Patrimoine Normand magazine

 





Abbaye de Mortemer

Abbaye de Mortemer : Vue sur les restes du dortoir et de léglise

Notre-Dame de Mortemer,
une abbaye et ses légendes


Extrait Patrimoine Normand N°25
Par Isabelle Audinet

Loin du monde, dans une superbe vallée du département de l’Eure, se nichent les ruines de l’abbaye de Mortemer, les lacs et les bois qui l’entourent protégeant ses secrets.
 
Elles sont loin d’être désolées, ces ruines, près des eaux dormantes des lacs, gelés en cette saison. Sous le soleil radieux, la forêt givrée brille de mille feux, l’herbe semble un doux tapis de peluches blanches. Les ruines se détachent sur le bleu du ciel en taches jaunes, rouges, bleues et blanches. 

 Abbaye de Mortemer - restes du bras du transept nord de léglise

Un sentiment de recueillement règne ici, silence ponctué par le cri des oies et des canards et la course gracieuse des daims. Mortemer est le lieu idéal de retraite et, de nos jours encore, le voyage de l’esprit n’est que rarement troublé  par des bruits extérieurs. Les moines ne s’y sont pas trompés, qui se sont installés en cet endroit perdu de la forêt de Lyons, il y a huit siècles. Quelques ermites s’y étaient tout d’abord fixés, auprès du Fouillebroc, rivière qui est de nos jours recouverte en partie. En 1134, ils sont rejoints par une communauté de quelques bénédictins venus de Beaumont-le-Perreux, près de Gisors, qui fondent la première abbaye. Fille de l’abbaye du Pin (Vienne), elle est aidée par Henri Ier Beauclerc, duc-roi de Normandie et d’Angleterre, qui y fait construire maisons et granges. La mort du duc ne remet pas en question l’aide qui se poursuit avec Etienne de Blois, puis Mathilde, fille d’Henri Ier et impératrice d’Allemagne. En 1137, après une rupture d’avec l’abbaye du Pin, Mortemer est rattachée à l’ordre de Cîteaux et devient abbaye-fille de Clairvaux. Ce qui fait d’elle la première abbaye cistercienne de Normandie. Les deux premiers abbés, Adam (1138 - 1154) et Etienne (1154 - 1163), sont choisis par Clairvaux. Ils sont les principaux constructeurs de l’ensemble. Adam s’occupe de loger les moines, de construire réfectoire et infirmerie, ainsi que des maisons, moulins et granges dans les environs. Etienne a l’honneur d’édifier une grande partie de l’église, puis le cloître, aidé par Mathilde et Henri II son fils. Déjà sous l’abbatiat d’Adam, l’abbaye avait essaimé avec la fondation de l’abbaye du Valasse (1149) et celle du Val-Richer (1146-1150), toutes deux rattachées à Clairvaux, ce qui montre l’essor de sa prospérité. L’église est achevée entre 1180 et 1200. Durant tout le Moyen Age, l’abbaye est très prospère, acquérant de nombreuses terres, maisons à Paris, Rouen, Beauvais et plus près dans la région. Sa richesse est due sans doute à l’appui de la famille du duc et des évêques, puis plus tard d’autres grands du royaume. Dès le départ aussi, les moines ont su tirer parti de ce que leur offrait le site, puisqu’ils purent vivre en parfaite autarcie, cultivant leurs terres, élevant de nombreux poissons dans le vivier, profitant du gibier...
Vue intérieure des restes du transept nord de léglise.
La superficie des terres possédées était vaste (environ 500 hectares), au vu du nombre de boulins dans le pigeonnier (plus de 900). La capacité des pigeonniers dépendait en effet de la taille de la propriété foncière, soit une acre (ou 5000 m2) par boulin. La bonne gestion des dons et des revenus de leurs productions dure jusqu’au xviie siècle, période à laquelle les abbés nommés par Clairvaux sont remplacés par des abbés commendataires, extérieurs à l’abbaye et acceptant la charge d’abbé comme moyen d’enrichissement personnel. Très vite, l’intérêt de l’abbé n’étant  plus de faire prospérer l’abbaye, mais de prospérer grâce à l’abbaye, Notre Dame de Mortemer périclite, tant dans sa renommée que physiquement. Peu avant la Révolution, en effet, seuls cinq moines occupent encore l’abbaye, et quatre sous la Révolution. Ces derniers furent d’ailleurs assassinés, pourchassés comme des opprimeurs du peuple. On dit que leurs fantômes errent encore dans les ruines. La Révolution signa « l’arrêt de mort » pour l’abbaye qui, déjà fort délabrée, fut démembrée, ses biens éparpillés. Elle devient une carrière de pierre pour les habitants des environs, et comme la construction était déjà de piètre qualité (en mœllons de silex et calcaire), la destruction fut encore plus rapide. Il ne nous reste, de ce que l’on appelait « Mortemer l’Orgueilleuse », que des ruines.
 

