Patrimoine Normand magazine

 





Rouen : le quartier Saint-Maclou

Rouen - le quartier saint maclou

Rouen
Le quartier Saint-Maclou

Extrait Patrimoine Normand N°11
Par Georges Bernage
Photos : Eric  Bruneval

Rouen, malgré les terribles destructions de la dernière guerre mondiale, présente encore un patrimoine monumentale considérable. A l'est de la Cathédrale nous partirons découvrir le quartier Saint-Maclou qui rassemble, autour d'une très belle église gothique, un remarquable ensemble de bâtiments en pans de bois. D'agréables rues qui incitent à la flanerie. 

Notre promenade nous mènera tout d'abord sur le parvis de l'église Saint-Maclou (place Barthélémy) puis dans la rue de Martainville, qui longe l'église au nord, et jusqu'à l'Aître Saint-Maclou. Puis, nous irons dans la pittoresque rue Damiette qui a conservé son caractère médiéval et où les antiquaires ont remplacé les anciens manufacturiers en étoffes.
L'église Saint-Maclou actuelle a été commencé en 1434 pour remplacer un autre édifice construit probablement au début du XIIIe siècle et qui s'était écroulé en partie de vétusté  à la fin du mois d'août 1432. En fait, en dehors de la première enceinte de Rouen existait déjà une église Saint-Maclou en 943, bordée à sa droite par le grand verger de l'archevêque et, à sa gauche, par le fief de Martainville, les rivières de Robec et de l'Aubette constituaient alors ses limites. Le grand incendie du 5 octobre 1200 détruit cette église. Pendant la semaine  de Pâques 1211, un nouvel incendie embrase toute la cité dont l'église Saint-Maclou qui est ensuite reconstruite dans cette première moitié du XIIIe siècle. C'est de cette époque que la liste des curés complète jusqu'à nos jours : le premier connu est Barthélémy Le Gras, chanoine de Rouen, en 1219, suivi par un autre chanoine de Rouen, en 1236, puis par Jean de La Champagne en 1237 et Roger en 1241, etc. En 1253, sur ordre de saint Louis, la paroisse Saint-Maclou est intégrée dans la nouvelle enceinte et le quartier devient vite populeux à tel point qu'il se disait plus de quarante messes par jour !

Mais la nouvelle église est aussi due à la grande générosité de certains paroissiens : la famille du Four, qui fit des dons considérables, les Basin, Masselin, de Croixmare et surtout Jean de Gremonville dont l'épitaphe, dans la chapelle de la Vierge, portait l'inscription suivante : "De ses derniers et par sa grande franchise, /a fait faire le plus de cette église." Le maître d'oeuvre de l'art flamboyant se nommait Pierre Robin "sergent d'armes et maçon général du roi, notre sire " maître des oeuvres de Paris où il habitait. Appelé à Rouen, il dirige les travaux jusqu'à la fin de 1437. La nouvelle église, merveilleuse, sera terminée et consacrée le 25 juin 1521 par le cardinal Georges d'Amboise.
Elle est longue de 47,50 mètres, large de 24,50 mètres et haute de 22,80 mètres jusqu'à la voute et de 83,85 mètres jusqu'à la tête du coq en en haut de la flèche. Elle offre une façade polygonale convexe derrière laquelle se trouvent, cinq travées, le nef flanquée de ses deux collatéraux puis les chapelles (trois le long de chacun des collatéral du choeur). Le plan, original, est en croix à branches presque égales.
A l'extérieur, le porche est remarquable avec ses cinq baies aiguës  dont celle du centre domine l'ensemble ; elle est couronnée de riches crochets et par la statue de saint Maclou. Nous remarquons la sainte Trinité. Nous remarquons aussi de très belles portes sculptées de la Renaissance attribuées à Jean Goujon. La porte principale, à deux battants est consacrée à l'Ancien (à gauche) et au Nouveau Testament (à droite). Les portes latérales sont tout aussi belles mais la plus riche et la plus parfaite est celle qui ouvre la rue Martainville, elle est consacrée à la sainte Vierge.

