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Histoire de la musique normande


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La Loure
  Par Jean-Phillipe Joly

 

La musique normande : le bilan !

Depuis des années, nombreux ont été ceux qui se plaignaient de l’inexistence d’une scène musicale normande. Que ce soit les spectateurs potentiels ou les musiciens eux mêmes.

 
Nous entendons par scène musicale, un ensemble d’artistes professionnels ou amateurs s’exprimant en français ou en normand mais  dans le cadre de la culture régionale au sens large pour la totalité de leur répertoire ou pour quelques chansons seulement.
Ce ne sont pas les tentatives qui ont manqué mais plutôt l’absence de soutien des normands eux mêmes pour leurs musiciens d’expression régionale. Comme si la Normandie n ‘avait pas le droit à une telle expression ou qu’elle n’en avait pas la nécessité.
La Normandie n’étant plus aussi riche qu’au XIX eme ou même avant la guerre 39-45, elle a besoin de retrouver une raison de croire en son avenir en soignant ses racines et en écoutant ses trouvères colporteurs de vérités, souvent occultées, et d’espoirs.


UN PEU D'HISTOIRE

Au niveau collectage traditionnel il  y a eu des précurseurs tel Anne Piraud, Boissel, Michel Colleu, Redhon, et des groupes comme jolie Brise, le fouette chat. Mais au delà d’une reconnaissance pour le travail effectué nous ne constatons pas à l’époque  d’engouement; au contraire nous sommes face à  une attitude pusillanime vis à vis du patrimoine recueilli, contrairement à d’autres provinces qui en font un instrument de fierté en le médiatisant à outrance pour certains.
Mélangeant tradition et modernité des groupes comme Asgard, puis les Alberts et Sélune eurent leur moment de notoriété sans qu’un esprit musical régional se développe par simple capillarité. Les textes de chanteurs comme Lebouteiller, J.M Aubert ou Rino/Lapin/ Almi parlaient plus ou moins du pays mais ne passaient jamais dans les médias. Un groupe comme OFNI malgré sa grande qualité musicale grâce notamment à l’arrangeur et à deux musiciens de Mes souliers sont rouges avant la création du groupe, n’a pas été soutenu et le second CD n’a jamais pu sortir.
Les groupes de Chants de marins normands tels que Marée de Paradis (Fécamp)  ou 
Strand Hugg (Granville)  sont parfois plus connus en Bretagne que chez nous ! Concernant ce dernier groupe dont le nom noroît est sans équivoque, certains ont même fait remarquer qu’il jouait plus souvent à Cancale qu’à Granville !
Mes souliers sont rouges (titres d’une chanson québecoise cousine de la chanson normande « les souliers de la belle ») ont une eu très forte notoriété mais le caractère normand qui existait plus ou moins au début ( « venez acheter des galettes normandes » disait F.Boros sur la scène du « cabaret » lors du festival interceltique de Lorient) a été progressivement gommé comme si cela devait gêner leur carrière. Or nous constatons actuellement leur retour à la formule originale, saura t-elle se rapprocher du public normand et de ses attentes constatées  les premières années?
Face à ce manque de notoriété, de soutien et d’image spécifique les musiciens régionaux essayent de s’entraider et de mieux se faire connaître.
Un site internet a été créé par l’un d’entre eux pour répertorier les différents courants musicaux d’expression régionale, décrire les groupes ou artistes et donner leur coordonnées le tout sur en un seul endroit.
Espérons que les organisateurs d’événements régionaux y feront leur « marché ».
Ainsi on a pu voir en 2011 dans une même programmation  à Pirou : Mait’ Gires, Les Ours Manchots et Strand Hugg, à St James, Mait’ Gires, Marée de Paradis et les Ours Manchots à Surtainville, Les Ours Manchots et Marinade à Jobourg Marée de Paradis et Marinade.
Enfin à Cormeilles : Maît’ Gires et le groupe de danses normandes, la Morelle.


