Patrimoine Normand magazine

 





Les Gaulois et la mort en Normandie

Les Gaulois et la mort en Normandie

Les Gaulois et la mort en Normandie


Extrait Patrimoine Normand N°71
Par Georges Bernage

Une exposition se tenant au Musée de Normandie jusqu’au 20 septembre 2009 évoque 
les pratiques funéraires à l’âge de fer (VIIe-Ier siècle avant J.-C.). Le passé ressurgit plus que jamais…

 
Dans un numéro récent (n° 70), nous avions évo­­qué les premiers agri­­culteurs de la future Normandie, avec la période Néolithi­que. Nous franchissons que­l­­­ques siè­cles et une nouvelle exposition nous permet de retrouver les populations gauloises de Normandie, période capitale où les tribus celtiques sont à l’origine des pays normands, avec leurs cités qui deviendront ultérieurement évêchés…

une clavette en bronze et fer découverte dans une tombe à char à Orval (Manche)

 

Harnais et mors

L’avènement de l’archéologie préventive a permis, depuis maintenant une quinzaine d’an­nées, un renouvellement complet des connaissances concernant l’Age du Fer en Nor­- mandie. Il est maintenant possible de saisir la complexité des sociétés gauloises dont la vie quotidienne nous paraissait jusqu’alors difficile à cerner. La connaissance des pratiques funéraires de ces populations était principalement liée à la découverte, parfois ancienne, d’objets de prestige liés à des sépultures privilégiées.
Ces données récentes, fournies par l’archéologie préventive, ont permis de documenter de manière plus large cette part prépondérante dans l’évolution de la société gauloise entre les VIIe et Ier siècles avant notre ère. La complexité des rites et la variabilité des pratiques funéraires ont évolué considérablement pendant cette période au cours de laquelle l’actuelle Normandie se trouvait à la charnière de deux entités aux pratiques funéraires et aux croyances dissemblables : les gaules Celtique (au sud de la Seine) et Belgique (au nord du fleuve). Déjà, « l’eau » séparait la future Normandie en deux…
Cette exposition sur « les Gaulois et la mort en Normandie » permet de faire un point sur les découvertes récentes en mettant l’accent sur plusieurs thématiques inédites ayant émergé des recherches conduites depuis quelques années : la mort chez les premiers Gaulois, les tombes à char laténiennes ou la relation entre les vivants et les défunts…

Orval,  Les Pleines  (Manche). Bague en or. ( Musée de Normandie, Ville de Caen/J.-M. Yvon.)

Parmi les pièces d’exception présentées, le site d’Orval (Man­­che) a permis de dégager une tombe à char (IIIe siècle avant notre ère). Dans les sociétés celtiques, les tombes à char représentent un mode d’inhumation réservé à une élite. Les plus anciennes et également les plus fastueuses, apparaissent assez tôt dès les VIIIe et VIIe siè­cles avant J.-C., en particulier la tombe de Vix (Côte d’Or). Par la suite, ce type d’inhumation se développe principalement dans l’aire champenoise, jusqu’à ce IIIe siècle avant notre ère. Dans cette seconde époque, le char à deux roues est déposé intégralement dans la tombe. Ultérieurement, entre le IIIe et le Ier siècle avant notre ère, une ultime génération de tombe à char ne présente plus que quelques éléments du char, déposés dans la tombe, correspondant le plus souvent à une incinération. La tombe d’Orval a été découverte fortuitement, en marge d’une ferme gauloise étudiée dans le cadre du contournement ouest de la ville de Coutances.
La tombe se trouvait le long du chemin de desserte de l’enclos domestique. La fosse sépulcrale prend place au centre d’un petit enclos quadrangulaire, probablement recouvert à l’origine par une structure tumulaire. Du char, déposé entier dans la tom­be, il ne subsistait plus que des éléments liés aux roues, de rares passe-guides et des éléments de liaison entre l’essieu et la caisse. Par ailleurs, la tombe a livré deux harnais ornés de corail ou d’ivoire sculpté. L’un d’eux a été retrouvé en connexion sur la tête d’un cheval, l’autre a été déposé dans un sac de cuir, à plus d’un mètre de la tête du premier cheval. Cette présence des chevaux (ou pour le moins de leur tête) dans la chambre funéraire est suffisamment rare pour être soulignée.
Le défunt est représenté par son armement et quelques effets personnels. Armé d’une lance, d’une épée dans son fourreau et d’une hache, il ne fait guère de doute que celui-ci appartenait à l’aristocratie militaire. Une bague en or souligne bien l’im­portance de ce guerrier. Parmi le reste du mobilier qui lui est associé, on notera tout particulièrement la présence de deux fibules qui permettent de situer l’inhumation vers le milieu du IIIe siècle avant notre ère. Mais également de nombreux outils dont certains paraissent avoir été regroupés dans ce qu’il conviendrait de définir comme une véritable trousse à outils (plane, couteaux, marteaux, serpette).

