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Michel de Decker - Journal de bord N°89


Michel de Decker

N°89 : Histoires insolites 


Extrait Patrimoine Normand N°89
Par Michel de Decker

Comment se faire enterrer dans l’eau de vie ou comment faire fortune dans l’eau oxygénée ? Comment faire sa communion solennelle en se moquant du curé du village ou comment se faire rouler dans la farine par sa soubrette ? Comment creuser un tunnel sous la Tamise ou comment mourir en combat aérien à la fin de cette Première Guerre mondiale qui, du 15 au 17 septembre de 1914, a connu un étonnant épisode normand ? Comment gagner à « Quitte ou double » en compagnie de l’abbé Pierre ?
Autant d’histoires insolites racontées dans le Journal de bord de la Normandie Bleue


Camembert, elle repose dans du calva

L’eau de vie ou l’eau de la morte ?
 
En 1915, à Camembert, le père Dornois est inconsolable. Pourquoi ? Parce que son épouse vient de le quitter après cinquante belles années de vie commune. La maladie l’a emportée en quelques semaines, la pauvre. Elle qui était une si bonne travailleuse, qui veillait si bien sur la ferme et pour qui le bonheur tout simple était de boire le café avec son mari. Ah, il fallait la voir ! Elle s’en versait une pleine tasse, elle la sucrait, la remuait longtemps et en buvait une lampée en… faisant la grimace. Alors, comme elle avait gagné un peu de place, elle se versait une petite rasade de vieille eau-de-vie, elle remuait de nouveau, mais plus longuement, vidait la moitié de sa tasse et la remplissait une nouvelle fois avec un vieux calvados fait maison. Elle rebuvait la moitié, faisait claquer sa langue remplissait d’eau-de-vie pour la troisième fois et disait :
- ça c’meinche à être beuvable !
Pauvre Madame Dornois ! Oui, mais voilà, maintenant elle ne boira plus jamais de ce bon calvados, ce breuvage qui est à la pomme que le cognac est au raisin… C’est trop bête, quand même se dit alors son mari, le veuf inconsolable qui est aussi maire du village de Camembert. C’est d’autant plus bête qu’on en avait encore quelques bon fûts de cette « vieulle goutte ». « Et alors, qu’est-ce que je vais en faire, moi, de tout ce calva, maintenant ? Je vais quand même pas me boire tout ça tout seul. » C’est alors que, subitement, il a comme une illumination ! « Ah mais oui, je sais !  Je vais lui faire plaisir à ma défunte, voilà ce que je vais faire ! »
Alors, immédiatement, il bondit chez le curé pour organiser l’inhumation et il lui dit : « Elle aimait tant la goutte que je voudrais qu’elle repose dedans ». Vous imaginez la surprise du curé ? Et aussitôt le père Dornois continue : « J’en ai de pleines réserves, et c’est de la « vieulle » qu’est de qualité ! Je vais donc faire fabriquer une bière spéciale pour qu’on puisse la mettre dedans, baignant dans la goutte, parce que ça me ferait deuil qu’elle en soit privée. »
Et en effet, Monsieur Dornois fit aussitôt fabriquer un cercueil plombé, étanche, hermétique, un cercueil qui était surmonté d’une sorte de cheminée métallique, évasée à son extrémité supérieure, un tuyau par lequel il pouvait faire le plein de calva pour que la dépouille de sa pauvre femme puisse reposer en baignant dedans. La tombe des Dornois existe encore aujourd’hui, dans le cimetière de Camembert. Elle est surmontée d’une manière de petite chapelle funéraire et elle porte une épitaphe qui annonce : « Ci gît Mme Dornois qui dans son agonie, n’imagina rien de plus beau que d’être mise en son tombeau, huit pieds sous terre, comme une prune à l’eau de vie… »


 
 

