Patrimoine Normand magazine

 





Société Alfred Rossel

Societe Alfred Rossel

La Société Alfred Rossel et les traditions normandes


Extrait Patrimoine Normand N°74
Par Jeannine Bavay

No n’est pas muus à Paris
Qué dans nos cachettes
No n’est pas muus à Paris
Qu’dauns nous cach’s ou meis d’avri.
 
Alfred Rossel.
Poète chansonnier Normand (1841-1926)


Comme tous les ans, la Société Alfred Rossel a offert le Lait de Mai. Cette année, c’est sur le parvis de l’église des Pieux qu’a eu lieu la dégustation, car l’association Terroirs, Histoires et Traditions Normandes présidée par Gérald Durel, a invité le groupe d’Alain Jeanne. L’an dernier, à l’invitation des Amis du Donjon, cette journée traditionnelle s’était tenue dans la cour du Vieux Château de Bricquebec.
Habillés en costumes normands, ayant même sorti les grandes coiffes, les membres du groupe ont chanté et dansé devant l’église, pas très loin des rôtisseurs de gigot et des vendeurs de muguet. Le Bouon Beire, la Pastourelle des moulins, évidemment la Galette, ont retenti sur la petite place. Tout près, Sagesse qui porte bien son nom, souriait aux objectifs des photographes - mais oui, elle a l’habitude. Dans sa belle robe caille-roux -bringé, elle a fait le tour de la place, présentée par Mathilde Leseigneur, se laissant caresser par les enfants en vraie vedette qu’elle est. Jacques Leseigneur a offert trente litres d’un bon lait crémeux qui venait d’être trait. Et ce, malgré la crise qui touche de plein fouet le monde agricole. « C’est vrai, ce n’est pas facile en ce moment, dit-il. Avec mon frère, nous sommes en Gaec et nous avons quatre-vingts vaches ».
Le public s’avance et déguste le lait blanc et crémeux. Les commentaires fusent : « Ah, c’est meilleur que le lait en boîte ». « Oui, c’est même meilleur que le lait des blanches et noires au sortir de la traite ». « C’est quand même agréable de voir des vaches dans les prés chez nous alors qu’en Allemagne du nord, elles sont cent quatre-vingt, entassées dans des hangars et ne sortent pas ».
L’association  Téqueurs et Chouleurs de Normandie  avait installé palets, quilles et jeu de kubb dans un coin de verdure.
L’après-midi, la salle Paul Nicolle a accueilli l’atelier dentelle de la Société Rossel. Des passionnées - quelle patience - actionnent les petits fuseaux et de gracieuses arabesques se dessinent peu à peu sur le coussin. Les enfants et les débutants ont même pu s’initier sur de petits métiers avec des grilles très simples, sous l’œil attentif de Mme Schlegel. D’autres enfants jouent avec les jeux anciens installés par Jean-Philippe Joly. Ça les change des écrans d’ordinateurs.
En même temps, c’est le retour du normand. Pendant trois heures, chants et récits alternent. Deux charmantes petites filles nous racontent les quate cattes d’Agathe ; un jeune garçon dit un texte avec un bon accent du terroir. Les membres des ateliers de langue normande du Groupe Rossel et des Amis du Donjon se succèdent, enchaînant récits, poèmes, chants, tristesse et gaieté.
Non, le normand vit encore et ce n’est pas du français déformé. Puis tout le monde s’est séparé après avoir chanté les trois hymnes du Cotentin : Men Cotentin oû quoeu de la mé (de Côtis-Capel) Les gars du bout de la Manche, de Joséphine Eustace et, naturellement, Sur la mé d’Alfred Rossel.
 
La nuit du 30 avril au 1er mai était, dans la tradition populaire, chargée de symboles. C’est ce moment qui marquait le passage des rigueurs de l’hiver vers la douceur du printemps, du sommeil de la nature vers le renouveau.
A l’origine, au cours de cette nuit, les jeunes gens plantaient un arbre vert décoré en l’honneur de Maïa, déesse romaine de la terre, fille d’Atlas et mère de Mercure. Cette coutume évolua au fur à mesure du temps pour arriver à la coutume du « Mai » qui consistait, pour les jeunes hommes, à déposer devant la porte des filles à marier des branches qui avaient un langage.
Si certaines essences étaient souhaitées, d’autres l’étaient beaucoup moins. Un bouquet de fleurs des champs équivalait à une déclaration d’amour. L’épine blanche célébrait la virginité et le sapin était un gage d’amitié et de respect. Par contre, la ronce dénonçait un mauvais caractère et le houx exprimait le dédain et le mépris. Une vertu douteuse était fustigée par une branche de sureau ou par l’association d’une carotte avec deux pommes de terre ou deux oignons.
Dans la soirée du 31 avril, les Normands balayaient le seuil de leur maison et y répandaient des cendres de l’âtre pour attirer la prospérité sur le foyer.
La rosée qui couvrait le sol au matin du 1er mai était réputée bénéfique et elle était censée blanchir le linge taché d’humidité. Les vaches qui l’absorbaient donnaient un « lait de mai » chargé de vertus thérapeutiques qui se transmettaient au « beurre de mai » baratté le jour même. Un linge chargé de rosée servait à nettoyer le pis des vaches, cette action devait les rendre plus productives.
Dès le Moyen Âge, le « beurre de mai » était conservé tout au long de l’année pour aider à la cicatrisation des plaies des animaux et parfois des humains. Il y avait deux façons de le préserver, soit en enduisant une toile que l’on coupait à la demande, soit en collant au plafond une boule du précieux onguent dont on prélevait une petite portion au fur et à mesure des besoins.
Mais, plus simplement, la consommation du « lait » et du « beurre de mai », en ce premier jour du mois, était l’occasion de fêter la renaissance de la nature symbolisée par le retour des vaches dans les pâturages. On se retrouvait en famille ou entre amis pour une promenade agreste au terme de laquelle on s’arrêtait dans les fermes. Certains éleveurs apposaient un écriteau où l’on pouvait lire « lait champêtre à toute heure. » Voltaire qui suivait la tradition dans la région de Rouen, écrivait à une amie, en 1723, : « Dites à Mademoiselle Lecouvreur qu’il faut qu’elle hâte son voyage si elle veut prendre du lait de la saison. »
Dans notre région, cette coutume fut très vivante jusqu’à la guerre de 14-18. Outre les particuliers, toutes les associations, quelle que soit leur activité, organisaient des promenades et des pique-niques.
Aujourd’hui, seule, la Société Régionaliste Normande Alfred Rossel perpétue cette tradition.
 
Société régionaliste Normande Alfred ROSSEL.
par Alain Jeanne

 

 


Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 74Eté 2010)



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