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Prieuré de Sainte-Gauburge


Le prieuré de Sainte-Gauburge, vue de léglise.

Le prieuré de Sainte-Gauburge


Extrait Patrimoine Normand N°34
Par Isabelle Audinet

 
Le prieuré de Sainte-Gauburge, vue de léglise.

S’il était des lieux désertiques recherchés par les ermites au Moyen Age, Sainte-Gauburge devait être de ceux-là, le site actuel étant encore assez retiré dans la campagne du Perche. Longtemps exploitation agricole, les bâtiments abritent depuis 1993 l’Ecomusée du Perche, permettant alors leur restauration certaine, une renaissance pour un ensemble quasi unique dans le Perche.


Le prieuré, enclave dans le Comté du Perche Vie et mort d’une communauté religieuse
 
Dès la fondation de l’établissement en 1006 par Guillaume de Bellême, l’isolement des lieux, leur pauvreté, semblent avoir marqué du sceau de la fuite les communautés qui l’occupèrent. Ce fut d’abord Béranger, un moine de l’abbaye bénédictine de Saint-Florentin de Bonneval, qui, bien qu’en charge de ce « petit lieu » entre 1018 et 1033, le quitta volontairement pour retourner à Bonneval. Puis des chanoines installés entre 1052 et 1060 par l’abbé de Saint-Père de Chartres sur ordre de l’évêque de Sées (Yves de Bellême), chanoines qui partirent trois ans plus tard, en raison de la conduite scandaleuse de l’un des leurs, Déodat. Quelques années plus tard, avant 1124, le prieuré est donné à l’abbaye royale de Saint-Denis, et ne relève plus, dès lors, ni du comté ni de Bellême (il en est de même de la paroisse de Sainte-Gauburge élevée au rang de châtellenie). Ses possessions et revenus augmentent alors en raison des nombreuses donations, mais il ne semble pas que la communauté soit prospère puisque seuls quelques moines occupent les lieux (cinq ou six moines, trois en 1202). Là encore, l’isolement et la pauvreté les conduisent, sans doute bien malgré eux, à passer plus de temps au village qu’en leurs murs, et à adopter bien évidemment, une conduite scandaleuse ! Le XIIIe siècle et le début du XIVe siècle apparaissent cependant bien plus florissants que la seconde partie du XIVe siècle, puisque de nombreux travaux sont entrepris, qui marquent encore les bâtiments actuels du prieuré. Les affres de la pauvreté les frappent de nouveau lors de la Guerre de Cent Ans, l’établissement ne percevant plus de revenu. Pauvreté relative, puisque en 1411 rentrent 1600 livres, ce qui est une somme importante pour l’époque. Au XVe siècle est instauré le système de la commende, c’est-à-dire que les prieurs sont nommés par le roi, peuvent être laïcs et sont surtout là pour récolter les revenus. La charge spirituelle n’est plus. De plus, les prieurs ont coutume de faire hériter leurs neveux de leur charge. Deux dynasties prennent alors place à la tête du prieuré, les familles Croquet et Abot, de 1476 à 1749, familles proches du pouvoir royal. Les revenus du prieuré augmentent dès lors de belle façon, passant de 1 600 livres en 1411 à 8 000 livres en 1777. La puissance du prieuré est bien établie ; il constitue d’ailleurs l’un des plus gros revenus du domaine de l’abbaye de Saint-Denis. Cette augmentation du bénéfice temporel profite par ailleurs beaucoup aux édifices divers qui se voient transformés de fond en comble au XVe-XVIe siècle. La Révolution marque, comme pour beaucoup d’autres communautés religieuses, la fin de l’établissement. Le prieuré est démantelé en 1791, l’église devenant propriété de la commune de Sainte-Gauburge, et les autres bâtiments étant vendus comme biens nationaux. En 1812, l’église est désaffectée et transformée en grange, puis­que Sainte-Gauburge est rattachée à Saint-Cyr-la-Rosière. En 1818, elle redevient un lieu de culte, une chapelle oratoire.

Elle se dégrade cependant, et ne doit son salut qu’à son classement en 1903, permettant les premières restaurations. Elle est attribuée au Musée des Arts et Traditions Populaires du Perche comme salle d’exposition, puis entièrement restaurée après 1983, suite au déménagement des collections dans un bâtiment neuf. Les autres bâtiments du prieuré sont utilisés pour une exploitation agricole jusqu’en 1993. Il sont depuis loués au musée, qui projette de prochaines et importantes restaurations. Le prieuré Sainte-Gauburge a eu la chance de ne pas être trop détruit, et s’il reste très peu de traces des bâtiments des XIe et XIIe siècles (qui devaient être modestes), les témoignages des siècles qui suivirent sont encore très conséquents et nous montrent l’évolution de la vie de cet établissement.
 