Une tradition retrouvée peu à peu mais à mieux faire connaître

Dans le domaine traditionnel pur, l’association la Loure et ses deux salariés permanents a réussi une travail remarquable de collecte, alors que beaucoup de normands, entre autres, pensaient qu’il n’y avait pas grand chose chez nous. Or 8 CDs sont sortis  et un nombre important d’événements ont été organisés : collectage, nuit du chant traditionnel, joutes et randonnées chantées, expositions (  expo Chanter, jouer, danser... Traditions musicales en Normandie (XVIIIe-XXe siècl à Vire et itinérante à présent  et conférence). La prochaine grande date sera celle de Fécamp « Pays de Caux Pays de chanteurs » (10 au 13 novembre 2011).
Sont a souligner également le CD de J.F Dutertre (éminence de la musique traditionnelle française) qui s’accompagne à la vielle à roue, pour une douzaine de classique de la chanson traditionnelle normande, les 5 CDs de Marée de Paradis, ainsi que leur présence sur des CDs du chasse marée (festival de Paimpol, chants des marins des Terre-Neuvas, chants des marins de la mer du Nord et de la Manche), le CD « héritage normand » introuvable en dehors des médiathèques de Normandie ou d’internet, le double CD « les travailleurs de la mer » (par the harp consort éditions Harmonia Mundi),enfin le CD et les spectacles de  trio Philomène   « les amours bocagères » avec des titres issus des collectages de la Loure (une vidéo de leur spectacle se trouve sur internet).
A noter par ailleurs les frères Ducastel autour de Rouen qui sont d’excellents vielleux, notamment Dicier Ducastel au sein du groupe Fil en 4 groupe folklorique qu’il convient de citer pour sa démarche éminemment musicale.

Actuellement des projets de création de groupes dédiés au répertoire normand se profilent (sud Manche), mais nous pouvons déjà profiter d’un excellent duo de chants de marins régionaux Patrick Denain/ Miguel  aux voix chaudes et puissantes accompagnées d’un bandonéon ou d’une mandoline, le tout agrémenté de commentaires passionnant sur la vie des marins à terre comme sur mer ! A retenir également le groupe Barachois surtout présent dans la région fécampoise et très attaché au répertoire local.
Encore faut-il les connaître et leur donner l’occasion de s’exprimer, or même la commémoration de 911-2011 n’a pas provoquer des sollicitations qui auraient été légitimes !
Des chorales de chants de marin existent en Normandie et rencontrent un très beau succès, mais avec un répertoire non réservé à la région Le chœur d’Hommes d’YPORT en Pays de Caux et les Marins du Cotentin. Cependant ils contribuent à leur manière, parfois trop discrète, à diffuser une partie du patrimoine régional. 

Des chorales de chants de marin existent en Normandie et rencontrent un très beau succès, mais avec un répertoire non réservé à la région Le chœur d’Hommes d’Yport en Pays de Caux et les Marins du Cotentin. Cependant ils contribuent à leur manière, parfois trop discrète, à diffuser une partie du patrimoine régional.
Dans d’autres régions nous pouvons nous rendre compte que la tradition orale et l’évolution de la musique passe par l’enseignement et surtout par les bals folks ou les musiciens osent plus de choses que les groupes folklorique figés dans un canevas intangible.
Il  ne sera de même chez nous que si les bals folks à prédominance régionale avec ou sans des concerts de musiques non traditionnels se font plus nombreux.
En Normandie les groupes pratiquant les bals avec répertoire normands  sont Marinade, La Loure, Pas de trois, Barachois et les bons voisins (la partie normande est moindre pour ce dernier groupe).


Et pourquoi pas un bal folk normand ?


Malheureusement beaucoup de normands ont oublié à la fois leur culture traditionnelle et les pas de danse, il faut donc partir de très bas, mais c’est aussi une chance de pouvoir  faire évoluer la tradition. Laurent Barray, accordéoniste de Marée de Paradis et de Pas de trois a réalisé un recueil de danses normandes pour accordéon diatonique qui peut permettre de se constituer un répertoire, le site de Marée de Paradis contient également quelques partitions ou tablatures utiles pour se lancer.


