Patrimoine Normand magazine

Un christ en majesté découvert à l’archevêché de Rouen. 31 Décembre 2013


Photographie redressée du christ après son extraction

Un christ en majesté 
découvert à l’archevêché de Rouen


  Extrait Patrimoine Normand N°88
Texte et photos :  Erik Follain et Dominique Pitte.

L’aménagement d’un Historial Jeanne d’Arc dans une partie de l’actuel archevêché de Rouen a motivé l’intervention des archéologues de la Direction régionale des Affaires culturelles. L’ensemble des travaux est accompagné de sondages et d’études qui permettent de progresser dans la connaissance du palais archiépiscopal, du XIe au XVe siècle.

Sondage archéologique dans la cour de la Maîtrise ; le bloc est en réemploi dans la maçonnerie au centre de la fouille ( D. Pitte).

 
Dans l’emprise d’une cour, dite « de la Maîtrise », la création d’un bâtiment d’accueil a imposé, préliminairement, l’ouverture d’un sondage. Le lieu est particulièrement sensible puisque cette cour correspond partiellement à l’emplacement de la grande salle du palais, construite à la fin du XIIIe siècle par l’archevêque Guillaume de Flavacourt. De cette salle ne subsiste que le pignon percé d’une baie dominant la rue Saint-Romain. Un décapage a révélé l’amorce du mur ouest de la salle, mais aussi une puissante maçonnerie, en retrait de la rue actuelle, correspondant à l’enceinte du palais édifié vers 1100 par l’archevêque Guillaume Bonne-Âme. C’est dans ce mur qu’un bloc particulier a attiré l’attention.
Ce bloc de parement se distingue par ses dimensions (1,17 m x 0,50 m x 0,50m) et par l’emploi de la pierre de Caen ; elle contraste nettement avec le calcaire blanc de la vallée de la Seine, utilisé pour tous les autres moellons ou parpaings. La surface supérieure du bloc montrait également un côté noyé dans le blocage du mur dessinant une série de courbes. Pour ces motifs, nous avons procédé à l’enlèvement manuel de la maçonnerie. C’est ainsi qu’est apparu le bas-relief d’un personnage remarquablement bien conservé, à l’exception du visage martelé.

Le bloc sculpté en cours de dégagement ( E. Follain).

 
Un premier examen de la sculpture indique, par le traitement des drapés et par les proportions, la période romane. Une inscription, gravée sur un bandeau à droite de la tête (R et I, ainsi qu’un troisième caractère mutilé) reste en attente d’interprétation. La pose donnée au personnage est celle d’un christ en majesté : assis de face, le bras gauche vers le sol et le bras droit levé. C’est ce que révèlent les deux épaules figurant dans le bas-relief ; les bras se poursuivaient de part et d’autre sur d’autres blocs. La qualité de la sculpture, ses grandes dimensions et le lieu même de la découverte, suggèrent que ce christ provient du tympan du portail central de la cathédrale romane. Comme tel, c’est un témoignage unique de cet édifice remplacé par la cathédrale gothique.
Après son extraction et son enlèvement, le bas-relief a fait l’objet d’une restauration dans les ateliers Giordani. Spécialisée dans la restauration d’objets d’art, cette entreprise, basée à Rouen, officie depuis de nombreuses années en Haute-Normandie. Certains sels minéraux qui saturaient la pierre ont été traités en priorité. Le séchage du bloc a parallèlement pris plusieurs semaines. Un traitement mécanique s’est avéré nécessaire pour enlever les traces de mortier. Enfin la sculpture a été consolidée en collant fêlures et éclats.
Le christ en majesté a - presque - regagné son lieu d’origine, puisqu’il est maintenant exposé dans l’une des chapelles du collatéral nord de la cathédrale. Après des siècles d’enfouissement, ce document unique repose désormais sur un socle dans la chapelle Saint-Julien, où chacun peut ainsi admirer ce témoin de l'édifice disparu.

Retrouvez l'article intégral dans la version papier de Patrimoine Normand
(n° 88Janvier 2014)



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