Porte de la salle capitulaire ouvrant sur le cloître

Description
 
Les pans de murs et les quel­ques bâtiments encore debout rendent mal l’image que l’on peut avoir de l’abbaye, bien que ces restes soient encore imposants. L’église surtout était de grande taille (environ 75 m sur 45 m de large au transept). L’abbaye était organisée autour du cloître, rattachée au côté sud de l’église. A l’est du cloître, la galerie s’ouvre sur le bâtiment du dortoir, au sud sur le réfectoire. Quant à l’aile l’ouest, elle a disparu. Dans l’enceinte sont encore situés le pigeonnier, les restes d’un pressoir, et ceux d’un ancien moulin sur la rivière. A l’extérieur, près de l’entrée, fut construite une ferme, attachée à l’abbaye, ainsi que la porterie. Les bâtiments de cet ensemble ne sont pas contemporains. Le cellier, un des rares bâtiments en état, est sans doute un des premiers corps bâtis au XIIe siècle, vraisemblablement sous l’abbatiat d’Adam par Enguerrand de Vascœuil. D’autres éléments de cette période sont encore visibles, mais disparates. Les dortoirs, construits à la même période, ont été repris. Les murs restants sont du XIIIe siècle. Ce bâtiment à deux niveaux avait le rez-de-chaussée voûté et le premier charpenté. 
 restes du transept sud de léglise touchant les bâtiments du dortoir et du cloître. Le rez-de-chaussée était constitué de plusieurs petites pièces en enfilade accolées au transept de l’église. Le pan de mur le plus imposant qui reste du dortoir montre bien l’ordonnance sur le cloître. Nous voyons notamment très bien les traces de la salle capitulaire (où se tenaient les « conseils » ou chapitres de l’abbaye), ouvrant sur le cloître par une porte cintrée, et éclairée par des baies avec remplages. Le départ des voûtes est aussi visible sur le côté intérieur. Accolés à la salle capitulaire, les restes de ce qui pourrait être un couloir, ouvrant par deux portes en arcs brisés tant sur le cloître que sur l’extérieur. Plus au sud encore, on aperçoit les traces de voûtes d’ogives sur le mur du cellier, et sur le mur est, le départ de voûtes. Au premier étage, il semble que le dortoir ait occupé toute la superficie du transept au cellier. On pouvait accéder par une porte dans le transept de l’église. Deux niveaux de fenêtres éclairaient le dortoir du côté cloître, douze petites baies en bas, et six plus hautes en arc brisé en haut. Vue du cloître, cette façade est rythmée par six grandes arcades regroupant deux fenêtres basses et une fenêtre haute. L’église et le cloître datent du XIIe siècle. Du cloître, il reste une aile au nord, postérieure au premier cloître. Un bâtiment, maintenant disparu, devait-être situé entre la galerie actuelle et le mur de l’église. Les travées de la galerie nord en effet s’appuient sur un mur antérieur à sa construction. L’église, de taille imposante, est située au nord. Son plan et les décors qui nous restent tendent à rapprocher cette église de l’architecture du premier art gothique bourguignon. Un dégagement des décombres a permis de comprendre comment était organisée l’église. Le plan adopté était celui d’une croix latine, à savoir une nef à deux bas-côtés se poursuivant d’un chevet, ici à chapelles rayonnantes, barrée d’un transept fortement saillant. La nef de huit travées était voûtée d’ogives. Les élévations sont plus difficiles à retrouver. Pour aider aux restitutions, les gravures et les descriptions anciennes, ainsi que les études des débris et restes encore debout sont utiles. Apparemment, la nef possédait une élévation à trois niveaux : de grandes arcades, puis un niveau de coursières, puis de grandes baies éclairant la nef. 