Vue de la campagne et du prieuré du haut de lescalier monumental.
Vue de la campagne et du prieuré du haut de l’escalier monumental.
 
Architecture d’une occupation mouvementée
 
Nous venons de le voir, le prieuré eut la chance de ne pas trop subir de dommages depuis la Révolution, et nous offre, encore souvent dans « son jus », une vision des diverses occupations, dans des bâtiments très typiques du Perche. On peut cependant déplorer la disparition de plusieurs bâtiments, le cloître et une partie faisant la jonction entre les corps de logis dits du prieur et des moines (angle nord-est du cloître). Les destructions ne sont néanmoins pas le fait des occupants récents, mais des prieurs commendataires qui effectuèrent des travaux de restructuration au tournant des XVe et XVIe siècles. Ce qui nous reste est donc encore conséquent puis-que l’on compte l’église, le logis dit des moines, les bâtiments de la cour du nord-est, le logis du prieur, des édifices de la cour agricole où sont installées les écuries, pouvant remonter à l’époque moderne, ainsi que les bâtiments de l’exploitation agricole datant des XIXe et XXe siècles. Parmi ces bâtiments, seul le logis du prieur a été étudié en détail, les autres n’ayant bénéficié que d’observations très ponctuelles. Nous nous attacherons plus particulièrement aux deux logis et à l’église, prenant comme repères les campagnes architecturales relevées.
 
Chevet gothique rayonnant de léglise.
Chevet gothique rayonnant de l’église.
 
Piscine du XIIIe siècle située près du maître autel.
Piscine du XIIIe siècle située
près du maître autel.
Culot situé le long de la chapelle latérale nord, homme se tenant la tête.
Culot situé le long de la chapelle latérale nord,
homme se tenant la tête.
 
Le prieuré, au tournant des XIIIe et XIVe siècles
 
Si l’on connaît la date de la fondation du prieuré, 1006, on ne sait rien en revanche de ce que pouvait être ce « petit lieu ». Peu de chose sans doute, en raison de la pauvreté de la fondation. Un changement peut être envisagé avec l’acquisition du prieuré par l’abbaye Saint-Denis et l’augmentation de son temporel. Aucune campagne de travaux n’est cependant mentionnée dans le cartulaire de Sainte-Gauburge, et il faut compter sur quelques traces dans les édifices actuels pour nous donner des pistes. Ainsi, on relève des baies romanes dans la partie occidentale de l’église, et les rares observations faites sur le logis des moines semblent proposer une origine romane pour ce bâtiment. Bien plus évidente est la campagne qui prit place à la fin du XIIIe siècle, travaux qui constituent une première restructuration de l’établissement. Sans que l’on soit sûr de leur contemporanéité, on relève des transformations de l’eglise, du bâtiment des moines et surtout la construction des bâtiments ouest et nord, avec sans doute la création d’un cloître dont l’accrochement des toitures en sous-pente est encore visible sur le mur nord de l’église. Le schéma adopté est alors très classique.
Les remaniements de l’église au XIIIe siècle s’accrochent sur une façade romane présentant deux baies jumelées au pignon. L’édifice est une vaste salle, assez sombre dans la partie occidentale, mais qui s’éclaire en approchant du chœur et de ses vastes baies à lancettes appartenant au gothique rayonnant, tout à fait inspiré du gothique de l’Ile de France. Ce qui se comprend aisément, Sainte-Gauburge dépendant de l’abbaye Saint-Denis, dont le chœur, reconstruit aux alentours de 1230, marque une rupture nette d’avec le roman et l’instauration du gothique de l’Ile de France aux vastes baies faisant entrer la lumière. La sculpture est aussi fortement imprégnée de l’art de l’Ile de France, à la fois raffinée et savante. Deux des culots sculptés montrent en effet d’un côté un « atlante », symbole du poids spirituel porté par l’Eglise, et un homme se touchant la tête et tenant une branche de chêne dans l’autre, indiquant ainsi que les lieux qu’il côtoie (la chapelle du prieur, maintenant bouchée) sont destinés au prieur, père spirituel de la communauté. L’église, actuellement couverte d’une charpente et d’une nef lambrissée, devait être voûtée, comme l’indiquent les colonnes engagées des parois, colonnes n’ayant jamais reçu de voûte, mais portant, pour la joie de nos yeux, la très belle sculpture dont nous venons de parler.
Le logis des moines s’appuie lui directement sur le mur nord de l’église, et était autrefois relié à elle par la chapelle du prieur. Plusieurs pièces se suivent, dont la destination n’est qu’hypothétique. Celle que l’on nomme chauffoir d’abord, contre la chapelle, pièce étroite dotée d’une piscine flamboyante, une pièce plus large, carrée, que l’on suppose être la salle capitulaire, à laquelle fut ajoutée une cheminée au xviie siècle, puis deux autres pièces, dénommées réfectoire. 
Le logis du prieur longe l’aile nord du cloître dont il est contemporain. Il a subi de nombreuses transformations, et il est difficile de retrouver son état d’origine. Les études archéologiques récemment réalisées permettent cependant de s’en faire une idée. Le bâtiment semble avoir été dévolu, dès sa construction, au prieur. Il s’agissait d’un logis possédant deux niveaux, dont le niveau supérieur était une vaste salle au pignon ouest orné d’une frise peinte, sans doute salle d’apparat. Aucun cloisonnement dans les niveaux n’a été relevé pour l’instant. La taille des salles n’est pas clairement définie, oscillant entre 123m2 et 170m2, selon que l’on y rattache ou non la partie disparue à l’est. Les baies de la façade nord s’organisaient de manière symétrique. Une porte par étage, à l’ouest, ouvrait aussi sur cette façade. Le pignon ouest possédait deux baies, une par niveau, celle de l’étage possédant des remplages gothiques. Cette disposition est celle que l’on peut voir actuellement. 
 
