Patrimoine Normand magazine

 





Les Jeux Equestres Mondiaux 2014 seront normands !

jeux équestres mondiaux normandie 2014

Les Jeux Equestres Mondiaux 2014
seront normands !


Extrait Patrimoine Normand N°70
Par Thierry Georges Leprévost

La Fédération Equestre Internationale a rendu sa décision mardi 31 mars 2009. Elle attribue à la Basse-Normandie l’organisation des 7e Jeux Equestres Mondiaux. Une bonne nouvelle pour la région. Pour toute la région qui, peut-être, sera réunifiée avant 2014.

C'est l’aboutissement d’un travail acharné. En 2005, le Conseil régional change d’équipe dirigeante. La nouvelle prend l’heureuse initiative de poursuivre un projet initié par l’ancienne. Après René Garrec, Philippe Duron décide de dé­fendre la candidature de la Basse-Normandie aux Championnats du Monde d’Equitation. Il s’agit alors de ceux de 2010. L’année même de son élection, il se rend avec une partie de ses élus au concours international d’Aix-la-Chapelle, car la ville allemande, qui s’est fait une spécialité de cette manifestation depuis près d’un siècle, ac­cueillera les Jeux l’année suivante. Il s’agit alors de voir à quoi ressemble une cité équestre de renom en pleine effervescence. A partir de cette expérience, un dossier est constitué pour présenter officiellement la candidature de la région.
Celle-ci est défendue devant la FEI fin 2005 dans un hôtel de Bahreïn, contre celle du Kentucky qui constitue un adversaire de choix. Terre du cheval aux Etats-Unis comme l’est la Normandie en France, il a déjà postulé deux fois sans succès. Cette troisième tentative pourrait être la bonne. En outre, depuis leur première édition à Stockholm en 1990 (1), les JEM se sont toujours tenus en Europe, et l’on sait que la FEI souhaite changer de continent. C’est donc sans surprise que sa présidente donne l’avantage à l’état américain. Toutefois, Son Altesse Royale Doña Pilar y Bourbon, francophone et francophile, a hautement apprécié le dossier des Normands qu’elle encourage à persévérer. 
Las ! Chacun sait que la présidence de la FEI doit changer l’année suivante. Au printemps, SAR Haya bint al Hussein succède à Doña Pilar. Les deux altesses sont différentes. La sœur du roi de Jordanie ne parle pas français, et rien ne laisse supposer qu’elle nourrisse une sympathie particulière pour notre région, même si elle y a jadis concouru en saut d’obstacles ; même si son époux, le cheikh de Dubaï Mohammed al Maktoum, y achète chaque année des Pur-Sang aux ventes de Deauville…
Puis l’été suivant, les élus normands retournent à Aix-la-Chapelle, mais l’enthousiasme de l’année passée a disparu. Devant la formidable machine des Jeux allemands, ils prennent cons­cience du coût de l’événement. Ils renoncent à la construction initialement envisagée d’un stade équestre et se résolvent à utiliser les équipements sportifs caennais existants. Pour le CSO (Concours de Saut d’Obstacles), la FEI exige un minimum de 20 000 places assises. Le stade Michel d’Ornano, qui en compte 21 500, devient dès lors le meilleur atout d’un nouveau projet qui se dessine entre lui et l’hippodrome, en passant par le Parc des Expositions. Pour un budget qui passe tout de même du simple au double et avoisine les 50 millions d’euros ! Qu’im­porte ! Le jeu en vaut la chandelle, et les Jeux quelques sacrifices. Et l’état s’engage aux côtés des départements concernés et de la ville de Caen,  passée aux mains de Philippe Duron qui cède à Laurent Beauvais son fauteuil de président de région. La continuité du projet est assurée. Et même la Haute-Normandie l’assure de son soutien.