Nécropole de Bosrobert,  Les Garennes  (Eure). Poignard à antennes, sépulture 319. Fin du VIe-début du Ve siècle avant J.-C.. ( Musée de Normandie, Ville de Caen/J.-M. Yvon.)
Des rites funéraires mal connus

Une nécropole celtique a été étudiée à Bosrobert « Les Ga­rennes » (Eure) en rebord de plateau dominant la vallée du Bec, en 2003 sur le tracé de l’A28. Une centaine d’inhumations et une trentaine de crémations ont été fouillées. Une partie d’entre elles étaient recou­- vertes de blocs de silex. Le mobilier comprend des parures annulaires (14 torques, 19 bracelets, 6 anneaux de chevilles), 27 fibules, 3 perles en verre, une clef, des céramiques… Ces éléments permettent de proposer une utilisation, probablement discontinue, entre le Ve et le Ier siècle avant J.-C.
La sépulture 319 conservait les traces d’un coffrage de bois, recouvert de blocs de silex qui devaient former un tertre en surface. L’individu portait une gran­de fibule en fer sur la poitrine, un anneau en lignite au bras et surtout un exceptionnel poignard à antennes en fer de 46 cm, le long de la jambe. La garde et les antennes sont bouletées, le fourreau en bois est renforcé par des éléments en fer : deux barrettes, une tige mé­diane et des plaques. Cette arme de prestige évoque le statut privilégié de son détenteur.

Nécropole de Pitres  La Remise  (Eure). Echantillons durnes de la fin du second Age du Fer mises à jour lors de la fouille de la nécropole. ( Musée de Normandie, Ville de Caen/J.-M. Yvon
Une nécropole entièrement conservée : Eterville (Calvados)

Situé à quelques kilomètres au sud-ouest de Caen, le site d’Eterville, riche de 140 à 150 inhumations et de 11 monuments répartis sur environ 15 000 m2, s’impose par son étendue et son organisation comme le lieu funéraire d’une vaste communauté. Les débuts de l’utilisation des lieux, qui comprend l’érection de cinq principaux monuments quadrangulaires et circulaires de 300 à 400 m2, remonte probablement au milieu du VIe siècle avant notre ère et semble avoir été utilisé pendant près de 300 ans. Aujourd’hui totalement arasés, l’examen de leurs fossés n’en restitue pas moins pour cha­cun une histoire complexe mar­quée de multiples phases d’aménagement. Il s’agirait d’es­­­paces avant tout cérémoniels ou cultuels. Ce n’est qu’au début du Ve siècle avant notre ère, soit autour d’un demi-siècle à un siècle après l’édification des grands monuments, que sont implantées les inhumations.
Dès l’origine, l’architecture des tombes apparaît variée. Si les plus simples sont en pleine terre, la norme de ces sépulcres reste celle du coffre en bois agencé et calé au fond de la fosse avec des pierres. Toutes se voyaient si­gnalées en surface par un tertre de terre ou de pierres prélevées sur certains monuments du site. Le défunt, habillé et presque toujours étendu sur le dos, était déposé dans la tombe dans une enveloppe souple, tête le plus souvent orientée au sud et accompagné de ses parures (bracelets, torques, fibules, anneaux de chevilles…). Les dépôts de mobiliers étrangers à ces ornements demeurent rarissimes et, sans être le fait exclusif d’une « élite », paraissent cependant liés aux tombes les plus vastes et les plus élaborées. C’est d’ailleurs au sein de ces dernières que s’observent parfois la marque d’un cercueil et les pa­rures les plus raffinées. L’abandon du site au début du IIIe siècle avant notre ère semble devoir être mis en relation avec un retour sans doute plus général du rite de l’incinération en Normandie.