Jardin du prieuré, à lest du logis des moines.
Jardin du prieuré, à l’est du logis des moines.
 
Quant au mur sud, il était nu ou presque, un bâtiment s’appuyant contre lui pour former l’aile ouest du cloître. Une porte permettait d’y accéder à partir de l’étage. Il s’agissait sans doute de l’entrée du prieuré, puisque des meurtrières, encore visibles sur le mur sud du logis du prieur, devaient défendre cette entrée. Il a été retrouvé par ses fondations. Dans la cour, contre les bâtiments, était construit le cloître, dont nous n’avons que peu de traces.
 
Les remaniements du XVe-XVIe siècle
 
Les travaux engagés au tournant de ces deux siècles marquent un changement radical dans la conception du prieuré. Ils consistent à la fois en effet en un changement des circulations, et à un ajout de détails sculpturaux raffinés. Les deux étant peut-être liés au changement aussi du régime prieural, avec l’instauration de la commende vers 1450. Le prieur semble désirer alors un décor plus luxueux lié à un confort et une tranquillité plus importants. Les modifications sont les suivantes :
– Destructions du cloître (sauf la galerie est) et du bâtiment ouest ;
– Ajout de l’escalier, dit monumental ;
– Construction du clocher de l’église ;
– Transformation complète du logis du prieur.
On a supposé que ces remaniements interviennent pour certains à la suite de destructions dues à la Guerre de Cent Ans.
Le clocher hors œuvre de l’église fut appliqué sur le mur sud, après la Guerre de Cent Ans. Il s’agit d’un massif carré avec des contreforts d’angles, marqués de bandeaux horizontaux à chaque niveau. Il est coiffé d’un toit à double bâtière orné d’occuli. Le premier niveau s’ouvre par une large baie aux remplages flamboyants éclairant la chapelle latérale, alors que le dernier niveau est éclairé sur chacun des côtés par une plus petite baie.
 
Vue du logis du prieur et de la cour agricole.
Vue du logis du prieur et de la cour agricole.
La tour monumentale du logis des moines.
La tour monumentale
du logis des moines.

