Patrimoine Normand magazine

 





Bernard Cauvin, à l'origine de la Cité de la Mer

gare maritime Cherbourg

Bernard Cauvin,
à l'origine de la Cité de la Mer


Extrait Patrimoine Normand N°77
Par Jeannine Bavay

Comment à partir d'un sous-marin et d'un bâtiment peu commun, avec du temps, beaucoup de patience et d'efforts pour fédérer les énergies et récolter de l'argent, est né un  site touristique qui a déjà accueilli deux millions de visiteurs.

Président de la Cité de la Mer depuis 2002, Bernard Cauvin est un homme énergique et passionné qui va sans cesse de l'avant. La Cité de la Mer est son enfant, il m'a raconté comment au fil des années, il a pu réaliser ce projet, à la fois œuvre de sauvetage et de création.
Il a travaillé à l'Arsenal de Cherbourg sur le Redoutable, syndicaliste à la CFDT, il  a commencé sa carrière politique en 1982. Ancien conseiller régional (PS), ancien député, il est aujourd'hui maire d'Equeurdreville-Hainneville, vice président de la Communauté Urbaine de Cherbourg. 
Un bâtiment exceptionnel, la gare maritime, qui mourait lentement depuis les années 70 : ce bâtiment est typique de l'architecture “Art-Déco” qui caractérise les années 30. Il a été construit dans la foulée du Salon des Arts Décoratifs de 1925, pour doter Cherbourg d'une gare maritime conforme à son trafic. En effet, depuis 1869, tous les grands paquebots du monde venaient à Cherbourg faire une halte dans la rade, la plus grande du monde, et très abritée. Mais il n'y avait pas de quai, pas de gare maritime sur le port, les navires restaient à l'ancre dans la rade, des navires transbordeurs amenaient les passagers à terre et des navettes les conduisaient vers la petite gare maritime en centre ville. Ce n'était pas simple, pourtant le trafic était intense. Les plus prestigieux paquebots défilaient à Cherbourg, dont Titanic en 1912.  Les deux tiers du trafic se faisaient avec l'Amérique du Nord, en particulier les États-Unis et le Canada, un tiers avec l'Amérique du Sud, essentiellement le Brésil et l'Argentine. La seule année 1920 avait vu 1000 escales de paquebots. Cherbourg avait accueilli jusqu'à huit paquebots le même jour en mai 1920 dont le Léviathan et le Majestic, les deux plus grands de l'époque. En 1929, 300 000 passagers étaient enregistrés à Cherbourg, ce qui plaçait la ville au deuxième rang des ports français. La construction d'une gare maritime importante devenait donc une nécessité. Un complexe gigantesque fut édifié. Un port en eau profonde permettait de venir accoster à un quai au plus près de la ville. Les trains arrivaient dans le grand hall de la gare maritime (qui accueille aujourd'hui les foires-expositions et la galerie des engins sous-marins)  qui mesure 240 m de long. Les croisièristes montaient alors dans la salle des  Pas Perdus, puis passaient dans la salle des Bagages. De grands salons occupaient  l'étage, qui pouvaient à l'occasion accueillir des concerts. Ce complexe gigantesque était le deuxième en superficie après Versailles. Un campanile de 70 m de haut  avec ses quatre horloges le couronnait, silhouette familière aux Cherbourgeois. Cette gare transatlantique avait été  inaugurée le 30 juillet 1933 par le président de la république Albert Lebrun. C'était  l'année de l'arrivée  de Hitler au pouvoir. Les beaux jours de la gare maritime ne durèrent guère ; Cherbourg fut occupé par les Allemands et avant de partir, ils dynamitèrent le port et ses installations pour que les Alliés ne puissent l'utiliser. Les Cherbourgeois se souviennent encore du paysage de désolation après le départ des Allemands. 
Le trafic reprend, la gare maritime est reconstruite à l'identique, sauf le campanile, les sirènes rythmant les mouvements des navires se font à nouveau entendre  mais les belles années sont terminées. L'aviation concurrence les paquebots, le Queen Mary  et le Queen Elisabeth , les deux fleurons de la Cunard sont désarmés au début des années 60. La gare maritime n'a plus de vocation économique, ses structures rouillent peu à peu, les verrières sont cassées, les claustra détruits. La transformer en complexe culturel ? C'est difficile. Georges Moustaki vient donner un concert, invité par la Fédération des Œuvres Laïques au début des années quatre vingt. Il fait le plein, mais les sièges sont inconfortables et il fait très froid. L' État a inscrit certains éléments  comme le grand escalier  mais  on comprend qu'il va falloir trouver des sommes considérables si on veut sauver la gare maritime. C'est pourtant un très bel exemple de l'architecture Arts Déco des Années Folles et la dernière grande gare maritime existant encore.

