Patrimoine Normand magazine




Magène sort son nouveau CD : Angelina

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Angelina, le nouveau Magène !


  Extrait Patrimoine Normand N°89
Par Thierry Georges Leprévost

Le nouveau Magène est arrivé. La naissance d’un CD du plus ancien groupe musical en langue normande constitue toujours un événement. Cette fois, Daniel Bourdelès s’est attaché à mettre en musique des poèmes de Joseph Mague, un auteur de la Belle Époque.

 
Mystérieux Joseph Mague ! On ne sait à peu près rien de cet auteur du Bessin, aucune photographie ne nous a livré ses traits, et ses textes n’ont jamais fait l’objet d’une édition unique. Fort heureusement, ils figurent sur une série de 24 cartes postales publiées entre 1900 et 1910, qui en sont la seule trace écrite. Un moyen de diffusion rare et précieux. 12 de ses poèmes figurent sur ce nouveau CD, soit la moitié de son œuvre.
Joseph Mague y développe des thèmes classiques propres à ce genre littéraire. Au premier chef l’amour, bien sûr, d’où la chanson-titre : Angelina. La grousse Angelina est belle comme on l’est en ce temps dans la campagne normande, pas comm’ les sienn’ de la ville ; entendez qu’elle n’est pas maigrichonne et qu’elle a ce qu’il faut où il faut :

 
T’as d’l’estomac dans tan corsage
Et d’quei t’assir sans terbuchi.
 
L’amour perce encore dans Le départ du Conscrit qui laisse derrière lui sa belle Amandine. À cette époque, le service militaire dure trois ans !
 
La vie est comm’ cha, no s’artrouv’, no s’quitte,
Mais, vais-tu, trouais ans cha pass’ co bi vite.
Quand tu r’viendras cha s’ra pour longtemps,
Ta p’tit’ Amandeine aura prins vingt ans,
Faudra vous marier, vous bailli nout’ ferme ;
À ta neuch’, garçons ! no s’amus’ra ferme.
 
Et nous qui connaissons l’Histoire, nous frémissons en sachant qu’il en reprendra bientôt pour quatre années, dans l’enfer des tranchées...
Il chante aussi les métiers d’autrefois, comme les potiers du Tronquay et de Noron-la-Poterie. Dans Les trachous d’bouais, il met en scène une femme pauvre qui se charge le dos des fagots qu’elle ira vendre de porte à porte, pour quinze sous. Et bien évidemment le bouilloux, le bouilleur de cru, dont le métier recouvre une vraie calamité sociale de ces années-là :

 
Quand j’naquis ch’est d’un p’tit larmot
Qu’man père y m’humectit les lèvres.
Ded’pis c’temps-là j’couors comme un yèvre,
Y a ri d’milleu pour un marmot.
 
Mague est témoin de son époque. Bénédiction pour la Normandie à son introduction au XVIè siècle (en remplaçant l’eau, le cidre réduit les cas de maladies telles que la dysenterie et la typhoïde), la pomme à cidre se meut en calamité au XIXè quand le calvados devient un produit de consommation courante. Fléau des campagnes, l’iau d’vie de baire (eau-de-vie de cidre) crée de nouvelles maladies et ravage le monde rural. Mais quand la goutte est bonne, pourquoi s’en priver ? Tout n’est-il pas question de mesure...
Le même thème est sous-entendu dans une autre chanson, Les sous d’café à Balleroy, où les auberges sont nombreuses. En toute saison,

 
No bait deux, trouais coups du café.
 
Même si ce n’est pas dit, il est bien évident que ces nombreux cafés sont arrosés de calvados, car c’est ainsi qu’on les sert usuellement, à moins d’avoir précisé café nature et de passer pour une mauviette aux yeux de la société. Mais, n’est-ce pas :
 
Faut bi qu’el Normand baive un coup.
No n’peut jamais sorti d’tcheu sai
Sans bair’ deux, trouais coups du café.                       
           
De la goutte, on en sert encore plusieurs rasades à Moussieu La Feulle, le piqueux de l’équipage voisin : un coup pour chacun de ses pieds, un troisième pour son dos.
                       
À vot’santé, Moussieu La Feulle !
           
Et puis il chante les fêtes : celle de Caumont avec son feu d’artifice ;  la Feire ès Ougnons, qui a bien changé en 25 ans ; bref, c’était mieux avant... Nostalgie aussi du vieux calvaire, l’bon Guieu d’tcheu nous, idole irremplaçable du cimetière ; et de la Vieule mouaison, abandonnée au lierre et aux chats-huants ; une allégorie de la vieillesse humaine.
L’humour n’est pas absent, avec La partie d’Mé qui s’achève par un procès verbal. À  cause de sa femme évidemment !
                       
Tout cha d’la faôte à ma fumelle
Qui voulait fair’ eun partie d’mé .
           
Ces «Chansons du Bessin» n’avaient jamais été mises en musique. C’est chose faite à présent par le talent de Daniel Bourdelès, qui a composé toutes les mélodies, sauf celle des Potyis, qui est l’arrangement d’une musique d’Hippolyte Mariette de 1899. Ce 13ème album de l’association vous portera chance.



 
Le CD Angelina est une production de l’association Magène 50260 Bricquebec, distribué par Jean-Claude Léger 5 allée Blanche Lande 50270 Barneville-Carteret. Prix : 12 €, port gratuit. Également en vente chez les meilleurs disquaires.
 

 


Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 89printemps 2014)


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