Patrimoine Normand magazine

 





Sébastien Le Prestre de Vauban

Vauban

Qui était Vauban ? - 1633-1707 -


Extrait Patrimoine Normand N°70
par Jeannine Bavay

La jeunesse
 
Sébastien Le Prestre de Vauban est né dans une famille de petite noblesse, le 1er mai 1633 à Saint-Léger-de-Foucherets ( aujourd'hui Saint-Léger-de-Vauban dans le département de l'Yonne). Il reçoit d'abord une éducation auprès du curé de son village, puis au collège de Semur-en-Auxois, où il acquiert de bases solides en mathématiques et en dessin. Curieux de tout, il lit beaucoup de livres et de manuscrits, même ceux interdits par la censure de la monarchie ; il est donc en grande partie un autodidacte. A l'âge de 17 ans, il est admis comme cadet dans un régiment du prince de Condé, qui est aussi le gouverneur de la Bourgogne. Mais comme le vainqueur de Rocroi est en révolte contre le roi - c'est la Fronde- il se trouve dans le camp des frondeurs. Il est remarqué par sa bravoure qui ne l'empêche pas d'être fait prisonnier par les armées royales au cours d'une mission en Champagne. Mazarin le convainc d'entrer au service du roi et le nomme lieutenant au régiment de Bourgogne infanterie, régiment où se retrouvent d'anciens frondeurs. Remarqué par son habileté à se servir d'une toise et d'un compas, il est placé auprès du chevalier de Clerville, expert en fortifications, qui le forme à ses côtés. En 1655, il obtient un brevet d'ingénieur du roi et le grade de capitaine. 1659 est l'année de son mariage avec une lointaine cousine : Jeanne d'Osnay, puis il s'installe au château de Bazoches dans le Morvan, où il établit son QG en logeant ses proches collaborateurs.

 
Les campagnes
 
Mais bien qu'il soit resté très attaché à sa région natale, il y est peu présent, toujours entre deux campagnes militaires. En effet, sa carrière est fulgurante, il prend part activement à toutes les campagnes. En 1668, il est nommé gouverneur de la citadelle de Lille en même temps qu'il en dirige les travaux ; il est très lié à Louvois, le ministre de la guerre ; maréchal de camp en 1676, il devient commissaire général des fortifications en 1678. Il construit trente trois places fortes et en aménage trois cents. D'Arras à Neuf-Brisach, de Besançon à Villefranche-de-Conflent, de Montlouis à Belle-Ile-en-mer et de Blaye à Saint-Vaast-la-Hougue, la France est jalonnée de ses oeuvres. C'est pour cette raison que l'inscription des tours de La Hougue au patrimoine mondial de l'Unesco n'est pas individuelle mais fait partie d'un réseau de douze sites.
Vauban dirige cinquante trois sièges dont la prise de Maastricht en 1673 et participe à cent quarante actions militaires. D'après les témoignages de ses contemporains (en particulier celui de Fontenelle), c'est un chef exigeant, un travailleur acharné et un voyageur infatigable. Ces voyages, il les effectuait dans une litière, une sorte de voiture sans roues, portée par deux mulets, un à l'avant, l'autre derrière. Il aurait parcouru ainsi environ 200 000 kilomètres.


 
Un rôle difficile
 
Pourtant, son rôle dans l'armée est difficile et particulier. En effet, à cette époque, il n'existe pas de régiment spécifique - ce qui sera plus tard le Génie et les sapeurs - et les ingénieurs du roi ne commandent pas, même si certains ont rang d'officier : ils restent des conseillers techniques qui n'ont pas de pouvoir de décision. Vauban est subordonné au maréchal de France mais ce grand personnage peut pendant un siège recevoir l'ordre de suivre les directives de Vauban, comme ce fut le cas au siège de Philipsbourg, où le maréchal de France, le maréchal de Duras reçut cet ordre de Louvois: «Sa Majesté s'attend à ce que vous suiviez entièrement les avis de Monsieur de Vauban pour la conduite des tranchées et ce qui regarde la conduite des attaques. Comme vous connaissez son expérience et sa capacité, l'intention de sa Majesté est que vous empêchiez qu'il soit contredit». En plus, il exerce son autorité sur les ingénieurs du roi, mais comme ils sont partagés entre l'armée de terre et la marine, c'est un exercice délicat. D'autre part, Colbert et Louvois ne lui ménagent pas leurs critiques. Il dépense trop d'argent, ils vont même jusqu'à mettre en cause son honnêteté. Il écrit à Louvois pour sa défense en 1681 : «J'ose bien vous dire, que sur le fait d'une probité très exacte et d'une fidélité sincère, je ne crains ni le roi, ni vous, ni tout le genre humain ensemble. La fortune m'a fait naître le plus pauvre gentilhomme de France, mais en récompense, elle m'a honoré d'un coeur sincère, si exempt de toutes sortes de friponnerie, qu'il n'en peut même souffrir l'imagination sans horreur». 

