Patrimoine Normand magazine

 





Saint Vaast la Hougue paradis des oiseaux piscivores

Harle Huppé

Saint Vaast la Hougue
paradis des oiseaux piscivores


Extrait Patrimoine Normand N°18
Par le GONm

Saint-Vaast-la-Hougue est un joli port de pêche situé sur la côte est du Cotentin. Ce port animé forme une rade limitée au nord par la Pointe de Saire, avancée rocheuse qui tient son nom de la Saire, seul véritable cours d’eau de la région du Val de Saire. Après quelques méan­dres dans des prairies humides ou entre les champs de primeurs, la rivière se jette dans la mer. Et au sud de cette embouchure, jusqu’au port de Saint-Vaast, se succèdent un platier vaseux, sableux, puis caillouteux où sont disposées les rangées de tables recouvertes des poches d’huîtres.
 
La digue du port de Saint-Vaast pointe vers l’île de Tatihou distante d’un kilomètre et accessible à marée basse par le chenal des ostréiculteurs. L’île est ceinturée de rochers et protège Saint-Vaast des tempêtes avec vent d’est. Au sud-est de la rade ouverte vers le large, la presqu’île de La Hougue domine la mer de sa tour imposante érigée par Vauban. L’anse du Cul-de-Loup dessine sa rondeur entre La Hougue et Morsalines pour constituer un domaine bien abrité.
Par sa diversité paysagère Saint-Vaast présente un éventail intéressant de milieux et son pourtour marin abrite une faune et une flore riches et variées qui avaient conduit des scientifiques du Muséum National d’Histoire Naturelle à implanter, sur Tatihou, un laboratoire à la fin du siècle dernier. Par l’intéressante rénovation par le conseil général qui a créé le musée maritime de Tatihou, ce site a retrouvé une vocation pédagogique puisque des musées ont été ouverts et des classes de mer sont reçues régulièrement et permettent aux enfants d’appréhender ce milieu marin exceptionnel. L’île est à la fois un lieu culturel et un lieu de nature : le GONm y a créé une réserve ornithologique qui protège une colonie d’oiseaux de mer.
 
Goeland argenté
La diversité faunistique marine de la rade de Saint-Vaast est telle que de nombreux oiseaux piscivores viennent s’y nourrir tout en ayant des exigences alimentaires propres à chacun. Ainsi, dès fin octobre, début novembre une flânerie par le sentier du tour de la Hougue permet de découvrir grèbes et plongeons. Et, fait remarquable, certains jours propices, les cinq espèces différentes de grèbes et les trois espèces de plongeons visibles en Normandie peuvent être observées là : 
– Le grèbe huppé, bien connu par ses parades amoureuses avec sa tête ornée d’une collerette de plumes rousses. L’hiver, il est plus terne mais se voit bien sur la mer tant le plumage de son cou et de sa poitrine sont blanc éclatant. Il n’est pas rare de le voir pêcher en plongeant à faible profondeur et ressortir un peu plus loin, un petit poisson dépassant encore de son long bec.
– Les grèbes esclavon et à cou noir sont des grèbes plus petits, difficiles à différencier l’hiver avec leur plumage gris sombre sur le dos et blanc dessous. Seul le dessin du noir sur la tête et du gris sur les côtés du cou permettent aux ornithologues de les identifier. Leur activité de pêche est soutenue et leur observation entre deux plongées est toujours brève.
– Le grèbe jougris a une taille intermédiaire et est différent du grèbe huppé par son cou épais et très gris : il est beaucoup plus rare.
– Le grèbe castagneux, le plus petit, est une boule de plumes qui tangue sur la mer. Sa caractéristique est la touffe de plumes blanches de son croupion qui le font ressembler à une véritable peluche. Il pêche des poissons minuscules mais, comme les autres, il les capture à la plongée.
 
