Patrimoine Normand magazine

 





Montaigu la Brisette

Montaigu la Brisette - Bois

Montaigu la Brisette


Extrait Patrimoine Normand N°18
Par Erik Groult

Au coeur de la presqu'île du Cotentin, sur un sommet dominant la région, un ossuaire et une fontaine dédiée à Saint Martin, un lieu sacré exceptionnel.

Se rendre de Valognes à Quettehou, c’est traverser une région des plus boisée. Là, alors que nous avons parcouru quelques kilomètres, Montaigu nous est indiqué et la route, sous les arbres, nous conduit en un lieu magnifique. Lieu magnifique par sa topographie : il domine toute la région et à perte de vue nous contemplons le Val de Saire.
Nous nous plaisons à penser que, depuis les temps les plus anciens, un culte druidique s’accomplissait ici. Depuis toujours les hommes ont dû être séduits par ce site magique. En 1833, P. de Filastre nous décrit « Des monuments druidiques » des pierres butées (ou calées) se dressent sur les pentes du mont :« Ces pierres butées sont voisines, n’étant séparées que par un chemin nommé “la chasse des racines” elles sont placées sur la pente de la montagne au sommet de laquelle se dresse l’église. Ces pierres butées au nombre de deux et de poudingue, de même nature que la montagne, on les nomme “les grises pierres” ». Lors du premier quart du XIXe les habitants du lieu attribuaient souvent ces curiosités aux Anglais.

Pierres Grises Montaigu

Nous gravissons maintenant le « Mons Agutus » où la Sinope prend sa source.
La présence de tuiles et de briques, la découverte d’une vingtaine de médailles de bronze et d’une figurine en terre cuite blanche semblable à celle trouvée dans les mielles de Cherbourg, atteste un habitat antique. En 1838, on découvrait lors du creusement d’un fossé un moule en grès pour la confection de coins de bronze.
Si aujourd’hui les bois ne couvrent que 132 hectares sur les 600 de l’ancienne forêt, c’est que des potiers, les verriers de la Glacerie et les forgerons de Gonneville y ont puisé le bois nécessaire pour l’exercice de leur art.
Des industries de poterie étaient installées au XIIIe siècle sur le lieu même de la forêt trouvant sur place la terre et le combustible. Des forges y exercèrent leurs importantes activités à la même époque et ce, jusqu’à la Révolution.

Les grilles dentrée de lenclos paroissial forgées par Auguste Bounel en 1890.

Sur notre gauche l’église du XIIIe
 
Nous franchissons la grille forgée par Auguste Bounel en 1890. Nous nous rendons vers le portail d’entrée de l’église, au-dessus de celui-ci un bas-relief « la charité de saint Martin » un des plus anciens de France contemporain de l’Eglise.
L’édifice qui est constuit sur la forme de la croix, abrite d’admirables statues et autels bien conservés.
Le maître-autel et le retable du début du XVIIIe siècle sont en bois doré et peint, un personnage non identifié et une statue de bois, toutes deux polychromes, encadrent un tableau « l’assomption de la Vierge ». Sur le côté droit de l’autel un curieux bahut de sacristie en chêne et à ferrures du XVIIe siècle.
De chaque côté du cœur, une statue de la Vierge à l’enfant en pierre peinte du xve siècle, l’autre de saint Nicolas de même époque.
En 1352, Michel Danneville fonda la chapelle Saint-Michel et la dota richement et s’en réserva la présentation bien qu’elle fasse partie intégrante de l’église. Elle conserve trois intéressantes statues, l’une de saint Michel en pierre du XIVe siècle qui a perdu sa main droite, l’autre de saint Christophe en terre cuite du XVIIIe siècle.
Le clocher à bâtière édifié au centre de la paroisse.De chaque côté de l’arc triomphal, deux autels en bois peints en blanc et dorés du XVIIe siècle. Marie Doucet offrit en 1699 un retable et la toile qu’il contient. A demi caché sur la droite, remarquons une très belle piscine du XVe.
 
Les péripéties de la nef et du clocher
 
Vers 1848, la foudre s’abattit dans la soirée sur le clocher, construit en 1836, entraînant d’importants dégâts. La clo­che ne se brisa pas dans sa chute. La nef et le palier des autels furent remontés. Au soir de l’Ascension de 1890 un tremblement de terre détruisit une tribune édifiée en 1865. Bien que les travaux de restauration démarrèrent au mois d’octobre de cette même année, elle ne fut jamais reconstruite.
 
