Patrimoine Normand magazine

 





Lillebonne et son théâtre antique

Le théatre antique de Lillebonne


Extrait Patrimoine Normand N°25
Par Isabelle Audinet
Photos  : Eric Bruneval sauf mention contraire

Les superbes restes du « théâtre » de Lillebonne méritent bien plus qu’une simple visite de courtoisie effectuée du haut de la place Félix Faure, qui les borde. Leur véritable force, leur caractère imposant ne peuvent se percevoir qu’en leur sein. Trop méconnu, l’édifice de spectacle gallo-romain de Lillebonne n’en constitue pas moins le plus beau de Normandie.
 

Voici une vue intéressante sur le couloir permettant d’accéder au second maenianum. Au premier plan, la partie nord du côté de la scène avec les restes d’un dallage. Au centre de la photo, le « vide » donne sur le vomitoire est. Au fond, le couloir monte à l’étage supérieur de la cavea en suivant la pente naturelle de la colline.

Juliobona,
ou le Lillebonne antique

 
Il convient, avant d’entrer plus avant dans la description du théâtre, de le situer géographiquement. Le théâtre visible à Lillebonne n’est pas un édifice de spectacle de campagne, comme l’on peut en parfois en rencontrer, signe de l’éver­gé­tis­me (1) de riches propriétaires gallo-romains, mais fait bien partie intégrante de l’équipement public d’une ville. Cette ville, Juliobona, semble avoir été créée de toute pièce par les Romains au tout début de notre ère. Son étymologie, mélange de latin et de celte, indique une fondation (bona) julio-claudienne (Iulius) (2). Les arguments qui poussent aussi à envisager cette période pour la création sont les quelques éléments mobiliers de la période de Tibère ou Claude, de la dynastie des julio-claudiens, trouvés lors des fouilles, ainsi que le rattachement des Calètes, peuple Belge, à la Lyonnaise, province gallo-romaine. Ce rattachement implique pour certains auteurs la nécessité d’avoir un chef-lieu de Cité, créé par les Romains. De cette première organisation, très peu est connu. L’on sait qu’un premier édifice de spectacle assez frustre ainsi que des voies furent implantés vers le deuxième ou troisième quart du Ier siècle ap. J.C. Le caractère orthogonal de ces dernières n’est pas aussi certain que pourrait le laisser penser le schéma classique de création romaine ex-nihilo. En effet, il fallait tenir compte de la topographie du site et des voies de circulation extra-territoriales déjà en place. Juliobona est effectivement située à la confluence de deux vallées, celles des rivières de Bolbec et de Lillebonne, se jetant deux kilomètres plus loin dans l’estuaire de la Seine. La ville est installée sur une petite éminence qui devait être entourée de marais. Les deux vallées en pente douce permettent d’accéder aisément aux riches terres du plateau cauchois, sur lequel est adossée l’agglomération. Sa position non loin de l’estuaire de la Seine, ainsi que les marais alentour ont dû favoriser les communications commerciales à grande échelle. Il est vraisemblable d’ailleurs qu’un port ait fait partie de l’équipement de la ville. Le site offrait aussi les matériaux nécessaires à la construction des équipements : calcaire à silex des versants des vallées, tuf d’eau douce. Quelle qu’ait été la topographie de l’agglomération au Haut-Empire (Ier-IIIe siècles), on sait qu’elle était dotée d’un théâtre, de ther­mes, de voies, d’un forum et éventuellement d’un port. Quelques maisons de villes furent aussi trouvées. Sa prospérité alla en croissant jusqu’à l’articulation entre les IIe et IIIe siècles. A partir du IIIe siècle s’amorce un long déclin que ne vont pas arranger les incursions saxonnes de la fin du IIIe siècle.
Les habitants se retranchent finalement au IVe siècle derrière les remparts du castrum construit en utilisant la cavea du théâtre comme bastion. L’espace urbain en est fortement réduit, et l’on est loin d’atteindre les 30 ou 35 ha urbanisés du IIe siècle. Dès lors, et même si des relations commerciales avec l’Angleterre sont toujours actives au IVe siècle, le rôle de l’agglomération en tant que chef-lieu de Cité passe à l’agglomération voisine, Rotomagus (Rouen). Cette « passation de pouvoir » est attestée dans des documents administratifs officiels du IVe siècle, la Notitia Dignitatum et la Notitia Galliarum. Calètes et Veliocasses se regroupent pour former une civitas plus importante, la Civitas Rotomagensium. Juliobona n’aura plus aucun rôle à jouer à l’avenir, et devint peu à peu Lillebonne. On connaît l’agglomération sous le nom de Ilia Bona en 1080, ce qui devint Liliabona, puis Lillebonne à la suite d’erreurs de compréhension (l’île bonne). L’agglomération ne porta donc jamais le nom du peuple qui l’occupa, le peuple des Calètes.