Preuve d’un changement de conception des circulations, un très bel escalier hors œuvre à échauguette est construit sur l’angle nord-est du logis des moines. Il permet d’accéder à la fois aux étages du bâtiment des moines et à l’étage de la partie disparue du logis du prieur. La galerie est du cloître devait protéger le passage entre la porte de cet escalier et la porte du mur nord de l’église. Tour octogonale, elle est accessible par une porte au linteau sculpté malheureusement très abîmé, représentant sans doute Sainte-Gauburge, surmonté d’un dais gothique. Elle est éclairée par quatre baies décorées de personnages en rapport avec l’un des miracles de Sainte-Gauburge. Une cinquième baie éclaire le dernier niveau au nord. Un bandeau, orné de choux frisés, souligne le haut de chacun des niveaux. Une tourelle ronde en échauguette repose sur un culot sculpté. A l’intérieur, les marches de la vis sont percées par intervalles, permettant le passage d’une arme, défense d’un dernier repli plus que faible. Du haut de la tour, où un guet était installé, on domine toute la campagne alentour... surtout à l’ouest en direction de Saint-Cyr la Rosière et de Bellême.
Peut-être parce que plus étudié, le logis du prieur semble avoir bénéficié des plus grandes modifications. Deux points sont surtout mis en exergue : la circulation, que l’on veut plus aisée et la décoration. Le prieur se distingue alors clairement du reste des moines. Perpendiculairement aux grandes salles sont ajoutées au nord plusieurs pièces sur plusieurs niveaux. L’une, au rez de chaussée, possède un four à pain. De cette aile part une coursive, sur deux niveaux, permettant de rejoindre par l’extérieur le logis des moines. A l’ouest du bâtiment est construit ou reconstruit un escalier, autorisant une distribution privée des pièces du logis. A l’intérieur du logis est ajouté un mur de refend doté de cheminées monumentales à chaque pièce. Les manteaux de ces cheminées sont sculptés de scènes ayant un rapport avec les thèmes en vogue à cette époque, transcription par un sculpteur d’un talent moyen, de scènes visibles dans des tableaux italiens : l’Annonciation, la bénédiction du premier couple par Dieu, le Péché originel et Adam et Eve chassés du Paradis. Tous thèmes en rapport avec la Rédemption, la prière des moines étant là pour sauver les hommes de leurs égarements. A l’étage, la cheminée ouest est ornée de deux hommes sylvestres soutenant des armoiries. L’étage est accessible par un escalier dont l’entrée actuelle se fait par l’extérieur. La salle la plus intéressante de ce niveau est la pièce située dans l’aile nord, après la coursive. Les murs extérieurs de cette salle furent peints, ainsi que la cheminée, occupant le mur nord. Ce décor peint n’a fait l’objet pour l’instant que de sondages, une restauration ne pouvant être envisagée avant la complète restauration du logis. Le badigeon qui les recouvre actuellement les protège. Les observations montrent des décors géométriques, des feuillages et des figures, décors se rapprochant de la peinture italienne de la Renaissance. Les couleurs, constituées de pigments rares, les dessins, laissent présager l’intervention d’un artiste très habile. L’ensemble est daté de 1553, et peut avoir été commandé par Jean Croquet et achevé par Guillaume Abot, marié à la nièce du premier. A l’arrière de cette salle furent construites des latrines. En façade, les changements sont constitués par l’ouverture au sud de trois grandes baies au rez-de-chaussée, de deux portes, l’une à l’ouest et l’autre à l’est surmontée d’un gable de choux frisés et d’une croix. A l’étage sont aussi ouvertes trois grandes baies à coussièges et une plus petite à l’est. Sur le mur nord sont percées deux portes à l’étage et une au rez-de-chaussée, conséquences des changements de circulation.

SAINTE GAUBURGE
 
Sainte Gauburge, ou Walburga, est née au début du VIIIe siècle dans le Wessex, fille du roi des Saxons, saint Richard. Elle reçoit une éducation religieuse au monastère de Wimburn, et est envoyée en Allemagne pour prendre la tête d’une communauté de femmes non loin d’Heidenheim. Elle participe, avec cette fondation, à l’évangélisation de l’Allemagne, tout comme ses frères Willibald, évêque d’Eichstadt (Eichstätt en Bavière), et Winnibald, fondateur du monastère d’Heidenheim. Sainte Gauburge dirige les deux communautés, au décès de son frère, jusqu’à sa propre mort en 779. Ses restes sont transportés à Eichstadt en 870 et les communautés de chanoinesses, puis de bénédictines, qui les gardent, sont à l’origine de l’abbaye de Sainte-Walburge. Sainte Gauburge est connue pour avoir accompli des miracles de son vivant, miracles de guérison. Miracles qui perdurent depuis sa mort, puisque du reliquaire enfermant ses restes suinte, du 12 octobre au 25 février, un liquide réputé guérir la peste, les maladies occulaires et utérines. Une série de sculptures sur la tour de l’escalier monumental se rapportent apparemment à cette tradition.

Façade sur cour du logis du prieur.
Façade sur cour du logis du prieur.
 