Pour ce qui est des plongeons, l’observation peut être un peu plus difficile car ils sont rarement aussi près de la côte que les grèbes, il arrive parfois qu’un oiseau séjourne quel­ques heures près de la Hou­gue. Le plus courant est le plongeon catmarin, puis le plongeon arctique, le plus rare est le plongeon imbrin. Tous sont caractérisés en hiver par un plumage gris plus ou moins perlé et un cou très blanc. Ce sont aussi des oiseaux piscivores plongeurs et Saint-Vaast leur offre donc à tous la possibilité de manger des poissons différents en fonction de leur taille et de leur mode de pêche.
Au large de Tatihou on pourra voir de grands oiseaux blanc et noir : ce sont les fous de Bassan qui se suivent par dizaines à la file ou bien décrivent de grands vols courbes pour tout à coup plonger verticalement dans la mer et poursuivre le poisson désiré en « volant » dans l’eau jusqu’à plusieurs mètres. Toujours au large, ce sont aussi les alcidés (petit pingouin et guillemot de Troïl sont assez réguliers, plus rares sont le macareux moine et le mergule nain) qui occupent la surface de l’eau, souvent en bandes pour pêcher au-dessus des bancs de poissons. Au-dessus d’eux de petites mouettes élégantes au vol papillonnant sont à l’affût : les mouettes pygmées attendent pour capturer de minuscules invertébrés marins ou de minuscules poissons remontés dans les eaux agitées par les petits pingouins et les guillemots de Troïl en pêche.
 
Entre Tatihou et le port on pourra facilement observer les harles huppés par groupe de deux à cinq ou six nageant avec leur tête un peu relevée terminée par un long bec rouge très effilé. En Normandie, on les appelle « bec de scie ». Eux aussi plongent pour trouver le poisson choisi pour leur repas. Ils nagent parfois dans les mêmes secteurs que les cormorans huppés et les grands cormorans qui fréquentent aussi le site.

Mouette rieuse
 
Quelque soit l’endroit de la rade de Saint-Vaast où l’œil se porte, toujours on voit des laridés c’est-à-dire des mouettes, des goélands mais aussi des sternes et des labbes nombreux au passage migratoire d’automne. Et il y a de la nourriture pour tout le monde : le sterne pêche de petits poissons en plongée, le labbe essaie de lui voler sa proie, les mouettes et les goélands eux se contentent de poissons échoués morts ou rejetés par les chalutiers, qu’ils dépiautent sur la grève.
Parfois, sur un rocher assez près du bord, c’est un martin-pêcheur que vous pourrez admirer, immobile à l’affût prêt à harponner un poisson qui traverse une mare. A moins que vous ne l’ayez déjà vu en revenant du sentier de la Hougue au niveau du fossé le long de la plage. C’est souvent là qu’il se tient l’hiver se nourrissant probablement de proies d’eau douce.
Ainsi, la rade de Saint-Vaast-la-Hougue est-elle tout à fait remarquable : la diversité des oiseaux marins piscivores y est tout à fait exceptionnelle et aucun autre site normand ne l’égale. Cette diversité ornithologique révèle la richesse et la diversité des poissons qui vivent sous les eaux saint-vaastaises.
 
Au total, cette approche révèle une biodiversité globale remarquable qui démontre l’excellence des milieux dont profitent aussi les hommes (pêcheurs, ostréiculteurs, professions du tourisme,…).
Les études ornithologiques menées par le GONm servent, sur le long terme, à mesurer la qualité des milieux et son évolution.
   
Pour mieux connaître le site de Saint-Vaast-la-Hougue, le musée maritime de Tatihou et le GONm ont édité un livre « Les oiseaux de Tatihou et des rivages du Val de Saire ».

Pour découvrir les oiseaux à Saint-Vaast et dans le reste de la Manche, le GONm vous propose
" où voir les oiseaux en Normandie ? Tour ornithologique dans le département de la Manche ".
 

Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 18, Hiver 1997)



 

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