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Nadeje Bourdon : une réussite normande

Nadeje Bourdon

Nadeje Bourdon : une réussite normande


Extrait Patrimoine Normand N°53
Par Thierry Georges Leprévost

On s’en souvient avec une pointe d’émotion esthétique : le Cadre Noir de Saumur s’est présenté à trois reprises à Caen, à l’occasion des Equidays 2004. Parmi les 45 écuyers de la prestigieuse formation, deux femmes ; et l’une d’elles est normande. Pur produit du savoir-faire de notre région en matière équestre, Nadèje Bourdon porte haut les couleurs de la Normandie, dont elle est le seul représentant à l’Ecole Nationale d’Equitation. Portrait de cette cavalière hors du commun.

Le Cadre Noir de Saumur

Au départ, Nadèje est une enfant semblable à celles de son âge. Un jour, cette petite Caennaise se laisse emmener vers un poney-club par des membres de sa famille, un peu par hasard, un peu par destin – mais les deux ne vont-ils pas de pair ? Et c’est une révélation. Très vite, son heure hebdomadaire d’équitation se trouve multipliée par deux, puis par trois. Enfin elle devient quotidienne. Pas de doute, le virus équestre est en elle ! Monter devient une passion dévorante, nourrie il est vrai par une remarquable pédagogue normande : Marie-Agnès Clémencet. Cette enseignante en équitation déménage-t-elle autour de Caen avec son poney-club ? A chaque fois, Nadèje la suit (1). Grâce à elle, l’élève douée et tenace franchit tous les obstacles, au propre comme au figuré, passe allègrement tous ses « galops » de 1 à 7, et met le pied dans l’étrier des concours hippiques.
A poney tout d’abord ; on la voit arriver deuxième à Fontainebleau aux championnats de France jeunes poneys. Et ensuite, à cheval. Comment pourrait-elle envisager une carrière, envisager de vivre autrement qu’à cheval ?! La voici bientôt pourvue de son premier degré de monitorat équestre.
Pour le BEES 2e degré, elle doit suivre le chemin, habituel pour les juniors et les jeunes cavaliers, qui la mène à Saumur, où on la remarque pour ses qualités de cavalière et de pédagogue. Aussi, quand des places se libèrent au sein du célèbre Cadre Noir, cette vitrine nationale et internationale de l’équitation française, on lui suggère de se présenter au concours. En 2000, elle est admise à l’Ecole Nationale d’Equitation.
Pourtant, de son propre aveu, son entrée au Cadre Noir ne constitue pas la réalisation d’un rêve d’enfant ! Jamais alors, elle n’aurait imaginé pareil destin. Est-ce vraiment étonnant ? En Normandie, on pense plus volontiers jumping que dressage. Mais, une fois en place dans ses nouvelles fonctions, elle ne tarde pas à apprécier sa chance.

Pourquoi à Saumur ?

L’ENE a été créée en 1972 par le Ministère de la Jeunesse et des Sports, afin de préserver et développer l’enseignement de l’équitation en France. Du coup, le Cadre Noir (2) qu’avait fondé Louis-Philippe se trouve intégré à la nouvelle structure, libéré de toute tutelle militaire.
A priori, rien ne prédestinait Saumur à devenir capitale française du savoir-faire équestre : aucun avantage naturel comme nos généreuses prairies normandes, aucune race équine locale, pas plus de grands cavaliers qu’ailleurs, tels au pays de Sées les frères La Guérinière (3). Rien, sauf une tradition équestre née à la fin du XVIe siècle avec la première université protestante, fondée à Saumur par Philippe de Mornay, dit Duplessis-Mornay, où M. de St-Vual instaure une académie d’équitation, dont en 1763, Louis XV, via le duc Etienne de Choiseul (chargé de la réforme des armées), fera « la plus belle école du monde » pour les officiers et les sous-officiers de cavalerie.
Voilà pourquoi l’école de Saumur est située… à Saumur, et non au « pays du cheval », la Normandie! Ce qui, compte tenu des extraordinaires équipements dont le Maine-et-Loire est pourvu, constituerait aujour­d’hui un atout supplémentaire de notre région dans sa candidature aux Jeux Equestres Mondiaux de 2010 (4) !

Nadèje Bourdon, en pleine concentration.

Etre femme au Cadre Noir

Du temps de l’armée, la tradition et les exigences militaires excluaient les femmes des unités de combat, cavalerie comprise. Après 1972, rien n’interdit au Cadre Noir devenu civil  d’intégrer des dames en son sein. Mais les usages ont la vie dure, et il faudra attendre 1984 pour en voir revêtir le fameux uniforme aux épaulettes frangées d’or. Désormais, le pli est pris ; aujourd’hui, deux femmes coiffent le bicorne, version féminine du tricorne masculin (encore appelé lampion). Quand on sait que trois cavaliers sur quatre sont des femmes, il reste de la marge pour les dames… Egalité ? Oui, sauf que les sauts de haute école sont réservés aux hommes ; il est vrai que les courbettes, croupades et cabrioles ont une fâcheuse tendance à malmener le corps humain avec des accélérations allant jusqu’à 3 ou 4 G ! Chez les écuyers, la galanterie n’est pas un vain mot.
Il reste à la disposition des cavalières tous les airs de basse école, c’est à dire les exercices dans lesquels le cheval est amené dans toutes les allures naturelles au plus haut degré de régularité, tandis que la haute école joue sur le rassembler et l’impulsion, visant à donner aux airs (5) une forme stylisée, apprise et non naturelle.
Contrairement à l’Ecole de Vienne qui fonctionne comme un musée de l’équitation du xviiie siècle ( celle de La Guérinière), l’ENE élabore une pédagogie en perpétuelle évolution, liée aux progrès des races équines et des connaissances hippologiques : un travail de recherche, au même titre que dans les disciplines scientifiques.

Une cavalière accomplie

A l’ENE, Nadèje Bourdon pratique, outre le célèbre dressage propre au Cadre Noir, le saut d’obstacles, qu’elle n’a jamais quitté depuis ses concours normands, que ce soit en CSO (6) ou en concours complet. Ajoutons des activités d’enseignement, qui sont toujours prodiguées par les écuyers du Cadre Noir et constituent la raison d’être de l’école, la préparation des jeunes chevaux et quelques opérations de relations pu­bliques, et nous comprendrons que ses journées sont bien remplies.
Cet élégant écuyer du Cadre – le mot écuyer est toujours employé au masculin, le terme écuyère étant réservé au spectacle du cirque – n’a pas coupé ses racines normandes. Et l’enseignante de ses débuts continue à suivre, non sans émotion, son parcours exemplaire.
Nous tâcherons, nous aussi, de ne pas la perdre de vue.



 
(1) Aujourd’hui, Marie-Agnès Clémencet est établie près de Cabourg, à Grangues.
(2) Le Cadre Noir tient son nom de la couleur de l’uniforme attribué sous Louis-Philippe aux écuyers de l’école militaire de Saumur. La tenue leur est restée.
(3) Pierre et François Robichon de La Guérinière, grands écuyers normands du XVIIIe siècle. Pour en savoir plus, se reporter aux numéros 4 et 6 de Patrimoine Normand.
(4) Sur cette candidature, lire Patrimoine Normand n°52.
(5) On nomme airs les figures académiques équestres.
(6) CSO : Concours de Saut d’Obstacles, plus couramment dénommé concours hippiques, ou concours de jumping.
 

Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 53, Printemps 2005)


 

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