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Caen : colline aux oiseaux

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Colline aux oiseaux

A Caen, la Colline aux Oiseaux
s’inscrit dans l’histoire


Extrait Patrimoine Normand N°48
Par Olinda Longuet

La Colline aux Oiseaux.

Les dix-sept hectares de la Colline aux Oiseaux fleurent bon la nature. Ce n’est pas le moindre paradoxe de ce jardin municipal de Caen, totale antithèse de ce qui l’a précédé sur le site. En effet, jusqu’en 1971, les rats se partageaient les lieux avec les corneilles et les oiseaux de mer !

Au début de l’histoire, on trouve une grande ville, avec son inévitable production d’ordures ménagères. Pour les entreposer, la municipalité se rend en 1923 acquéreur d’un terrain au nord-ouest de Caen. C’est encore la campagne. Au fil des ans, les déchets s’y entassent, et la plaine céréalière aux confins du Bessin se bosselle peu à peu de mamelons où viennent s’enrouler les pistes poussiéreuses qu’arpente la noria quotidienne des camions chargés d’immondices, au milieu des odeurs nauséabondes, des fumées inhérentes à ce genre d’endroits, des mouettes et des goélands qui y trouvent un terrain de chasse plus accessible que leur milieu maritime naturel, et des rats immanquablement attirés par la manne. Ainsi naît la colline.
 

décharge aux jardins

De la décharge aux jardins

Après la guerre, la ville se rapproche. Le quartier du Chemin vert n’est plus qu’à un jet de pierre des deux monticules qui se sont formés sur la décharge, respectivement hauts de 25 et 35 mètres en 1970. Les surmulots osent même s’aventurer jus­qu’au pied des immeubles ! La salubrité publique est en jeu : une réaction s’impose.
Tandis qu’on édifie à l’est de Caen une usine d’incinération d’ordures ménagères, le maire-adjoint à l’environnement Frank Duncombe conçoit un plan d’aménagement des lieux en vue de la création d’un nouveau jardin public.
On oublie vite les rongeurs ! Du reste, voici bien longtemps que les Caennais ont baptisé le site Colline aux Oiseaux, à cause des palmipèdes et des corneilles qui l’animent de leurs volutes criardes et de leurs vagues gloutonnes. Ce nom lui restera.
L’endroit est complètement remodelé. Peu à peu, les im­mondices disparaissent sous les tonnes de terre accumulées par les jardiniers et paysagistes, et s’estompent dans la mémoire collective caennaise.

colline aux oiseaux

La Colline sera un jardin contemporain. On l’inaugure en 1994, dans le cadre des cérémonies commémoratives du cinquantenaire du Débarquement en Normandie, à l’occasion des Floralies de la Paix qui lui sont liées. La proximité du Mémorial de Caen l’apparente étroitement aux événements majeurs du XXe siècle.
Résolument moderne, le parc comprend un espace réservé aux villes françaises : on leur a demandé de s’exprimer sur le thème de la paix ; leurs jardins de 100 à 150 mètres carrés reflètent la diversité des paysages et illustrent le savoir-faire des provinces.
Le jardin Normandie-Métropole est une émanation des trois grandes cités normandes : Caen, Rouen, Le Havre, qui constituent l’ossature urbaine de la région, sur laquelle devrait se greffer le développement économique et culturel de la Normandie de demain.
Une autre zone est consacrée aux villes jumelles et amies de Caen, du Calvados et de la région : Alexandria, le Devon, Haïfa, Nashville, Portsmouth, Resita, Southampton, Thiès et Würzburg, riche en dépaysement dans son extrême variété d’interprétations.
Un clos normand évoque le tout proche bocage, avec ses herbes folles, ses fleurs sauvages, ses pommiers à cidre et son tour de pressoir, en bordure du jardin Frank Duncombe créé en hommage au père du nouveau parc.
Outre les jeux pour enfants sur 2 000 m2, on peut se divertir en parcourant la Normandie miniature (à l’échelle 1/1000e), en fréquentant l’aire de pique-nique et le mini-golf, ou encore le labyrinthe végétal réalisé avec du buis et des ifs, fort apprécié des jeunes enfants. Du belvédère, on a une vue exceptionnelle sur Caen, le Mémorial et sa vallée. Pour s’y rendre, il suffit de traverser l’enclos des petits animaux de la ferme.
Bien sûr, l’essentiel de la Colline aux Oiseaux réside dans ses plantations. Parc floral et paysager, il est organisé autour de thèmes botaniques principaux. Le jardin des plantes vivaces jouxte le labyrinthe d’if et de buis. On y dénombre quelque 300 variétés de plantes qui déclinent une remarquable harmonie de formes et de couleurs.
Non loin de là, le jardin des bruyères offre un épanouissement de rhododendrons, d’azalées, d’érables propre aux sols acides, pour une explosion florale saisonnière qui renaît superbement à chaque printemps.

colline aux oiseaux


En été et en automne, l’espace le plus fleuri se situe au nord, en bordure de l’avenue Mountbatten. De part et d’autre de l’aire de pique-nique, le jardin de pétales et le jardin d’essai floral sont le théâtre d’expérimentations et d’expositions temporaires : 150 variétés de plantes à massifs, 3000 pieds de dahlia pour 250 variétés réjouissent les amateurs.
On découvre, à l’ouest du clos normand, le jardin des lilas, et aussi le jardin du vent, déclinaison domestique de graminées sauvages qui ondulent comme l’eau à la surface d’un lac.

Colline aux oiseaux


Des milliers de roses

Mais le morceau de bravoure, celui sans lequel, malgré tout ce qui précède, la Colline ne serait guère qu’un sympathique espace vert où il fait bon marcher, est sans doute sa grande roseraie. Ce vaste amphithéâtre de couleur est le lieu de passage obligé de tous les visiteurs. On peut y revivre, greffe après greffe, l’histoire de la rose depuis le Moyen Age, grâce à une collection de 570 variétés, qui s’exprime par 15000 pieds plantés à flanc de coteau, voûtes et parterres multicolores organisés au gré des allées et des escaliers. On peut regretter que la richesse de l’ensemble juxtapose parfois des robes peu en harmonie les unes avec les autres et fasse çà et là figure de catalogue dont on feuilletterait les pages. Il n’en est pas moins vrai que ce cirque « naturel » créé de main d’homme ne manque pas de grandeur. Il ne saurait laisser indifférent.

rosiers


Un patrimoine de demain

La Colline aux Oiseaux fait déjà partie de l’histoire de Caen : ne prendra-t-elle pas ses dix ans l’année prochaine ?! Les générations futures y trouveront les témoins du savoir-faire paysager des XXe et XXIe siècles, et même, si les archéologues creusent un peu en-dessous, ceux des habitudes alimentaires et domestiques de nos parents et grands-parents !…La Colline porte à 500 hectares la superficie des espaces verts de la ville de Caen, non compris les 475 ha de la forêt de Grimbosq, ni les 116 ha du parc de Croisilles. Vaste complément du vénérable Jardin botanique créé aux XVIIe et XIXe siècles, elle reçoit chaque année 350 000 visiteurs.

 
Horaires d’ouverture :
tous les jours à partir de 10 h 00 (les 1er janvier et 25 décembre : à 14 h).

Horaires de fermeture :
- de novembre à janvier : 17 h 30
- février-mars : 18h - avril-mai :  19h30
- de juin à août : 20 h
- septembre-octobre : 19 h.

 

Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 48, Hiver 2003)


 

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