La chanson d'expression en langue normande

Il y a 20 ans déjà le poète normand Marcel Dalarun ( aidé par le compositeur et chanteur Daniel Bourdeles), lançait l’idée que pour conserver la langue la chanson était un vecteur significatif. Avec l’association et le groupe du même nom , Magene, il a donc tenu à bout de bras un projet qui s’est révélé non seulement utile mais déterminant pour faire connaître le « loceis » bien au-delà des zones où celui-ci résiste. Le premier CD montrait crânement au verso une carte de la Normandie et des îles et cherchait un ton résolument moderne.
Par la suite  ce sont 1 33 tours, 1 Dvd et  9  CDs (le dernier vient de sortir « la Dentelyire ») qui sont sortis dont un en public et un pour enfants ainsi qu’un site très complet sur la langue normande. On peut regretter que les concerts ne soient pas plus nombreux ni plus répartis dans toute la Normandie.
Actuellement Magene est un groupe de 4 musiciens avec un répertoire 100 % normand dans un style chanson folk bien particulier…coloré par l’humour à froid et à repasse de Théo Capelle (producteur de cidre et calva « retraité »). Malheureusement , Magene n’a pas suscité de vocations importantes.
Actuellement seuls deux chanteurs se produisent en normand :
Y.Bonnissent (CD « eune teurque ») qui se consacre aux textes du grand poète Cotis Capel dans un style Electro folk (guitare électro acoustique et électrique) avec des teintes de flûte et violoncelle, i les produit actuellement essentiellement en Cotentin.
- Mait‘ Gires le maôdit Maunchot qui propose, dans toute la Normandie, ses compostions personnelles dans un style folk rock, soit en normand (certaines récompensées par des prix), soit en français, soit encore en composition mixte normand et français, mais aussi des chansons traditionnelles normandes modernisées. Le tout pouvant s’intégrer avec des contes ou des lectures de textes en normand ou une conférence sur le normand.

Les « rencontres diries et canchouns » finissent soit par un mini bal folk soit par des chansons (en français) reprisent par le public (pour faire naître des vocations)
Le répertoire traite aussi bien de l’histoire des normands oubliés (Gaumbe de boués, Basselin, les va nu pieds, les pêcheuses de coques, les terre neuvas…) ou non (Guillaume) que de l’actualité de la région, le tout tient dans deux guitares, une voix, deux harmonicas et un accordéon diatonique…Ce qui est remarquable pour ces trois  porteurs de langue chantée, c’est que les concerts ou concerts/conférences font le plein et que l’intérêt pour la langue est très fort. En revanche le manque de relais est évident pour une diffusion plus large via de plus nombreux spectacles Les « rencontres diries et canchouns » finissent soit par un mini bal folk soit par des chansons (en français) reprisent par le public (pour faire naître des vocations) Le répertoire traite aussi bien de l’histoire des normands oubliés (Gaumbe de boués, Basselin, les va nu pieds, les pêcheuses de coques, les terre neuvas…) ou non (Guillaume) que de l’actualité de la région, le tout tient dans deux guitares, une voix, deux harmonicas et un accordéon diatonique…Ce qui est remarquable pour ces trois  porteurs de langue chantée, c’est que les concerts ou concerts/conférences font le plein et que l’intérêt pour la langue est très fort. En revanche le manque de relais est évident pour une diffusion plus large via de plus nombreux spectacles !Une diversité des expressions et l ‘affirmation d’une revendication Au-delà dans une démarche plus folk rock, rock celtique ou chanson française nous trouvons le Dieppois Patrice Tiennot,  Kat Mataf, Quai des brumes  et Marinade, avec des chansons « normandes »  ou sur la région  les trois derniers  jouant sur une forte énergie communicative lors des concerts. Si SAFARI Highlands (les « écossais normands survoltés» de Caen) et Mes souliers sont rouges ou même Gullivan et le Diable dans la fourche (4 CDs avec des chansons québecoises dont les versions normandes sont nombreuses) ont une approche non spécifiquement normande on peut considérer qu’ils font un peu partie de la famille. Le Folk marin et aérien de Strand Hugg s’envole dans un éclectisme musical qui va au-delà du chant de marin traditionnel même si le groupe excelle aussi dans ce domaine. Mais la batterie et la basse et la diversité des instruments apportent une couleur très particulière. De part son nom et  sa revendication régionale Strand Hugg représente fièrement la Normandie dans toute la France. Le choix de ce nom marque une volonté d'identification normande et pour éviter l’amalgame avec les groupes bretons ( le chant de marin est trop souvent accolé à la Bretagne ! ).Les musiciens, anciens et présents ont toujours été originaires de la Manche, de Pontorson à Portbail en passant par Granville, Bréhal et Domjean. 
Le répertoire marin, au début inspiré de celui des côtes de France et des grands voiliers ( influences et croisements culturels divers) se recentre sur les histoires locales avec l'adaptation française d'histoire de notre côte ( "Tranche de port", histoire granvillaise ou de la vie du port de GRanville, "Le corsaire le Diamant", corsaires granvillais, "Blow the Man Down", histoire de port à Granville, "La prise de Saint-Hélier...").Le groupe, dans tous ses déplacements, revendique son origine normande et affiche son attachement et origine à la côte Ouest de la Manche. Le dernier venu en scène, c’est le groupe « les Ours Manchots », un éléphant dans la vitrine normande trop bien rangée ? A l’instar de Strand Hugg ou Mait’ Gires ils aiment leur Normandie et ils le disent que cela dérange les esprits chagrins ils s’en moquent comme de leur première moque de beire, depuis ils ont eu l’occasion de boire du pays !
Des textes simples et directs, un style efficace et entraînant, on y valorise la pomme sous toutes ses formes, la pêche à la rocaille, et la mémoire des anciens. On tutoie la dame blanche et le varou, on visite la Normandie à cheval sur le vent d’ouest,  sur  les guitares, dulcimer, mandoline, harmonica, violon, basse, flûte irlandaise.
Le micro HF est là pour aller porter la bonne parole dans le public et le faire danser des rondes, des polkas ou la danse des Ours Manchots c'est-à-dire votre propre création effrénée. Des mots normands viennent par ci, par là nous rappeler que l’on peut être des Ours sans être des zombies sans racines ! A l’avenir le groupe compte chanter encore plus de titre en normand.
Leur message : « le pays est beau » mais certains voudraient le faire oublier, alors chantons pour résister et donner rendre les normands (bastaunt et quoerus)!
Souhaitons non seulement longue vie aux Ours de la Manche et à ceux qui n’ont pas honte de chanter leur région, mais aussi une très importante et vivace (roguue en normand) descendance.

