Patrimoine Normand magazine

 





Sthrathanaël, le prophète de Tilly-sur-Seulles

Eglise de Tilly-sur-Seulles, côté Nord.

Sthrathanaël, le prophète de Tilly-sur-Seulles


Extrait Patrimoine Normand N°29
Par Jean-Pierre Duval

Le terroir de Tilly-sur-Seulles possédait-il, au XIXe siècle, une sorte d’aura de mysticisme contagieux ? On est tenté de le croire, puisque ce chef-lieu de canton du Calvados produisit deux illuminés en un demi-siècle. Ils eurent en leur temps une renommée nationale, mais ils sont bien oubliés aujourd’hui.

Ce n’est pas tout à fait le cas pour Marie Martel, la « voyante de Tilly », qui vécut à la Belle-Epoque. Mais ce l’est pour son prédécesseur Vintras, le « prophète de Tilly » : il n’est cité dans aucun dictionnaire récent d’usage curant, sauf - et c’est tout dire ! - dans un « Dictionnaire de la Bêtise et Livre des Bizarres », publié en 1991. Pourtant, et quoique ses apparitions mariales n’aient jamais été reconnues par l’Eglise, Marie Martel se situait encore à la marge du catholicisme. Vintras, lui, entreprit carrément de créer une nouvelle religion chrétienne.
 
Mauvaises affaires

Pierre-Michel (ou Jacques, selon d’autres sources) Vintras est né à Bayeux le 7 août 1807, d’une fille-mère qui l’éleva seule jusqu’à l’âge de dix ans, et qui se plaignait déjà, dit-on, de ses “ mauvaises dispositions naturelles ». Elle finit par le placer à l’hospice général des enfants trouvés de Bayeux.
Vintras devint ensuite ouvrier tailleur à Trévières, autre chef-lieu de canton rural du Calvados, entre Bayeux et Isigny. Il resta trois ans. Puis il épousa une demoiselle Vinard, blanchisseuse de son état, et se lança dans la profession de marchant ambulant. Sans grand succès, puisqu’il fit de mauvaises affaires et finit par être saisi. Selon l’habitude, on le constitua gardien des biens sous séquestre. Il les géra à sa façon : au jour de la vente aux enchères, il n’en restait plus grand-chose pour solder ses dettes, ce qui lui valut une condamnation à quinze jours de prison.
Vintras se fit alors cafetier à Bayeux, rue des Teinturiers. Une « fille à la vertu fragile » attirait la clientèle… Cela ne suffit pas, et une fois de plus, Vintras fit de mauvaises affaires. Il monta alors à Paris, dans l’espoir d’y devenir agent de police. Curieuse vocation tardive, pour un ex-taulard failli et un tantinet escroc…
A Paris, il retrouva d’ailleurs un ancien camarade de prison, qui s’était établi tailleur. Vintras lui déroba 41 francs : des « francs Germinal », une assez forte somme pour l’époque, compte tenu du niveau de vie et des revenus. Il la remit à une dame, parce qu’elle avait besoin d’un secours, selon lui, pour rembourser un prêt, selon elle.
Ses espoirs d’une carrière parisienne à la Vidocq définitivement déçus, Pierre-Michel Vintras se résigna à revenir en Normandie. Il trouva du travail à Caen, d’abord comme employé d’un marchand de vin de la rue Hamon, puis dans un hôtel. (...)

Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 29, octobre-novembre 1999)



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