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Publicite

 Michel de Decker se situe précisément dans la lignée des écrivains André Castelot et Alain Decaux, avec lesquels il a participé à de nombreuses « Tribunes de l'Histoire » sur France-Inter.
 

Auteur d'une trentaine de titres, publiés chez Perrin, Belfond, Pygmalion, Lafon, OREP éditions, il est aussi producteur d'émissions, chroniqueur historique sur France Bleu et conférencier fort sollicité dans diverses universités du temps libre et autres sociétés savantes, ou au cours de croisières. Il est régulièrement l'invité de Stéphane Bern pour l'émission Secrets d'histoire sur France 2 et celui de Philippe Bouvard pour Les Grosses Têtes.

Président de la Société des auteurs de Normandie, il organise de nombreux salons du livre et participe à toutes les grandes manifestations littéraires françaises.
Il vous proposera dorénavant une rubrique nommée  "Journal de Bord de Normandie Bleue" dans votre magazine Patrimoine Normand.
Stéphane Bern et Michel de Decker













 

 



L’automne en Normandie, ses petits rhumes et ses grosses grippes.


 J’ai beaucoup ri, l’autre jour, en lisant cette réflexion de notre Alphonse Allais d’Honfleur : “L’avantage des médecins, c’est que lorsqu’ils commettent une erreur, ils l’enterrent tout de suite”. “Le travail c’est la santé ! Mais à quoi sert alors la médecine du travail?”, s’interrogeait de son côté Pierre Dac.
Le trou de la Sécu ! On en entend parler régulièrement de ce trou-là ! A tel point que c'est à se demander, si, pour devenir contrôleur à la sécurité sociale il ne faut pas avoir suivi une formation de spéléologue ! Mais comment faisait-on autrefois pour se soigner, chez nous, en Normandie, avant l'invention de la carte vitale ? Eh bien ça n'était pas très compliqué : si, par exemple, nos ancêtres toussaient à en cracher leurs bronches, eh bien, il paraît qu'avec quelques cuillérées de beurre, avalées à jeun, avec du sucre, on pouvait retrouver des poumons de premier communiant ! Vous souffriez de la jaunisse ? Alors vite, il fallait faire cuire deux oeufs dans du vinaigre et vous en frotter les aisselles avant de vous mettre au lit. Un peu de gastro ? Il n'y avait pas trois remèdes, il n'y en avait pas deux, il n'y en avait qu'un... le lavement à l'urine de vache ! Si vous habitiez Avranches et que vous souffriez de verrues, le traitement tombait sous le sens. Les Avranchins - ou les Abrincates - se précipitaient à l'église, trempaient leurs mains pleines de verrues dans le bénitier et offraient cette eau à la personne qui suivaient en marmonnant dans leur barbe de sorte de n'être pas entendu : “Tiens mon gars, ou tiens ma fille, je te donne mes verrues, fais en bon usage !
C'était sans doute cela que l'on appelait la charitéZ chrétienne... Je suis sûr que vous n'allez pas me croire si je vous dis que dans le pays de Caux on faisait manger une souris à un enfant qui souffrait de la coqueluche. Et cependant c'était bien comme ça que ça se passait. 
Un bébé qui toussait ? Il fallait placer un chaton dans son lit. Quand le chaton était mort, le bébé était guéri. 
Vous avez une forte fièvre et vous avez un chien ? Coupez-vous les ongles des pieds et introduisez les rognures dans la pâtée du toutou…Sûr qu'il va s'emparer de votre méchante fièvre en avalant sa gamelle ! Si vous souffriez d'une pneumonie et que vous viviez dans le bocage, alors il n'y avait pas à hésiter. Dès le lever du soleil il fallait vous précipiter vers un champ de navet, en déterrer trois, les tremper dans une pinte de lait, il fallait aussi que vous arrachiez trois plumes à votre coq avant qu'il n'ait sonné le clairon du matin, ensuite vous ajoutiez trois brins de cerfeuil, trois brins de persil, aussi, et vous faisiez bouillir le tout en n'ayant pas oublié de le mouiller de neuf gouttes d'eau bénites... et le soir même vous étiez sur pied ! Une brûlure ? Il suffisait de faire le signe de croix sur la plaie... avec l'un de vos dix orteils. Evidemment, pour une brûlure dans le haut du dos, il ne fallait pas seulement être normand parce que si en plus vous étiez contorsionniste, ça pouvait vous aider ! 
Quand la médecine normande balbutiait encore, on se rendait volontiers en consultation dans le fond de la chapelle humide d'une église de campagne ou dans telle ou telle abbaye. A Jumièges, par exemple, saint Wandrille passait pour être le meilleur des gastro-entérologues (prononcer saint Ventrille) ; en cas d'urgence, à défaut de SAMU, il fallait bondir à Iville, dans le canton du Neubourg, et brûler un cierge devant la statue de saint Prix (le prix de la santé !). Saint Aignan était un éminent dermatologue (prononcer saint teignant), Sainte Claire redonnait un oeil de lynx aux aveugles, Saint Roch avait évidemment la faculté de guérir la maladie de la pierre et si Saint Cloud apaisait les furonculoses, de son côté Notre-Dame de la Délivrande favorisait les accouchements. ...


