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Balade à Pont-de-l’Arche

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Petit passage sous porche aboutissant à une cour intérieure.

Balade à Pont-de-l'Arche


Extrait Patrimoine Normand N°31
Par Isabelle Audinet

De lautre côté de la Seine, on aperçoit lune des tours de lenceinte encore en place et léglise Saint-Vigor.
De l’autre côté de la Seine, on aperçoit l’une des tours de l’enceinte encore en place et l’église Saint-Vigor.

Située à la confluence de la Seine et de l’Eure, Pont-de-l’Arche offre beaucoup de charme. Le froid et la neige qui nous y ont d’ailleurs accueillis lors de notre visite n’ont rien ôté à notre plaisir.
La ville, à l’histoire ancienne, a gardé ses vieilles habitations en pans de bois ou en pierre, sa très belle église et une partie de ses murailles qui l’ont protégée des assauts ennemis. Perdons-nous au fil des rues.

Un peu d’histoire
 
Pont-de-l’Arche, ou plus exactement le pont qui donna son nom au lieu, aurait été cons­truit en 862 par Charles le Chauve pour empêcher les Vikings de remonter la Seine. Pont fortifié, sa construction, très longue, subit des assauts de ces derniers avant de pouvoir être achevée. Ce qui ne les empêcha cependant pas de remonter le fleuve. La situation de ce pont en ce site même est rendue plausible par la proximité d’un palais royal à Pitres (en face de Pont-de-l’Arche). 
Le site de Pont-de-l’Arche, désigné sous le nom de Archas, ou Pontem Archas, n’est réellement connu par les textes qu’au début du XIe siècle. Il est même mentionné comme port de Damps, ville située à côté de Pont-de-l’Arche. La ville n’aurait donc été à cette époque qu’un regroupement de quelques habitations autour du pont, l’un des tous premiers et l’un des rares sur la Seine, dépendant du village voisin.
Le rôle politique de Pont-de-l’Arche découle de sa position sur la Seine et du pont qu’elle défend : elle devient en effet un point de passage quasi obligatoire pour qui voyage, elle est aussi sur un axe de circulation (la Seine) faisant le lien entre la Normandie et le Royaume de France. En 1189, l’abbaye cistercienne de Bonport, en aval à quelques kilomètres de Pont-de-l’Arche sur la Seine, aurait été créée pour confier aux moines l’organisation d’un lien de communication libre entre la Normandie et le royaume français. Les initiateurs de ce projet : Richard Cœur de Lion et Philippe-Auguste avant leur départ pour la Croisade. L’établissement de cette communauté scellerait la coopération des deux rois et leur entente pacifique (Annick Gosse-Kischinewski, Connaissance de l’Eure, n° 89-90 1993). Après la croisade, en 1193, alors que Richard Cœur de Lion est prisonnier, cette coopération fut oubliée par Philippe-Auguste décidant la reconquête de la Normandie avec l’alliance de Jean sans Terre. Le pont  de Pont-de-l’Arche sert de nouveau de barrage. Philippe-Auguste échoue cependant au retour de Richard en 1194, n’ayant pas non plus réussi à retourner les vassaux du duc normand. Les affrontements entre les deux princes durent jusqu’en 1198, date à laquelle une trève est conclue. De très brève durée. La mort de Richard en avril 1199 relance les velléités de Philippe-Auguste et la prise de Château-Gaillard (construit par Richard en 1197-1198) par Philippe-Auguste, en supprimant une des principales défenses anglaises avant Rouen et en sapant le moral des Anglais, provoque les chutes successives des villes, règle à laquelle Pont-de-l’Arche n’échap­pe pas. Au tout début de mai 1204, Philippe-Auguste entre en effet dans ses murs. Le pont, même fortifié ne peut empêcher le roi de France de foncer vers Rouen.
 
Eglise Saint-Vigor et une des tours du rempart le long duquel ont été construites les maisons.
Eglise Saint-Vigor et une des tours du rempart le long duquel ont été construites les maisons.

 
Nous sommes sur les remparts, au sud, contre lesquels se sont appuyées des maisons (ici le Bailliage). Les fossés à gauche, sont encore visibles.

Au pied de Saint-Vigor, en remontant le coteau.

 
Au pied de Saint-Vigor, en remontant le coteau.
Nous sommes sur les remparts, au sud, contre lesquels se sont appuyées des maisons (ici le Bailliage). Les fossés à gauche, sont encore visibles.
Tour dangle nord-ouest du rempart.
Tour d’angle nord-ouest du rempart.
Remparts sud à côté du Bailliage.
Remparts sud à côté du Bailliage.
 
Un siècle plus tard, la Normandie est touchée par un conflit long et très destructeur pour son économie : la Guerre de Cent Ans. Les premiers raids du roi d’Angleterre, Edouard III, revendiquant la couronne de France, passent par Pont-de-l’Arche qui est brûlée en 1346. Reconstruite par la population, elle est de nouveau touchée en 1418 par un siège de deux semaines à l’issue duquel elle est occupée par les Anglais. La conquête de la Normandie par Edouard III avait commencée trois ans plus tôt, en 1415. Les occupants s’installent pour de longues années, puisque la ville n’est reprise qu’en 1449 par Robert de Flocques. L’alliance avec un marchand de Louviers réussit en effet à faire pénétrer les Français dans la place grâce à une ruse. Même si les Normands n’acceptaient pas totalement les Français, ils représentaient cependant une délivrance des exactions anglaises. Cette prise de Pont-de-l’Arche constitue d’ailleurs une étape importante dans la reconquête française, qui s’achève, du moins pour la Normandie, en 1450 à Formigny. La Normandie est peu après reconnue comme Province Française. Les années qui suivent épargnent un peu plus Pont-de-l’Arche, même si son pont reste toujours un argument de poids dans un conflit éventuel (blocus de Rouen, ou au contraire refuge...).
Ce pont si utile au cours de l’histoire de Pont-de-l’Arche, reconstruit au XVIIIe siècle, disparaît en 1856. Depuis cette date plusieurs autres ponts lui ont succédé, en bois ou en pierre, provisoires ou définitifs. Le nombre de ponts sur la Seine s’est depuis le Moyen Age multiplié, mais celui de Pont-de-l’Arche dessert toujours une voie importante, la vallée de la Seine, dont les villes qu’elle traverse rappellent les noms de châteaux puissants défendant autrefois les frontières normande et française.
 