Variations postérieures
 
Les modifications intervenant après le XVIe siècle apparaissent mineures par rapport aux travaux précédemment cités. Elles consistent surtout en le bouchage de baies ou l’ouverture de nouvelles, de changement de styles, de l’ajout d’un appentis. Le plus gros bouleversement est la destruction de la jonction entre le logis du prieur et le logis des moines. 
Si les adaptations des lieux aux fonctions nouvelles (enseignement et accueil de jeunes pensionnaires, ferme) oblige à la redistribution des pièces, elles n’entraînent pas de destruction des témoins de l’occupations des lieux par les moines, et les restaurations à venir vont sans doute mêler à la fois la restitution de parties détériorées et le maintien de certaines modifications.
 
L’Ecomusée du Perche
 
Le Musée des Arts et Traditions Populaires du Perche doit sa création à l’Association des Amis du Perche (qui remonte aux années 1950). La dynamique de l’association entraîne derrière elle la population du Perche, qui sent l’intérêt de cette initiative pour la renaissance de la vie rurale. Le Musée, créé en 1972 reçoit ses premières collections de la population. L’association des Amis du Perche réussit par ailleurs à obtenir la location de l’église de Sainte-Gauburge, envisageant depuis quelque temps d’utiliser un site prestigieux pour loger le musée.  Plus de 10 000 visiteurs affluent dans les premières années de l’installation du musée dans l’église. En 1983 est construit le bâtiment qui accueille encore la majorité des collections, laissant la place aux restaurations de l’église. En 1993, l’exploitant agricole mettant fin à son activité, le musée peut louer les autres bâtiments pour y installer peu à peu les collections après des restaurations de l’ensemble. Une scénographie légère sera installée dans les salles, évocation de la vie du Perche plutôt que de longs discours et des vitrines pleines. Les collections grandissent toujours, faites à la fois de dons et d’acquisitions. Elles sont en partie installées dans l’édifice de 1983, évoquant plusieurs thèmes des activités humaines du Perche, agriculture, artisanat, vie quotidienne. 
Le musée débute par la présentation d’objets liés à la culture de la pomme et de sa transformation en liquides « gouleyants ». Les objets sont autant représentatifs de la Normandie que du Perche. Une place est enfin faite aux recommandations fort utiles sur les dangers de l’alcoolisme, affiches et textes datant du début du siècle ! Sont évoqués ensuite les labours, les moissons et le battage au travers des outils de l’araire à la charrue, de la faucille au fléau, au travers des pratiques agricoles... Vient ensuite l’osier, matériau utile pour toutes sortes d’activités, pour le transport, au travers du panier à la ruche. La vannerie, pratique familiale, s’effectuait aussi avec le noisetier, le châtaignier, le saule... Le chanvre est l’une des activités caractéristiques du Perche, très importante jusque dans l’après-guerre. Sont présentés les outils de traitement jusqu’au tissage, avec des métiers familiaux assez exceptionnels. Suit une vitrine des costumes et objets du quotidien du XIXe siècle. Costumes de ville, coiffes influencées par celles de la Normandie et du Maine, objets de tous les jours et de fête, et non objets de folklore. Autre grand thème abordé, le cheval percheron et l’artisanat développé autour (maréchal-ferrand, bourrelier, forgeron, charron...), vitrines axées sur les outils, reconstituant des ateliers. Le percheron, cheval emblématique de la région, est à l’origine d’une évolution de l’agriculture percheronne, et connaît lui-même son plus fort développement au xixe siècle. Chacune des exploitations de la région possédait son cheval, élevé tant pour sa puissance pour l’agriculture, que pour tracter les voitures, que pour la reproduction. La visite des vitrines peut être complétée par celle des écuries (situées dans la cour agricole), où sont exposés les diverses voitures, ainsi que par la pièce destinée au garçon d’écurie, située à l’arrière. Noter que ces écuries n’ont pas ou peu évolué depuis ce XIXe siècle.
Autre thème important du musée, le bois, dans tous ces états, de la haie au bois pour aboutir à son traitement. Le parti adopté fut de présenter les outils et non l’environnement. Objet d’entretien des haies (plessage et élagage), des bois, outils du sabotier, du menuisier, du tonnelier... Viennent enfin des artisanats tributaires de la terre : l’argile et le sable. Ateliers de potiers, de tuiliers, de briquetiers, de verriers ont pendant longtemps existé. Quelques pièces illustrent les productions de ces différents ateliers.
Les collections s’attachent donc surtout aux outils, à l’évolution des technologies plutôt qu’aux milieux ou aux techniques de travail. Le musée cherche de plus en plus à faire revivre ces technologies, pleinement ancrées dans le patrimoine du Perche, proposant  stages et démonstrations. Il s’adresse à un large public, mais la pédagogie passe d’abord par les enfants qui participent à de nombreux ateliers au cours de l’année scolaire : les abeilles, la mare, le pain, le jardinage... Le musée des ATPP, en passe de devenir un écomusée, a donc pour vocation de faire revivre un milieu rural, redécouvrir une qualité de vie par des activités pratiques, mais aussi par la mise en place d’un centre de documentation. Il aura enfin comme mérite de faire renaître un lieu exceptionnel, dans une superbe région, qui méritent l’un et l’autre d’être connus.
 