Agnus Dei

L’enfant de chœur
de Saint-Germain-des-Vaux

Avec la rentrée des classes, au début du vingtième siècle, à Saint-Germain-des-Vaux, en Cotentin, du côté de la Hague, on effectuait aussi la rentrée du catéchisme. Alors, le curé était là, il avait réuni tous ses petits paroissiens, du moins ceux qui devaient faire leur communion solennelle en juin suivant. Il les avait rassemblés pour voir s’ils connaissaient bien leur caté – comme on dit - et  s’ils seraient aptes à devenir un jour ou l’autre de bons enfants de chœur. Eh bien, il est plutôt satisfait, dans l’ensemble, le brave curé de Saint-Germain-des-Vaux, il est même ravi parce que, manifestement, il est tombé sur un bon cru, cette année. Quoique… Il y a le petit Didier qui est là et qui semble se réfugier discrètement dans son coin. Celui-là, le petit Didier de la vallée des Moulins, c’est sûr, on le voit pas fréquemment à l’église.
- Didier, il me semble que tu manques régulièrement la messe, le dimanche, Il ne faudrait pas que ça se reproduise trop souvent si tu veux faire un beau communiant.
- Ben des fois, j’peux venir, des fois, j’peux pas, M’sieur le Curé. Ça dépend du travail qu’on a à la ferme.
- Soit, mais cela ne m’empêche pas d’être inquiet, car je suis certain que tu ne connais pas toutes tes prières…
- Ben si, je les connais quand même un pt’it peu, M’sieur le curé !
- Ah, tu les connais ? Eh bien, dans ce cas, peux-tu me dire ce que signifient ces paroles : Agnus Dei, qui tollis peccata mundi… ?
- Non, M’sieur le curé, je peux rien vous dire, parce je ne sais pas l’anglais, moi !
- Mais ce n’est pas de l’anglais, malheureux, c’est du latin !
- Ben alors, je ne sais pas le latin non plus…
- Écoute-moi bien, Didier, Agnus Dei qui tollis peccata mundi, ça veut dire : «Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde ».
- Ben oui, si vous le dites, moi j’ai rien contre, hein ! J’y mets point d’opposition.
- Eh bien, j’en mets une, moi, mon garçon ! Je m’oppose à ta communion ! Tu ne la feras que l’an prochain quand tu seras capable de me répondre.
L’année suivante, c’était fatal, Didier allait donc se retrouver devant le curé de Saint-Germain-des-Vaux, un curé qui avait la mémoire intacte.
- Ah, te revoilà, mon garçon ! Bon, alors, est-ce que tu sais à présent ce que veut dire Agnus Dei qui tollis peccata mundi ?
- Ben évidemment que je le sais, M’sieur le curé. On ne me la fait pas deux fois, à moi. Ça veut dire : « Mouton de Dieu qui efface les péchés du monde… »

- Comment, mouton de Dieu ? Agneau de Dieu, tu veux dire !
- Ah non, permettez-moi, M’sieur le curé… s’il était agneau l’année dernière, il est forcément mouton cette année. Je m’y connais, moi, vous savez, avec le troupeau qu’il y a chez mes parents !
 

La Madeleine du chimiste

Louis-Jacques Thénard


En 1802, un jeune homme de vingt-cinq ans prend ses fonctions de professeur de chimie au Collège de France. C’est un garçon brillant ce jeune homme, brillantissime, même, puisqu’il a déjà réussi à combiner l’alumine et l’oxyde de cobalt pour obtenir un merveilleux colorant bleu que l’on va, depuis lors, utiliser pour la décoration de la porcelaine. Et ce colorant porte toujours son nom aujourd’hui, il s’appelle le bleu de Thénard, du nom de son inventeur, donc, Louis-Jacques Thénard, le baron Thénard, un chimiste de génie. Fils d’un pauvre paysan, il avait commencé sa carrière comme garçon de laboratoire. Il avait ensuite gravi un à un tous les degrés de la science, avant de découvrir l’émeraude de Limoges et le bleu de porcelaine, comme on l’a vu, et d’avoir aussi l’idée de faire réagir le peroxyde de baryum et l’acide nitrique, ce qui allait tout simplement produire de l’eau oxygénée.
Cela étant, il n’avait pas qu’une carrière professionnelle, le cher Thénard, il avait aussi une vie sentimentale. La preuve, il avait épousé une jeune femme dont il était amoureux fou, une demoiselle Humblot qui n’était autre, d’ailleurs, que la petite fille de Nicolas Conté, l’inventeur du crayon à papier, un Normand originaire de Saint-Cénery, près d’Aunou-sur-Orne.
Ses nombreuses découvertes lui ayant permis de bien gagner sa vie, Le baron Thénard était venu s’installer en Normandie, avec sa femme et sa fille. En bord de Seine précisément. Et encore plus précisément dans le délicieux village de Pressagny-L’Orgueilleux où il avait acheté un ravissant petit château, le château de La Madeleine dans lequel le poète havrais Casimir Delavigne avait lui-même, un temps, écrit de si jolis vers.
Hélas, il ne va pas profiter longtemps de sa Madeleine, le baron chimiste, parce que, s’il l’achète en 1849, il est obligé de la quitter huit ans plus tard, tout simplement pour cause de décès.
Sa veuve et sa fille vont la conserver, cette propriété des hauts de Seine, et elles vont même se lancer dans de gigantesques travaux d’aménagement. Elles vont la rendre méconnaissable, la transformer en véritable maison de conte de fée pour la Belle au bois dormant, en faire un petit château aussi baroque que rococo, en lui donnant, par exemple, côté fleuve, une façade, que n’aurait pas reniée le roi Louis II de Bavière.
À l’époque où il était président de la Société pour l’encouragement de l’industrie nationale  - une manière d’Arnaud Montebourg du 19ème siècle – le baron Thénard s’était opposé à ce que la journée de travail des enfants passe de 16 à 10 heures. À la suite de quoi Victor Hugo ne s’est pas privé d’emprunter son nom pour le transformer en Thénardier et en faire un sinistre héros de ses Misérables… 

