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La Fosse Arthour : lieu de légendes et site touristique

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La Fosse Arthour

La Fosse Arthour :
lieu de légendes et site touristique


Extrait Patrimoine Normand N°34
Par Jeanine Rouch

Fosse Arthour
La Fosse-Arthour, les roches.

A sept kilomètres à l’ouest de Domfront, en direction de Mortain, à la sortie du village de Rouellé, une petite route sur la droite mène au site de la « Fosse Arthour ». On peut y aller également par le sud de Lonlay-L’Abbaye. Ce lieu légendaire et mystérieux se situe dans le lit torrentueux de la Sonce, au pied d’une ligne de contreforts de grés armoricains qui se prolonge jusqu’à Mortain, aux confins de l’Orne et de la Manche, enfoui dans la forêt. La rivière, écumant sur les rochers qui encombrent son lit, se fraye un parcours dans le bois. Le chemin qui la borde mène au gouffre où selon la légende, le roi Arthur et la reine Guenièvre furent engloutis. De l’autre côté, d’impressionnants escarpements rocheux forment un décor grandiose et font la joie des passionnés d’escalade, tandis que des sentiers se faufilent dans les bois au pied des éboulis. La présence de l’eau tumultueuse, du chaos de rochers tout proches, de la forêt : voici réunis les trois éléments qui ont suscité l’imaginaire des populations anciennes. La Normandie armoricaine, de souche celte est un pays de légendes : les fées, le diable, les géants ont toujours hanté les sources et les nombreux mégalithes de la région. Les Normands du Passais ont revendiqué le passage du fameux roi Arthur sur ces terres. Rien d’étonnant puisqu’au vie siè­cle, situées près de la marche de Gaule, elles étaient sous le contrôle des Bretons. Arthur ou Artus, roi historique et légendaire, était le chef des Bretons du Pays de Galles qui, à la fin du ve siècle et au début du vie anima la résistance des Celtes à la conquête anglo-saxonne. Il est le personnage central d’un ensemble de poèmes en vers et de romans en prose qui composent le « cycle arthurien ». Il est difficile de savoir comment s’est constitué le fond de cette légende. Il est mentionné dès l’Historia Britannica de Nennius en 976. La légende se précise chez Guillaume de Malmesbury (1125) et surtout chez Geoffroy de Monmouth (Historia Regum Britanniae - 1135). Puis, on cite « Le Roman de Brut », long poème composé en 1155 par Wace en l’honneur d’Aliénor d’Aquitaine qui séjournait à Domfront. Wace (1110-1175) est un poète normand natif de Jersey, élevé à Caen et chanoine de Bayeux. Son poème est une traduction, très libre, en langue vulgaire de l’histoire des rois de Bretagne de Geoffroy Monmouth. Il contribua à diffuser en France la « Matière cel­ti­que ».

La Fosse Arthour

Fosse Arthour

Il est le premier à mentionner « La Table Ronde » autour de laquelle Artus faisait asseoir ses compagnons chevaliers « Tous honorablement et de manière tous égale ». Le poème de Wace est repris par le prêtre Laweman qui, bien que Saxon lui-même, prend le parti des Bretons contre les oppresseurs saxons. Les additions de son texte ont trait à la légende d’Artus. Dès lors, le cycle breton de la légende arthurienne va inspirer les « Lais » de Marie de France, les romans de Raoul de Houdan, de Robert de Boron et principalement de Chrétien de Troyes protégé de la fille d’Aliénor, Marie comtesse de Champagne, dont il était secrètement épris. Avec Chrétien de Troyes naît le roman d’amour courtois : de multiples épreuves et aventures doivent être subies et surmontées par le vaillant chevalier pour l’amour idéal d’une noble dame. Artus y apparaît comme le modèle de noblesse, de vaillance et de courtoisie, suzerain de valeureux chevaliers. Il était aussi le défenseur de la Foi et de l’Eglise. On raconte que le Normand Guillaume le Roux aurait détruit dans le comté de Southampton bon nombre d’églises, de villages, de chapelles, érigés du temps du bon roi Artus. 
« I avait où pour Dieu assises
Très le tous Artus le bon Roi. »
Au cours de ses pérégrinations il a toujours combattu la déloyauté, la trahison dont il fut parfois victime comme celle du chevalier Méléagant, le ravisseur de la reine Guenièvre au pays de Gorre (gorre signifie traître).


LA MORT DU ROI ARTUS

Mortellement blessé à la bataille de Salisbury, le roi exprime selon cette belle légende, ses derniers souhaits :
« Je veux m’en aller en Avalon, chez la plus belle de toutes, la reine Argante qui pansera mes plaies. Puis, je rentrerai dans mon royaume et je vivrai avec mes Bretons en grand déduit de cœur.» A l’instant même où il prononce ces mots, on voit arriver, porté par les vagues, un petit esquif occupé par deux femmes merveilleusement parées qui s’emparent d’Arthur et s’en retournent avec lui. Ainsi s’accomplit la prophétie de Merlin 1. L’île d’Avalon est la principale demeure des fées de romans légendaires. On la disait située au milieu de l’océan, royaume de féerie renfermant des merveilles. Les murs du château sont d’or, mêlé de pierreries, d’un éclat si prodigieux qu’il pourrait remplacer celui du soleil. Les puissantes fées qui y demeurent savent à la fois guérir les blessures du corps et effacer les douleurs de l’âme. C’est là qu’Arthur mourant fut porté après la bataille de Cubelin 2.
 