Intérieur de l`église Saint-Maclou. Escalier gothique menant au buffet d`orgue reconstruit en 1541 sur deux belles colonnes de marbre dressées par Jean Gonjon.A l'intérieur malgré les restaurations, les dégâts dus à la guerre sont encore sensibles. Lors du bombardement du 4 juin 1944, en fin d'après-midi. la tour lanterne a été soulevée par la violence de la déflagration, elle a tournée elle-mêle est, disloquée, quatre grandes fissures se sont ouvertes à la base dans les tympans ! 
Par ailleurs, lors d'un second bombardement, une bombe ouvre un entonnoir au sud dans la rue Eugène-Duthuit et une autre crève les voûtes dans le déambulatoire sud du choeur, deux arcs boutants sont broyés et les voûtes du choeur s'écroulent en laissant la charpente suspendue. La restauration sera longue et la poutre de gloire est reposée en 1982.
Vers l'entrée de l'église, nous avons plus spécialement remarqué le bel escalier de pierre gothique flamboyant (voir photo ci-dessus) menant au grand orgue construit à partir de 1480 avec une somme importable léguée par le curé Guillaume Auvray. Les jeux seront augmentés en 1517 et la hucherie sera exécutée en 1518 par Nicolas Castille. L'orgue, insuffisant, sera remplacé une vingtaine d'années plus tard et Jean Goujon, grand artiste de la Renaissance, va l'asseoir en 1541 sur les deux belles colonnes de marbre que nous pouvons toujours admirer, l'intérêt principal de Saint-Maclou réside dans son unité, c'est un édifice en gothique flamboyant construit d'un seul jet avec des finitions de la Renaissance : orgues et huisseries.

Cage d'escalier d'une maison vitrée du XVIIe siècle - place Saint Barthélémy - Rouen

A partir de la place Barthélémy qui a été ouverte en élargissant la rue côté sud : on le remarque en observant les maisons (sud de la place et rue Malpalu) dont les façades ont disparu et dont les pignons ainsi dégagés ont été remaniés en "façades. Par Contre, côté nord, à l'angle de la place et de la rue Damiette, nous pouvons admirer une superbe maison de la fin du XVIIe siècle ou du XVIIIe siècle : escalier vitré et colombage recouvert d'ardoises du côté de la place, façade avec demi balustres face est. Un fronton triangulaire avec motif de guirlande couronne la façade de ce côté-là.
En prenant la rue Martainville, nous admirons une maison datée de 1664, puis une maison datée de 1706 (n°232) bien typique du XVIIIe siècle. Un peu plus loin, un façade du XVIIIe siècle (n°210) est admirablement décorée de motifs sculptés et peints (forts bien restaurés) avec une niche décorée pour une statue de la Vierge, portant l'inscription " Notre Dame de Bon Secours - 1175 ", surmontée d'un dais sculpté. Les deux fenêtres encadrant cette niche sont surmontées de motifs sculptes et peints. Au premier étage, cette superbe maison présente un beau balcon en fer forgé de la fin de l'époque Louis XV, donc de la même  époque que les éléments sculptés. La façade de chaque étage est allégée par une structure avec décharge couplée (deux poutres obliques forment un V renversé). Deux maisons plus loin, nous avons un très bel ensemble d'une maison (192-2014) à double pignon construite vers 1540. Nous entrons maintenant sous le porche du n°186 pour accéder à l'Aître Saint-Maclou. L'accès primitif se faisait au nord, par une porte gothique ouvrant sur l'ancienne rue du Sac, ou du Chaudron (actuelle rue Géricault). Sur la gauche, dans le passage, nous pouvons voir une grande façade du XVIIIe siècle aux colombages peints et l'arrière d'une maison du XVe siècle (admirablement restaurée) montrant les balcons en colombages reliant la tourelle d'escalier au corps de logis. Sur la gauche, avant de l'Aître, dans la cour les bureaux des services du patrimoine. Un très bel escalier en bois sculpté du XVIIe siècle.



Vestige des installation à l'intérieur de l'ancien grand moulin de Rouen construit en 1495 le long de du Robec, à proximité se l'actuelle place Barthélémy.

