domicile, le temps que son aîné prenne une tournée au café avec ses confrères. Et ainsi après plusieurs années d’apprentissage, il lui sera plus facile de maîtriser une bête de près d’une tonne, et aussi d’affronter un vieux paysan avec la casquette enfoncée sur les yeux, ses mains en haut d’un bâton qu’il a confectionné lui-même. Mais cette année encore, sous l’égide de Joseph Raimbourg et de ses aides, des animaux superbes furent primés à Grainville, puis d’au­tres, sous la présidence d’au­tres éleveurs, à Cany-Barville (le 15 février), à Yvetot (le 3 mars)…, récompensant les efforts des éleveurs. Quant aux animaux primés ils peuvent participer au concours final qui se tient traditionnellement à Tourville-la-Rivière.

Au gagnant est décerné un prix, prix d’honneur symbolisé par une plaque qui permet ensuite à l’éleveur de négocier à la hausse la vente de l’animal.



 

Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 26, avril-mai 1999)



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