La tour de Tatihou : coupe et plan, en 1852.  SHD Marine Cherbourg.

 
Un humaniste et un esprit libre
 
En dehors de ses travaux militaires et de ses rapports sur les fortifications, cet «homme qui prend les villles» s'intéressait à des domaines variés. La défense du territoire l'amène à réfléchir aux moyens de communication et la circulation par canaux et rivières lui parait le moyen le plus économique. Il est chargé de l'amélioration du canal d' Entre deux Mers (entre la Méditerranée et la Garonne) , et étudie aussi le canal latéral à la Garonne. Il écrit ses réflexions : un « Mémoire sur la navigations des rivières », « la description géographique de l'Election de Vézelay ». C'est parce qu'il voudrait connaître les ressources du pays et la population - c'est très important en cas de guerre - qu'il s'intéresse de très près à la vie quotidienne des gens, ce qu'ils gagnent, ce qu'ils mangent... Il met l'homme au centre de ses préoccupations et constate l'injustice du système fiscal, il dénonce les fermiers généraux . Comme il estime de son devoir de conseiller le monarque, il rédige en 1698, « un projet de dîme royale » où il explique la nécessité d'un impôt fiscal proportionnel sur le revenu, payé par tous et conseille l'abandon des privilèges de la noblesse. Ces idées provoquent bien sûr l'hostilité de la Cour. 
 Il s'était montré aussi courageux quand au moment de la Révocation de l'Edit de Nantes, il a été le seul à protester et par écrit.. Dans son « Mémoire pour le rappel des huguenots » en 1689, il déclare que ce projet « loin de produire l'effet qu'on en devait attendre, a causé et peut encore causer une infinité de maux ». Lui, dont le souci constant est la défense de la France, constate que cet édit « a grossi les flottes ennemies de 8 000 à 9 000 matelots. Et leurs armées de cinq à six cents officiers et de 10 000 à 12 000 soldats ». 

 
Le tournant des années 90
 
Cependant, Louis XIV a plus que jamais besoin de Vauban. C'est la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1689 -1698) et la France doit lutter contre une grande coalition formée par l'Angleterre, les Pays-Bas, l' Autriche, l'Espagne, les États Allemands. La guerre est sur mer et sur terre, et Vauban joue un rôle essentiel pendant ce conflit, car il est arrivé au sommet de son art, la guerre de siège, avec notamment la prise de Namur en 1692.
Mais 1692 nous ramène à la Hougue, puisque c'est l'année où la flotte de l'Amiral Tourville, piégée dans la baie de la Hougue est détruite. Cette bataille montra qu'il fallait assurer la défense de cette partie de la côte, et en 1694 commença la construction des tours de Saint-Vaast.
Cependant, ses mérites et son travail seront récompensés :
- en 1693, il obtient la Croix de Saint-Louis,
- en 1703, il est élevé à la dignité de Maréchal de France,
- en 1705, : il reçoit le cordon bleu de l'ordre du Saint-Esprit.
Il peut parler au roi, car il est invité à la cour, et même à Marly. Et il mène une vie moins vagabonde., bien qu'à l'âge de 70 ans, il dirige encore la prise de Vieux-Brisach.
Dans les dernières années de sa vie, il achève la dernière version de la dîme royale, qu'il fait imprimer secrètement. Le roi lui préfère un autre ingénieur. Il souffre d'une maladie pulmonaire qui l'emporte le 30 mars 1707.
C'est Fontenelle qui prononce son éloge funèbre devant l'Académie des sciences dont Vauban était membre honoraire et déclare : « son histoire devient une partie de l'histoire de France ».
 
 

Catégories pouvant vous intéresser :

Autres publications pouvant vous intéresser :

Saint Vaast la Hougue : les tours observatoires

Les tours observatoires de  Saint-Vaast-la-Hougue Extrait Patrimoine Normand N°70 Par Jeannine Bavay Photos : Annick Perrot...

 
Paiement sécurisé
Abonnement Patrimoine Normand

 

Pratique

 bas