Le théâtre 
Chronologie :
 
Ce fut l’un des premiers édifices construits sur le site. Il ne s’agit cependant pas du théâtre dont nous pouvons admirer les restes. La compréhension des ruines résulte des fouilles effectuées principalement au XIXe siècle. Quelques sondages et restaurations réalisés au XXe siècle permirent de compléter les observations antérieures. Le théâtre a été sauvé de la destruction par pillage de matériaux grâce à son achat en 1818 par le département de la Seine Inférieure. Bien que reconnues auparavant comme théâtre antique, les ruines n’étaient protégées ni de la destruction naturelle par les végétaux et intempéries, ni de la destruction par l’homme. Vers 1812, en effet, une colonie de Protestants récolta dans le théâtre les matériaux nécessaires à la construction de plusieurs usines, détruisant encore un peu plus ce qui avait déjà souffert lors des périodes précédentes. Il est vraisemblable, en effet, qu’une grande partie des ruines antiques de Juliobona, tous édifices con­fondus, a disparu lors des siècles passés par pillage, tout simplement. Ainsi, des édifices médiévaux proches possèdent sans doute des éléments antiques dans leurs murs, leurs décorations, comme l’abbaye de Saint-Wandrille. Les fouilles furent entreprises par plusieurs archéologues au XIXe siècle : F. Rever en 1812, avant l’achat par le département, puis de 1819 à 1825, E. Gaillard de Folleville de 1825 à 1836, A. Deville de 1836 à 1840. Les fouilles furent arrêtées puis reprises bien plus tard lorsque des immeubles situées en parties sur les ruines sont achetés par le Conseil Général au début du XXe siècle. De 1908 à 1915, L. de Vesly reprit les excavations. Depuis, nous l’avons dit plus haut, seuls quelques restaurations et sondages, le dernier datant de 1986 par E. Follain, ont permis de compléter les premiers résultats, mais aucune fouille en tant que telle n’eut lieu. Cependant, tous ces travaux ont rendu possible la reconstitution de l’édifice.
Deux scénarios s’opposent dans l’évolution du théâtre depuis la pose de sa première pierre.
Dans les deux cas, le monuments actuel fait suite à un édifice construit au Ier siècle. Les avis divergent sur le type de cet édifice. Pour les uns, il s’agit d’un édifice mixte, théâtre-amphithéâtre, courant dans le Nord et le Centre de la Gaule, caractérisé par une arène elliptique et une scène. Cet édifice aurait convenu au début du IIe siècle, mais l’enrichissement de la ville aurait poussé à agrandir l’édifice en construisant les murs de la scène et d’autres gradins. Ce qui expliquerait que certains murs semblent dater par leur structure du Ier siècle. Pour les autres, la forme elliptique de l’arène découlerait d’un premier état du Ier siècle qui serait un amphithéâtre. Les spectacles donnés dans un amphithéâtre sont différents de ceux d’un théâtre : l’amphithéâtre accueille des combats de toutes sortes, alors que le théâtre est destiné à des spectacles plus calmes comme les comédies, les tragédies ou les réunions. Pour appuyer l’hypothèse de l’amphithéâtre antérieur, on aurait trouvé des restes de murs, d’une part un mur elliptique doublant le mur du podium qui délimiterait l’ancienne arène, un mur rectiligne qui remonterait à un vomitoire antérieur au vomitoire du théâtre visible actuellement, et enfin deux autres murs parallèles du Ier siècle repérés au nord qui pourraient correspondre à un vomitoire. La topographie naturelle formée d’une colline en hémicycle et d’un fond de vallon aurait été utilisée pour implanter l’édifice : la cavea (les gradins) sur la colline et l’arène sur le fond de vallon aménagé. Les premières installations auraient été frustres, en bois et remblai. Dans les deux cas, l’édifice actuel remonte au iie siècle. A la fin du IIIe siècle, en raison des invasions, le théâtre est fortifié en bouchant toutes les entrées et intégré à la fortification de Juliobona, formant bastion. Dans le dernier état, le lieu est occupé par une habitation dont il reste quelques pièces des bains et un puits. Non loin de ces bains ont été trouvés aussi des restes d’une forge.
 

