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Réunification normande : vers une grande Normandie

Publié le : 02 mai 2006

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 Reforme territoriale Normandie

Réunification normande
Vers une grande Normandie


Extrait Patrimoine Normand N°58
Par Georges Bernage


En 1960, deux régions de programme avaient été instituées : la Haute et la Basse-Normandie. La loi du 5 juillet 1972 portait création de deux  établissements publics régionaux venant entériner ce découpage. Ainsi, depuis une trentaine d’années, on parle d’une réunification  de la Normandie.

Blason Normandie Blason Normandie


Ce sujet est de plus en plus à l’ordre du jour. Les divers élus évoquent de plus en plus fortement le principe d’une réunification des deux petites régions. Un dossier pu­blié par les deux CESR fait le point sur la question. La réunification de la Normandie se profile à l’horizon. Nous vous proposons une synthèse de ce dossier pour y voir plus clair.
L’idée d’un rapprochement entre les deux « tronçons » de Normandie est acquise, les avantages l’emportent, de loin, sur les contraintes, sur la base des avantages mutuels. Mais deux formes de rapprochement sont proposées : la coopération ou la fusion.
La coopération a été particulièrement concluante dans plusieurs domaines, en particulier la recherche et le tourisme. Celle-ci permettait une liberté de choix dans les opérations communes, une montée en puissance progressive et la faculté d’adopter des formes diverses pour une efficacité maximale. La fusion exige une réflexion car elle a un caractère quasi définitif. C’est un changement radical exigeant une capitale régionale, un seul Conseil Régional, une seule Préfecture de région et une solution polycentrique n’est pas évidente. Par contre, malgré ces difficultés, la plupart des bas et des hauts normands se considèrent simplement normands et la notoriété de l’appellation « Normandie » est indéniable, la réunification sim­- plifierait les stratégies pour la communication externe, face à l’actuelle confusion où d’ail­leurs, en anglais, « Lower Normandy » a une connotation dévalorisante. La Normandie ne tire pas tout le parti souhaitable de sa célèbre dénomination. Par rapport aux autres régions, la Haute (13e rang national) et la Basse-Normandie (15e rang national) passeraient ensemble au 5e rang. Cependant, les plans de la DATAR envisagent un redécoupage de la France en 7  à 10 grandes régions, les gains vis-à-vis des classements interrégionaux seraient alors en partie perdus, sauf si l’on retient une fusion plus large devenant Normandie-Maine… (1)
La réunification (appelée « fu­sion ») permettrait une vision simplifiée des institutions (et donc des économies), un sentiment de fierté légitime pouvant habiter une « population normande sensible à la reconstitution d’un ensemble territorial ravivant le souvenir d’un lointain et glorieux passé ». Le rapport fait alors un rappel historique. La seconde Lyonnaise présente déjà les contours de la future Normandie fondée en 911 ; elle sera un quasi état trois siècles durant. Elle correspond aussi à la province ecclésiastique de Rouen dont l’archevêché de Rouen exerce une primature sur six autres évêchés (Evreux, Lisieux, Bayeux, Sées, Coutances, Avranches), dès le VIIe siè­cle. La « Duché » est réunie au domaine royal français en 1204 et la Normandie restera un duché jusqu’en 1469. Ses prérogatives seront alors régulièrement rognées et elle sera découpée en deux généralités, celles de Rouen et de Caen puis celle d’Alençon en 1638.
Les Normands défendront leur particularisme de manière continue en résistant au pouvoir central, en se réclamant de la coutume et de la charte aux Nor­mands, concédée par le roi Louis X le Hutin en 1315, et en s’appuyant sur une institution chargée de la faire respecter : le Parlement de Normandie, qui est un organe administratif et juridictionnel. Mais cette résistance ne peut contrer le démantèlement progressif : la Basse-Normandie apparaît dès le XIVe siècle, la Révolution supprime les provinces et découpe la Normandie en cinq départements (correspondant toutefois en­semble au territoire originel). Le renouveau régionaliste commence au début du XIXe siècle avec Arcisse de Caumont. Et, en 1956, sans concertation des populations, 21 régions sont instituées et, par un décret en date du 2 juin 1960, la Normandie est découpée en deux régions, la Haute et la Basse. Elles sont confirmées par la loi du 5 juillet 1972 portant création des établissements publics régionaux venant entériner ce découpage. Ainsi, la Haute et la Basse Normandie se voient progressivement divisées au cours des deux derniers siècles.
Mais, comme nous le rappelons, la création de l’Union pour la Région Normande de Pierre Godefroy, puis celle du Mouvement Normand tenteront, dès le début des années soixante-dix de sensibiliser élus et populations au problème de la réunification. L’opinion normande y sera majoritairement favorable, jusqu’à 65 %, comme l’a montré un récent sondage. Mais cette unanimité de la population, et aussi d’élus de toutes tendances, se heurtera longtemps à de sordides égoïsmes de clochers, ce seront, dans le passé, Jean-Marie Giraud à Caen et Jean Lecanuet à Rouen qui auront tout bloqué, contre l’opinion.
Mais des chemins parallèles auront déjà permis des rapprochements. Ainsi, les deux ré­gions de Normandie auront été les deux seules régions de France à n’avoir qu’une seule cham­bre régionale d’agriculture et un seul comité régional de tourisme. Et, depuis peu, elles bénéficient d’un établissement public commun : l’Etablissement Pu­blic Foncier de Normandie. Par ailleurs, la Délégation de l’Aménagement du Territoire et de l’Action Régionale (DATAR) ne l’envisage que globalement, dans le cadre de Normandie Développement. Cet aménagement commun se concrétise dans le cadre de l’estuaire de la Seine (Directive Territoriale d’Aménagement de l’estuaire) et s’amorce avec le « projet métropolitain normand ». Ce développement économique est un facteur fort d’union s’ap­puyant sur le concept de la Normandie historique existant dans la mémoire collective.
Et s’il y a fusion, il ne peut y avoir raisonnablement, qu’une seule capitale régionale. Les exemples de deux capitales n’ont jamais été probants : Reims capitale économique et Châlons-sur-Marne capitale ad­ministrative de la région Champagne-Ardenne, par exem­ple. Une seule capitale présente deux avantages considérables : la lisibilité et l’efficacité du fonctionnement administratif et quotidien. Donc le choix semblait cornélien entre Rouen et Caen. Mais « l’impact de l’abandon de tout ou partie de certaines prérogatives d’ordre politique et administratif serait ressenti de façon certainement plus sensible dans la ville la moins développée des deux, en l’occurrence Caen et par ricochet dans l’ensemble de la Basse-Normandie ». Grâce à son poids économique, la perte de la capitale régionale serait de conséquence limitée pour Rouen mais tout à fait catastrophique pour Caen. Par ailleurs, cette dernière dispose d’un atout majeur : son caractère central dans le nouvel espace constitué. Elle dispose aussi d’atouts dans différents domaines (culture, recherche, etc.). Son université est la plus ancienne de Normandie, fondée pendant l’occupation anglaise lors de la guerre de Cent Ans. Mais la position géographique de Caen est déterminante. Rouen est à 142 kilomètres de Mortagne, 152 d’Alençon, 194 de Flers, 230 d’Avranches et 244 de Cherbourg, alors que, pour Caen, Evreux n’est qu’à 138 kilomètres et le Tréport à 214 ! Rouen, principale capitale historique, est trop excentrée et Caen, outre son rôle universitaire, a été la principale capitale de Guillaume le Conquérant.