Evreux, lisieux, Trouville, septembre de 1870
 
 


L’ autre jour, en traversant la Commanderie, un hameau de Sainte-Colombe planté sur la D613, entre Parville et Perriers-la-Campagne, je me suis souvenu de l’éprouvant trajet que l’impératrice Eugénie avait dû effectuer après avoir quittéson palais des Tuileries pour aller se réfugier en Angleterre. Le 2 septembre de 1870, l’armée de son mari, l’empereur Napoléon III, est anéantie par les Prussiens dans la cuvette de Sedan. Deux jours plus tard, la république est proclamée à Paris.












 
- Vite, Majesté, conseille-t-on à l’ex-impératrice, il faut fuir, la foule devient menaçante.

Le 5 septembre, à cinq heures du matin, elle s’installe donc dans la calèche de son ami le docteur Evans. Les grilles de la Porte Maillot sont franchies sans encombre, direction Mantes où il faut changer d’attelage. Il est quatorze heures lorsque les fugitifs entrent dans Pacy-sur-Eure. Il s’agit, ici, de trouver une voiture plus discrète. Dans la ferme de Mme Evrad, Evans met la main sur une calèche sans âge, à la capote déchirée, et sur deux chevaux dépareillés. Un véritable équipage de romanichels !
Mais à la Guerre comme à la guerre, fouette cocher, et on arrive vaille que vaille à Evreux.
Dans les rues de la préfecture, la foule qui acclame la Garde Nationale en criant “vive la République!”  ne prête pas attention à la veille guimbarde au fond de laquelle se terre l’épouse de Napoléon III.

Direction Lisieux, maintenant. A la Commanderie, les vieilles rossinantes épuisées ne trottent plus, elles marchent. Quant à la voiture, avec son palonnier qui est sur le point de se rompre, elle menace de rendre l’âme. Il faut alors se résoudre à s’arrêter dans la vallée de la Risle, à l’auberge de La Rivière-Thibouville, précisément, et à passer la nuit dans une chambre misérablement meublée et toute parfumée des odeurs de graillon qui montent de la cuisine. Il était loin, le confort douillet du palais ! Le lendemain à l’aube, direction la gare de Bernay. Quatre lieues à effectuer à pied ! A Bernay, les deux fugueurs montent dans un train départemental qui va les conduire à Serquigny où ils emprunteront l’express venant de Paris pour gagner Lisieux. En gare de Lisieux, ils frôlent la catastrophe. Car il y a là, sur le quai, un agent de police qui est en train de tabasser un ouvrier qui a eu l’outrecuidance de voyager sans billet. Révoltée par les coups qui pleuvent sur le pauvre garçon, Eugénie bondit vers le représentant de la maréchaussée et lui lance : 

- Lâchez cet homme, je vous l’ordonne !... Cessez immédiatement de la frapper ! C’est un ordre ! Je suis l’Impératrice des Français ! 

Trois ou quatre voyageurs s’arrêtent devant la scène qui se déroule sous leurs yeux et l’agent se penche lentement vers Eugénie. Mais non, il n’a pas le temps de la reconnaître car Evans surgit à cet instant et, Dieu merci, il ne manque pas de présence d’esprit : il se touche en effet le front de son index comme pour indiquer que l’on a affaire à une folle... 

Le 6 septembre au soir les fugitifs arrivent enfin à Deauville. Eugénie, le visage recouvert d’une épaisse voilette, fait une entrée discrète à l’hôtel du Casino pendant que son fidèle Evans se met en quête d’un bateau pour traverser la Manche. Il le trouve à Trouville, ce yacht baptisé la Gazelle, dont le commandant anglais, sir Burgoyne, acceptera malgré la tempête qui fait rage, de lever l’ancre à minuit. 
En débarquant à Ryde, dans l’île de Wight, Eugénie n’avait plus figure humaine. Sa robe était déchirée, elle était trempée jusqu’aux os et ses cheveux dégoulinants tombaient misérablement sur ses épaules. Et sa tribu de coiffeuses des Tuileries n’était plus là pour la bichonner. Grandeur et décadence!



