Patrimoine Normand magazine

 





Cob normand

Cob normand

Le cob normand : 
Renaissance d’une race


Extrait Patrimoine Normand N°44
Par Thierry Georges Leprevost

L’attelage semble glisser sur l’herbe dense et verte, traverse les portes, serpente entre les cônes, franchit le pont de bois avec une aisance déconcertante. Entre les brancards, les deux cobs se jouent des obstacles, attentifs aux ordres de leur meneur, tendus, efficaces,
fidèles à leur race.

attelage cob normand

Une image d’hier : attelage de deux cobs dits « lourds », héritiers des travailleurs de la terre (© TGL)

Quelques définitions
 
Levons d’emblée une ambiguïté. En dépit de son nom à consonance britannique, le Cob est né et a grandi dans les herbages du Cotentin ! Il représente même certainement la plus normande de toutes les races équines.
En Angleterre, le mot cob vient du moyen anglais cobbe, qui désigne un cheval de volée, c’est-à-dire celui que dans un attelage (carrosse, malle-poste) on place devant, entre les brancards. Il s’agit généralement d’un cheval aux jambes courtes, trapu auquel on a enseigné une allure distinguée et un port de tête élégant. Il est fort apte à entraîner les autres par son allant, son souffle, sa régularité. C’est ce qu’on nomme en France un bidet, parfois monté par un cavalier (le postillon de la malle-poste). En 1909, séduit par le cheval cotentinais qui rassemblait toutes ces qualités, le directeur du haras de Saint-Lô, M. Bellamy, touché par l’anglomanie à la mode, donne le nom de cob à ce qu’il était alors d’usage d’appeler carrossier normand, ou, plus simplement encore : le Normand ! En vérité, il s’agit d’un carrossier multifonctions ! En Cotentin, on le voit aussi bien aux champs pour les semailles ou la moisson, qu’entre les brancards de la carriole sur la route du marché ou sur celle de l’église le dimanche matin. Quand on ne le dételle pas pour le monter, voire lui faire passer des barres, comme aux temps héroïques des concours ruraux, à Sainte-Mère-Eglise ou ailleurs ! (1)

cob est le carrossier normand

Le cob est le carrossier normand (Normandie Horse Show 2002) (© TGL).
 

Cob normand

Apports génétiques

Certes, ce cheval à tout faire n’a pas traversé les décennies sans subir quelques transformations. Au XIXe siècle, on le croise avec des étalons du Norfolk, quelquefois même avec des Pur-Sang anglais ou arabes, afin de lui donner plus d’énergie, une bonne charpente et une certaine élégance, affinant sa silhouette générale sans pour autant la révolutionner. Cette pratique n’a rien d’exceptionnel, ni d’offensant. De tout temps, on a amélioré les races locales avec du sang exogène, généralement arabe. Les Anglais ont ainsi créé le Pur-Sang avec leurs juments de service, et le Percheron s’est trouvé à plusieurs reprises enrichi de sang arabe.
Il fallait alors à la fois améliorer les performances des chevaux de trait lors du travail de la terre, et satisfaire les besoins de l’armée ; faire des chevaux « de gros trait » (ou « trait de pas », car utilisés à cette allure) une race à deux fins : des trotteurs efficaces pour l’artillerie comme pour la culture.
En ce domaine comme en tant d’autres, c’est la Normandie qui s’est imposée en tant que meilleur terrain d’application de cette volonté d’amélioration des races, meilleur fournisseur en chevaux de guerre des remontes militaires, grâce aux efforts des Haras Nationaux. Car le Normand est déjà un parfait exemple de la race demi-sang à deux fins chères à l’administration fondée par Colbert. En 1904, le haras de Saint-Lô compte 25 000 saillies !

cob normand alezan

cob normand bai

cob normand pangaré ou bai brun

Trois robes pour le cob : alezan (1), bai (2) et pangaré ou bai brun (3) (© TGL).