 

Le commando Tiling veut combattre en Normandie

En 1914, l’invasion de la Normandie !

 
Qui a dit que la Première Guerre mondiale ne s’est pas déroulée sur le territoire normand ? Est-ce que quelques jours après l’ouverture des hostilités, le lundi 14 septembre de 1914 au soir, précisément, un officier allemand, le capitaine Tiling, n’a pas décidé de traverser tout le nord de la France pour venir faire sauter le pont de Oissel afin de paralyser le déplacement des troupes et leur ravitaillement ? Mais aussi, quelle aventure ! Il est donc parti bille en tête avec une vingtaine d’hommes portant l’uniforme allemand, dans deux voitures et deux camionnettes chargées d’explosifs et immatriculées avec des plaques allemandes. Peur de rien ! Dans sa hâte et sa précipitation, avant d’entrer en Normandie et à la suite d’une fausse manœuvre, Tilling sera obligé d’abandonner la moitié de son effectif. Qu’à cela ne tienne, il ne baisse pas les bras. La preuve, on le voit passer à Gournay-en-Bray, le 16 septembre au matin, avant de traverser Neufmarché et de bivouaquer discrètement dans la côte des Flamants, au triage de la Fief, en lisière de la forêt de Lyons. Discrètement ? Voir, puisqu'une mamie qui passait par là, Octavie Delacour, ne manque pas d’être étonnée en entendant parler les hommes de Tiling. 
- Mais ils causent comme ceux que j’ai entendu en 1870, c’est des Prussiens !, se dit Octavie. Alors, ni une ni deux, elle fonce vers la gendarmerie de Gournay et elle raconte !
- Ils nous ont envahis, ils nous ont envahis ! 
Évidemment, les gendarmes se précipitent immédiatement sur le terrain et se lancent dans la mitraille. Ils perdront trois de leurs hommes, les gendarmes de Gournay, au lieudit la Rouge-Mare où aujourd’hui encore se dresse une stèle, pour que l’on se souvienne de ce massacre.
Tiling et aventuriers, qui n’ont décidément peur de rien, reprennent alors leur incroyable chevauchée sur les routes de Normandie. Ils traversent Maineville à vive allure ; Étrépagny aussi, où ils sèment la panique sur le marché ; Écouis où ils ne s’arrêtent pas pour visiter la collégiale ; et puis on perd leur trace.
Jusqu’à ce qu’ils réapparaissent quelques heures plus tard. Venant de Fleury-sur-Andelle, ils semblent maintenant faire route vers Pîtres, Alizay, Pont-de-l’Arche. C’est sûr, leur folle équipée a tout l’air de les mener vers la Seine, vers le pont de la voie ferrée. Évidemment les gendarmes de Oissel sont maintenant en alarme. 21h 30, les envahisseurs sont localisés à Tourville, dans la côte des Authieux, ils font route vers Saint-Aubin-lès- Elbeuf.
- Si on n’arrive pas à atteindre le pont de Oissel, on fera sauter le tunnel de Tourville, décide Tiling.
Jeudi 17 septembre, une heure du matin, les gendarmes entrent en action. Leur embuscade est bien montée, feu !  Dans la camionnette des envahisseurs, on découvrira quelque 500 kilos d’explosifs et de nombreuses caisses de détonateurs. Quand on interrogera l’officier allemand, qu’on lui demandera :
- Combien de ponts vouliez-vous faire sauter ?
 il répondra:
- Le plus POSSIBLE !
On aurait pu l’exécuter comme un espion, le capitaine Tilling, cet Indiana Jones avant l’heure, mais comme il était en uniforme, il a eu la vie sauve. Il a simplement été emprisonné et il n’a eu qu’une hâte, celle de s’évader !