Le logis du Gouverneur.
Le logis du Gouverneur.
 
Rue Blin, bordée de nombreuses maisons à pans de bois reposant sur un socle de pierre. Les plus anciennes possèdent un encorbellement.
Le logis du Gouverneur.
2. Rue Blin, bordée de nombreuses maisons à pans de bois reposant sur un socle de pierre. Les plus anciennes possèdent un encorbellement.
 4. Rue partant de la place de léglise (au fond) et de la bibliothèque. Nous longeons de nombreuses maisons à pans de bois sur un étage de pierre.
Rue partant de la place de l’église (au fond) et de la bibliothèque. Nous longeons de nombreuses maisons à pans de bois sur un étage de pierre.
 
Autre vue de la place Langlois.

Autre vue de la place Langlois.
 
Très beaux ensembles du xviie-xviiie siècle (à droite) et du xvie siècle à gauche. La maison de gauche possède un encorbellement formant un passage couvert.
Très beaux ensembles du xviie-xviiie siècle (à droite) et du xvie siècle à gauche. La maison de gauche possède un encorbellement formant un passage couvert.
 
La ville
 
Pont-de-l’Arche s’articulait au départ autour de son pont, qui lui a d’ailleurs donné doublement son nom. En effet Pontem Archas ou El Pont des Archas devenu plus tard Pont Arche est construit avec deux mots signifiant pont : Pons et arca ! Ce pont, à l’importance militaire et économique enjambant l’Eure et la Seine à leur point de rencontre, en reposant sur des îles, fut l’objet de toutes les attentions. Il était fortifié et ses accès de chaque côté de la voie terrestre étaient eux mêmes fortifiés par une citadelle en rive droite, au bord de la Seine et par les murs de la ville en rive gauche sur l’Eure. La citadelle est maintenant disparue, détruite à la Révolution. Une des tours qui restaient fut abattue. De forme quadrilatère avec une tour à chaque angle, la citadelle était cons­truite sur une île de la Seine près de la rive droite, ce qui lui permettait non seulement de défendre le pont mais d’être elle aussi difficilement accessible (deux petits ponts sur le fossé). La ville de Pont-de-l’Arche quant à elle, s’organise en fait comme une « tête de pont », point solide défensif. Ses murs, dont une partie nous est parvenue, remontent aux XIIe et XIIIe siècles, et ont été remaniés à maintes et maintes reprises. Ils étaient de forme rectangulaire et venaient s’appuyer sur le bord du coteau du fleuve. L’église Saint-Vigor est elle-même construite le long de la muraille au nord. 
 
Léglise Saint-Vigor, construite en deux campagnes au xvie siècle, représentative du gothique flamboyant normand. Cet édifice, de belle taille, est conçu selon un plan très simple.
L’église Saint-Vigor, construite en deux campagnes au XVIe siècle, représentative du gothique flamboyant normand. Cet édifice, de belle taille, est conçu selon un plan très simple, un vaisseau central avec collatéraux sans transept.

 
Les murs étaient entourées de fossés en eau, encore visibles en certains cas. Ils possédaient trois portes, dont deux dans l’axe du pont. La troisième se situait à l’ouest. Le pont enfin, principal sujet en réalité, était un ouvrage d’une vingtaine d’arches (de 20 à 26 selon les sources et les époques), traversant d’abord l’Eure puis la Seine, se croisant autour d’îles : nous sommes à leur confluence. Les petits bonds successifs d’îlots en îlots facilitaient la construction. Au milieu de ce pont était une chapelle. Des lithographies du xixe siècle nous montrent le pont construit au XVIIIe siècle. C’est un ouvrage en pierre de taille reposant sur 20 arches inégales, atteignant les 334 mètres de long sur 6 mètres 50 de large. Les piles supportant l’ensemble possédaient un éperon. Sous chaque arche, ou presque, étaient installés des clayonnages pour des pêcheries ou des moulins. Les dessins montrent aussi des bâtiments en pans de bois sur pilotis installés sur les côtés du pont. Un vitrail du xviie siècle, visible dans le bas-côté droit de l’église Saint-Vigor, illustre la topographie de la ville et l’une des activités de ses habitants, le halage des bateaux, qu’il fallait en effet aider à passer le pont. 
La ville, actuellement chef lieu de canton, et qui fut au XVIIIe siècle siège de bailliage, de vicomté et d’une élection, a gardé une bonne partie des édifices anciens se rattachant à ses fonctions : la maison du gouverneur, le bailliage, le gre­nier à sel... et de nombreux au­tres édifices du XVe au XVIIIe siècle en pans de bois ou en pierre qui contribuent au charme du Pont-de-l’Arche ancien.
 
Détail du Vitrail des bateliers.
Détail du Vitrail des bateliers.
 

Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 31, février-mars 2000)



 

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