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Paysage Islande

L’Islande


Extrait Patrimoine Normand N°60
Par Georges Bernage

Svartifoss -islande

Pays neuf pour la géologie, pays plus que millénaire par son histoire, l’Islande était invitée cette année par la foire de Caen et nous avons pu découvrir une petite nation au destin très proche de celui de la Normandie.
 
Cette grande île se singularise tout d’abord par sa situation tout à fait particulière. Sa surface représente environ 20 % de celle de la France (103 000 km2) mais avec une population de 250 000 habitants ; c’est un pays occupé à 90 % par une immense zone désertique, seule la frange côtière est habitée. Malgré sa faible population, équivalente à celle du Luxembourg, elle est représentée dans les institutions internationales et dispose de plusieurs représentations diploma­tiques dont une ambassade en France. Elle est située aux fran­ges du Cercle Polaire ; celui-ci passe sur l’une de ses îles située tout au nord, Grimsey. C’est aussi une ex­croissance en surface de la dorsale Atlantique, d’où une activité volcanique et sismique ré­gulière. Il y a un tiers de siècle, une île volcanique - Surtsey - est sortie de la mer au large de l’Islande. Par ailleurs, très lentement, le pays s’agrandit par le milieu, au sommet de la dorsale. Tout cela fait dire aux Islandais que leur pays est le seul au monde à grandir en permanence et qu’il est partagé entre deux continents. La moitié orien­­tale est en Europe et la moitié occidentale en Amérique !… A l’exception de la terrible ca­tastrophe subie par l’Islande au XVIIIe siècle, qui a vu sa population alors réduite à environ 30 000 habitants (voir à ce sujet La cloche d’Islande d’Halldor Laxness, prix Nobel de littérature), cette activité volcanique présente plus d’avantages que d’in­convénients. Le volcan Hekla présente une activité régulière, illuminant les ciels nocturnes de couleurs dorées et pourpres des laves en fusion. L’activité sismique reste faible. Par contre, la géothermie et l’eau chaude naturelle fournissent une énergie à bon marché et un chauffage central gratuit.

Laxà islande

islande - Près du lac Myvatn

Cette eau chaude naturelle permet aussi la production de primeurs sous serres, tomates et même bananes ! Eh oui, l’Islande située à proximité du Cercle Polaire est un pays producteur de bananes. Cette eau chaude en pleine nature est aussi un délice. Imaginez une nature sauvage, désertique, avec des couleurs souffrées extraordinaires, dans tous les tons de beiges et de bruns, une herbe épaisse au milieu des mousses et des lichens au-dessus de laquelle se dandinent les touffes blanches de la linaigrette et, au milieu de ce paysage, un cours d’eau fumant. Le ciel est gris, il fait frais. Dénudez-vous et trempez-vous dans cette eau qui peut dépasser les trente degrés, vous aurez peut-être du mal à y entrer tellement elle est peut-être chaude, mais vous y serez divinement bien. Et ce pays étrange présente des points communs avec la Normandie, sur le plan climatique malgré sa position très septentrionale. C’est un pays maritime et l’hiver n’est jamais trop froid, pas de glaces près des côtes malgré son nom de « pays de glace ». Seul l’im­mense glacier Vatnajökull, dans le sud, rappelle l’origine de ce nom. Le climat est plutôt frais et doux. Par ailleurs, comme en Normandie, le temps est très instable. Les Islandais ont pour dicton : « Si vous n’êtes pas content du temps, attendez cinq minutes… » En effet, le soleil succède rapidement à la pluie. Une grande différence cependant : près du Cercle Polaire, les nuits d’hiver n’en finissent plus, à peine quelques heures de jour au cœur de l’hiver et des nuits ensoleillées l’été… Les hivers, s’ils ne sont pas durs, restent longs et déprimants.

