Patrimoine Normand magazine

 





Gratte-pieds du Perrey, au Havre

Le Havre - Du Perrey

Les Gratte-pieds du Perrey, au Havre


Extrait Patrimoine Normand N°71
Par Françoise Amiel-Hébert

Au temps où fut construit Le Havre, à partir de 1517, il existait déjà sur une mince bande de rivage près de l’entrée du port, coincé entre remparts et galets, un village de pêcheurs, construit en bois, souvent avec les roofs de navires naufragés. On y trouvait nous dit Charles Vesque « il y a à peine quelques années, de misérables constructions qui étaient dignes d’abriter toute espèce de choses sauf des êtres vivants. On a de la peine à croire que, dans ces cahutes, des familles nombreuses couchent pêle-mêle sur un sol humide et boueux ».
L’endroit tire son nom des perrés, murs, épis, construits pour protéger le littoral contre les effets du ressac. Des moulins tournaient leurs ailes, des briqueteries fournissaient le matériau de construction à toutes les localités environnantes, et déjà on assemblait des embarcations sur la grève. Au fil du temps, pas moins de trois batteries (Provence, Royale et Huguenots) vinrent défendre la ville contre les agressions anglaises.
Petit à petit, des rues furent tracées, le chantier naval Augustin Normand s’installa, les bains et Hôtel Frascati grandirent et attirèrent une clientèle cosmopolite. 
Arriva la guerre de 1939-1945, et les bombardements de septembre 1944 qui firent ressembler Le Havre à une « Table rase». Le quartier du Perrey n’échappa pas à la règle, encore que, miraculeusement, quel­ques maisons restèrent debout. 
De nos jours on est tout étonné, au détour d’un coin de rue, de se trouver nez à nez avec une construction en briques datant fin XIXe, début XXe siècle, plus ou moins bien rénovée, enchâssée dans le béton d’Auguste Perret. Au moment de la Reconstruction elles ont été jugées encore assez solides pour être réhabilitées. Six de ces im­meu­bles portent encore à leur seuil un vestige du temps où les rues et trottoirs n’étaient pas asphaltés et où les chevaux distribuaient généreusement leur crottin : un gratte pieds, ou dé­- ­crottoir. 
Cet objet purement utilitaire, destiné à ôter la boue sous les chaussures avant de pénétrer dans la maison, n’en est pas moins décoratif. Il en existe une petite dizaine de variétés au Havre, les uns sont encore en excellent état, nombreux sont abîmés, et quelquefois il ne reste que le trou où l’on glissait sa chaussure. Beaucoup ont disparu, remplacés par un disgracieux compteur à gaz. L’arrêté municipal du 12 septembre 1854 stipulait : « Il est défendu d’établir en saillie [10cm maximum autorisés], sur la voie publique, aucun décrottoir ni aucun autre objet. Tous ceux qui existent [contrevenant au règlement], devront être supprimés à la première réquisition » (3).
Le modèle le plus courant est celui de la fonderie des Frères Corneau à Charleville, en fonte moulée. Ils créent en 1848 une fonderie où ils emploient en peu de temps 200 ouvriers. Ils se spécialisent dans la fonte ornementale à usage domestique tels les pompes à eau à bras, les porte-parapluies, les portemanteaux, les bancs de jardin, et le mobilier funéraire (croix en fonte ajourée). En 1886, ils confient la direction de la fonderie à Albert Deville.
On aperçoit encore quelquefois la marque de fabrique : Corneau Alfred à Charleville  sur la lame du gratte pied.
Découvrons-les en parcourant les rues du quartier de l’ouest vers le sud. (...)

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