Les ensembles funéraires de la Vallée de la Seine

 
La compréhension des contextes funéraires de La Tène (Second Age du Fer - 500 à - 50 environ) ne peut se faire qu’en prenant en compte la partition de la basse vallée de la Seine en deux ensembles. A partir de la confluence Seine-Eure-Andelle, en amont de Rouen, le milieu alluvial est largement ouvert, offrant quelques versants doux et des terrasses bien développées. La vallée est occupée de longue date et la présence de grandes nécropoles, à Pîtres, Tournedos-sur-Seine, Val-de-Reuil, Le Manoir, Alizay s’inscrit à la suite de ces implantations antérieures.
En aval de Rouen, la vallée est plus étroite et encaissée, entre des versants raides avec des pentes inférieures à 30 %. Le fleuve est ici largement maritime et formé de zones humides instables jusqu’à leur atterrissement à partir de la fin du Moyen Âge. La Seine est alors avant toute chose un axe naturel drainant les échanges de l’amont vers l’aval puis retour.
Enfin parmi les nombreux sites présentés par cette exposition, la nécropole d’Honguemare a été découverte lors d’une fouille préventive effectuée en 2008 sur la « ZAC des Portes du Roumois ». Elle a livré une nécropole inédite d’une vingtaine de sépultures à inhumation. Celles-ci sont orientées selon un axe nord-sud. Des traces de coffrage en bois ont été observées. Le mobilier se compose de parures annulaires (2 torques, 3 an­neaux) et 3 fibules. La sépulture 486 est remarquable avec la présence d’un torque tubulaire en alliage cuivreux dont l’âme renferme un élément de matière organique (bois ?), un bracelet, une « lamelle » en fer et surtout une paire de boucles d’oreille en or. Les orfèvres de l’Âge du Fer les ont composées avec trois fils, accolés, dont un « annelé » ou perlé, l’extrémité de l’un d’eux est effilée pour les ajuster à l’oreille. Cette découverte est inédite pour la Normandie et permet d’envisager un statut privilégié pour cet(te) individu(e). Ces objets permettent une attribution à La Tène ancienne (entre la fin du Ve et le IVe siècle avant J.-C.).
L’exposition sur les premiers agriculteurs a montré la fondation d’une Normandie agricole. Cette nouvelle exposition nous montre une future Normandie, « gauloise », où les tribus ont délimité des pays qui ont subsisté jusqu’à nos jours avec leurs capitales tribales : Unelles en Cotentin, Abrincates en Avranchin, Bajocasses en Bessin, Viducasses à Vieux avec les actuels Pays de Caen et de Falaise, Calètes en Pays de Caux, Veliocasses en Vexin et Roumois avec Rouen (Ratumagos), Eburovices en Evrecin, Sagiens avec Sées. La future Normandie a déjà ses paysages et pays, elle sera fondée un millénaire plus tard !

PRATIQUE :

Musée de Normandie, Château de Caen, 14000 Caen,
tél. : 02 31 30 47 60 - fax : 02 31 30 47 69 - mdn@ville-caen.fr - www.musee-de-normandie.eu - www.chateau-caen.eu - www. mondes-normands.eu
Exposition ouverte tous les jours de 11 h à 18 h jusqu’au 20 septembre.

A voir également :
Rouen, jusqu’au 21 septembre, Musée Départemental des Antiquités, Les Gaulois face à Rome. La Nor­mandie entre deux mon­des. 
Vieux, jusqu’au 30 no­vembre, Musée de Vieux-la-Romaine, Gaulois sous les pommiers, découvertes de l’âge du Fer en Basse-Normandie.
 

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