Accueil | À PROPOS | CONTACT | NOS AUTEURS | INDEX ARTICLES | ANCIENS NUMEROS | ABONNEMENT | AGENDA | LIBRAIRIE | ACTUALITE  | PUBLICITE |  


 

 
 

 

 



Inscrivez vous à notre Newsletter et recevez régulièrement un point sur toute notre actualité
Drapeau normand
*ABCDEFGHIJLMNOPQRSTUVYZ

Colbert Marie plus jeune victime du massacre de la prison de Caen


Colbert Marie

Colbert Marie,
plus jeune victime du massacre de la prison de Caen


Extrait Patrimoine Normand N°84
Par Thierry Georges Leprévost

Le 6 juin 1944, les nazis fusillent près de 80 prisonniers de la maison d’Arrêt de Caen. Parmi eux, Colbert Marie, arrêté le mois précédent. Il n’avait que 17 ans.

 

Né le 10 octobre 1926 à Montpinçon, Colbert est le cinquième d’une fratrie de neuf enfants. Originaire du Pays d’Auge, son père exerce d’abord le métier de bourrelier au Billot-Montpinçon, où la mécanisation l’oblige à compléter ses revenus en se livrant à des tâches annexes comme la réparation de matelas, tandis que sa mère garde des nourrissons.
Une annonce du 43e Régiment d’Infanterie allait changer le destin de la famille, pour le meilleur et pour le pire. En 1932, Auguste Marie est recruté par l’Armée de Terre comme bourrelier qualifié. Le voici désormais caennais, logé près de son lieu de travail dans un pavillon jumelé du quartier de Vaucelles, au 30 rue Louis Le Châtelier.

Les derniers mots de Colbert à sa mère écrits sur un mouchoir avec son sang

Les derniers mots de Colbert à sa mère écrits sur un mouchoir avec son sang (cliquez  sur l'image).

Colbert Marie

Très vite pourtant, la dureté de la vie oblige les parents à envoyer Colbert à Vaudeloges chez son parrain, où il aide à la ferme, avant de pouvoir retourner à Caen où il reprend une scolarité normale. Le certificat d’études en poche, il apprend le métier de boucher, ainsi que ses quatre frères.

Les années de guerre
 
L’Occupation est vécue comme chez la majorité des Français : sans aucune sympathie pour l’ennemi, mais sans implication dans une Résistance difficile à intégrer, surtout pour des adolescents soucieux de gagner leur vie. En 1942, son frère Kléber est arrêté après le couvre-feu, et envoyé malgré son jeune âge (il n’a que 17 ans) à St-Martin-de-Varaville dans la Manche pour construire le Mur de l’Atlantique avec l’organisation Todt. À la faveur de la tentative de débarquement allié du 19 août 1942 à Dieppe, il réussit à récupérer ses papiers, s’enfuit à pied et prend le train à Carentan pour rentrer à Caen. Contrôlé sans titre de transport, le cheminot l’aide à parvenir sans encombre à destination, et à quitter la gare en évitant les Allemands. Il partira ensuite en Savoie pour se faire oublier, avant de rentrer l’année suivante pour reprendre un emploi de boucher rue d’Auge.
Ces péripéties ne font pas des Marie une famille de Résistants. Jeune homme enjoué amateur de musique et de sport, Colbert pratique la boxe à la salle des cheminots de Vaucelles où il se fait des amis, notamment les frères Boutrois, Achille et Michel, plus âgés que lui de sept et un an. Ouvriers au dépôt SNCF de la gare de Caen, ils appartiennent l’un et l’autre au groupe de résistance du Front National, d’obédience communiste. Garçon boucher rue de Falaise, Colbert est un garçon comme tous ceux de son âge, qui fréquente la jeune Gisèle, qu’il appelle Gigi, ou Giséla. Rien ne laisse entendre qu’il ne verra pas la fin de la guerre.
Son destin se noue le 15 mai 1944. Ce jour-là, la Gestapo et leurs auxiliaires français entreprennent une vaste opération de ratissage anti-communiste, retenue par l’Histoire sous le nom de «rafle de Vaucelles». Colbert est alors chez sa grande sœur Yvette, au premier étage du logement qu’elle occupe rue de Branville avec son mari. Non loin de là se trouve le café où les cheminots ont l’habitude de se réunir (la gare est à moins de 300 mètres), le premier endroit où la police politique est descendue pour procéder à des interpellations ciblées par les collaborateurs du quartier, particulièrement bien renseignés. Achille Boutrois est arrêté chez lui, son frère Michel dans la rue, et  Colbert Marie en compagnie d’Yvette, de chez qui ils viennent de sortir.