Sur les rives du Lac Léman
 
Pour défendre la candidature aux Jeux 2014, la destination est nettement moins exotique que pour ceux de 2010. Cela se passera à Vevey, en Suisse, à trente kilomètres de Lausanne où se trouve le siège de la Fédération Equestre Internationale. Fait extraordinaire, la Normandie est cette fois seule en lice ! On avait craint un temps la concurrence des Emirats Arabes Unis, dont le pétrole fait pousser le gazon en plein désert, réalisation du rêve fou exprimé par Jean Constantin dans l’une de ses chansons des années cinquante. Sans mettre en cause l’honnêteté intellectuelle de la princesse présidente, ses affinités avec Dubaï risquaient d’influencer les autres membres du bureau. Les Emirats sont finalement restés dans l’ombre. L’Irlande pouvait aussi mettre en avant sa tradition d’élevage équin et le sérieux de ses concours sportifs, dont celui de Dublin a constitué le modèle du Normandie Horse Show de St-Lô. Mais la verte Eire n’est pas allée non plus au bout de ses intentions. Alors, c’était gagné d’avance ? Ce serait aller trop vite en mesure que de l’affirmer.
Car le dossier normand pourrait ne pas satisfaire les membres du bureau. S’il se révélait trop fai­ble à leurs yeux, ils le rejetteraient et se rabattraient sur Aix-la-Chapelle, déjà organisatrice en 2006, qui a fait savoir qu’elle se proposait comme roue de secours éventuelle. Toutefois, lors d’une récente visite des sites caennais, le représentant de l’Allemagne s’était déclaré très satisfait de ce qu’il avait vu. De bon augure pour la Normandie ! 
C’est en observant un maximum de précautions que les Normands ont bâti leur plan de bataille, avec Laurent Beauvais comme général en chef et Philippe Duron comme second, lui qui avait piloté quatre ans plus tôt l’avion pour 2010. A leurs côtés, le préfet de région Christian Leyrit ; représentant la Fédération Française d’Equitation, son vice-président Christian Paillot et sa directrice des compétitions Dominique Faye ; Laurence Meunier, président du pôle de compétitivité filière équine ; Dobrina Perrody, chargée de mission au Comité Normandie 2014 ; Luc Avril, directeur des sports à la région ; Jacques Thouvenot, conseiller général de la Manche. Et aussi une grande championne d’équitation, la cavalière olympique Eugénie Angot, trois fois finaliste de la Coupe du Monde de saut d’obstacles, qui s’exprimera au nom du sport équestre français.
Le matin du 31 mars, ils sont tous réunis dans une salle de leur hôtel de Vevey pour une ultime répétition générale. La langue anglaise est de rigueur pour dire son texte, ce qui n’est pas aisé pour tout le monde. On révise l’ordre de passage de chacun à travers la mécanique trop bien huilée de la FEI, dont Bahreïn avait donné l’exemple à plusieurs des personnes présentes. On envisage aussi les questions que pourraient poser les mem­bres du bureau à l’issue des exposés, et qui y répondra selon le sujet abordé. Puis on se rend à pied à l’Hôtel des trois couronnes où doit avoir lieu le grand oral. Certains ont l’impression d’aller soutenir une thèse, mais la décontraction est de mise sous une tenue vestimentaire irréprochable, et la bonne humeur s’affiche naturellement.
Respect scrupuleux des passages pour piétons et des feux tricolores, traversée sage du marché, emprunt de rues anciennes pittoresques. L’Hôtel des trois couronnes est évidemment un palace, le meilleur de Vevey. A côté, le Grand-Hôtel de Cabourg-Balbec ferait presque figure de sympathique petite auberge. La terrasse ensoleillée donne sur le lac Léman où s’ébrouent quel­ques cygnes majestueux. En fa­ce, la brume laisse deviner Evian et Thonon sur l’autre rive. L’air est sec.
Le service de communication de la FEI accueille la délégation et les journalistes. On fait comprendre que ces derniers sont tolérés, mais pas invités ; on leur conseille vivement de rester sur la terrasse dans la douceur matinale. Il reste une petite heure avant la confrontation avec le jury, dont les membres, qui ont dormi sur place, s’installeront discrètement dans la salle d’examen. Le temps pour les Normands de réviser une dernière fois leur texte, sur la terrasse eux aussi, et de parfaire leur apparence par les épinglettes aux couleurs de la candidature normande : un vert porteur d’espoir.
Du côté de la FEI, on sent monter la nervosité : les attachées de presse se montrent plus fébriles que les aspirants impétrants. Depuis Mme de Sévigné, on sait que les serviteurs ont une plus haute idée de leurs maîtres que ces derniers ont d’eux-mêmes. A croire qu’elles gèrent à la fois le G20 et le sommet de l’OTAN ! Elles rassurent les journalistes. Oui, ils pourront suivre l’entrée de la délégation jusque dans le grand salon, et rester une minute pour faire des photos, en restant devant la porte…
Elles invitent enfin les Normands à pénétrer dans le saint des saints. La presse suit. Le service de sécurité lui ferme la porte au nez avant la moindre photo. Etonnement, protestations, réclamations, rien n’y fait. Malgré la promesse faite, la réunion à huis-clos mérite son nom. La vitre opacifiée laisse deviner les orateurs qui défendent le projet. Une demi-heure plus tard, ils quittent les lieux, souriants et détendus. Le jury délibère. Il avait l’air content. On ne leur a posé aucune question. Il n’y a plus qu’à attendre. Entre-temps, la FEI a donné son accord pour que la presse assiste à l’énoncé du jugement, sans dépasser bien sûr le sacro-saint seuil de la salle d’audience.
La décision est vite prise. Tout le monde s’empresse d’entrer. Dos à la fenêtre, tout au fond du salon à colonnes et à contre-jour, la présidente occupe le pinçon du fer à cheval formé par la table des ministres du gouvernement équestre mondial, quelque quarante élus pressés d’aller déjeuner. La princesse se réjouit de remettre à la Normandie les destinées des Jeux Equestres Mondiaux de 2014. Salve d’applaudissements sous les flashes, embrassades du côté des Français. L’heure est à la joie et aux interviews. Philippe Duron esquisse une valse avec Laurence Meunier. Sur les degrés d’un escalier, le gratin de la FEI pose parmi la délégation. En toute simplicité, la présidente répond à quelques questions avant de gravir les marches qui mènent à sa suite. (...)
 

