Patrimoine Normand magazine

 





Thury-Harcourt, le « Versailles normand »

Château de Thury Harcourt
 

Le château de Thury-Harcourt (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand).


Extrait Patrimoine Normand N°78
Par Bertrand Morvillers

 
Le bourg s’est appelé Thury, nom d’origine gallo-romaine, puis Harcourt au XVIIIe siècle par référence aux ducs d’Harcourt gouverneurs de la province de Normandie, puis Thury à la Révolution (les nobles n’étaient plus en odeur de sainteté) et enfin Thury-Harcourt aujourd’hui dans un esprit consensuel, propre au lieu.

Thury Harcourt
 

Le bourg de Thury-Harcourt (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand).

 

Les traces d’un « Versailles Normand »

Thury-Harcourt avait tout pour être ce que l’on appelle aujourd’hui une « petite cité de caractère », elle s’organisait jusqu’en 1944 autour d’un gigantesque château.
Ce château construit à partir de 1635 et agrandi par la suite, était le siège du gouvernement de la province confiée à la famille d’Harcourt.

Château de Thury-Harcourt  Rodolphe CorbinLe château qui avait pour origine un vieux château médiéval fut complétement remis au goût du jour sous Louis XIII, son aspect pouvait lui faire ressembler, au château de Balleroy, en plus imposant.
Le dernier duc d’Harcourt avant la Révolution, fut François Henri d’Harcourt (1726-1802), passionné de jardins, il entrepris de réaliser un vaste parc à l’anglaise, faisant pendant au parc à la française mettant en scène les façades. Ce parc à l’anglaise se déployait sur la rive gauche de l’Orne, c’est à dire de l’autre côté du fleuve.
Ce parc à la mode de ce XVIIIe siècle comportait sur de nombreux hectares, des arbres exotiques (comme des cèdres, rares à l’époque) , des fabriques, un temple d’amour, un kiosque chinois, une tour...

François Henri écrivit même un « traité de la décoration des dehors, des jardins et des parcs » (en 1774), cette modeste contribution littéraire lui valu d’être élu à l’Académie Française au fauteuil 32 (dit plus tard « le fauteuil maudit »).
La Révolution mit un terme aux expériences jardinières de François Henri qui mourût en Angleterre. Le château ne fit pas trop les frais de cette période agitée et on le retrouve très pimpant quelques dizaines d’années plus tard sur les premiers clichés des photographes ou sous le pinceau de Charles Léandre (visible au musée de Condé-sur Noireau).
Le bourg de Thury présentait alors l’aspect d’un bourg cossu, avec un certain nombre de petits hôtels particuliers, une halle sur la place du marché, un important relais de poste relayé dans les années 1870 par la gare de Croisilles-Harcourt. De cette période il ne reste aujourd’hui que des traces, les combats de la guerre ont eu raison de ce cadre, se ne sont pas ici les bombardements qui ont fait le plus de dégâts, mais les combats du 12 et 13 août 1944.
Pris en tenaille par la 59e division anglaise Staffordshire, la division « das Reich » qui tenait le bourg quitta les lieux derrière un écran de fumée engendré par ce qui pouvait bruler dans Thury : le château et un certain nombre d’habitations. Disparurent dans les flammes plusieurs milliers d’ouvrages, des dizaines de tableaux, un des plus important château de Normandie, et une grande partie du Thury d’avant. Il reste aujourd’hui de cet ensemble : une chapelle, une partie de la façade, les pavillons d’entrée et l’organisation des perspectives des jardins à la française.


Chateau de Thury Harcourt

Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand.

Tannerie Thury Harcourt

La cité des tanneurs


Thury ne fut pas qu’une cité endormie autour de son château. Elle fut aussi très active : jusqu’à 18 tanneries et 4 moulins étaient en activité sur le bord de l’Orne et du Traspy (l’autre cours d’eau qui traverse Thury).
Un moulin de Thury était d’ailleurs un moulin à tan. Le tan était de l’écorce de chêne broyée qui permettait d’assouplir les peaux. Ce matériau indispensable dans l’activité des tanneries restera en usage jusqu’à l’avènement des produits chimiques.
Les traces de cette activité sont encore bien visibles, le quartier des tanneurs ayant été épargné par les combats et les destructions. Juste en dessous du château, la tannerie « Michaud-Tabourel » offre au regard un exemple en bon état de ces tanneries.
Au rez de chaussée se trouve le lavoir qui permettait de tremper les peaux, le premier étage est le saloir où elles étaient traitées et enfin le troisième niveau abritait le séchoir.
Le bas de Thury au bord de l’Orne et le quartier Saint-Benin sont une illustration de ce Thury d’avant, très actif qui offre des perspectives que l’on retrouve sur les cartes postales du début du siècle.


 

La mémoire des guinguettes

Thury comme de nombreux sites de Suisse-Normande a aussi connu sa période « guinguettes », les caennais et habitants des environs pouvaient aisément accéder par la voie de chemin de fer et les beautés naturelles du site s’offraient à tous.
Le site qui fut dévolu à cette activité de loisir fut
« la Roche à Bunel », au bord de l’Orne dans la boucle du Hom. La boucle du Hom est un méandre presque complet qui dessine une presqu’ile en son centre (« Hom » est un vieux mot scandinave qui signifie « île »). Le touristes de la fin du XIXe siècle ne venaient pas ici pour faire de l’étymologie mais du canotage, de la baignade, danser, et manger. La vocation touristique et pittoresque de Thury était née.

Kayak Polo Championnat du monde 2014

La capitale du kayak-polo

Du canotage d’avant-guerre, il reste le souvenir mais aussi une permanence dans les activités nautiques.
Thury-Harcourt dispose d’une importante base de canoë-kayak et de nombreux pratiquants. Si la plupart d’entre eux se contentent de naviguer pour le plaisir certains autres sont sortis du lot. Il y a dans cette base, une véritable pépinière de champions.

A ce jour se sont trois champions du monde qui ont plongé leurs pagaies dans l’eau de l’Orne en dessous du château des ducs d’Harcourt. La dernière en date est Annie Chevalier, championne du Monde 2009, avant elle il y eu Martin Lelièvre et Corentin Hébert...
Le canoë-kayak va d’ailleurs tellement bien à Thury-Harcourt que les mondiaux de kayak-polo se dérouleront ici en 2014.

 

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