Diverses pièces du corps de bâtiment du xviie siècle, siège de nombreuses apparitions ou phénomènes non expliqués. Au rez-de-chaussée de cet édifice est installé un musée donnant lhistorique de la co

Cette organisation était la même pour les deux bras du transept. La façade occidentale semblait s’ouvrir, au-dessus des porches d’entrée, par trois hautes baies, surmontées de quatre baies jumelées (peut-être aveugles), séparées par un occulus, lui-même surmonté par deux baies plein cintre. Les niveaux sont séparés par un bandeau. Du xiiie siècle aussi date le pigeonnier, remanié au XVIIe siècle. Le dernier bâtiment, le plus imposant de nos jours, est l’aile sud, réfectoire des moines à l’origine. L’aile du xiie siècle a disparu, car en mauvais état et reconstruite au XVIIe siècle. Il est actuellement meublé et accueille des expositions et salons. Le rez-de-chaussée et le premier étage constituent le musée où nous sont contées l’histoire de l’abbaye et ses légendes, grâce à des saynètes reconstituées. D’autres bâtiments existaient aussi, (logis abbatial, cuisine...), malheureusement détruits et non analysables. L’abbaye de Mortemer ne nous a pas livré tous ses secrets.

nouvelle aile (xviie siècle) remplaçant le bâtiment du réfectoire et le pigeonnier du xiiie siècle remis au got du jour au xviie siècle.

Nous sommes ici au bout du bâtiment du dortoir, disparu. A gauche, le cellier est sans doute le plus ancien bâtiment de labbaye.

Intérieur du cellier, bâtiment du xiie siècle avec une vote en plein-cintre.


Reste d`un pressoir

 
Légendes
 
Les mystères de l’abbaye ne s’arrêtent pas à de simples considérations architecturales. En effet, pas moins de onze légendes tournent autour des lieux ou de l’abbaye même. Inspirées par la forêt alentour, par des événements tragiques ou heureux, par des personnages importants, ces légendes sont encore bien vivantes et connues par les habitants des environs. Elles ont imprégné les bois, les ruines que l’on dit hantées, et l’on s’attend à rencontrer au détour d’une pièce l’un ou l’autre de ces héros heureux ou malheureux. D’ailleurs, il y a quel­ques années, certains d’entre eux furent aperçus, moines sacrifiés au sanctuaire de la République lors de la Révolution. Nous n’allons pas ici reprendre toutes ces légendes, mais en revisiter certaines d’entre elles.

La  cuisine  aménagée pour le conte  le chat Goublin  : le moine et le chat sobservent.

 
L’une d’elles, le chat goublin de Mortemer, est liée à la déchéance de l’abbaye.
L’histoire raconte comment un trésor est caché au cœur de l’abbaye de Mortemer, qui pourrait ou aurait pu la sauver de la ruine, mais que nul n’a trouvé jusqu’à lors.
Il y a longtemps de cela, avant que l’abbaye ne soit justement en ruines, le frère Alexandre, cuisinier de son état, avait le privilège de préparer les repas pour le père Abbé et l’Hostellerie. Maître en son domaine, il avait l’œil sur les produits du travail de ses frères les moines, qui en profitaient moins que lui. Frère Alex­andre avait tout pour être satisfait de son sort. Il suffit malheureusement qu’un jour, le pauvre frère Alexandre rencontre un chat pour lui gâcher sa vie, et celle de l’abbaye peut-être aussi . Chat extraordinaire, comme l’on en rencontre dans les forêts ou les endroits où la magie opère, chat goublin. Lutin facétieux, gardien d’un trésor, sa forme animale lui permet d’être plus vigilant. Cependant, pour tromper un goublin et récupérer le trésor, il suffit d’attendre qu’il s’endorme. Un dicton veut en effet que :
« Quand dort le goublin, le trésor revient »,
mais il ajoute :
« Mais si tu t’endors aussi, le trésor s’enfuit ».
Une « guerre d’usure » s’engagea donc entre le chat goublin et le frère Alexandre, l’un guettant l’autre pour voir à qui s’endormirait le premier. La patience de frère Alexandre fut récompensée. Le chat s’endormit et un trésor fabuleux apparut aux yeux du moine. Le chat, vexé de s’être assoupi, ne perdit cependant pas l’espoir de récupérer son trésor. Blotti dans l’âtre, il attendit patiemment à son tour que le moine soit près du sommeil. Ce dernier, totalement ébloui par les richesses, comprit le profit que pourrait en tirer l’abbaye : remise en état, reconstruction, agrandissement... il y avait tant et tant à faire. Son imagination s’égara, tant et si bien qu’il finit par s’endormir, et qu’à son réveil... le trésor avait disparu. Il s’en veut depuis d’avoir bêtement perdu ces richesses, et attend toujours, et vous pouvez le voir dans ses cuisines, de retrouver ce lutin rusé au coin d’une marmite ou à l’orée d’un bois.

les bois et les lacs autour de labbaye où Mathilde aime à sy perdre.