 


Georges Guynemer

L’As des As aux Andelys.
 
La Première Guerre mondiale, encore, avec cette histoire qui va nous emmener aux Andelys en bord de Seine, en 1917. Les Andelys où règne la consternation générale en ce jour de septembre de 1917, puisque l’on vient d’apprendre que l’aviateur Georges Guynemer, presque un enfant du pays, a été abattu au cours d'une lutte aérienne au sud de PoelKapelle, c’est-à-dire à un vol de pigeon de Dunkerque. Consternation générale, en effet, puisque le petit Georges avait passé une grande partie de son enfance au Thuit, sur les hauts des Andelys, qu’il y avait été baptisé et qu'il y avait même souffert d'une méchante entérite qui avait failli l'emporter. Guynemer sera d’ailleurs toujours de complexion fragile. À tel point même que sa maman allait se sentir obligée de le surprotéger.
- Fais attention aux courants d'air lui disait-elle toujours quand il partait courir dans le parc du petit château du Thuit, domaine qui avait autrefois appartenu à Augustin de Maupéou, le ministre des finances du roi Louis XVI.
Les courants d'air ? Il ne craindra pourtant pas de les affronter quand il sera devenu le meilleur aviateur de l'armée française !
Il avait de longs cheveux bouclés, le petit Guynemer enfant. On aurait presque dit une fillette. Jusqu'au jour où son grand-père lui dit:
- J'ai presque envie de t'emmener avec moi, là où je vais. 
- Mais où vas-tu, grand-père ?
- Ah oui, mais voilà ! là où je vais il n'y a que des hommes ! 
- Je veux venir avec toi ! 
- Eh bien soit ! Et après tout, mieux vaut trop tôt que trop tard, allez, prépare toi, je t'emmène !
Et papy Guynemer arrive bientôt chez un coiffeur des Andelys.
- Moi je me fais couper les cheveux, si le cœur t'en dit !
- Oui, je veux faire comme les hommes !
On assoit l'enfant sur un tabouret. Dans le peignoir blanc, avec ses cheveux bouclés, il ressemble à un chérubin de la renaissance italienne. Comme devant un crime qu'il n'ose pas commettre, le coiffeur du bourg s'arrête, ciseaux en l'air. Il interroge le grand-père du regard. Vous y tenez vraiment ?
- Allez-y, faites-m’en un homme !  
Cheveux courts ou cheveux bouclés, il avait un beau visage d'ange, celui que l’on surnommait l’As des As. C'était même un archange selon le mot de la belle Yvonne Printemps qui était tombée follement amoureuse de lui.
- Sois prudent, mon chéri, hein, quand tu t'envoies en l'air !  lui recommandait-elle à chaque fois qu'il partait en mission.
- T'inquiète-pas pour moi mon amour, je suis solide. J'arrête tout pile les balles blindées avec le bout de mon doigt.
Jusqu'à ce jour où un communiqué officiel était tombé douloureusement : « Aujourd’hui, 11 septembre de 1917, Le capitaine Guynemer n’est pas rentré».
Georges Guynemer était à peine âgé de 23 ans.

 

