Patrimoine Normand magazine

 





Le domaine de la Baronnie

Vue générale sur le manoir (façades ouest et nord) et sur les bâtiments de la cour.

Le domaine de la Baronnie


Extrait Patrimoine Normand N°29
Par Isabelle Audinet

 

Légèrement touchée lors de la dernière guerre, Bretteville-sur-Odon, à proximité de Caen, possède encore de beaux ensembles architecturaux. L’un d’entre eux, la Baronnie et sa « Grange à Dîmes », fait d’ailleurs l’objet de restaurations, réhabilitant de manière intelligente des éléments capitaux de l’histoire de la ville.

Un rapide historique
 
Plus les recherches avancent concernant la Baronnie, plus l’on s’aperçoit que ce domaine est profondément lié à l’histoire de Bretteville-sur-Odon.
L’occupation humaine, d’après les connaissances actuelles, semble être tardive à Bretteville. Alors que des traces proto-voire pré-historiques et antiques sont apparues sur des communes aussi proches que celle de Caen, le sous-sol de Bretteville ne recèlerait de vestiges qu’à partir de la période mérovingienne. Il est bien évident que les recherches n’ont pas fini d’évoluer en ce domaine et que de nouvelles découvertes peuvent intervenir.
La première occupation est constituée par un édifice religieux des vii-viiie siècles, dont on a retrouvé une abside, grâce à des sondages effectués autour des restes de l’église Saint-Pierre et autour du cimetière. La pérennité de l’occupation du site a été attestée par des restes du xe siècle et du xiie siècle (portail latéral). Au milieu du xixe siècle, d’ailleurs, les ruines de ce lieu de culte furent décrits par Arcisse de Caumont ; « (…) Cette église (St-Pierre) est en ruine. La nef a perdu sa toiture, il n’en reste plus que les murs latéraux qui offrent une corniche portée sur des modillons et une porte latérale au nord ornée de zigzags, je crois que cette partie ne remonte pas au-delà de la première moitié du xiie siècle (…)
Le chœur est presque intact ; il était voûté en pierre (…) et l’arcade en plein cintre, par laquelle il communique avec la nef, est ornée de losanges.
Deux petits autels avaient été au commencement du siècle dernier [xviiie siècle] malencontreusement placés de chaque côté de cette arcade dans un espace trop étroit pour les contenir ; ils masquent désagréablement les colonnes portant l’archivolte. Les fenêtres percées dans les murs latéraux sont cintrées sans colonnes, mais garnies d’un tore qui les encadre du haut en bas. La corniche qui surmonte les chapiteaux est ornée d’entrelacs perlés fort élégants ; détails qui annoncent plutôt le xiie siècle que le xie siècle. Dans le mur latéral au sud est une porte bouchée dont l’archivolte est garnie de frètes crénelées ; le tympan sculpté en damier est encadré dans un cercle de pierre orné d’un double rang d’étoiles.
Une sacristie rectangulaire peu ancienne est appliquée sur le chevet (…). La tour quadrangulaire appliquée après coup contre l’extrémité occidentale de la nef, et terminée par un toit d’ardoise, est de l’an 1680, comme l’indique une inscription incrustée au-dessus de la porte (…). »
De nos jours ne subsistent qu’une porte latérale (xiie siècle) et quelques pierres sculptées (cordage) apparemment du xe siècle, dans le mur du cimetière. Un lieu de culte est donc attesté aux viie-viiie siècles. Rien ne nous assure cependant de la présence d’un village autour de cette église à cette période.
Les premières sources connues nous citant l’agglomération de Bretteville ne remontent pas avant le xie siècle. Néanmoins, vers 1015 ou 1025, une charte signale la donation d’un domaine de Bretteville (Brettavilla ou domaine du Breton) à l’abbaye du Mont Saint-Michel. Gon­nor, veuve de Richard Ier, est à l’origine de ce don. Elle l’avait reçu en douaire de Richard avant leur mariage chrétien (elle était sa femme à la mode « danoise » - concubinage officialisé par un témoignage ou une cérémonie) et en fit don aux moines après vingt ans de veuvage. Ce legs est une action politique, suite de l’action entreprise par les ducs envers l’Eglise : afin de « réparer » les torts causés envers l’Eglise par leurs ancêtres, les ducs dotèrent les abbayes autrefois lésées et leurs fournirent des revenus, comme le domaine de Bretteville.
Dès cette période,Bretteville ne comporte qu’une paroisse, de même qu’au xiiie siècle, même si plusieurs églises sont mentionnées dans les textes. On ne sait rien de ces églises (situation, vocable…). Au xive siècle apparaît dans les textes le vocable Notre-Dame, et l’on se trouve alors face à la situation connue jusqu’à la Révolution, à savoir deux villages distants d’environ 800 mètres, avec une église chacun : Notre-Dame associée au village de la Croix, près de la seigneurie de Than, et Saint-Pierre, succursale de Notre-Dame, auprès de la Baronnie. La réunion des deux s’effectue tardivement par la création d’une église intermédiaire, Notre-Dame de l’Assomption, en 1889. L’église Saint-Pierre a été entre temps abandonnée. (...)

Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 29, octobre-novembre 1999)



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