Patrimoine Normand magazine

 





Goult, sculpture chrétienne et cultes païens

La chapelle du prieuré. Seul le portail est du xie siècle.

Goult, sculpture chrétienne et cultes païens


Extrait Patrimoine Normand N°23
Par Isabelle Audinet

Perdu dans la campagne ornaise, découvrons un superbe site, mêlant un sanctuaire antique à un prieuré roman.

Imaginez une promenade dominicale, perdu dans des chemins creux de Normandie. Imaginez votre surprise à tomber sur un « camp romain », en haut d’un éperon rocheux, une chapelle avec calvaire et au pied de cet éperon, un hameau autour d’un ancien prieuré. Le tout noyé dans la verdure, dans un paysage vallonné. Nous sommes dans l’Orne, près des Alpes Mancelles, à quelques kilomètres de Carrouges, dans la cluse de la Cance. Là est implanté le prieuré de Goult, prieuré de l’abbaye de Lonlay. A côté de ce prieuré, sur un promontoire fut construite la chapelle Saint-Michel par les moines de Lonlay. Du prieuré restent surtout des ruines, seul un ou deux bâtiments étant encore debout. L’histoire du prieuré est mal connue. On sait qu’il est acquis en 1090 par l’abbaye de Lonlay, mais il n’entre de manière sûre dans ses possessions qu’en 1148 après plusieurs litiges. Des premiers bâtiments il ne reste rien. La chapelle Saint-Pierre fut restaurée au xiie siècle, période de l’apogée de l’abbaye. Détruite, elle est reconstruite au xviie siècle. Ayant servi de grange pendant un temps, elle fut restaurée, mettant en valeur ce qui fait son seul intérêt, le portail orné de six chapiteaux de la fin du xie siècle. Il est plus sobre qu’à l’origine, puisque les claveaux des voussures ont été remplacés lors des travaux de remontage, supprimant ainsi les motifs décoratifs. Les six chapiteaux, en revanche, bien que de forme très simple, sont couverts de décors très originaux. Les différents travaux expliquent peut-être le décalage entre les colonnes et les chapîteaux. Leur rareté tient au fait que la sculpture historiée est peu représentée en Normandie (les formes géométriques, végétaux... sont privilégiés). D’autre part, ils appartiennent à un courant s’inspirant des enluminures de manuscrits, ou bien d’ivoires. L’école du prieuré lui-même est la même que celle de l’abbaye de Lonlay ou Saint-Ouen de Rouen (la pierre utilisée provient pour Goult et Lonlay des carrières de Montgaroult dans l’Orne, près d’Argentan). Ces sculptures sont même rapprochées des enluminures du manuscrit des Evangiles des Préaux, conservé au British Muséum. Cependant, ce n’est vraisemblablement pas ce manuscrit qui inspira les artistes, mais une Bible appartenant à Saint-Martin de Sées, très proche. La sculpture normande connut deux courants, une tradition à faible relief s’inspirant des manuscrits, et une sculpture plus monumentale qui se développe sur une courte période (1060-1080). Les sculptures de Goult appartiennent donc à la première. Des six chapiteaux, cinq sont du même artiste. Ils furent sans doute exécutés vers 1090. Dragons, quadrupèdes affrontés et oiseaux ornent deux d’entre eux à gauche du portail. A droite sont les plus originaux, que l’on peut considérer comme les chefs d’œuvre de l’art. Chasse à courre, chasse à la chèvre constituent des représentations rares en Normandie, dont l’origine peut venir des Ecrits Saints, tout comme de la vie courante. L’artiste a recouvert de décor la surface disponible, comblant les vides par des végétaux, figures et rinceaux enchevêtrés. La sculpture est très faiblement en relief par rapport au fond, l’artiste ayant joué sur les ombres pour déterminer les contours. L’ensemble est très élégant, précieux, ce qui contraste avec le site, en dehors de tout. L’artiste aurait cependant travaillé sur place et non pas auprès de ses sources d’inspiration. 
Les vicissitudes du temps ont heureusement épargné ce chef d’oeuvre qui constitue de nos jours un des rares témoins de la sculpture normande dont d’autres exemples ont disparu (Sées, Saint-Evroul...). (...)

Le  Camp romain . On voit bien les levées de terre sur la gauche et une au fond à droite.
Le « Camp romain ». On voit bien les levées de terre sur la gauche et une au fond à droite.

Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 23, octobre-novembre 1998)



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