La Soubrette de Thiberville

La Soubrette de Thiberville
 
Maît’ Nicolas, comme on l’appelle à Thiberville, vient d’enterrer sa femme. On est en 1922. Il est anéanti :
- Je ne vais pas pouvoir m’occuper du bétail et entretenir la ferme tout seul ! Et puis, je ne sais pas laver mon linge, je ne sais pas coudre et je ne sais pas repasser. Je vais donc aller à Lisieux, je vais me rendre au bureau de placement. Ils vont bien me trouver une servante, ces gens-là ! 
Et il en trouve une ! Il engage aussitôt la petite Émilienne qui est bien avenante et qui a l’air fort courageux. En effet, elle ne rechigne pas à la tâche, elle ravaude le linge, elle bat les matelas, elle s’occupe du potager, la jeune femme, et surtout, mon Dieu, comme elle cuisine bien ! Le seul problème, est que, au bout d’un an, à la fin de son contrat, elle a tout simplement exigé une augmentation conséquente. Maît’ Nicolas a un peu rechigné, bien sûr, mais il a fini par céder. Il a payé. Tout de même, à la fin de la troisième année, il a sérieusement regimbé.
- Ah non, faut pas exagérer ! Il n’y aura pas d’augmentation cette année ! Pas tous les ans, quand même !
- Eh bien ce n’est pas grave, lui répond, la petite Émilienne, dans ces conditions, je fais mon baluchon et je m’en vais trouver du travail ailleurs. Ce sera pas difficile d’ailleurs, puisque Mait’ Vandoux de  Courbépine m’a déjà fait des propositions.
- Bon allez, tiens, tu vas l’avoir, ton augmentation, mais tu n'y reviendras plus, hein, c’est bien la dernière fois !
Mais dès le lendemain le petit père Nicolas ne tardait pas à retourner à Lisieux, au bureau d’embauche, pour voir s’il pouvait quand même remplacer son Émilienne qui commençait à lui coûter trop cher ! En vain.
Alors, en rentrant à Thiberville, il se décida. Il avait sa petite idée derrière la tête.
- Émilienne !
– Oui, not’ Maît’ !
– Tu te plais bien ici, tu te plais avec moi ?
– Oui je me plais bien. Et ce qui me plaît surtout, c’est que vous êtes quelqu’un de sérieux… vous courez pas les jupons, comme la plupart de vos amis, vous !
- Eh ben si tu te plais avec moi et que je ne cours pas les jupons, ça te dirait de m’épouser ?
- Ah, enfin vous vous décidez ! Je finissais par me poser des questions. Je me demandais si vous me trouviez trop laideron !
- Mais non, tu n’es pas laide, Émilienne, et tu le sais bien, d’ailleurs, c’est tout le contraire, même, tu es belle comme un cœur…
Alors ils se marièrent. Et Maît’ Nicolas pensa être le plus heureux des hommes. Parce qu’il était bien convaincu qu’il ne devrait plus payer sa femme de ménage puisqu’elle était devenue sa femme tout court !
Aussi, quelle surprise, au lendemain de leur nuit de noces, quand Émilienne se leva vivement, presque à l’aube.
- Ben pourquoi tu ne restes pas couchée, pourquoi tu te lèves si tôt ? On pourrait flâner un peu, non ? ça  ne te dit pas ?
- Dame non, il faut j’aille à Lisieux, mon chéri.
- A Lisieux ? Mais pour quoi faire ?
- Mais je dois aller au bureau de placement pour nous trouver une servante, pardi !


Marc-Isambard Brunel - tunnel sous la tamise

D’ Hacqueville à Londres, des petits trous, toujours des petits trous…
 
Hacqueville est un petit village planté à quelques kilomètres d’Écouis, d’Étrépagny et des Thilliers-en-Vexin. C’est dans ce village-là, que Marc-Isambard Brunel voit le jour en 1769. Il ne va pas s’attarder dans le Vexin, le petit Marc, puisqu’on l’envoie très vite faire des études au séminaire de Rouen mais comme il n’a pas du tout envie de devenir prêtre, on va le retrouver dans la marine, navigant jusqu’aux Indes, par exemple, et ensuite, comme il n’était pas un fougueux partisan de la Révolution, la grande, celle de 1789,  il file en Amérique où il se fait si bien voir par son entregent, son intelligence et ses trouvailles - car c’est un bricoleur de génie le petit Normand d’Hacqueville -  qu’on le retrouve au poste d’ingénieur en chef de la ville de New-York ! Mais il ne tient pas en place. En 1799, on le retrouve à Londres où il épouse une belle anglaise - mais si, ça existe – et où il met sur pied une usine pour fabriquer vite et bien des poulies de marine. Il gagne alors des mille et des cents, Marc-Isambard, mais comme il est meilleur ingénieur que comptable, un jour il constate qu’il est ruiné. À tel point, même, qu’il se retrouve en prison pour dettes. Et c’est là, dans une cellule insalubre qu’il a la révélation de sa vie ! Comme il s’ennuie comme un rat mort, il passe son temps à observer les petites bestioles qui rongent le bois, les insectes xylophages comme on dit savamment. Et il constate que ces bestioles travaillent très intelligemment pour forer leurs galeries, qu’elles avalent le bois par devant et qu’elles l’évacuent par derrière.
- Eurêka, s’écrie-t-il alors ! j’ai tout compris !
Et comme il ne rêvait que de creuser des tunnels ici ou là, lorsqu’il sortit du cachot, il exposa au lord maire de Londres son projet de creuser un tunnel sous la Tamise pour faciliter la circulation de la capitale anglaise et avec des techniques qui n’appartenaient qu’à lui. Et ce tunnel fut solennellement inauguré en 1843, en présence, même, de la jeune reine Victoria qui en profita pour le faire chevalier de ses ordres.
Le tunnel de Brunel d’Hacqueville fut récupéré vingt ans plus tard par une compagnie ferroviaire et il ne tarda pas à être utilisé pour le métro londonien.
Plus tard, son fils, Isambard-Kingdom Brunel, allait suivre ses dignes traces d’ingénieur puisque c’est à lui, notamment que l’on doit la pose d’un premier câble télégraphique long de 2400 kilomètres, entre l’Angleterre et les États-Unis.
Ils étaient décidément brillants, nos petits normands d’Hacqueville !

