Patrimoine Normand magazine

 





Valognes d'Alauna à la Renaissance

Valognes. Maison du grand quartier

Valognes 
d'Alauna à la Renaissance


Extrait Patrimoine Normand N°35
Par Isabelle Audinet

Thermes de Valognes

Au cœur du Clos du Cotentin, dans cette bande de terre s’avançant dans la mer et quasiment isolée du reste du continent par des marais, Valognes acquit en quelques siècles une position de capitale. Fortement touchée lors de la dernière guerre, la ville retrouve peu à peu ses origines et son patrimoine très riche.
Nous allons, dans un premier article, nous pencher sur une période très longue de l’histoire de Valognes, de l’Antiquité à la fin du XVIe siècle, période précédant les deux grands siècles de la ville, devenue Versailles Normand.






Alauna, nouvelle capitale des Unelles

On ne sait presque rien des Unelles, peuple du Cotentin, avant la conquête romaine et leur défaite face à César au Mont Castre en 56 avant J.C. Si la Normandie du Haut Empire (Ier - IIIe siècles) est encore peu connue, que dire de la période gauloise ? La capitale des Unelles n’a pas de localisation précise, même si certains la situent au nord de Carentan. La conquête apporte une rupture avec la fondation d’une nouvelle capitale, Alauna, située à l’intersection de plusieurs voies romaines. Peu citée dans les textes (deux itinéraires la mentionnent, l’itinéraire d’Antonin au début du IIIe siècle et la Table de Peutinger au IVe siècle), elle est de nos jours mieux connue grâce aux fouilles et autres recherches archéologiques.
Elles suggèrent en effet « l’existence d’un habitat parfois très rapproché, relié par des voies de communication importantes. La densité du réseau des voies et des chemins anciens est remarquable. » (1) Alauna était reliée au nord du Cotentin, à l’est, vers Barfleur, au sud et au reste de la Gaule (par deux voies, une à l’ouest vers Rennes, une autre à l’est vers le Bessin). Le réseau viaire repéré forme une véritable toile d’araignée autour d’Alauna, partant de celle-ci, ce qui montre son rôle prédominant. Quant à la ville elle-même, outre les fouilles qui ont permis de mieux comprendre les ruines, la photographie aérienne a montré l’existence d’un lien avec Fermanville, au nord près du Cap Lévy, qui s’avère être le port de Valognes (des vestiges d’un équipement portuaire ont été trouvés au XIXe siècle), Cherbourg n’apparaissant qu’au IVe siècle. 
L’arrivée des Saxons au ive siècle après J.C. causera la perte d’Alauna, malgré la frontière fortifiée implantée depuis le IIIe siècle, le litus Saxo nicum. Cette vague d’envahissement précédera une installation plus forte des mêmes au vie - viie siècle. Après cette fin, apparemment par le feu, la capitale des Unelles est transférée à Coutances ou Constantia, cité de garnison créée au ive siècle, qui devient alors le centre économique et administratif.

ruines d`Alauna

Vue axonométrique des vestiges conservés

Découverte d’Alauna
 
L’intérêt pour les ruines, encore bien visibles alors dans le paysage, puisqu’on les aperçoit toujours de l’église d’Alleaume, naît au XVIIe siècle, sous l’impulsion de l’Intendant Foucault. Les thermes, dont les ruines imposantes sont visibles le long de la rue Pierre de Coubertin, sont constituées de plusieurs salles. Les récentes fouilles ont daté les restes du Ier au IIIe siècle, le premier état remontant à la seconde moitié du Ier siècle.


 

Le Merderet.