Les Allemands rue des Jacobins à Caen en 1940

 

Raoul Hervé

Dans la machine nazie
 
On les emmène dans les locaux de la Gestapo, rue des Jacobins. Poussés sans ménagement jusqu’au premier étage, ils se trouvent nez à nez avec Serge Fortier, fils d’un garagiste du boulevard Lyautey. Il ne vient pas d’être arrêté, et pour cause : il fait partie de la sinistre «bande à Hervé», dont il fut la première recrue ; Raoul Hervé et lui exercent le même métier de garagiste. Avec d’autres collaborateurs tels Joseph Martine, Jean Laronche, Pierre Bernardin et d’autres membres du PPF (Parti Populaire Français), ils se sont mis au service de la police allemande en tant que mouchards, supplétifs et exécuteurs des basses œuvres. Ils infiltrent les réseaux, arrêtent les Résistants et les torturent pour les faire parler. Sous une apparence de bon catholique qui fréquentait la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) pendant son adolescence, Fortier est efficace dans sa triste besogne : il n’a pas hésité à faire arrêter Maurice Arrot, son propre beau-frère. Il connaît tout le monde à Vaucelles, puisque les jeunes ont fréquenté la même école.
Un soir, alors qu’il sortait de son club de boxe avec les frères Boutrois, Colbert avait rencontré Fortier, à la limite du couvre-feu. Une petite altercation avait eu lieu entre le garagiste et les cheminots, qui ne devaient pas ignorer ses penchants pour les Allemands. La dispute a tourné court, mais Colbert était présent, et Fortier s’en souviendra. Il assimile le garçon boucher à Achille et Michel, déjà repérés par lui comme étant communistes, et ne doute pas des activités du jeune homme au sein de leur réseau. Il s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment.Serge Fortier
Ce 15 mai, à la Gestapo, Fortier annonce : «Toi, Colbert, je te connais, tu peux partir». Yvette est témoin de la scène et voit son frère quitter la pièce. Elle sera relâchée, les nazis ne pouvant rien retenir contre elle. Quand elle quitte les locaux de la rue des Jacobins, elle est persuadée de le revoir dans la journée.Il n’en sera rien. Colbert Marie a été saisi au bas de l’escalier et envoyé en cellule où il sera torturé à coups de nerfs de bœuf par Fortier et ses sbires, avant d’être incarcéré à la Maison d’Arrêt. Il n’en sortira pas vivant.
Ne le voyant pas revenir, sa famille s’inquiète. Sa mère finit par apprendre où il se trouve, mais les prisonniers politiques (il est considéré comme tel) ne peuvent recevoir aucune visite. Tout au plus l’autorise-t-on les premiers jours à récupérer le linge sale de son fils pour le remplacer par du propre. C’est ainsi qu’elle trouvera parmi ses effets un mouchoir où Colbert a rédigé un ultime et poignant message, écrit avec son sang. Avant un dernier appel à l’aide et son adieu à ceux qu’il aime, il y raconte son arrestation et révèle que Fortier en est à l’origine.
« Maman, j’ai été arrêté comme étant communiste par Fortier. Va le voir, explique-lui que je suis innocent, car j’ai reçu des coups de nerf de bœuf. S’il n’y avait pas Gisèle, je ne serais plus vivant. Dis à Roger de dire bonjour à tout le monde et à Kléber de venir avec l’Allemande de Littry et à Sobry de dire à Raymond de parler pour moi. Mille baisers à petite “Gigi“, Maman, Papa, Yolande et aux amis. A bientôt. Je suis innocent. » 
[cliquez ici
Dès la libération de Caen en juillet, ses parents se rendent avec d’autres familles de détenus à la prison où ils comprennent le massacre qui a été commis au matin du 6 juin 1944. Toutefois, ils espèrent que son jeune âge a fait épargner leur fils, qu’il a été transféré ailleurs, qu’il vit encore quelque part. Ils placardent des affiches, des avis de recherche, dans l’espoir d’un renseignement. En vain. Peu à peu, l’évidence s’impose à eux : Colbert a partagé le sort des quelque huit dizaines de prisonniers exécutés le jour du Débarquement.
Après la Libération, Serge Fortier sera à son tour interpellé et jugé, notamment sur la foi du message accusateur écrit sur le mouchoir. On le fusille le 9 mai 1946 avec d’autres collaborateurs. Où sont les corps de Colbert et de ses compagnons d’infortune ? Le mystère reste entier. Aujourd’hui encore, son frère aîné Kléber espère que la vérité éclatera un jour, et souhaite que, si jamais on retrouve les corps, surtout on ne les sépare pas.

Mouchoir tenu par son frère Kléber Marie ( PN).


Plus d'informations :

- 6 juin 1944 : massacre nazi à la maison d'arrêt de Caen.  Par Jean Quellien.
- Que sont devenus les corps ? Par Thierry Georges Leprévost.
 

• Autres fiches pouvant vous intéresser :
Grand Bunker de Ouistreham : le musée du Mur de l’Atlantique
Château de Caen : bilan des fouilles archéologiques
Mors et art équestre au lendemain du Moyen Âge
De l’Échiquier de Normandie au Parlement de Rouen
Replonger dans le Caen d’avant-guerre : la place de la République


• Catégories liées :
massacre nazi
seconde guerre mondiale
caen


Commentaires sur cette fiche :

Aucun commentaire pour le moment
Page
Laissez un commentaire sur cette fiche :
Nom ou pseudo :
Notez cette fiche : /10
Commentaire :
Recopiez le caractère suivant dans le champ :
  (Obligatoire)

Les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits par les conditions d'utilisation du service. Vous pouvez être identifié(e) par votre adresse internet si quelqu'un porte plainte.
 
J'EN PROFITE !
 
 

Espace Annonceurs

CLIQUEZ ICI

Pour votre sécurité, nous utilisons Paypal, la solution de paiement sécurisée du web, nous acceptons les cartes bancaires ci-dessous.
Pay Pal solution paiement
Livraison sous 48H avec La Poste


Livraison

Réseaux sociaux

  
 

PRATIQUE

PAtrimoine Normand
Les 3 Cours 
14220, Les Moutiers en Cinglais    par courriel
standard : 02 50 08 78 5