 
 

abbé Pierre

Max et Pierre de Chantilly à Esteville
 
On va faire une radio en direct de Chantilly ! Écoutez bien : on est en 1952, et on a devant nous un homme, le nommé Henri Grouès et un célèbre animateur – de radio Monte-Carlo, comme on disait alors – un animateur qui n’est autre que Zappy Max, le grand Zappy Max qui se prépare à enregistrer son émission, la fameuse émission Quitte ou double. Et Henri Groués sera son candidat du jour. C’est un homme de quarante ans, Henri Grouès, un homme qui a encore cinquante-quatre ans devant lui, avant d’être inhumé dans le petit cimetière d’Esteville sous le nom de… l’abbé Pierre.
L’abbé Pierre a en effet décidé de participer à Quitte ou double pour financer son association Emmaüs. En scène, derrière son micro, Zappy Max dit « Monsieur Tiroir, faîtes entrer le premier concurrent » Dans le plus grand silence le petit homme en soutane monte alors les quelques marches du petit podium et attend la première question.
- Mon père, auriez-vous l’obligeance de nous confier votre nom ? demande Zappy Max 
- Henri Grouès dit l’abbé Pierre, je suis chiffonnier.
Un long murmure s’est alors échappé des lèvres des milliers de spectateurs.
« J’ai moi aussi joué la surprise, raconte Zappy Max, mais en réalité je m’attendais à sa participation. Pourtant, l’abbé Pierre avait été réticent, à l’origine, quand on lui avait demandé de participer au jeu. Il avait bougonné :
- J’ai pas du tout envie de faire le guignol pour vendre un shampoing ! 
L’émission était en effet sponsorisée par une marque de shampoing célèbre. Et puis il avait fini par se laisser convaincre.
- Bon, je veux bien, avait-il alors déclaré, mais je n’accepte qu’à condition d’être traité comme n’importe quel autre candidat !
Et dans sa vieille soutane élimée, il avait commencé par répondre du tac au tac au huit premières questions.
- Vous avez 128 000 francs, a lancé Monsieur Tiroir. Quitte ou double ? 
- Oh, double ! J’ai trop besoin d’un camion, même d’occasion ! 
- Pour 256 000 francs, dit Zappy Max, que signifient les initiales FAO ?
- Décidément le hasard fait bien les choses, dit l’abbé Pierre, puisque J’ai connu personnellement le fondateur de la FAO à L’ONU. Il s’agit de la Food and Agricultural Organisation.
Alors aussitôt des centaines de voix se sont élevées, des voix qui criaient : Quitte ! Quitte ! Arrêtez ! 
- Oui, dit l’abbé Pierre, les spectateurs ont raison. La sagesse et les raisons de ma participation à votre jeu me l’imposent : j’arrête ! Je quitte !
256 000 francs ! Soit près de 52 000 de nos euros. Il avait maintenant de quoi s’acheter un beau camion, l’abbé Pierre ! Mais ce qui s’est passé ensuite est stupéfiant : car avant qu’il ne quitte le podium, un ou plusieurs chapeau se sont mis à circuler dans les rangs des spectateurs, des billets, des chèques, des bijoux y ont été jetés, doublant, triplant, voire quadruplant le gain initial du créateur des chiffonniers d’Emmaüs qui repose donc aujourd’hui paisiblement dans le petit cimetière normand d’Esteville, ce si joli village du canton de Clères.

 
 

Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 89printemps 2014)


 
 

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Commentaires sur cette fiche :

Posté le 01-04-2014, par Nina (Note : 10/10)

Superbes et savoureuses ces histoires contées par notre Michel.

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