Plan Théâtre Lillebonne - Dessin Isabelle Audinet d’après des plans d’Eric Follain (S.D.A.)

Description :
 
Ces deux origines hypothétiques n’affectent en rien la description de l’édifice actuel.
Les ruines s’appuient sur la colline du Toupin et sont tronquées par la place Félix Faure. Bien heureusement, des restes subsistent sous la route. La colline accueille les gradins, dont il reste quelques parties maçonnées, utilisant ainsi la topographie naturelle. Dans le fond fut installée l’arène, actuellement couverte de gazon. La taille de l’édifice (108 m x 80 m) est inférieure à d’autres édifices connus, comme celui d’Autun (154 m x 130 m). Ces mesures correspondent à la largeur et à la longueur totales de l’ensemble cavea comprise. L’arène, quasi circulaire, est entourée par un podium (dont le mur fut en partie arasé) qui permet d’isoler le public des éventuels dangers provenant des spectacles. Ce podium, construit en petit appareil caractéristique du Ier siècle, est interrompu au sud par une cavité qui pourrait être une chapelle où étaient situées les divinités tutélaires des jeux de gladiateurs. Sur ce podium, des sièges sont encore visibles ; ils étaient destinés aux personnalités et accessibles par des vomitoires secondaires. Au-dessus s’élève un mur de 1,50 m séparant ce dernier des gradins ou cavea, divisés en deux étages ou maeniana. Le premier est au-dessus du podium et est actuellement recouvert de gazon. Les gradins, sans doute en bois, s’appuyaient sur la colline entaillée. Au-dessus s’élèvent les seconds maeniana supportés par des murs que l’on voit encore très bien. Ces gradins étaient divisés verticalement par des murs, chaque division étant un cuneus. Entre, des vomitoires permettaient d’accéder aux places. Tout autour de la cavea circule un couloir, entre deux murs renforcés par des contreforts. De nos jours, le mur intérieur est encore bien visible alors que les restes du mur extérieur sont lacunaires. Le couloir était couvert d’une voûte, et, fait intéressant, il suit la pente de la colline. Chacun des vomitoires secondaires du maenianum supérieur est donc de niveau ou presque avec le couloir extérieur. Du haut des gradins, on descendait donc ensuite vers les niveaux inférieurs. Diverses entrées permettent d’accéder au couloir circulaire, mais une entrée principale fut aménagée à l’ouest. Un escalier monumental permet d’accéder au couloir de circulation et au vomitoire du podium. Au nord de l’arène, de chaque côté du mur séparant la scène de l’arène (pulpitum), on retrouve de nouveau des gradins, auquel on accède par des escaliers qui les longent. Le couloir se poursuit de chaque côté de la scène pour permettre au public d’atteindre ces escaliers. La scène s’élève en arrière du pulpitum, c’est-à-dire actuellement sous la rue. Cette scène est selon toute vraisemblance close par un mur représentant une façade de palais, comme il était en usage dans les théâtres antiques, mur qui avait aussi comme but de renvoyer les sons et de cacher le paysage au public. En arrière de la scène se rencontre le postscaenium, l’arrière scène, clos par le mur extérieur du théâtre. De chaque côté de la scène, les parascaenia, magasins d’accessoires, accessibles par les mêmes vestibules que celui des escaliers donnant sur les maeniana nord et sud. L’entrée dans l’arène se faisait par deux vomitoires monumentaux, impressionnant lorsqu’on est entre leurs murs. Ils étaient voûtés et l’on aperçoit encore le départ de cette voûte. 
Toutes les parties décrites ici (en dehors du podium et des parties basses des grandes entrées) sont revêtues d’un petit appareil de tuf interrompu de chaînage de brique, caractéristique du IIe siècle. Les caractéristiques des maçonneries ne permettent pas non plus de réconcilier les diverses opinions quant à l’édifice à l’origine du théâtre de Lillebonne. Nous n’avons pas ici à prendre parti. L’important en effet est déjà de s’arrêter, voire de s’appesantir sur l’importance de cet édifice pour la connaissance de l’architecture antique en Normandie, trop mal connue. Ainsi que de faire découvrir une Cité antique quasiment oubliée de nos jours, Lillebonne. Nous allons donc revenir rapidement, puisque ce n’est pas le sujet ici, sur d’autres découvertes effectuées sur le site.
 