Catégories pouvant vous intéresser :

Autres publications pouvant vous intéresser :

Mors et art équestre au lendemain du Moyen Âge

Publié le : 18 octobre 2016   CHEVAL EN NORMANDIE Mors et art équestre au lendemain du Moyen Âge Extrait Patrimoine Normand N°99 Par Thierry Georges Leprévost Le succès de nos c...

 

Cheval : des Normands en or à Rio !

Publié le : 18 octobre 2016   CHEVAL EN NORMANDIE Rio : des Normands en or ! Extrait Patrimoine Normand N°99 Par Thierry Georges Leprévost On l’espérait sans trop y croire… to...

 

Des chevaliers normands à Deauville

Publié le : 19 août 2016   Des chevaliers normands à Deauville L’ouverture d’un cycle de commémorations Extrait Patrimoine Normand N°98 Par Thierry Georges Leprévost...

 

Pays d'Auge : le cheval autrement

Pays d'Auge : le cheval autrement Extrait Patrimoine Normand N°58 Par Thierry Georges Leprévost La sortie en 1998 du film de Robert Redford « L’hom­me qui murmurait à l’oreil­le des chevaux &ra...

 

Mont Saint-Michel : Les chevaux de l’Archange

Publié le : 12 juillet 2015   Mont Saint-Michel : Les chevaux de l’Archange Extrait Patrimoine Normand N°94 Par Thierry Georges Leprévost Voyage dans le temps en baie du mont Saint-Michel : le 23 m...

 
Paiement sécurisé
Abonnement Patrimoine Normand

 

Pratique

 bas