Blason manche Blason Calvados Blason Orne
La Manche Calvados Orne
Blason Eure Blason Seine-Maritime Illustrations disponibles
chez Jac­ques Rivière,
22, rue du Blanc Pot de Camps, 88200 Remiremont.


 © Patrimoine Normand
Eure Seine-Maritime  

En conclusion, le rapport rappelle que l’utilité d’un rapprochement entre les deux Normandie apparaît incontestable mais un pragmatisme, bien normand, est indispensable afin d’intensifier les processus de coopération. Mais il est favorable à l’intensification des coo­pérations, processus plus long qu’une fusion immédiate, ex­pression d’une volonté d’y parvenir après mûre réflexion. Notons toutefois que le rapport ne signale pas les handicaps graves subis dans le passé par les deux régions, du fait de leur séparation. La réunification semble ainsi bien partie mais elle se ferait progressivement, tout au moins d’après les rédacteurs du rapport. Enfin, la future capitale d’une Normandie réunifiée ne pourrait être que Caen, Rouen restant, avec Le Havre, le pôle économique majeur. Les rapprochements sont déjà dans les faits et la réunification est dans les esprits, avant d’être réalisée dans un avenir plus ou moins proche.
 


(1) mais, dans cette hypothèse plus large, que deviendraient de petites régions comme l'Alsace et la Corse.


POUR EN SAVOIR +
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> Coopération de la fusion entre la Haute et la Basse-Normandie, rapport des CESR en date du 19 décembre 2005. 
Cliquez ici

> Le site du Mouvement Normand. Cliquez ici


Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 58, mai-juin-juillet 2006)


 

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