Ainsi s’est constituée en Normandie une jumenterie carrossière originale, issue du terroir, apte à un travail particulier comme il sied à toute race animale destinée à servir à l’homme.
Or, en 1905, M. de Pardieu, prédécesseur de M. Bellamy, s’in­quiète à juste titre de l’essor de l’automobile qui commence à atteindre le commerce du carrossier de grand luxe. Le directeur du haras de Saint-Lô favorise donc l’élevage de chevaux près de terre, forts, trapus, très membrés (c’est déjà la définition du cob avant la lettre !) et la multiplication d’étalons de ce type afin de protéger la race normande grâce à « un nombre assez important de gros demi-sang trapus, destinés à former une ceinture tout autour de la circonscription et à préserver ce berceau par excellence du cheval de demi-sang de l’envahissement du cheval de trait. » Sans doute M. de Pardieu vise-t-il alors les voisins : le percheron et le postier breton. Mais, ainsi, il sépare résolument les purs chevaux de trait des futurs cobs normands, bien qu’aujourd’hui, on range officiellement ces derniers parmi les 9 races de trait. Le cob est un demi-sang ! Toutefois, afin de satisfaire, tant les besoins de l’agriculture que ceux de l’armée, on réorienta une partie de la production vers le « gros » en recourant à des étalons de type postier. Ainsi se consolidèrent les deux notions, encore en vigueur de nos jours, de cob léger et de cob lourd (qu’il vaudrait mieux dire moyen).

Une grande famille

La période de gloire du cob normand (puisqu’il faut désormais l’appeler par son nom) couvre en gros la première moitié du XXe siècle, avec une Grande Guerre consommatrice de cavalerie, et une Seconde Guerre mondiale favorable à l’utilisation agricole du cob, à cause des restrictions de l’occupation. L’entre-deux-guerres voit ce demi-sang se différencier d’une de ses branches cadettes. Ses qualités à l’attelage orientent les éleveurs vers une nouvelle race normande, celle du demi-sang trotteur, grâce à une sélection rigoureuse qui en fera le roi des champs de courses sous le nom de Trotteur Français. Après la dernière guerre, la vogue des concours hippiques conduit à l’émergence d’un cheval de sport apte à mieux sauter les barres : nouvelle morphologie, nouvelle musculature, bref nouveau cheval par des croisements avec des pur-sang anglais : le selle français, jaillit, tout comme le trotteur, de la circonscription de Saint-Lô, toutes deux issues du Cob ! Qu’est-il advenu de celui-ci ? Tandis que ses petits-enfants prospèrent, lui, le chef de lignées, cède brutalement la place à ses rejetons, victime du plan Marshall et de la motorisation agricole qui, dans les années 1960, le chasse définitivement des labours au profit du tracteur.
Le Cob prend du poids, à l’instar du percheron et de toutes les races de chevaux de trait qu’on appelle désormais explicitement chevaux lourds, ce qui en dit long sur le changement subi. Il ne s’agit plus alors que de garnir les étals des boucheries hippophagiques. Voici le cob ravalé au rang de race à viande ! Il est devenu énorme, inapte aux travaux des champs (du reste révolus) comme à la traction hippomobile. Du moins ces pratiques d’ordre économique évitent-elles sa disparition pure et simple.
Dans les années 1980, la tendance s’inverse dangereusement. La consommation de viande de cheval baisse, et les races à viande n’ont plus de raisons d’être. Est-ce la fin du cob normand ? Non, car la civilisation des loisirs prend le relais des boucheries chevalines. L’at­telage devient à la mode ; on organise des concours ; on sort des granges de vieilles voitures qu’on restaure avec l’amour que confère à la nostalgie le plaisir de sauvegarder le patrimoine hippomobile ; on construit de nouvelles voitures plus mo­dernes, mieux adaptées à la compétition.

