Patrimoine Normand magazine

 





Sabbats et sorcellerie sur le Mont Etenclin


Sabbats et sorcellerie sur le Mont Etenclin

Sabbats et sorcellerie sur le Mont Etenclin


Extrait Patrimoine Normand N°21
Par Isabelle Audinet

Tête de Diable. Eglise de Colombiers sur Seulles (xixe siècle).

1672. L’affaire du dernier procès en sorcellerie de France s’achève par un arrêt du Conseil d’Etat, condamnant au bannissement les accusés.
Elle avait commencé deux ans plus tôt, en 1670, d’une façon totalement banale.
Ce qui n’aurait pu être, ou n’aurait dû rester que de banals racontars, prit des proportions telles, que Louis XIV en fut informé et que plusieurs centaines de personnes furent arrêtées.

« Charlotte Lédy, êtes-vous allée, oui ou non, aux sabbats sur le dos d’un taureau ? »
Charlotte, nue devant ses juges, poignets et genoux serrés entre des planchettes, suspendue par les poignets, n’a plus la force de répondre. Terrorisée, son corps souffrant de mille douleurs lancinantes, elle ne désire plus qu’une chose, la fin de son martyre. Elle n’a plus aucune notion du temps, mais elle a l’impression que cela dure depuis des mois. Pourtant, cela ne fait que trois jours que le procès a débuté, trois jours qu’on la torture, qu’on lui fait subir les pires supplices et vexations, à elle et aux autres. Elle ne les voit plus les autres, d’ailleurs.  Ils étaient sept dans la charrette.  Où sont-ils ? Elle a froid, elle ne sait plus très bien ce qu’on lui demande, et elle ne sait plus non plus si elle a réellement vécu ce qu’on lui affirme.
« Charlotte Lédy, répondez. Etes-vous allée aux sabbats sur le dos d’un taureau ?»
Epuisée, au bord de l’évanouissement, sachant qu’à un « non » répondrait un tour de vis supplémentaire à ses entraves, laissa entendre un faible « oui ». Le questionnement reprit alors, sur les gens qui l’accompagnaient, sur les lieux où ils se dirigeaient, sur le déroulement des sabbats… Charlotte savait qu’elle serait condamnée au bûcher, mais qu’elle devait avouer et souffrir pour expier ses fautes.
plaque de lanterne magique
Il en fut de même pour tous les autres accusés, qui allaient l’accompagner au supplice, le curé Questier, sa belle-sœur Charlotte Levavasseur, Baude, le seigneur et d’autres encore.
diableLe procès de La Haye-du-Puits fait partie des grands procès en sorcellerie du XVIIe siècle, période à laquelle on observe une recrudescence de ce genre d’accusation. Il est le dernier en Normandie et se situe à une période charnière des mentalités, la sorcellerie étant encore fortement ancrée dans les esprits en Normandie, et déjà rejetée dans de nombreuses autres régions. Nous avons eu la chance que les minutes en soient conservées, jusqu’en 1944, à Saint-Lô. Non brûlées avec les condamnés en 1672, comme cela devait l’être à chaque procès en sorcellerie, tout simplement parce qu’il n’y eut pas de supplice, elles ont malheureusement été détruites par les flammes lors des bombardements de Saint-Lô au débarquement. Les historiens ont cependant eu le temps d’effectuer de nombreuses études et copies de ces minutes, ce qui a permis de comprendre le phénomène de sorcellerie du XVIIe siècle et comment il était jugé. L’affaire de La Haye-du-Puits débute de manière banale en 1670 par le témoignage d’un jeune homme, Jacques Noël, que l’on dit ensorcelé. Le malheureux, sim­ple d’esprit, souffrait d’hallucinations. Une enquête est réalisée par le bailli de La Haye-du-Puits, qui interroge Jacques Noël. Celui-ci dénonce plusieurs autres personnes, ayant eu, selon lui, des gestes et actes maléfiques envers lui. Ces personnes citées par Jacques Noël sont à leur tour arrêtées, interrogées, pour répondre des actes dont on les accusait. L’affaire monte en puissance et arrive aux oreilles du baron de La Haye-du-Puits, qui afin de rétablir l’ordre et se débarrasser des sorciers, demande à l’évêque de Coutances d’énoncer un monitoire : toute personne ayant eu vent des faits de sorcellerie, ou ayant assisté à des faits de sorcellerie doit obligatoirement venir témoigner. Leur manquement sera puni d’excommunication. (...)

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