Patrimoine Normand magazine

 





L'herbe à savon et autres plantes à lessive

Lessive en 1900

Plantes domestiquées en Normandie

« L'herbe à savon » et autres plantes à lessive


Extrait Patrimoine Normand N°41
Par Christiane Dorléans

En Normandie, depuis le Moyen Age, les femmes savent reconnaître au bord des chemins, le long des haies, à la lisière du bois, les plantes utilisées pour la lessive. 
Elles connaissent les herbes pour savonner, rincer, raviver les couleurs, et parfumer le linge.

L`herbe à savon

« L'herbe à savon »
 
Dans les périodes de disette, quand le savon vient à manquer, les femmes se rendent au bord des ruisseaux ou au pied de quelques talus secs pour y cueillir « l'herbe à savon », cette plante, si. souvent utilisée qu'elle est aussi cultivée dans de nombreux jardins ruraux. 
La Saponaire officinale est une plante commune, vivace. Elle fleurit de juin à septembre. Toutes les parties de la plante, même la racine, moussent légèrement, froissées dans l'eau. Cette mousse a un pouvoir détergent connu. Au Moyen Age elle est utilisée pour dégraisser la laine des moutons. La plante s'appelle, alors, « herbe à foulon ». A la même époque elle est utilisée dans les léproseries pour nettoyer les plaies des lépreux, remplacée plus tard par des bains de soufre. 
La Saponaire officinale s'installe aujourd'hui comme plante ornementale dans les jardins. La variété à fleurs doubles « Plena » est réputée pour sa floraison tardive.


Aunée

Pour rincer :
Iris et Aunée
 
Du temps de la « buée », le linge est déposé dans une cuve, sur le dessus une étamine contient la cendre de bois de pommier et quelques feuilles de Laurier « sauce ». L'eau bouillante passée en imprègne les vêtements. 
Plus tard, on utilise, dans la lessiveuse, des morceaux de racine d'Iris des marais ou de l'Iris des jardins pour redonner sa fraîcheur au linge. Dans quel­ques localités de Basse Normandie, on arrache la racine de l'Aunée à grandes feuilles. Plante sauvage spontanée, elle colonise les talus et quelques fossés du Pays d'Auge et du littoral ouest du Cotentin. Elle est aussi parfois cultivée dans les jardins. Sa racine dégage une agréable odeur de violette. Les racines d'Iris ou d'Aunée sont séchées et conservées.


Lierre

Feuilles de lierre
pour le noir de deuil
 
Le noir est porté très tôt dans les familles : au début du xxe siècle la mariée est parfois en noir. Dès le premier deuil dans la famille, les vêtements sont teints par la ménagère, ou confiés à la teinturerie. Mais le noir « passe », exposé à la lumière. Pour lui redonner sa brillance, les fem­mes mettent à tremper les vêtements de deuil avec des feuilles de Lierre.

 
« Muguet des armoires »
 
Quand la lessive a séché, étendue sur des cordeaux entre les pommiers de « la cour de la maison », le linge est alors soigneusement rangé dans les armoires. Pour lui conserver toute sa fraîcheur, de petits bouquets de « Muguet des ar­moires » sont glissés entre les piles de linge. Le « Muguet des armoires » est une petite plante des sous-bois : l'Aspérule odorante. Elle fleurit au mois de mai. C'est une petite fleur blan­che discrète, sans odeur. C'est seulement lorsqu'on la coupe qu'elle dégage un agréable parfum. Sèche, elle continue de parfumer les armoires. (1)
Dans la plupart des jardins pousse aussi un pied de Lavande. Les fleurs cueillies à la fin de l'été, emballées dans de petits sachets de papier de soie, sont glissées entre les piles de draps de lin ou de coton.

aurone

Les « garde-robe »

L'aurone est cultivée depuis le Moyen Age comme plante médicinale. C'est une armoise au feuillage très finement découpé. Elle est utilisée comme plante stimulante de la digestion, vermifuge, mais elle est également appliquée sur les morsures de serpent, et même recommandée dans les cas de possession démoniaque… 
Dans les armoires on suspend un rameau d'aurone pour  parfumer le linge et en éloigner les insectes. 
La santoline est utilisée pour ses propriétés identiques : dans les armoires, elle sert de « garde-robe » (2), en éloignant les mites.
Jusqu'au milieu du xxe siècle, les jours de grand beau temps, les femmes récoltent avec sagesse, les plantes à lessive et s'affairent autour du « cuveau » ou de la lessiveuse. Lavé, rincé, séché, repassé, l'armoire accueille ensuite le linge frais et délicieusement parfumé…
Le jour de la lessive, on n'arrose jamais les jardins, de crainte qu'il ne pleuve…


(1) Le « muguet des armoires » est déjà signalé par L.A. de Brébisson in Flore de Normandie, Caen, 1835.
(2) Le terme de « garde-robe » est attesté par Louis Dubois in Glossaire du patois normand,  Lisieux, 1856.

 


Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 41Printemps 2002)



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