 

cob normand monté

La renaissance

En ce début du XXIe siècle, on estime que la race Cob est menacée, car elle compte moins de 5 000 naissances par an. Il est pourtant certain qu’elle n’est plus en voie de disparition ! Le roi des prairies est devenu celui des concours d’attelages. Ceux-ci se multiplient, du plus bas niveau au plus élevé (à l’instar des CSO) et toujours pour le plus grand plaisir des utilisateurs, dans des disciplines variées : présentation, dressage, maniabilité, marathon, traction, qui mettent en jeu, tant l’énergie du cheval que son mental.
On ne compte plus les trophées remportés par des Cobs lors des grandes compétitions nationales et internationales. En 2002, une jument cob a gagné le marathon en Allemagne, face à toutes les autres races de trait.
Contrairement à ces dernières qui ont pu prendre jusqu’à 350 kg en 50 ans, le Cob ne s’est guère alourdi, une fois abandonnées les pratiques d’engraissement, car on le gardait en réserve (en raison de ses apports passés) pour éventuellement réorienter l’élevage vers le selle français, par des croisements avec des pur-sang. Juste retour des choses ; juste hommage à l’ancêtre des races normandes ! Son stud-book (2) a été ouvert en 1982 ; pour avoir le droit de s’y faire inscrire, il faut 7/8 de sang cob.
Sa zone de production s’est élargie de Saint-Lô (35 % des naissances) aux circonscriptions du Pin et de La Roche-sur-Yon (25 % des naissances) et, dans une moindre mesure, en Normandie orientale, Poitou-Charentes, Auvergne et Midi-Pyrénées. La France compte environ 600 éleveurs de cob, une soixantaine d’étalons en activité pour moins de 600 naissances an­nuelles, soit quelque 4 % des naissances de chevaux de trait. Le cob est donc loin de rivaliser avec le percheron, mais ses effectifs restent stables, voire sont en légère augmentation. Le syndicat du cob normand a favorisé la formation de meneurs et de jeunes chevaux, avec un circuit de concours qui leur est consacré, en partenariat avec les haras nationaux et la société hippique française.
Les ventes d’août à Saint-Lô (pendant le Normandie Horse Show) et d’octobre à Deauville (à l’occasion des Equiday's), la participation à la route du Poisson entre Boulogne et Compiègne, à la foire belge de Libramont, aux salons du chevalet de l’agriculture contribuent largement au succès du cob normand, y compris à l’export, notamment en Belgique (où il est parfois croisé avec des Ardennais), mais aussi en Allemagne et en Italie.

Une race séduisante

Comment ne pas tomber amoureux du cob normand ? Grâce à une sélection adaptée, il a conservé vigueur et légèreté. Ses qualités à l’attelage ne sont plus à démontrer ; on ne connaît pas assez celles qu’il développe sous la selle. Peu de gens savent qu’il est fort agréable à monter, apte à la promenade, à la randonnée et la chasse à courre.
Certes, il ne peut exister de cheval parfait. Le trotteur et le pur sang le battront toujours sur les hippodromes, et il ne saurait rivaliser sur les obstacles avec un selle français. Mais ce cheval de loisirs par excellence devrait aussi tenter les compagnies de reconstitution historique pour leurs chevauchées, joutes et tournois, car il se révèle sans problème, « bien dans sa tête », docile sans noblesse, sportif, toujours prêt à répondre à la demande qui lui est faite, et somme toute, morphologiquement très proche des chevaux de la Tapisserie de Bayeux.

 
Standard du cob normand

Le cob est un cheval de taille moyenne (1,60 m à 1,65 m), d’un poids de 550 à 800 kg. La tête et la physionomie sont proches de celles de son cousin le selle français : bien membré, trapu, rustique, à l’épaule épaisse, à l’encolure bien dirigée, la tête distinguée, les oreilles bien plantées, aux allures assez relevées, étoffé, harmonieux et bien équilibré. Il a conservé le type demi-sang.
Ses robes sont de trois sortes : le cob peut être alezan, bai ou noir pangaré (ce qu’on appelait autrefois bai brun). On ne lui coupe plus la queue, mais ses crins gagnent à être tressés.

Syndicat National des Eleveurs et Utilisateurs de Chevaux Cob Normand.
Président : Yves Dubost,
Hôtel Bois-Hardy
50490, St-Sauveur-Lendelin,
Tél.: 02 33 07 79 17.
@ : dubost.yves@wanadoo.fr


(1) Sur Ste-Mère-Eglise, lire Parimoine Normand n° 41.
(2) Un stud-book est le registre des origines des chevaux d’une race donnée.
 

 


Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n°44, octobre 2002)


 
 

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