Patrimoine normand




Saint-Pierre-Église : Un sauvetage programmé pour son église !

Publié le : 13 juillet 2006

 Saint-Pierre-glise

Saint-Pierre-Église :
Un sauvetage programmé pour son église !


Extrait Patrimoine Normand N°59
Par Thierry Georges Leprévost

L’église primitive date du XIIe siècle. De cette période résolument romane, il ne subsiste guère que le charmant petit portail occidental situé au pied de la tour-clocher. Elle voit le jour par la volonté conjointe de deux familles locales, les Nerbonne et les Clamorgan. Elle est alors pourvue d’un clocher en bâtière, une disposition très courante dans le nord Cotentin, qui porte modestement sa hauteur à 19 mètres.

De nombreux remaniements

La construction s’achève, soit à la fin du XIIe siècle, soit au début du XIIIe, comme l’atteste la grande arcade brisée du clocher visible de l’intérieur. La tour est alors percée de fenêtres à lancettes de style gothique. D’au-tres arcs brisés sont créés au XVe. Il est remarquable que, jusqu’au XVIIe siècle, l’église continue d’être partagée en deux parties distinctes qui correspondent à leurs donateurs respectifs, chacune étant desservie par son propre prêtre.
Toutefois, l’édifice se révèle trop petit eu égard au nombre croissant des paroissiens, ce qui décide Charles Castel, baron de St-Pierre, à financer, par un acte
du 11 juin 1651, des travaux d’agrandissement qui vont aussi dénaturer considérablement le temple d’origine : si la longueur demeure la même, le chœur devient sacristie, et l’ensemble se trouve élargi au sud.  On commence la nouvelle toiture le 3 août 1658. Achevé en 1661, le clocher va gagner quelque dix mètres de hauteur. 
C’en est fini de son toit en bâtière. Le nouveau clocher prendra la forme d’une tour de guet, particulièrement utile à moins de deux kilomètres de la côte pour surveiller la circulation maritime en Manche. Afin d’accentuer cette vocation défensive, on adjoint aux quatre angles de la terrasse, reliées par des balustres en pierre de taille, des échauguettes en encorbellement d’une facture plus militaire que religieuse. Une croix métallique, détruite après la Révolution, trône en son centre. Ainsi peut-on, juché sur la terrasse, sur-veiller à l’est le Val-de-Saire de St-Vaast-la-Hougue au Cap Lévi, et à l’ouest jusqu’à la Hague par temps clair.
Les fenêtres gothiques sont murées, remplacées plus haut par d’autres munies d’abat-son. Un nouveau portail de style jésuite alourdit l’édifice au sol, de même que les travaux d’élargissement de la nef. L’élégance de St-Pierre réside désormais dans sa seule tour rehaussée.

Un équilibre précaire 

Mais cette surélévation en-gendre d’importants problèmes structurels qui s’aggravent au fil des ans. Le temps passe, avec ses intempéries, et l’entretien n’est pas souvent au rendez-vous. De premières lézardes se font jour dans la muraille, où l’eau s’infiltre insidieusement, minant la pierre, ouvrant la charpente aux parasites. Des tentatives de consolidation ont bien lieu entre les deux guerres, mais elles font plus de mal que de bien : à base de ciment (une matière nouvelle, très en vogue à l’époque, mais imperméable), elles ne font que dévier le cours des eaux d’infiltration dont l’érosion va sévir tout autour des réparations. 
Aujourd’hui, la situation est grave : de longues fissures verticales menacent le clocher d’éclatement. Les pierres des échauguettes se disjoignent au point de bientôt tomber. Fêlées dans tous les sens, les boules de pierre qui les coiffent ne demandent qu’à s’écraser trente mètres plus bas ! Il devient urgent d’agir. Pis : la sonnerie des clo-ches accentue le phénomène, à tel point que Mme le Maire a dû, voici deux ans, décréter leur mise en sommeil jusqu’à la mise en œuvre d’une solution de sauvetage.

Une vigoureuse prise en mains des problèmes

Tandis qu’ailleurs dans la Manche, on a vu certain maire inconséquent résoudre ce genre de problème à coup de pelleteuse, à St-Pierre-Eglise au contraire la municipalité s’émeut des fractures de l’édifice. Les travaux de restauration commencent cet été pour une réfection totale de la partie supérieure du clocher. 
Car il n’est pas possible d’intervenir efficacement sur le monument tel qu’il est. La consolidation des échauguettes passe obligatoirement par leur dépose, la remise en place n’ayant lieu qu’après réfection. Un travail de titan ! Balustres et corniches seront restaurées, une nouvelle croix en fer forgé occupera le socle vacant depuis deux siècles. Plus bas, les fenêtres gothiques seront rouvertes et pourvues d’abat-son, les maçonneries remaillées au niveau des fissures et un coulis de chaux injecté pour accroître la cohésion des mortiers. 
Les parties plus anciennes ne sont pas négligées. La campagne de rénovation s’attachera aussi aux moulures du portail roman qui seront refaites à l’identique. Déposé en conservation maximale, le dallage sera remis selon l’appareillage en place sur une chape au mortier de chaux. L’usage généralisé de la chaux naturelle (comme à l’origine de l’éfifice) pour toutes les interventions remplace avantageusement celui, fautif, du ciment trop souvent adopté par le passé. Pour faciliter les visites, l’escalier sera sécurisé, des planchers créés ou restitués : on pourra ainsi découvrir la chambre des cloches et la magnifique charpente qui surmonte la voûte de la nef. Et le splendide panorama sur le nord du Cotentin.

Des efforts méritoires

La commune, le département de la Manche, la région, l’état et la Fondation du Patrimoine vont œuvrer de concert dans ce projet, sans oublier l’Association pour la  sauvegarde du clocher de St-Pierre, récemment constituée pour recueillir et gérer les fonds nécessaires. Touristique, la démarche l’est assurément, mais cette activité n’est-elle pas l’une des richesses de la Normandie ? Quand l’économie vient stimuler la restauration du patrimoine, on ne peut qu’ap-plaudir aux efforts de leurs initiateurs.

INFORMATIONS PRATIQUES :
Association pour la Sauvegarde du Clocher de l’église de St-Pierre-Eglise
1 place de l’abbé St-Pierre
50330 St-Pierre-Eglise.
Responsable de la communication pour le projet : 
Maho Sébiane : 06 77 49 92 99.
peuplesduvent@gmail.com

 


Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 59
)



 

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