Valognes au Moyen Age

La fin de l’Empire romain est marquée par l’arrivée des « Barbares » venus d’Orient, causant d’abord des destructions, mais se mêlant progressivement à la population d’origine. Wisigoths, Burgondes et Francs obtiennent ainsi des territoires, royaumes fédérés concédés aux « Barbares » par l’Empereur romain à la suite d’un traité. Des traces de ces installations ont d’ailleurs été trouvées en Normandie (dans le Cotentin à Vierville et Réville et dans le Bessin), grâce aux fouilles archéologiques de nécropoles des ve au viie siècles. Invasions au premier abord qui finissent par devenir des échanges commerciaux avec les Francs, peuple à l’origine minoritaire qui finit par imposer aux Gaulois leurs structures sociales et culturelles. Après la conquête de la Gaule par Clovis à la fin du ve siècle, les successions et conquêtes diverses aboutissent au royaume de Neustrie au viie siècle, correspondant au territoire des Francs Saliens venus de l’ouest, implantés notamment en Normandie. Le pouvoir des rois mérovingiens est représenté dans le Cotentin par deux comtes, l’un en charge d’un territoire autour de Coutances, l’autre d’un comté autour de Cherbourg. Ni Alleaume ni Valognes n’apparaissent comme siège d’un quelconque pouvoir. Plusieurs fiscs royaux sont cependant connus autour d’Alleaume, à Nantheuil, le Ham, Lieusaint, Brix.
Les Ve et VIe siècles constituent une période charnière dans la continuité de l’Antiquité tardive (puisque les campagnes sont encore organisées autour des villae ou domaines terriens et des vici groupements d’habitats au rôle commercial souvent), avec l’arrivée du Christianisme. Si la première mention apparaît comme assez précoce en raison de l’éloignement de la province des centres de l’Empire (314), la christianisation de la Normandie est en réalité lente et tardive. Le premier évêque de Coutances est sûrement connu en 511, celui de Bayeux en 538.


Monsieur Leboyer, Maire de Valognes : « Le patrimoine, j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux ».


Maire de 1995 à 2008, Monsieur Leboyer nous a reçu pour nous parler de Valognes.
 
Vous êtes Valognais,
comment ressentez-vous la ville ?


« J’aime bien Valognes, ça va de soi. Je l’ai vu changer, en s’améliorant. Le Valognes d’avant-guerre était extrêmement bourgeois. La guerre, qui n’est jamais à souhaiter, a amené la solidarité. Après, des gens sont venus, des architectes de la région parisienne, tous ont incontestablement apporté une “démocratisation”. Le premier élan de “démocratisation” vient de l’après-guerre (...) Valognes est une ville à part quand même. J’ai battu la moitié du département, il n’y a qu’une ville, je crois, qui ressemble à Valognes, c’est Coutances. Peut-être ses origines religieuses, ses édifices... »

 
Le Patrimoine à Valognes,
quelle importance a-t-il ?


« Il est important, il est important. On y veille, je ne vous cache pas que j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux. On va d’ailleurs passer en Pays d’Art et d’Histoire, avec le canton de Bricquebec et le canton de Saint-Sauveur. Trois cantons qui sont ruraux, qui n’ont pas de frontière avec la mer. Le 26 octobre de cette année, nous allons passer de Ville d’Art et d’Histoire à Pays d’Art et d’Histoire. Nous avons une maison du Tourisme et du Patrimoine, des bâtiments superbes, en pierre. Nous avons rénové, depuis que je suis maire, l’église d’Alleaume (...), les ruines des thermes, la bibliothèque constituée de deux bâtiments (...) On a relié le xixe et le XVIIe siècle avec une galerie en verre du xxe siècle qui s’intègre bien. Nous lui avons donné le nom de l’abbé qui avait créé la bibliothèque au xviiie et celui de Pierre Godefroy. Elle possède 204 incunables et 22 ou 23 000 ouvrages dans le fonds ancien. En fait, on a eu une chance inouïe au XIXe siècle d’avoir à Valognes des gens comme Léopold Delisles... appartenant à des Académies des Sciences et des Belles Lettres, qui ont beaucoup apporté. »
On a constaté une répartition symétrique des salles, six salles froides d’un côté, quatre salles chaudes sur hypocaustes en léger contrebas de l’autre. Cette architecture ne se retrouve que dans les thermes de grandes cités, correspondant à un programme de construction impérial remontant au règne de Néron (54 - 68). Les restes du théâtre furent aussi fouillés à partir du XVIIe siècle, révélant un plan classique en fer à cheval pouvant accueillir 4000 spectateurs (avec une galerie supérieure, 3000 sans), ce qui fait de lui le plus petit théâtre reconnu en Normandie. Il est daté du IIe siècle, sous Hadrien (117-138).Ont encore été reconnues les ruines d’un castrum (quelques pans de murs), et les recherches récentes par photographie aérienne ont permis de mettre au jour les traces du plan de la ville, « quadrillage »  à l’intérieur duquel on reconnaît le cardo, axe principal de l’agglomération. Il se dirigeait vers le port de Fermanville, et on le retrouve encore de nos jours dans la voie qui mène de Valognes à Fermanville. Toutes ces traces et ruines de parure monumentale importante, ainsi que la densité du réseau viaire nous portent à croire que l’agglomération d’Alauna aurait pu être la capitale de la Civitas des Unelles, bien qu’elle n’apparaisse pas en tant que telle dans les textes, ce qui est difficilement compréhensible.
A la fin du VIe siècle, les communautés chrétiennes ne sont installées qu’en ville, les campagnes ne seront touchées que plus tard, par la fondation de monastères aux viie et viiie siècles dans les cadres encore en place. Ces monastères sont fondés par les aristocrates sur leurs domaines, par les évêques ou par des ermites. C’est ainsi que sont créés les monastères de Lieusaint, Nantheuil (par saint Marcouf) et surtout le Ham (par Fromond en 677-678 sous Thierry III) (2) sur des fiscs mérovingiens mentionnés plus haut. Le monachisme reste le fait d’hom mes d’exception, et en tout cas des initiatives isolées. Le cadre paroissial se met en place progressivement, dans les vici , de façon à répondre aux besoins du plus grand nombre de croyants possible. « Face à la dispersion de l’habitat, des sites ont été choisis, aux con fins de plusieurs terroirs.» (3)

