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Deux siècles de tourisme en Normandie

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La baignade à Etretat, Eugène Le Poittevin, vers 1858, huile sur panneau.(Coll.  Peindre en Normandie , cliché Philippe Fuzeau.)
Destinations Normandie
 
Deux siècles de tourisme XIXe-XXe siècle

Extrait Patrimoine Normand N°71
Par Thierry Georges Leprévost

Vacanciers sur la plage de Scarborough, Th. Ramsey, vers 1770, huile sur toile (Scarborough Museum, Royaume Uni).

La Normandie fut dès le début du XIXe siècle une des destinations privilégiées des touristes, première région touristique française, ce que nous rappelle une exposition bien de saison…

La longueur de ses côtes, la qualité de son air iodé et la proximité de Paris firent rapidement de quelques villes et villages de pêcheurs normands des stations balnéaires huppées, telles Dieppe ou Trouville. Elle continue d’attirer un vaste public depuis la dernière guerre ; sa position est au­jourd’hui très confortable dans l’économie du tourisme. Mais remontons le temps…


Les vertus de l’eau

Au XVIIe siècle, en Angleterre, de nouvelles pratiques thérapeutiques liées à l’eau bouleversent les mentalités et les flux de voyageurs. Les villes d’eaux connaissent un engouement sans précédent, fréquentées par toute l’aristocratie et la haute bourgeoisie. C’est sur leur modèle que se développent au siècle suivant les premières stations balnéaires anglaises, dont les noms prestigieux résonnent encore : Scarborough, Brighton, Weymouth, Margate… Cette mode s’exporte Outre-Manche et inscrit de manière indélébile une nouvelle ère de loisirs sur la côte normande.
Comme en Angleterre, les premières destinations de villégiature normandes sont les stations thermales : Forges-les-Eaux (Seine-Maritime), et Bagnoles-de-l’Orne (Orne). Puis, suivant l’exemple anglais, on découvre les bienfaits thérapeutiques de l’eau de mer, qui sont à l’origine des foules attirées chaque année sur les plages. Le bain de mer est en effet préconisé dans le traitement de certaines maladies ou affections : la rage, l’anémie, la dépression, l’asthme… C’est en raison de sa santé fragile que Proust est envoyé à Cabourg vers 1880. Le bain marin est un fortifiant. La publicité s’en fait l’écho : Le frais varech de Luc-sur-mer, tel un bain de jouvence, rajeunit le vieillard et fortifie l’enfance.


Vue de la plage de Dieppe, par Edouard Hostein, 1854. (Château-Musée de Dieppe.)

Les établissements de bains sont souvent les premiers édifices construits sur la grève, les bains étant pris soit dans la mer, soit dans l’établissement de bains. Tout au long du XIXe siècle, le bain est une véritable épreuve, au cours de laquelle le corps est immergé de manière entière et soudaine afin d’en augmenter les effets bénéfiques. Mais de supplice, le bain devient peu à peu un véritable plaisir, et l’apprentissage de la nage, au début du XXe siècle, le libère des « gui­des-baigneurs », auparavant in­dispensables.

La plage de Trouville par Grande marée, Charles Mozin, milieu du XIXe siècle. (Musée Villa Montebello, Trouville-sur-mer.)

Dès le milieu du XIXe siècle, le plaisir de l’eau s’immisce dans le traitement thérapeutique. On prend beaucoup de plaisir à quitter la ville le temps de l’été et à séjourner dans une station à la mode. Il faut donc organiser ces nouvelles villes et répondre au flux saisonnier de l’arrivée et du départ des baigneurs-vacanciers, aménager la plage, construire des promontoires romantiques et des digues pour le plaisir de la promenade et le spectacle de la vue, offrir des gîtes confortables et des lieux de divertissements.
Certaines stations se développent autour d’un village ancien, comme Trouville, dont les balbutiements touristiques marqués par la fréquentation du peintre Charles Mozin datent des années 1820, ou Granville, cité corsaire, où les premiers baigneurs sont également attestés au tout début du XIXe siècle. D’autres stations sont créées ex nihilo, œuvres de promoteurs immobiliers qui font le bonheur des spéculateurs. Deauville est sans doute l’exemple parfait de la « station intégrée », qui naît en 1859, sous l’impulsion du Duc de Morny grâce à une société immobilière composée de banquiers et d’hommes d’affaires.

Les Bains de mer à Honfleur, Alexandre Dubourg, 1869.(Musée Eugène Boudin, Honfleur.)

Forges-les-Eaux, affiche touristique, vers 1900. (Musée de Normandie, Caen.)