Godafoss- Islande

Gullfoss (la  chute de lor ) est la plus grande chute deau. Elle est située dans le sud-ouest du pays, à proximité du site national de Thingvellir. (OT islandais/Dieter Schweizer.)

en plein air près de Reykjavik. Les murs latéraux sont en tourbe, excellent isolant. Les deux extrémités sont des cloisons de bois dans lesquelles sont ménagées les ouvertures, portes et fenêtres. Le


Cette terre étrange était vide d’êtres humains jusqu’à l’épo­que carolingienne, à part quel­ques ermites irlandais qui se­raient venus y chercher la quié­tude au viiie siècle. Mais, vers la fin du ixe siècle, la Norvège, qui était divisée en petits royaumes, subit les visées hégémoniques du roi Harald Ier aux Beaux Cheveux. De nombreux chefs de clans, qui tenaient la réalité du pouvoir, supportent mal cette prise en mains. Beaucoup d’entre eux, qui ont entendu parler de cette grande île, la rejoignent pour s’y installer. Ils embarquent sur un bateau de type « viking », s’installent sur des terres vierges où ils fondent des fermes auxquelles ils donnent leur nom. Ainsi, Grimsey, déjà citée, est l’île (ey) de Grim. Dans les fjords du nord-ouest, Olafseyjar sont les îles (eyjar - pron « eigar ») d’Olaf. Le terme ey se retrouve au large de la Normandie dans Jersey, Guernesey, Alderney et Chausey ! Les premiers Islandais sont donc des colons d’origine norvégienne. Bientôt, ils ramènent des es­claves irlandais pour les seconder dans les travaux agricoles. Ces derniers vivent sous le même toit et seront rapidement affranchis. Les Islandais sont donc issus d’un mélange de Norvégiens et d’Irlandais. Cette population est ainsi la seule qui présente de vraies similitudes avec la Normandie parmi les pays scandinaves. On peut mê­me accentuer ces similitudes si on prend l’exemple de la Presqu’île du Cotentin. Dans cette dernière sur un faible substrat gallo-romain (la toponymie gal­lo-romaine y a quasiment disparu) s’est établie une population arrivée par la mer d’Irlande : Norvégiens accompagnés d’Ir­landais (bien attestés dans la toponymie). S’il faut faire un jumelage entre l’Islande et une partie de la Normandie, c’est avec le Cotentin qu’il faut le faire, similitude de destins (colons établis sur de nouvelles terres) et de populations (« iro-norvégiens »), similitudes aussi quelque peu dans le paysage sauvage de la Hague, même si la géologie est très différente. Il existe une autre similitude. Les Islandais sont très portés sur la poésie et la littérature. Dès le Moyen Âge, on lisait les sagas (le pluriel de saga, en islandais est sögur) à la veillée dans les maisons de tourbe à la lueur vacillante des grassets alimentés par de l’huile de baleine. Actuellement, l’Islande connaît les plus hauts taux de lecture du monde avec une édition - presse et livres - particulièrement dynamique, pour une telle population. En Cotentin, on est plus porté sur la question littéraire. Depuis un tiers de siècle, en tant qu’éditeur, nous l’avons vérifié. Enfin, on retrouve aussi en Cotentin quelques termes utilisés par les Islandais. Ces derniers parlent en effet une langue scandinave archaïque restée quasiment in­tacte depuis l’épo­que des Vi­kings. Ainsi, on peut voir des affichettes sur la végétation montrant l’herbe poussant sur les dunes de sable avec le nom melgraes (on dit « melgreux » en Cotentin). Les dunes sont d’ailleurs appelées melar et « mielles » en Cotentin, les mouettes sont des « maoves » dans la Presqu’île et des màvar (prononcez « maovar ») en Is­lande…
C’est aussi un pays où le droit avait une position centrale, comme en Normandie. L’Islande est un extraordinaire pays dépaysant où l’on n’est pas dépaysé !… Il mérite amplement un voyage.

(1) Pour une meilleure compréhension et une lecture plus facile de cet article, nous avons supprimé les formes du nominatif pour redonner la racine des mots et rendu par « th » le « thorn » islandais et par « d barré » le J islandais. Les caractères islandais n’existant pas chez nous.
 

Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 60Hiver 2006)



 

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