Patrimoine Normand magazine

 





L'ivoire, un art dieppois

Polletais et Polletaise se donnant le bras. Travail dieppois du XIXe siècle. (Hôtel de ville dYvetot.)

L'ivoire, un art dieppois


Extrait Patrimoine Normand N°30
Par Alexandre Vernon

Le long des quais du port de Dieppe soufflent toujours des vents exaltés qui racontent les exploits des hardis navigateurs d’antan, les Abraham Duquesne, Jehan Ango, Jean Fleury, Jean Cousin, Giovanni de Verrazano... et il traîne encore, par bouffées, les effluves épicés des aromates qu’ils ramenaient des pays lointains et inconnus. Il fallait qu’ils en eussent du courage, pour se lancer ainsi à l’assaut de l’horizon à bord de leur frêle caravelle sur une mer hostile.

C’est au XIVe siècle que les premiers explorateurs parvinrent aux îles du Cap Vert, puis sur les côtes de Guinée d’où ils rapportèrent à Dieppe des épices en abondance ainsi que d’innombrables défenses d’élé­phants. Un véritable trésor, car à cette époque l’ivoire était une matière précieuse et rare qui, parcimonieusement, arrivait à Paris en provenance de l’Orient. Ainsi allait naître à Dieppe un formidable artisanat par le travail de l’ivoire, donnant à la ville une réputation internationale grâce à des artistes d’une habileté inouïe.

Les derniers ivoiriers
 
Dans leur petit atelier de la rue Ango à Dieppe, nous avons rencontré Jean Colette et sa fille Annick, diplômée des Beaux-Arts, penchés sur leur établi, façonnant, ciselant, polissant avec une patience d’ange des morceaux d’ivoire et leur donnant vie. « Nous sommes des ivoiriers créateurs installés à Dieppe depuis cinq générations. » nous a dit Jean Colette. Et il ajouta avec une pointe de mélancolie dans la voix : « Nous sommes les derniers ivoiriers de la région et sans doute parmi les derniers de toute la France. »
C’est que, depuis le XVIe siècle et jusqu’au début de ce siècle finissant, il y avait de très nombreux Dieppois qui vivaient de l’ivoire. On en a compté plus de 300 dont des sculpteurs de grand talent et des spécialistes réputés. Et s’il ne reste plus guère d’ivoiriers aujourd’hui à Dieppe, c’est bien à cause de l’interdiction de tuer les animaux sauvages protégés et d’importer leurs trophées, mais aussi, il faut le dire, à cause d’une certaine désaffection pour ces objets de luxe.
Le travail de l’ivoire a été pratiqué depuis la plus haute antiquité en Egypte notamment et surtout à Byzance dont les pièces en ivoire sont d’une rare beauté. Au Moyen Age, on sculpte l’ivoire pour représenter des scènes de l’Ecriture Sainte, des couvertures d’évan­géliaires, des châsses de reliques saintes, des crosses épis­copales, des crucifix... c’est-à-dire des motifs religieux en priorité. Puis, avec tous ces ivoires débarquant à Dieppe en provenance d’Afri­que, défenses d’éléphant, mais aussi dents de narval et d’hippopotame, la fabrication s’étend à des objets usuels : peignes, boules de billards, miroirs, etc. et à une multitude d’objets décoratifs et de tabletterie, ainsi que pour la marqueterie. (...)

Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 30, décembre 1999-janvier 2000)



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