Patrimoine Normand magazine

 





Cercle Littéraire Proustien de Cabourg-Balbec

Le Grand-Hôtel de Cabourg, temple du souvenir proustien. Lécrivain y a séjourné chaque été de 1907 à 1914

Cabourg : une Madeleine pour deux !


Extrait Patrimoine Normand N°80
Par Thierry Georges Leprévost

C’est devenu un rituel cabourgeais : tous les deux ans, le Cercle Littéraire Proustien de Cabourg-Balbec décerne sa Madeleine d’Or à un écrivain qui magnifie l’œuvre du plus prestigieux hôte littéraire de la station balnéaire normande. Cette fois, le jury a choisi d’associer deux auteurs dans sa distinction.


Deux spécialistes unis par leur passion
 
Et quels auteurs ! Deux universitaires, l’un français, l’autre japonais, qui excellent dans des domaines radicalement différents, se rejoignent au niveau de la qualité de leurs études respectives.
Luc Fraisse brille à travers La Petite Musique du style, Proust et ses sources littéraires (1), un essai mettant en avant les écrivains qui ont le plus influencé l’auteur de À l’ombre des jeunes filles en fleurs. Non qu’il ait copié ses prédécesseurs mais, à l’instar de ces éléments déclencheurs de la mémoire involontaire, l’écrivain exploite des réminiscences plus ou moins conscientes de lectures passées qui correspondent à sa propre façon de composer, à sa petite musique du style. Où l’on trouve notamment Homère, Nerval, Buffon, La Rochefoucauld, Poe... et aussi le grand Normand Jules Barbey d’Aurevilly, qui a incontestablement exercé une influence déterminante sur l’œuvre de Proust, notamment par sa célèbre nouvelle Le Rideau cramoisi, d’où émergent les notions de mémoire et de temps qui passe, mais aussi des thèmes déjà présents dans Les plaisirs et les jours, tout comme dans Jean Santeuil ou Contre Sainte-Beuve, ces brouillons de À la Recherche du Temps perdu. Luc Fraisse aurait pu se contenter de ce voyage aux sources de l’inspiration proustienne ; il va plus loin en nous parlant de ses rapports avec les écrivains de son temps, tel Gide qui l’a tour à tour éreinté et encensé, devenant l’un de ses plus acharnés thuriféraires, et avec certains de ses successeurs en lettres comme Beckett, Michaux ou Gracq. La preuve que l’hôte du Grand-Hôtel de 1907 à 1914 s’impose comme l’un des plus grands écrivains de son siècle.
Tout autre est la démarche de Kazuyoshi Yoshikawa (retenu à Kyoto par ses obligations professionnelles), dans son Proust et l’art pictural (2), rédigé directement en français (et traduit en japonais), il faut le préciser pour rendre hommage au talent de cet ancien étudiant à la Sorbonne, spécialiste de Proust au plan mondial, au même titre que Jean-Yves Tadié, son préfacier, qui s’impose, lui, comme le  meilleur connaisseur de l’écrivain en France. Agrémenté de reproductions des tableaux étudiés (malheureusement en noir et blanc et de fort médiocre qualité, on s’attendait à mieux dans un ouvrage de ce prix), son livre brosse un panorama exhaustif des oeuvres picturales, réelles ou imaginaires, évoquées dans la Recherche. Ainsi le fameux «petit pan de mur jaune» de la Vue de Delft de Ver Meer, ou La Cène de Léonard, côtoient-ils le portrait de Miss Sacripant et les autres tableaux d’Elstir (comme sa botte d’asperges), dans des assauts d’érudition qui laissent pantois, des artistes du XVIe siècle aux Impressionnistes. Où l’on mesure l’importance de l’art chez Proust, qui en a fait le socle du monument littéraire du XXe siècle. 
Deux livres, deux auteurs, deux enseignants en littérature, l’un à Strasbourg, l’autre à Kyoto, unis par la même passion, qui bien sûr se connaissent, comme se connaissent tous les spécialistes mondiaux de Proust. Sources littéraires, sources picturales, le parallèle s’imposait. Comme le calendrier de l’édition les avait rapprochés, le jury ne pouvait les dissocier, d’où sa décision de leur attribuer ex-aequo cette Madeleine 2011. Des études indispensables à tout lecteur de Proust. Pour les autres, il leur est vivement conseillé de se familiariser d’abord avec ses écrits avant d’aborder les ouvrages des lauréats. L’effort, qui n’a rien de démesuré, sera récompensé par un intense plaisir de lecture.
 
Cabourg, capitale littéraire
 
C’est en 2001 qu’a été fondé le Cercle Littéraire Proustien de Cabourg-Balbec, à l’initiative de son maire Jean-Paul Henriet, qui en fut le premier président. Depuis, l’association multiplie les colloques, conférences, commémorations, promenades-découvertes, réceptions de spécialistes étrangers, autour de l’œuvre et de la personnalité de l’écrivain. Le cercle a remis en 2011 sa 6e Madeleine d’Or. Ainsi, à l’instar de Deauville dans d’autres domaines, Cabourg s’impose comme une véritable capitale littéraire des études proustiennes, qui attire les radios et télévisions du monde entier, et concourt à faire connaître de la Normandie un plus large éventail de ses atouts culturels et touristiques, des plages du Débarquement à la Tapisserie de Bayeux, en passant par le Mont Saint-Michel et les festivals cinématographiques ; en attendant les Jeux Équestres Mondiaux de 2014.


(1) La Petite Musique du style, de Luc Fraisse ; classiques Garnier, bibliothèque proustienne ; 49 €.
(2) Proust et l’art pictural, de Kazuyoshi Yoshikawa ; Honoré Champion ; 76 €.

Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 80Printemps 2012)



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