Le IXe siècle apporte des changements notables avec les incursions bretonnes et scandinaves. Les premiers monastères et autres lieux de cultes fondés à la période mérovingienne sont détruits ou en partie, et le clergé fuit le Cotentin. On peut donc penser que le Christianisme, qui avait mis tant de temps à s’affirmer, fut peu à peu délaissé pour un retour aux croyances païennes. Cependant, avec le xie siècle et un nouvel engouement pour la religion chrétienne, les anciens centres religieux deviennent des sièges de paroisses. Ainsi au Ham, qui garde la même dédicace, à Saint-Pair... Les ixe et xe siècles ne sont pas des siècles de totale rupture et de totale destruction : continuité dans les lieux de cultes, mais aussi dans les formes domaniales qui reprennent les domaines mérovingiens. Sur ces bases, peut-être est-il donc possible d’envisager la fondation d’une église à Alleaume, non pas sur les lieux d’un ancien culte gallo-romain, mais sur ceux d’un habitat postérieur. A moins que les monastères proches du Ham et de Lieusaint aient suffi pour répondre aux besoins de la population ?
 
1. Restes du prieuré du Ham, XVe siècle. Il est situé dans le jardin public

2. Lavoir Saint-François sur le ruisseau Saint-Jean, rue Saint-François.

 
3. Lavoir et pont de l’ancien Hôtel Dieu, rue de l’Hôtel Dieu.
 
4. Le pont Secouret, premier pont sur le Merderet, prenant la place d’un ancien gué.
 
5. Pont de la Foulerie, sur le Merderet, à l’entrée est de Valognes (rue de la Foulerie). Des drapiers étaient installés en ce lieu.
 
