Patrimoine Normand magazine

 





Robert Capa, et le prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre

Un officier américain interrogeant des civils normands à Colleville, près dOmaha Beach, photo de Robert Capa. (NA.)

Robert Capa 
et le Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre.


Extrait Patrimoine Normand N°75
Par Jacques Luley

 

Du 4 au 10 octobre 2010, se déroulera la 17ème édition du Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre. " Une semaine de rendez-vous autour de ces grands reporters, hommes et femmes de terrain qui, à travers leurs témoignages, éveillent nos consciences et nous confrontent aux douleurs du monde ". Cette manifestation, qui a largement dépassé nos frontières, attire chaque année de plus en plus de visiteurs (11 000 en 2008, 20 000 en 2009). La ville de Bayeux a érigé une stèle en l'honneur de Robert Capa, seul photographe reporter présent le 6 juin 1944, débarquant avec la première vague.


Robert Capa (André Friedmann), juif hongrois né en 1913, émigre à Berlin qu'il quittera pour Paris lors de l'arrivée de Hitler au pouvoir. Il y rencontre alors Henri Cartier Bresson, amateur de peinture, ami des surréalistes, libertaire, qui deviendra le photographe baroudeur français mondialement reconnu pour ses reportages qu'il considérait comme révélateurs de " l'instant décisif ". Ils se lient d'amitié avec David Seymour dit "Chim", photographe originaire de Varsovie qui couvrira les évènements du Front Populaire et la guerre d'Espagne (avec Capa); rejoignant l'armée américaine au début de la Seconde Guerre mondiale, il sera chargé d'interprêter les photos aériennes. Tous les trois fonderont en 1947, la célèbre agence Magnum, groupement de photographes qui décident de garder le contrôle de leurs clichés diffusés dans les magazines du monde entier. Magnum parce que le baptême du projet fut arrosé au champagne. C'est dans les années bouillonnantes de Montparnasse que Robert Capa tombe amoureux d'une jeune Allemande de vingt ans, Gerda Taro, assistante photographe, fuyant le régime nazi. Elle le suivra en 1936 lors de la guerre civile espagnole auprès des républicains et des milliers de " brigadistes internationaux " dont les intellectuels André Malraux et Ernest Hemingway qui devinrent leurs amis. Ils combattent les troupes de Franco (aidées par Mussolini et Hitler). Capa a vingt-trois ans et c'est lors de ce conflit qu'il prend la photo célèbre : la mort " en direct " du républicain Federico Borell Garcia, fauché par une balle ennemie. Publiée dans Vu, Life, le célèbre journal anglais Picture Post proclame Capa " le plus grand photographe de guerre au monde ". Quelques mois plus tard, il perd l'amour de sa vie, Gerda, écrasée accidentellement par un char républicain.
En 1943, il est envoyé par le magazine Life pour suivre les troupes alliées au débarquement de Sicile et leur avance en Italie, jusqu'à ce fameux 6 juin 1944, où il débarque, seul témoin reporter, sur la plage de Saint-Laurent-sur-Mer (Omaha Beach) au côté des premières vagues de soldats à l'assaut des défenses allemandes. Plaqué au sol entre bombes et balles, Capa photographie sans répit avec son fameux appareil Leica : quatre films (plus de 120 photos). A Londres, au bureau anglais de Life, son directeur John Morris, ami de Capa, attend les documents avec impatience. Ce n'est que trois jours plus tard que les quatre films arrivent, le journal veut diffuser au plus vite les photographies pour montrer au peuple américain " pourquoi leurs hommes se battent si loin de chez eux ".
Dans la précipitation du développement, le laborantin ferme la porte de l'appareil de séchage en oubliant d'aérer ; l'émulsion des trois premiers films fond, sur le quatrième, seuls onze clichés ont résisté mais granuleux et flous. Ils seront diffusés dans le magazine Life de New-York le lendemain avec cette légende " l'immense excitation du moment a fait trembler la main du photographe et a ainsi brouillé ses photos ". Avec humour, Capa publiera en 1947, son autobiographie sous le tître " légèrement flou Slightly out of focus où l'on peut lire : " c'était ce jour là, la plage la plus horrible au monde. Epuisés par le froid et la trouille, nous étions à plat ventre sur une petite bande de sable, et la marée montante nous forçait à avancer vers les barbelés d'où les Allemands nous mitraillaient " ...ou plus loin " ce n'est pas toujours facile de rester à part et d'être incapable de ne rien faire, sinon d'enregistrer la souffrance autour de soi ". Le G.I. casqué que l'on voit surnager dans le chaos du débarquement, fut reconnu par sa mère dans Life Magazine. Il avait dix-huit ans et s'appelait Edward Regan, né à Olyphant, dans l'état d'Atlanta aux USA. A la fin du conflit, il reçut la croix de guerre française, nommé sergent par l'armée américaine, il fut décoré de la Silver Star et de la  Purple Heart. De retour au pays, il devint travailleur social jusqu'à sa mort, le 4 mars 1998. Les dons versés lors de son enterrement revinrent à l'Association St Vincent de Paul de l'état d'Atlanta. 

Robert Capa Débarquement Omaha Beach (Colleville-sur-Mer), 6 juin 1944

Bien que Capa ait déclaré en 1945 " J'espère rester au chômage en tant que photographe de guerre jusqu'à la fin de ma vie ", il couvrira la guerre d'Indochine, à nouveau pour le magazine Life. Le 25 mai 1954, alors qu'il voulait prendre une photo d'ensemble d'un détachement français, il s'écarta du chemin et sauta sur une mine. Il avait 41 ans. Notons que ses premiers clichés connus furent des portraits de Léon Trosky, réalisés à Copenhague en 1932 ; témoin de l'épuration "sauvage" à la libération, il photographie des femmes tondues à Chartres. Et, pour anecdote, couvrit le Tour de France 1939... (...)


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