Statue de la vierge allaitant, xive siècle.

Les revenants de l’abbaye
 
Force est de constater à travers divers témoignages récoltés depuis le XIXe siècle que certains phénomènes entendus et vus restent inexpliqués. Les ruines de l’abbaye seraient-elles donc toujours habitées ?
Un témoignage d’officiers Anglais de la Première Guerre mondiale, logeant dans le bâtiment du XVIIe siècle, nous raconte qu’ils aperçurent quatre ombres déambuler dans ces ruines, quatre ombres ressemblant fort aux quatre moines assassinés dans le cellier lors de la révolution. Imagination, supercherie ou réalité ?
La légende la plus connue de l’abbaye est celle de Mathilde, impératrice d’Allemagne et bienfaitrice de l’abbaye, qui, dit-on, vient hanter depuis sa mort à Rouen, les ruines de Mortemer et autrefois les pensées des moines. Mathilde, fille d’Henri Ier Beauclerc, et seule descendante de ce dernier, fut fiancée en 1109, à l’âge de sept ans à l’empereur d’Allemagne, alors âgé de 30 ans. Cette alliance, scellée en 1114, était éminemment politique, puisque Germains et Normands devenaient alliés contre leur ennemi commun, le roi de France. Mathilde partit donc très jeune d’Angleterre pour aller vivre en Allemagne. Elle se retrouva veuve à 23 ans, sans avoir laissé d’héritier à l’empereur. Fille légitime d’Henri Ier, elle devient un parti fort convoité, son mari pouvant alors espérer devenir duc de Normandie et roi d’Angleterre. Son nouveau mariage est encore un arrangement politique, puisqu’il officialise le rapprochement d’anciens ennemis, les Normands et les Angevins. Mathilde épouse en effet, en 1128, à 27 ans, Geoffroi Plantagenêt, de dix ans son cadet, fils de Foulques V, comte d’Anjou et du Maine. Leur destinée est importante. A la mort d’Henri Ier, Etienne de Blois, cousin de Mathilde, lui aussi petit-fils de Guillaume le Conquérant, se couronne roi d’Angleterre, et convoite la Normandie à la place de Mat­hilde. Une guerre civile va éclater, malgré toutes les tentatives diplomatiques pour éviter le conflit. Geoffroi devient duc de Normandie en 1144 après sa reconquête par les armes. Quant à l’Angleterre, sa reconquête fut entreprise en 1149, par Henri fils de Mathilde et Geoffroi. Le mariage de ce dernier avec Aliénor d’Aquitaine fait de lui le duc d’Aquitaine, alors qu’il est déjà comte d’Anjou et du Maine et duc de Normandie. Sa puissance est donc indéniable. La reconquête de l’Angleterre aboutit en 1154 puisqu’à la mort du roi Etienne, il devient roi d’Angleterre sous le nom d’Henri II.
Abbaye Mortemer - Source Sainte CatherineQuant à Mathilde, eh bien, elle meurt en 1167 à Rouen, qui était devenu la principale résidence de son fils, roi d’Angleterre. On prétend qu’elle eut un comportement léger au cours de sa vie, qui aurait conduit son père à l’enfermer à Mortemer. On dit aussi qu’elle aurait fini sa vie dans la solitude et l’ennui après avoir connu des moments plus mouvementés. On dit encore qu’après sa mort, elle revint hanter l’abbaye de Mortemer, lieux qu’elle avait protégés, lieux qui l’avaient fait souffrir. Elle est devenue la Dame Blanche de Mortemer, ombre qui erre sans bruit dans les ruines, dans les bois auprès des étangs de pleine lune. Ame qui perturba les esprits des moines et n’eut que la Vierge pour la surpasser comme rivale à leurs yeux et à leurs cœurs. Ombre bénéfique qui vous annonce un mariage ou une naissance si elle porte des gants blancs lorsque vous la rencontrez, ombre maléfique si elle porte des gants noirs, ou si vous la rencontrez deux fois, car c’est la mort qui parle par elle. Alors, lorsque les brumes se lèvent sur les étangs les nuits de pleine lune, prenez garde à ne pas croiser l’ombre diaphane de Mathilde...
 

Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 25, Printemps 1999)



 

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