Le renouveau normand
 
Des textes plus nombreux avec le XIe siècle nous permettent de mieux percevoir l’organisation de cette région du Cotentin. A la tête de leur territoire, dégradé par les invasions bretonnes et scandinaves, leurs ancêtres, les ducs, pour en tirer profit, se doivent de le réorganiser : réseau de l’habitat, réseau des lieux cultuels chrétiens (égli­ses et monastères). Le xie siècle est reconnu pour avoir été un renouveau urbain partout sur le territoire de la France, surtout à l’ouest, mais ce phénomène est particulièrement marquant en Normandie, qui connaît non seulement un renouveau des villes anciennes (stabilisées surtout par leur rôle religieux - Rouen, Bayeux, Sées, Coutances, Avranches), mais aussi la fondation de nombreux centres d’habitat, par la volonté des ducs, les bourgs, souvent dans les campagnes. Certains de ces bourgs deviendront des villes importantes de Normandie : Fécamp, Dieppe, Cherbourg - même si un noyau antique préexistait - Saint-Lô, et... Valognes. Valognes apparaît dans les textes en 1027 (la mention antérieure, Manuine, entre 996 et 1008 est douteuse, et il est préférable de ne pas en tenir compte), citée dans le douaire d’Adèle, jeune femme de Robert III. Ce douaire comprenait la ville et comté de Coutances (sauf les possessions de l’archevêque), Ver, Cérences, Agon, Valognes, les châteaux de Cherbourg, Isle-Marie et Brix, l’abbaye de Port-Bail et d’autres pagi et domaines. Quelle réalité pouvait revêtir Valognes au xie siècle ? La campagne environnante avait un aspect différent de l’actuel, puisque la forêt occupait une bonne partie du territoire. Deux voies se rejoignaient auprès des ruines d’Alauna qui devaient être encore imposantes, et un petit centre d’habitat avait peut-être résisté à la fin de la cité antique, mais ceci n’est qu’une hypothèse. Dans la forêt, aux alentours, des ruines des monastères mérovingiens sur lesquelles les ducs vont refonder des églises,  centres paroissiaux, ainsi que des carrières de calcaire exploitées depuis l’Antiquité, se situant sur les actuelles communes d’Yvetot-Bocage et valognes. Zone assez déserte vraisemblablement. Valognes serait ainsi un bourg fondé sans doute par le duc, sur des axes importants qui favorisent le succès de cette fondation : une résidence ducale, et non un château, est en effet mentionnée au cours du xie siècle, habitée par Guillaume le Bâtard lors de sa jeunesse, résidence où il faillit être assassiné en 1046 par des seigneurs rebelles ; complot duquel découle la bataille de Val ès Dunes (1047). Du premier lieu de culte, on ne sait rien, seuls quelques rares vestiges romans subsistant actuellement (chapiteaux du XIe - XIIe siècle), mais qui laissent entrevoir un édifice de grande taille. Fondation ducale apparemment, le bourg de Valognes attire la population au pied d’une résidence et d’une église. Son importance croissant, la résidence est transformée en château, à une période mal définie, (xiie siècle). L’étude des Grands Rôles de l’Echiquier normand, documents comptables du xiie siècle, permettent de mieux ressentir ce bâtiment à l’épo­que, ainsi que l’importance de la ville dans le duché. Sous Henri II, Valognes se situe en effet assez haut dans la hiérarchie diplomatique, par le nombre de citations, juste derrière Caen (45 à 26 citations) et devant Cherbourg. Rôle politique important donc, mais rayonnement restreint. Une camera est mentionnée dans ces  Grands Rôles, pièce de taille inconnue et à la destination imprécise, mais appartenant à la résidence ducale. Cette camera était dotée d’une chapelle (« au chapelain de Valognes pour le service de la chapelle de la camera » [4]), mais on ne connaît pas sa position. Quant à la camera, le seul détail que l’on connaisse est qu’elle était lambrissée. Existait-il par ailleurs un donjon, les Grands Rôles ne le mentionnent pas. Un quartier artisanal semble déjà exister à l’emplacement du quartier des tanneurs, rue du Grand Moulin. Fait important, par ailleurs, Guillaume le Bâtard fit don d’une terre à Valognes à Geoffroy de Montbray, évêque de Coutances. Un petit manoir est construit, dénommé le Manoir l’Evêque, dont on voit encore le portail d’entrée rue Mauquet de la Motte.
Après la conquête de la Normandie par Philippe-Auguste, Valognes intègre le domaine royal en 1204.
 

Passage rue Léopold Delisle bordé de maisons de la fin du Moyen Age.