La fontaine Saint-Martin
 
Nous quittons l’église pour nous rendre à la fontaine Saint-Martin. Fontaine miraculeuse édifiée à l’emplacement d’une source curative pour les personnes souffrant des maladies de peau, peut-être que l’origine en est fort ancienne et même antérieur à l’évangélisation.
De cette même fontaine nous apercevons dans le cimetière un ossuaire.
Fut-il édifié au XIIe ou au Xe siècle, nul ne sait, les beaux arts attribuent sa construction au XVe siècle, s’appuyant sur une statue de saint Pierre. Les ossements retrouvés, que l’on compte par centaines, seraient les restes de victimes d’une épidémie qui sévit au Moyen Age. Il est surprenant de savoir que ce rare ossuaire a servi jusqu’en 1955.
Sur la commune de Montaigu, la chapelle Sainte-Anne, autrefois dédiée à saint Léonard, fut construite à l’emplacement d’un ancien sanctuaire du XIIIe siècle. C’est au XVIe siècle que le patronyme de Saint-Léonard devint Sainte-Anne.

La Fontaine Saint-Martin et son oratoire.
La Fontaine Saint-Martin et son oratoire.

Vue de lossuaire.
Vue de l’ossuaire.
 
Les sires de Montaigu
 
Richard Ier Duc de Normandie (921-1002) fit don à sa femme Gonnor, de Montaigu. Sa petite nièce Joceline de Bolbec, qui en hérita,  épousa Roger de Montgomery. En 1054, Roger II de Montgomery épousa Mabille de Bellême (1082). Au XIIIe siècle, Philippine de la Roche-Mabille, fille du comte d’Alençon, reçut Montaigu lors de son mariage avec Robert Malet, seigneur de Graville. C’est elle qui en 1214 donna au prieuré de Graville, celui de Notre-Dame de la Salle, sis alors à Montaigu, au bord de la Sinope.
Sous le règne de saint Louis, la seigneurie de Montaigu passa dans la famille d’Anneville à la suite d’un mariage. Raoul d’Anneville devint seigneur de Montaigu au règne suivant.
En 1412, Robin d’Anneville, alors Seigneur du lieu, épousa la fille de Robert de Percy. Une famille de Camprond a possédé au XVIe siècle un fief à Montaigu. Enguerand de Camprond, seigneur du Lorey, avait obtenu du roi une foire sur sa terre auprès de la chapelle Saint-Léonard. Cette foire avait lieu le 6 novembre, jour de la fête du saint.
Les Fiefs de Chiffrevast, de Merville et du Vast étaient des possessions de cette famille noble et reconnue. En 1705, la Seigneurie de Montaigu fut érigée en Marquisat. Celui-ci aurait appartenu à la famille de Gourmont, en effet Hervé de Thieville avait épousé dans les années 1750 Marie-Anne de Gourmont, marquise de Montaigu. On trouve en 1773 Hervé Charles François de Thieville, marquis de Montaigu.
Montaigu dépendait du baillage d’Alençon (dont l’origine remontait au XIIIe siècle). Les comtes d’Alençon avaient à Valognes un siège de vicomté, nommé la Vicomté d’Alençon. La paroisse de Montaigu dépendait de l’intendance de Caen et de l’élection de la sergenterie de Valognes.
 
Montaigu-la-Brisette
 
Appelé Montaigu au Bocage, Montaiguu sur Sinope, puis Montaigu-la-Brisette, ce qui signifie « terre défrichée » de l’ancien français brise « labour ou terre labourée », ce lieu nous parle.
Nous repartons de Montaigu en nous promettant de revenir pour la découverte des environs par ses sentiers de randonnées.

Vue des bords de la Sinope.
Vue des bords de la Sinope.



Bibliographie

- Boulier (Claude), « Le destin des villes et des villages gallo-romains de la Manche avant les invasions normandes », dans Revue de la Manche, t. 21, fasc. 82, avril 1979.
- Gerville, Etudes géographiques et historiques sur la Manche, Cherbourg, 1854, p. 162.
- Renault (Jean-Michel), Valognes, Notes historiques et archéologiques sur les communes de l’arrondissement, Res. Universis, Paris, 1992, p. 51.
- Voisin (Auguste), « Inventaire des découvertes archéologiques du département de la Manche » dans le bulletin Société artistique de Cherbourg, n° 24, 1900, p. 82.


 

Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 18, Hiver 1997)


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