La Fosse-Arthour et ses légendes
 
L’une des légendes raconte que le roi Arthur finit ses jours en ce lieu :
« Arthur s’était établi avec sa femme en ces lieux sauvages. Le génie du ruisseau qui traverse l’endroit l’avait séparé de la reine en enjoignant à celle-ci de se tenir sur l’autre rive : Arthur n’avait le droit de rejoindre son épouse qu’après le coucher du soleil : un jour, il contrevint  à cet interdit et voulut traverser le gué avant le soir, mais il fut précipité dans un gouffre et la reine se suicida aussitôt par désespoir. Toutefois, ni l’un ni l’autre ne sont tout à fait morts : ils gisent en état de dormition dans les cavernes inaccessibles que l’on appelle la Chambre du roi et la chambre de la reine (...). »
(Hippolyte Sauvage, in Recueil des Légendes normandes par divers auteurs, Domfront, 1872, n° 19, p.3.)
 
Légende Médiévale :
 
« En retournant au village voisin, nous rencontrâmes un paysan auquel nous fîmes quelques questions, et il nous dit que la Fosse-Arthour portait autrefois bonheur aux habitants de la contrée. Ceux d’entre eux qui ne pouvaient se suffire pour labourer leurs terres venaient de grand matin sur les bords de la fosse. Ils y déposaient une petite pièce d’argent et, le lendemain, au lever du soleil, on voyait sortir de l’eau deux taureaux noirs, infatigables au travail durant la journée tout entière. Il fallait les ramener ici avant la chute du jour, nous assura-t-il, et d’un élan rapide, ils se plongeaient dans leur humide demeure (...) »
 
Cité par Jean-Charles Payen.
 
Une dernière théorie veut que ce ne soit pas Arthur qui gît à la Fosse-Arthour, mais Merlin :
 
« Viviane, fée de la forêt de Brocéliande, en Petite Bretagne, projetait de séquestrer son ami Merlin dans une prison immatérielle afin de lui soutirer le reste de ses connaissances magiques. D’abord méfiant, Merlin s’éloigne en Grande-Bretagne, mais finalement, fait ses adieux au roi Arthur et regagne Brocéliande sans idée de retour. Entre-temps, le cœur de Viviane s’est ouvert à un jeune soupirant, et un complot s’est tramé. La fée attirera Merlin dans une chambre secrète, formée de rochers de la forêt. A l’intérieur se trouve la tombe de deux amants inséparables dont Merlin avait jadis appris à Viviane la tragique histoire. Lorsque pour satisfaire la curiosité de sa mie merlin soulève la lourde dalle, l’indigne demoiselle et son complice le précipitent dessous. Un Chevalier de la Table Ronde, le roi Baudemagus, perçoit encore ses cris au bout de quatre jours. » Si l’on suit le texte de Wace et si l’on prend en compte les ressemblances de noms, Merlin est bien l’occupant de la Fosse-Arthour.
 
Enfin, d’après Monsieur Gilles Susong, un érudit local a récemment montré que la légendaire « Fosse-Arthour » s’appelait au XVIIIe siècle La Fosse-à-Retour, autrement dit : « la carrière appartenant à un nommé Retour », une découverte qui ferait s’écrouler bien des rêves ! (*)
(*) Mais cela ne prouve rien.?Les noms de lieux ont souvent été « écorchés » – les Vindins devenant les « Vingt daims » (!) près de Carpiquet par exemple et la légende étant attestée au moins depuis le XIXe siècle et l’imaginaire populaire repose sur la transmission orale… (Note du journal.)


En aval de la Fosse-Arthour.
En aval de la Fosse-Arthour.
 
Bibliographie :

Des médiévistes de grand renom, des érudits locaux, se sont penchés avec passion sur les légendes et les textes du cycle arthurien. De nombreuses hypothèses concernant la présence en Normandie de ces chevaliers historico-légendaires ont été avancées. Nous conseillerons donc au lecteur soucieux d’approfondir ce sujet, de lire les deux ouvrages suivants qui en outre donnent une importante bibliographie française et étrangère.
  • Payen Jean-Charles, professeur à l’Université de Caen, La légende arthurienne en Normandie, éd. Corlet
  • Bansard (R.), Barry (M.), Bertin (G.), Letellier (C.), Pastoureau (M.), Payen (J.C.), Susong (G.), Les romans de la Table Ronde, la Normandie et au-delà.
 

(1) La mort le roi Artu - XIIIe siècle
(2) Amélie Bosquet : La Normandie romanesque et merveilleuse. P.97. C'est au prieuré de Stogursey, près de Glastonbury, dans le Sommerset, que le roi aurait été enterré. Richard Coeur de Lion fit faire des fouilles en 1181. L'histoire ne dit pas que l'on ait retrouvé la dépouille du roi Artus.


Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 34, août-septembre 2000)



 

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