Valognes du Moyen Age à la Renaissance
 
Le Valognes médiéval est de nos jours encore peu connu, notamment sa topographie. L’isolement du Cotentin et sa position centrale sur de grandes voies de circulation la reliant au Bessin et au Mont Saint-Michel, ont dû profiter à son développement, tant « phy­sique » qu’administratif, commercial ou cultuel. Les destructions dues à la Seconde Guerre mondiale sont sans doute responsables d’une perte importante du patrimoine médiéval, mais l’enrichissement des habitants et de la ville a sans doute apporté une forte contribution à cette perte, en raison des reconstructions d’édifices en des styles architecturaux plus à la mode. Cependant, si l’on s’attarde sur les édifices de la ville, hôtels ou maisons, l’empreinte du Moyen Age nous apparaît encore, surtout depuis que des restaurations et des études se développent. Sa topographie reste floue. On sait que Valognes possédait un château, formé (à la fin du Moyen Age) d’un donjon, de grands fossés, de murailles, tours, terrasses, chemins couverts, maisons, chapelle et d’éperons. Il était situé au nord du village, le long de la voie. 
L’église Saint-Malo fut fondée au pied du château et les habitants se fixèrent autour de l’église (quartier marchand) et le long de la voie d’accès. A l’ouest du château fut implantée la place du marché et, à l’extérieur, le long du Merderet et des ses affluents, le quartier artisanal des tanneurs, bouchers. C’est d’ailleurs le quartier médiéval de Valognes actuel. Le quartier des potiers est connu à partir du xive siècle à l’est (actuelle rue de Poterie). La densité de l’habitat devait être assez faible, les maisons longeant la rue avec des jardins à l’arrière. De nos jours encore, les maisons cachent les nombreux nids de verdure au centre des pâtés de maisons. Certains édifices sont connus, comme le manoir de la Cohue, à partir du xiiie siècle et son enclos, situé à l’emplacement de l’Hôtel de la Haulle. Ce manoir de la Cohue accueillait l’Official, prêtre rendant la justice, jusqu’en 1430. Existait aussi le Manoir Presbytéral et toujours le manoir L’Evêque.
La ville de Valognes ne fut jamais enclose, malgré les périodes troublées de la guerre de Cent Ans qui poussèrent de nombreux habitants d’autres régions à protéger leurs villes. Ce phénomène ne semble pas avoir pris en Normandie, sinon dans les plus grandes villes. Valognes a donc toujours été une ville ouverte, mais des croix, d’origine religieuse, séparaient le centre de la ville des quartiers. Ces croix étaient le signe de la liberté et de la franchise.
Pendant la Guerre de Cent Ans, Valognes est prise par Charles le Mauvais qui s’installe dans le château. Du Guesclin y met le siège en 1384 pour le déloger. La ville devient un enjeu permanent entre les divers protagonistes, qu’ils soient Anglais, Navarrais ou Français. Il est aisé d’imaginer les destructions subies. A la fin de la guerre, la ville est décrite comme exsangue, comme d’autres villes normandes. De nouveau dans le royaume de France, Valognes est donnée par Louis XI à sa fille Jeanne de France, femme de l’amiral Louis de Bourbon. La reprise architecturale, culturelle et cultuelle qui s’effectue alors dans tout le royaume est fortement marquée à Valognes. De nombreux édifices du XVe siècle nous sont parvenus et sous l’impulsion de Jeanne de France sont fondés l’Hôtel Dieu (en 1497 par Jehan Lenepveu, son chapelain) et le couvent des Cordeliers ou Dominicains. On peut peut-être lui imputer la reconstruction du chœur de l’église Saint-Malo, mais rien ne permet de la vérifier, car on ne possède pas de date de mise en route du chantier. Ce renouveau s’affirme au-delà du xve siècle, les édifices cultuels attirant population et richesses. L’implantation des Cordeliers dans une ville est un marqueur de l’importance de cette dernière, les Mendiants cherchant à toucher un maximum de population pour répandre leur parole, ... et récolter des fonds. Valognes avait donc encore un rôle de capitale, toujours au centre du Cotentin.

Bibliographie
 
- Ceccaldi, Geneviève - Valognes et sa noblesse de 1689 à 1789 - thèse de l’Ecole des Chartes.
- Gauthier, Nancy - « L’évangélisation de la Normandie », in L’évangélisation de la Normandie, Les Dossiers d’Archéologie -  n° 144 - janvier 1990.
 
- Jarry, Thomas - « Début du Christianisme dans l’ouest de la Normandie », in Annales de Normandie, 47e année, n°2 - mai 1998 : 115-149.
 
- Valognes, Art de Basse-Normandie, n° 56.
 
- Marin, Jean-Yves - Rey-Delqué Monique - « Les ancêtres des Vikings et la mer », in Archéologia, n°281 - juillet-août 1992.
 
- Musset, Lucien - « Le problème de la continuité monastique en Normandie entre l’époque franque et l’époque ducale : les apports de l’épigraphie », in Histoire religieuse de la Normandie - C.L.D. - 1981.
Neveux, François - La Normandie des ducs aux rois, Xe - XIIe siècle, éd. Ouest-France Université - 1998.
Prevet, Alain - « Brève historiographie de l’Ecole Caennaise d’architecture à la Renaissance et aperçu sur ses prolongement dans le cadre du Clos du Cotentin », in Revue de la Manche - T. 37 -fasc. 147 - 1995.
Sevestre, Emile, Histoire de Valognes - Coll. Nouvelle revue d’Histoire - Barré et Dayez - Paris, 1926 - rééd. 1994.
 