Domus, Thermes et tombe
 
Quatre maisons de ville somptueuses (domus), furent fouillées au XIXe siècle à Lillebonne, facilement reconnaissables car les matériaux qui les constituaient étaient dits nobles (pierre, marbre). Elles possédaient des bains, des pièces avec péristyle, mosaïque... Mais à côté de ces domus existaient aussi des habitations plus modestes, que l’on n’a reconnues que depuis peu, en raison de l’évolution des techniques de fouille. Ces habitations en torchis et colombage furent rencontrées à l’est de la zone urbanisée, puis ailleurs plus ponctuellement. La ville n’était donc pas déserte ! Ou uniquement occupée par de riches notables. A côté de l’habitat fut aussi fouillée une fontaine, non loin de l’aqueduc dont l’alimentation à elle seule est intéressante. En effet, le captage de l’eau s’effectuait par une retenue d’eau de type unique en Gaule, mur de 103 m de long sur 2,50 m de haut et 2 m de large en contrebas de plusieurs sources. Le débit était constant et était capté par une conduite enterrée. L’aqueduc alimentait une fontaine à l’est de la ville. Des thermes monumentaux, thermes d’Alincourt, furent aussi dégagés en 1880, puis petit à petit de nos jours à l’occasion de travaux de voirie. La superficie reconstituée actuellement dépasse le demi-hectare, et tout ne fut pas découvert. L’ensemble, datant du IIe siècle, devait apparemment être somptueux, en raison des débris de décor trouvés, notamment du marbre. 
Le mobilier le plus somptueux jusqu’alors mis au jour est celui de la tombe dite de Marcus, à l’emplacement du lycée Guillaume le Conquérant. Cette tombe, située en contrebas de la voie romaine, près d’une domus, était en terrain calcaire et inondable. Certains objets furent donc endommagés. Ses dimensions sont de 90 cm x 90 cm x 60 cm. A l’intérieur fut retrouvée une urne en plomb cylindrique avec couvercle contenant une urne en verre renfermant les restes du mort. A côté de l’urne en plomb avaient été déposées trois bouteilles de verre bleu avec anses, d’autres objets en verre dont une petite fiole à parfum en verre noir en forme de dauphin et une autre en cristal. Quelques poteries y avaient aussi été posées ainsi que des objets en bronze, gobelet, deux aiguières, deux bassins, des strigiles, et enfin un buste anthropomorphe contenant l’huile dont s’enduisaient les athlètes. On relève encore des objets précieux, gobelet et plat en argent. Cette tombe est peut-être liée à la domus près de laquelle elle se trouvait, tombe d’un jeune homme riche d’environ 18 ans, auprès de qui l’on a déposé des objets cultuels, des offrandes, et des objets de son enfance. Le mobilier de cette tombe est visible à Lillebonne, au musée. D’autres objets furent découverts lors des diverses fouilles. Ils sont pour la plupart au musée des Antiquités de Rouen, mais il faut aussi mentionner une statue exposée au Louvre. 