 
Il est question
d'un sous-marin...
 
Alors survient un événement qui, a priori, semble avoir peu de rapport avec la gare maritime : le plan de restructuration de la défense de Chevènement, qui transfert de nombreux militaires à Brest ; accompagné de nombreuses suppressions d'emploi à l'Arsenal, une catastrophe pour Cherbourg. Le sous-marin le Redoutable, lancé en 1967 par le général de Gaulle, symbole de la force de frappe française, est désarmé. L'État le propose pour le franc symbolique à Cherbourg, comme lot de consolation. 
C'est donc la conjonction du sauvetage d'une cathédrale Arts-Déco et d'un sous-marin nucléaire  qui va lancer le projet de la Cité de la Mer. Dans l'ensemble, la population attachée au patrimoine maritime et au patrimoine industriel est favorable. Un concours est lancé, une quarantaine d'architectes, dont des architecte internationaux présentent leurs projets, cinq sont retenus, un est choisi, car il répond de façon satisfaisante au problème délicat de la présentation du sous-marin de 9000 tonnes au public. En effet, sur le quai, il aurait écrasé l'architecture du bâtiment, dans le hall il aurait été encore plus écrasant. Sur un quai de flottaison, les problèmes d'entretien se seraient posés. Finalement, la présentation dans une darse le rend accessible, en place et avec sécurité. Le public qui le visite a l'impression que l'équipage vient de le quitter et se rend compte de la difficulté pour 130 hommes de vivre ensemble pendant 70 jours dans un si petit espace, sous la mer. Cela pas été chose facile : la mise au point du commentaire de la visite du sous-marin a demandé un an et demi de travail !  
Monsieur Cauvin réunit quelques personnes de toute sensibilité politique ( socialistes, écologistes, communistes, RPR...) pour fédérer et convaincre. Cherbourg a des atouts, c'est un port en eau profonde bien  abrité ;  les paysages alentour sont magnifiques, mais le flot des touristes qui passent du Calvados à la Bretagne ou à l'Espagne ne “monte pas”   jusqu'à la pointe du Cotentin. Les statistiques disent que les utilisateurs du port de Cherbourg ne restent pas plus d'une demi-journée dans la ville. Le problème était de capter un maximum de ces trois millions de touristes. Un sous-marin n'était pas suffisant.  Par hasard, il va rencontrer des chercheurs d'Ifremer et deux phrases retiennent son attention : “l'homme en connait plus sur la surface de la lune que sur le fond des océans” et “sur les 75 000 km de longueur de la grande faille abyssale, l'homme en connait à peine 150 km”. Les océans recouvrent 80 % de la surface du globe terrestre et il reste beaucoup à faire pour les étudier et les faire connaître.  
Surtout, sa rencontre avec Henri-Germain Delauze, est capitale. Delauze, novateur dans le domaine de la plongée humaine en profondeur, fondateur de la Comex, le convainc que la conquête des abysses est compliquée, mal connue mais passionnante. Il lui conseille de s'engager dans le domaine de la plongée civile et lui propose de lui transmettre tous ses  engins : Globule, Total Sub ou le Remora, exposés aujourd'hui dans la Grande Galerie des Engins et des Hommes. Mais il ne faut pas oublier le vivant : 17 aquariums thématiques reflètent la diversité des espèces ainsi que le plus profond aquarium d'Europe avec ses 10,70m. L'audio-guide qui paraitra en avril donnera des détails sur le comportement des espèces et leur utilité, rendant ainsi plus vivante la visite. Ainsi à partir d'un bâtiment historique et d'un sous-marin, un nouvel espace touristique, un parc à thème ludique et scientifique unique en Europe, a été ouvert le 29 avril 2002, et il a dépassé les deux millions de visiteurs.
La gare transatlantique a été sauvée ; elle revit. La salle des Pas-Perdus a trouvé une finalité économique : elle est devenue un centre de congrès. A nouveau des paquebots viennent faire escale à Cherbourg. L'escale inaugurale du Queen Mary II en 2004 a relancé cette activité. Elle a aussi permis de remettre en état la salle des Bagages qui a été refaite à l'identique pour être utilisée par les croisièristes.
Cette salle de 1200 m2 accueillera  en 2012 toute l'histoire de l'émigration à destination du Nouveau-Monde. Elle va raconter l'émigration par l'image, un dispositif multi-média projettera des images émanant de plusieurs musées de l' émigration : Gênes, Brême, Rotterdam et New-York de façon à ce qu' après le départ des visiteurs elle retrouve son état initial. Les visiteurs descendront ensuite au rez-de-chaussée pour embarquer sur le Titanic, comme les 280 passagers qui avaient embarqué le 10 avril 1912 à 20 heures à Cherbourg

A Lire :
>> Cherbourg, la Cité de la Mer



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