Taboue, Antoinette - « Alauna et les voies anciennes du nord-est du Cotentin », in Annales de Normandie - 49e année, n°1 - mars 1999.
Viel, Michel - « Grandeur et décadence d’un domaine rural du Cotentin, la seigneurie du Quesnay à Valognes », in Revue de la Manche - T. 37 n°146 - 1995.
Vipard, Pascal - « Inscriptions funéraires et dédicaces », in L’évangélisation de la Normandie, Les Dossiers d’Archéologie - n° 144 - janvier 1990.
Les Guerres de Religion au XVIe siècle frappent encore Valognes, avec le siège des Protestants, mais ne ralentissent pas l’extension de la ville, le réseau des rues devenant sans doute plus dense et les bourgs se multipliant. A la veille du xviie siècle, plusieurs quartiers sont mentionnés : Autour de l’église Saint-Malo et de l’Auditoire, quartier à la fois commercial, administratif, judiciaire et cultuel ; Au nord, le château, dont la destruction sera prononcée en 1649, mais réalisée bien plus tard ; Le quartier du Gravier et rue de Poterie, au nord-est du château, à la limite de la paroisse d’Alleau­me ; Alleaume, paroisse limitrophe à l’est ; Beaurepaire, quartier résidentiel ; Le Gisors, à l’ouest, près du quartier artisanal, où sont implantés l’Hôtel Dieu et les Cordeliers ; le Quartier du Quesnay, à l’extérieur de la ville autour du domaine du Quesnay, déjà connu au xiiie siècle. Il devient un lieu protestant avec la famille Potier de Rotot, qui transforme la chapelle du manoir en temple. Enfin le Grand Quartier, au sud, à côté du Quartier artisanal. Comprenant de nombreuses maisons et manoirs des XVIIe et XVIIIe siècles, les arrière-cours révèlent parfois des manoirs plus anciens (comme l’Hôtel du Louvre, rue des Religieuses, remontant au xvie siècle). Ce quartier devient militaire au XVIIIe siècle.
L’architecture du XVIe siècle, Renaissance, est peu ou pas représentée à Valognes (détails sur le chœur de Saint-Malo). Ceci s’explique par la reconstruction des hôtels et des manoirs aux siècles des Lumières par la noblesse de robe et la bourgeoisie montante. L’architecture Renaissance a cependant dû orner les rues de la ville avant l’engouement pour l’architecture classique. Il est d’ailleurs vraisemblable, à l’observation des manoirs et châteaux de la Manche présentant une architecture de cette période, bien plus proche du style caennais que de celui du sud de la Manche, que l’influence des artistes de Caen se faisait sentir, suivant en cela les voies de communication utilisées depuis l’Antiquité passant par le Bessin et Caen.
A la veille du XVIIe siècle, Valognes présente encore un visage médiéval. Mais les siècles des Lumières vont apporter des changements notables tant dans les institutions, avec un envol de l’importance de la ville, que dans sa culture, ville de nobles de robe et de bourgeois. Nous en reparlerons dans le numéro suivant.
Remerciements à Louis Dorléans pour avoir accepté de me confier quelques souvenirs, à Monsieur Leboyer, Maire de Valognes, pour m’avoir parlé de sa ville, enfin à Monsieur Julien Deshayes, de la Maison du Tourisme et du Patrimoine, pour ses conseils précieux et avisés.


(1) Cité par Taboué.
(2) Fondé au viie siècle par l’évêque Fromond, le Ham, abbaye de femmes, n’est connu que par deux sources, une mention du roman de Wace (le Roman de Rou) datant du xiie siècle, et surtout par une superbe table d’autel (98 cm x 90 x 14.5), du viie siècle couverte d’un texte dédicace très précieux. L’autel fut consacré le 15 août 678-679 sous le règne de Thierry III. Cette table fut découverte en 1693 dans l’église Saint-Pierre du Ham.
(3) Cité par Jarry.
(4) Cité par Th. Stapleton, Magni Rotuli scaccarii Normanniae sub regibus Angliae, 1ère partie, Londres, 1840. Compléments dans T.D. Hardy, Rotuli normanniae in turri Londinensi asservati, Johanne et Henrico Quinto Angliae regibus, I, (1200-1417), Londres 1835.


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