Quelques-uns des nombreux objets découverts dans la tombe de Marius : flacons à parfum et à huile, plats et timbale, mors et étriers, strigiles. En bas à gauche : mosaïque, trouvée sur le site des thermes d’Alincourt, à Lillebonne.
 
1) Acte de bienfaisance réalisé par une personne riche envers une communauté : don d’un temple, d’un édifice de culture à une cité par exemple.
2) La famille julio-claudienne débute avec Auguste, devenu seul détenteur du pouvoir en 23 avant Jésus-Christ, et s’achève avec Néron en 69 ap. J.C.. Tous les successeurs d’Auguste sont ses descendants. Cette famille se caractérise aussi par un type d’organisation politique commune, le princeps, ou l’empereur. La chute de cette dynastie est due à la forme même de cette conception du pouvoir, surtout attachée à la grandeur personnelle plus qu’à la grandeur de l’empire comme le concevait Auguste.
 
BIBLIOGRAPHIE :
- Eric Follain, « Lillebonne gallo-romaine », in Archéologia, Novembre 1998 : 56-65.
- Evelyne Poirel, Le théâtre romain de Lillebonne, Musées et monuments départementaux de la Seine-Maritime, Ière éd. 1974, rééd. 1985.
- Michel Provost, « Lillebonne », Carte archéologique de la Gaule la « Seine-Maritime », 1998.
 
Tous mes remerciements à Mademoiselle Nathalie Roy pour son aide. 
 

Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 25, 1999)
 - © Patrimoine Normand


 

Catégories pouvant vous intéresser :

Autres publications pouvant vous intéresser :

Le Havre 1517 ! Naissance d’une ville à la Renaissance

Publié le : 2 avril 2017   Le Havre 1517 ! Naissance d’une ville à la Renaissance Extrait Patrimoine Normand N°101 Par Stéphane William Gondoin Le 7 février 1517, le roi François Ie...

 

Les premiers photographes normands

Publié le : 31 mars 2017   Vue générale de la cathédrale de Rouen par Edmond Bacot, vers 1852-1854. Tirage sur papier salé à partir d’un négatif verre (© The Metropolitan Museum of...

 

Grand Bunker de Ouistreham : le musée du Mur de l’Atlantique

Publié le : 31 mars 2017   Le musée attire chaque année de nombreux vétérans avec leur famille, des reconstitueurs passionnés et des militaires des pays alliés (© Grand Bunker)....

 

Claude Du Vall : le bandit normand

Publié le : 30 mars 2017   Claude Du Vall séduisant une victime sur la route. D'après un tableau anglais du XIXe siècle (© Manchester Art Gallery).   Le band...

 

Les espions de la reine d'Angleterre à Rouen

Publié le : 03 janvier 2017   Les espions de la reine d'Angleterre à Rouen Extrait Patrimoine Normand N°100 Par Serge Van Den Broucke Alors qu'en 2016 a été partout célébré...

 
Paiements sécurisés
Abonnement Patrimoine Normand

 

Pratique

 bas