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30 avril 2011  Extrait  Patrimoine Normand numéro 77


Saint-Aubin-sur-Scie; mars 1830
 


Quand on est à Saint-Aubin-sur-Scie, on se trouve à deux pas d’Offranville et à un vol de goéland de Dieppe. En traversant le village, l’autre jour, et en empruntant le Chemin des Vertus, je me suis souvenu de ce curé qui, lui, n’était pas vertueux le moins du monde.
Un matin de mars de 1830, en effet, à l’heure du laitier, comme on disait, alors que le jour se levait à peine, dans la rue du Gouffre comme dans celle du Val Gosset, la nouvelle s’est propagée à la vitesse d'une traînée de poudre enflammée :
- Ils sont venus l’arrêter ! On lui a même menotté les poignets, vous vous rendez compte, ma pauvre dame ! Et on l'a fait grimper dans la charrette ! Oui, c'est vrai, c'est la maréchaussée de Dieppe qui est venue ! Il paraît qu'il va être écroué, notre curé !
- Ecroué ! Mon Dieu ! Si ce n’est pas malheureux, sanglotaient les bigotes, un si brave homme, si bien fait de sa personne, si poli, si propre sur lui, et qui prêchait
si bien !
- Ah ça vous pouvez le dire, pour prêcher il prêchait bien, souriaient de leurs côtés quelques vieux républicains dans l'âme !  On dit même qu'il aimait un peu trop prêcher dans l'intimité de ses dames, votre bon abbé Frilay.
Pour être exact, il faut le dire, l'abbé Frilay passait pour n'être pas très frileux avec le beau sexe. Et ses ardeurs avaient fini par lui jouer un vilain tour puisque le percepteur de Dieppe, rentrant chez lui, un après-midi, à l'improviste, l'avait tout bonnement trouvé dans son lit. Enfin quand je dis tout bonnement c'est une façon de parler puisque le curé de Saint-Aubin-sur Scie était ni plus ni moins en train de se livrer au simulacre de la propagation de la race et dans les bras de la perceptrice elle-même ! De bonne guerre, le mari trompé avait voulu le molester un peu. Mais il en avait à peine eu le temps car l’ecclésiastique avait vivement sorti un pistolet de la poche de sa soutane et avait fait feu à deux reprises. Et pour couronner le tout, il avait encore pris le temps de le planter d'un coup de poignard ! Puis, le curé violent et lubrique avait paisiblement rejoint son presbytère.
Où il allait continuer de couler des jours paisibles car l’incroyable de cette histoire est qu’il avait
fallu attendre plusieurs semaines avant de le retrouver sous les verrous. Sans doute bénéficiait-il de la protection de sa congrégation ?
Le jour arriva, cependant, où la justice se décida enfin à le mettre derrière les barreaux de la prison de Dieppe. Avant de l’envoyer aux assises. Son procès fut accablant. Parce que les langues en profitèrent pour se délier ! On apprit, par exemple, que la perceptrice avait mis au monde, secrètement, un enfant qui avait à peine eu le temps d'être baptisé
- par le père Frilay lui-même !
- avant que le père Frilay lui-même ne l'obligeât à rendre hâtivement son âme à Dieu ! On apprit également quel e bon et cher curé n'avait jamais hésité, dans les différents villages où il avait exercé son ministère, à laisser traîner derrière lui un certain nombre de “petits Frilay” !
- Je consolais les femmes malheureuses, celles que leurs maris battaient comme plâtre, expliqua-til
pour sa défense. Cela fait partie de ma mission que d’écouter les malheureux, Monsieur le juge…
On se doute que cette pauvre argumentation ne parvînt pas à convaincre la Cour.
- Frilay, vous êtes condamné aux travaux forcés à perpétuité !
Une perpétuité toute relative, cependant, car comme le curé de Saint-Aubin-sur-Scie, tout luxurieux qu’il était, possédait sans doute un carnet d’adresses influentes et comme l’on sait aussi que l’Eglise abandonne rarement ses brebis – fussent-elles galeuses ! non seulement il ne tarda pas à recouvrer la liberté, mais, en 1869, il obtiendra même une totale réhabilitation !
En prenant la route d’Arques-la- Bataille, je me suis alors demandé ce qu’était devenu ce curé Frilay concupiscent qui avait aimé à payer de sa personne... pour acquitter ses impôts...

 
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PATRIMOINE NORMAND N°81
Avril-Mai-Juin 2012
 
 

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