On peut parler des stations thermales et balnéaires comme de véritables laboratoires de création architecturale aux XIXe et XXe siècles. La construction de villas particulières et d’hôtels, d’établissements publics comme les casinos et les établissements de bains de mer, sont autant d’oc­casions de proposer de nouvelles formes architecturales, plus ou moins ostentatoires. L’éclectisme des styles im­prè­gne les constructions ; les in­fluen­ces mauresques, suisses, italiennes ou classiques se cô­toient sur les digues. Le style néo-normand voit le jour. Bien qu’entouré de multiples expressions architecturales, il symbolise encore l’âge de la villégiature balnéaire.
Si la raison première du déplacement en villégiature dans les stations thermales ou balnéaires est le soin apporté par la cure, le temps consacré aux bains n’est pas suffisant pour remplir la journée du vacancier. Le bain devient même souvent prétexte aux mille divertissements qu’offrent les stations, entre recherche du plaisir et mondanités. Lieu-phare de la station, le casino incarne le temps du loisir. Les jeux d’argent ne constituent qu’une part finalement bien mince de tout ce que peut proposer un casino : élégant lieu de restauration et de rencontre, dancing, salle de spectacles, théâtre, concerts mais aussi siège du syndicat d’initiative dans certaines stations…

Le Grand frère, Edouard Rudeaux, 1880 (Musée du Vieux Granville).

Le temps libre de la villégiature ou de la cure devient au XIXe siècle le moment privilégié pour mettre en scène le corps. Le sport moderne, d’origine anglo-saxonne, trouve une de ses plus belles expressions dans des stations balnéaires ou thermales. Faire ou voir du sport constitue des obligations mondaines : courses de chevaux et courses automobiles, tennis, golf, polo, tir… Chaque station ou grand hôtel digne de ce nom se doit de mettre à disposition des clients courts de tennis ou terrain de golf à proximité. La renommée de Deauville tient aussi dans son appellation revendiquée de « station des sports » ou « plage de l’automobile ».


A la découverte du territoire

La position de la Normandie à mi-chemin entre Paris et l’Angleterre, son climat, ses kilomètres de côtes, en font la destination privilégiée des voyageurs et premiers baigneurs. L’essor du tourisme a bien sûr été accompagné par cette invention du XIXe siècle, le chemin de fer, de la première ligne reliant Paris à Rouen, puis au Havre en 1847 et la mis en place des « trains de promenade » jusqu’aux trains « de bains de mer » desservant Dieppe, Etretat, Trouville et Granville à partir de 1897.
La lecture des affiches touristiques nous donne un aperçu de la richesse du patrimoine normand : le Mont-Saint-Michel bien sûr, mais aussi les abbayes de la vallée de la Seine et le patrimoine des villes, des paysages idylliques faits de vaches paissant.
Sous les pommiers en fleurs, les villages pittoresques, les lieux de pèlerinage comme Lisieux célébrant sainte Thérèse, et surtout, depuis quelques décennies, les plages du débarquement et les sites de la Bataille de Normandie, qui présentent un attrait touristique indéniable. C’est aussi grâce à la qualité de son patrimoine naturel, historique et artistique que la Normandie s’est imposée comme région touristique internationalement connue.

 La côte normande, guide et légendes , par Géo Lefèvre, 1903, affiche - évocation de lépoque de Guillaume le Conquérant.

Maison de poupée, villa balnéaire miniature, bois et papier imprimé, vers 1900-1910.(Musée Eugène Boudin, Honfleur.)

Images à vendre

Les premiers voyageurs parcourant la Normandie, anglais, parisiens et érudits normands à la recherche de vestiges archéologiques et de pittoresque, sont à l’origine de la publication et de la diffusion des premières images normandes, à travers des ouvrages comme La Normandie pittoresque et monumentale de Taylor et Nodier, La Normandie illustrée éditée par Charpentier à Nantes, ou La Vieille France de Robida. Nul voyageur n’arrive ainsi vierge de toute image ou de toute lecture.
A partir de la fin du XIXe siècle, les affiches touristiques éditées par les compagnies de chemin de fer jouent un rôle prépondérant dans la diffusion de l’image de la Normandie comme destination de tourisme. Puis, la naissance des syndicats d’initiative au début du XXe siècle ouvre une nouvelle ère dans l’iconographie touristique, celle de la profusion des images et de la multiplicité des supports : affichettes, affiches, dépliants, programmes, brochures, etc, sont autant de traces matérielles qui participent à la connaissance et l’écriture du tourisme en Normandie.
L’image de la région ou de la station balnéaire accompagne aussi le villégiateur ou vacancier de retour dans l’habitation principale c’est le rôle de l’objet souvenir. Connus de tous et souvent dévalorisés en raison de leur faible valeur esthétique, ces objets peuvent être de nature très diverse. Le plus commun est sans doute la carte postale : créée à Vienne en 1869, elle arrive en France 1870, et son succès en fait encore aujourd’hui un élément indissociable du tourisme.


PRATIQUE :
Musée de Normandie,
château de Caen,
14000 Caen.
Tél. 02 31 30 47 60 - fax : 02 31 30 47 69
mdn@ville-caen.fr

A VOIR EGALEMENT :
- Plages en Normandie, 1850-1950. De Boudin à Dufy, Musée Eugène Boudin, Honfleur, jusqu’au 4 octobre 2009.
- Jeu de plage, Musée Villa Montebello, Trouville-sur-mer, jusqu’au 4 octobre 2009.
- Périssoire, hirondelle, vaurien : histoires de plaisance en Normandie (1850-1960), Musée maritime de l’île de Tatihou, jusqu’au 11  novembre.
- Le bon plaisir des percherons, usage du temps et loisirs au XXe siècle. L’Ecomusée du Perche (Saint-Cyr-la-Rosière) jusqu’au 30 décembre 2009.

 
 

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