L`Aître - Rouen

L'Aître de Saint-Maclou
 
A l'origine, un cimetière bordait l'église Saint-Maclou, le long de la rue Martainville. Avec le développement du quartier à partir du XIIIe siècle, le cimetière devient trop petit et il faut l'agrandir plusieurs fois dans le courant du XIVe siècle. Mais ce ne sera plus suffisant et la paroisse va acquérir des terrains au nord de la rue.
Cette nouvelle surface sera utilisée pendant le XVe siècle puis un charnier est ensuite édifié autour de ce nouveau cimetière. Celui que nous voyons actuellement remonte au XVIe siècle, le gros œuvre étant dans le style Renaissance. Formant une cour fermée, ce charnier est désigné sous le nom d'Aître qui vient du latin atrium. A partir du XVe siècle, les charniers deviennent courants : le hauts de la galeries sert alors à recevoir les os plus ou moins décharnés provenant des exhumations ; ils sont ajourés et aérés afin d'obtenir la chute en poussière sur le sol des ossements après leur dessiccation complète. Le plus célèbre des charniers était celui des Saints Innocents à Paris, aujourd'hui disparu. En Normandie, il reste la galerie de bois du petit charnier de Montivilliers près du Havre.
A l'origine, l'Aître devait être constitué d'une galerie ouverte formé  d'un muret et rythmée par des colonnes rondes portant une partie ajourée contenant les ossements puis la toiture. Les galeries ont été complètement modifiées au XVIIIe siècle par l'adjonction d'un étage en pans de bois en 1744, édifié sur la proposition du curé. Cet étage est ensuite reconstruit à la suite d'un incendie et clouées sur les charpentes. Les inhumations vont cesser en 1781 après les interdictions, faites par le Parlement, d'enterrer les défunts à l'intérieur de la ville. Elles auront lieu dorénavant hors les murs, au cimetière du Mont-Gargan. Au centre du quadrilatère abritant les sépultures se trouvait un calvaire érigé en 1584, qui rappelait le Mont Golgotha. La croix sera abattue en 1792 est remplacée en 1818 par un crucifix en fer forgé orienté à l'ouest et non plus au sud, comme à l'origine.
Entrons maintenant dans l'Aître, deux clôtures de bois, posées en 1627 ferment l'accès aux galeries, des motifs macabres annoncent la destination du lieu. A droite de l'entrée on remarque un chat momifié dans une vitrine. Nous découvrons maintenant une cour, un aître, bien différent de celui du XVIe siècle avec son étage rajouté et ses galeries maintenant fermées. Les colonnes ont été fortement endommagées pendant les Guerres de Religion. Le style de ces colonnes, cannelées dans leur partie inférieure sont typiques d'autres colonnes de la Renaissance à Rouen (Pavillon des Vertus remonté rue des Ruissel - vers 1530 - et mais 1, rue de l'Hôpital). Tout en bas, un écusson au monogramme de Saint-Maclou. La galerie ouest, d'une longueur de 45,50 mètres, présente une danse macabre avec des laïcs. La galerie est, d'une longueur de 44,35 mètres, présente une danse macabre avec des clercs. La galerie nord, d'une longueur de 31,90 mètres, présente des Sibylles. Chaque travée entre les colonnes des galeries mesures 3,55 mètres.
Le décor sculpté sur bois qui décorait l'ossuaire existe toujours malgré l'incendie du 19 novembre 1758. Il rappelle la destination de ce charnier : crânes, fémurs, omoplates mais aussi des outils des fossoyeur - pelles, pioches, bêches, cercueil ouvert - et des objets liturgiques liés aux funérailles - étoles, missels, croix, cierges, ciboires, cloches, bénitiers, cierges, - ainsi que les instruments de la passion - clous, fouets. Toutes ces représentations sont liées à la danse macabre très en vogue à la fin du Moyen Age. Cet ensemble est un patrimoine exceptionnel dont il reste peu de vestiges en France et qui mériterait une restauration. Il est actuellement les siège l'école des beaux-arts.

>> Visite virtuelle du  quartier Saint-Maclou. cliquez ici 
© showaround

 


Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 11, Hiver 1996)


 

 

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