Les manoirs alentours
 
Le prieuré de Sainte-Gauburge, centre d’une châtellenie enclavée dans la paroisse de Saint-Cyr la Rosière, est entouré d’un petit hameau, composé surtout de maisons et de logis remontant au début du XVIe siècle. Cette unité s’explique sans doute par les destructions de la première moitié du XVe siècle, destructions physique mais aussi humaine. Le début du XVIe siècle constitue une période de reprise en main des terres au cours de laquelle les propriétaires reconstruisent leurs manoirs, logis et bâtiments de fermes rattachés. Sainte-Gauburge, châtellenie indépendante du Perche, doit de plus accueillir les fonctionnaires royaux, du Parlement de Paris, dont elle dépendait. Nombre de ces manoirs, à l’allure militaire, se rencontrent donc dans le Perche. Nous en avons sélectionné certains aux alentours de Sainte-Gauburge.
 
Remerciements à Madame Evelyne Wander, directrice du musée, pour son accueil et son aide.

Le site de l'écomusée du Perche : ecomuseeduperche.com

 
Le manoir de Courboyer.
 
Le manoir de Courboyer
 
Ce logis est plus ancien que les autres manoirs, remontant sans doute à la fin du XVe siècle et montrant alors des caractères militaires : un logis cruciforme flanqué d’une grosse tour ronde, d’échauguettes aux angles et d’une bretêche. L’escalier est hors-œuvre, dans une tourelle octogonale. Les premiers propriétaires du fief de Courboyer sont connus depuis 1364, la famille de Courbehier ou de Courboyer, famille qui le détient jusqu’au XVIe siècle.

Plus d'informations

 
La Guyonnière ou Petit Courboyer

La Guyonnière ou Petit Courboyer

Le logis de la Guyonnière voit ses premiers corps de bâtiments cons­truits au début du xvie siècle. Une seconde campagne consiste en l’édification de la tour, qui porte la date de 1592. Cette tour assurait la défense du porche d’entrée, grâce à plusieurs meurtrières. Une bretèche défendait aussi la porte d’entrée sur le corps de logis principal. La cour est fermée par des bâtiments de ferme. La terre de la Guyonnière est mentionnée pour la première fois au XVe siècle. L’un des propriétaires fut baille de Sainte-Gauburge en 1600.
LAngenardière
 
L’Angenardière

Ce superbe édifice des XVIe - XVIIe siècles, construit par Pierre de Fontenay, présente de véritables caractères militaires. De plan carré, il était clos de murs et de fossés, et était accessible par un pont-levis. Le logis seigneurial est flanqué de deux grosses tours à mâchicoulis. Une galerie Renaissance relie la façade du logis à une tour d’angle.
 
Les Chaponnières
 
Les Chaponnières

Ce manoir appartient à la châtellenie de Gémages, mais est très proche du hameau de Sainte-Gauburge. Le logis, corps carré flanqué d’une tour, est datable de la fin du XVIe siècle. Une aile est ajoutée au XVIIIe siècle à l’est contre la tour. Des bâtiments de agricoles ferment la cour.
La Maison du Curé
 
La Maison du Curé

Le petit logis construit dans la première moitié du XVIe siècle, à côté du prieuré, était destiné au curé de la paroisse. La façade sur route était autrefois la façade sur cour, ce qui explique les lucarnes élégantes, ornées de décors Renaissance. Le logis n’a subi que peu de transformations, on peut noter la disparition des traverses des baies. Le logis possède un escalier en œuvre, au centre, à une volée droite, générant une différence de niveau des planchers de chaque côté de l’escalier.
BIBLIOGRAPHIE :
 
Sainte-Gauburge,
Art de Basse-Normandie n° 116, 1998.

 
Desvaux-Marteville, Elisabeth. Manoirs du Perche. Art de Basse-Normandie n° 67, 1975.

Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 34, août-septembre 2000)



 

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