Du Pagan Folk en Normandie ?


Ce style musical très prisé  dans les pays germaniques et scandinave,  ne s’est pas implanté chez nous (à l’exception de Rosa Crux mais ce groupe a une notoriété plus forte à l’étranger qu’en France). Mélange de musique médiévale, traditionnelle et folk rock, plus ou moins électrifiée avec des textes faisant référence aux légendes, à l’onirisme ou au paganisme de manière générale, il aurait pu trouver une écoute attentive auprès des laudateurs normands de groupes étrangers ou d’outre Couesnon. Mais le vivier de musiciens normands ayant une sensibilité vis-à-vis à la fois de la musique ancienne et folk rock est pour le moment trop faible. Néanmoins le projet « Aôtefeis », dans cette veine,  pourrait voir prochainement le jour.


Vers une dynamique musicale régionale

Voilà résumé l’état des lieux actuel. Nous reviendrons en détail dans d’autres numéros sur tel ou tel artiste ou groupe afin de mieux vous les faire connaître car il est impossible de présenter chacun en détail en si peu de temps.
Nous serons à l’écoute de leurs productions et de leurs évolutions, mais aussi du développement de la scène régionale de manière générale dans une nouvelle  dynamique régionale.
A noter l’excellente initiative du festival des traversées de Tatihou qui propose depuis deux ans maintenant une scène ouverte aux groupes régionaux.
Dans le même esprit Patrimoine Normand Magazine sera unetribune pour faire connaître les groupes normands faisant la promotion de la région, alors n’hésitez pas à joindre notre rédaction  ou…….et à nous envoyer  de vos nouvelles ou votre faire-part de naissance pour les nouveaux groupes !

 
Références musicales

Ducastel, Denis etal (1995) La vielle en Normandie.Le Pucheux: bulletin derecherches d'histoire et traditions normandes. 56.(Spécial Vielle en Normandie)
Redhon, François (1984) Pratiques musicales traditionnelles en milieu rural dans la Normandie de 1789 à 1914. Le Pays Bas-Normand: société d'art et d'histoire (77) 1. pp.19 - 123.





 



 

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