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13/3/2012Patrimoine Normand, lance la rubrique " Vous y étiez ! "



Patrimoine Normand, lance la rubrique " Vous y étiez ! "
 
En relation avec nos pages « Actualité Normande », nous sollicitons la participations de vous lecteurs assidus de la revue pour cette nouvelle rubrique.

Le principe est simple, vous êtes présent sur un événement en Normandie, envoyez-nous vos photos où vous figurez.
 
Modalités :

- Merci de nous transmettre votre nom et coordonnées ainsi que date et le nom de la manifestation. Si possible partagez nous vos impressions.

- Ces photos doivent être libres de droit.
 
Les photos seront diffusées dans le magazine à la page " Vous y étiez ! " et sur la toile normande, au : www.patrimoine-normand.com 



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>> redaction@patrimoine-normand.com





 

 
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9/3/2012Peindre en Normandie : autour de la Ferme St-Siméon
Une scène de la vie quotidienne pour les peintres installés à la ferme St-Siméon, vue par Adolphe-Félix Cals (Paris 1810-Honfleur 1880). « Dans ce paysage naturaliste qui fut un creuset pour le versant physique de l’im­pressionnisme, la représentation des éléments, l’esprit de la ferme St-Siméon joua un rôle capital puisqu’il favorisa le mélange d’une nature sublime mais bien souvent rude, triste, violente, avec ses habitants permanents ou provisoires, saisis dans la cruelle vérité de leur labeur ou de leur oisiveté. » (Alain Tapié, De Corot à Vuillard, Peindre en Normandie, CID, 2005.)

Peindre en Normandie : 
autour de la Ferme St-Siméon
 

 
Extrait Patrimoine Normand N°68
Par Thierry Georges Leprévost

Dans notre précédente édition, nous vous avons présenté l’exposition désormais permanente à l’Abbaye aux Dames de Caen de la collection Peindre en Normandie. Nous poursuivons notre promenade, cette fois-ci rive gauche de la Seine, à travers un nouveau choix d’œuvres rassemblées à l’initiative d’Alain Tapié. Et, puisqu’il s’agit de peinture, rendons-nous en un lieu emblématique de la création picturale normande, la célèbre ferme St-Siméon à Honfleur, véritable temple de talents artistiques au XIXe siècle.

 


Eugène Boudin (Honfleur 1824-Deauville 1898) : la ferme St-Siméon domine l’estuaire de la Seine. « Oh ! Saint-Siméon, il y aurait une belle légende à écrire sur cette hôtellerie», confie le peintre dans une lettre à un ami.

 
La ferme St-Siméon domine la baie de Seine. Ac­crochée sur le coteau, elle se tient un peu à l’écart de la cité portuaire qui vit partir au XVIe siècle les découvreurs du Québec. A l’écart, et pour cause : jadis y était installée une léproserie, avant qu’elle cède la place aux Capucins qui y élèvent une chapelle dédiée à St-Siméon. Son nom restera attaché au site. Pierre-Louis Toutain y ouvre une auberge en gérance courant 1820. Bien située sur la Corniche normande entre Trouville et Honfleur, elle jouit à la fois du charme sauvage de la Côte de Grâce et des vastes horizons maritimes de la baie de Seine. Il lui faudra pourtant attendre près de trente ans pour prendre son essor. En 1848, Catherine-Virginie Morin, la jeune épousée de l’aubergiste, allie à ses qualités de cuisinière un solide sens de l’accueil ; elle donne une âme à la ferme et séduit notamment par ses maquereaux à l’oseille, très réputés.

 































Cette toile de Louis-Alexandre Du­bourg (Honfleur 1821-1891) montre que la ferme St-Siméon était un lieu habituel de détente pour la bonne société de la Côte Fleurie et du Pays d’Auge. En 1865, Alfred Delvaux écrit dans le Figaro : « On est en plein paysage, de ce vert plantureux qui donne appétit à l’œil et qui envahit peu à peu le cerveau, de façon à nous forcer à ruminer au lieu de penser. Le chemin est bordé, à droite, de maisonnettes rustiques, très clairsemées et, à gauche, de cours herbues, plantées de pommiers effarés, qui grimpent jusqu’au sommet de la Butte-de-Grâce, sans que leur perpendiculaire vertigineuse effraie un seul instant les vaches aux flancs roux auxquelles elles servent de dormoir. »



Une colline inspirée

 
Entre-temps, les artistes s’étaient laissés séduire par Honfleur. Et tout d’abord les Anglais : Turner, les frères Fielding, Gendall ou Bonington viennent y chercher des ciels aux tons changeants issus d’une lumière qui n’appartient qu’à la Normandie. Mais quand Théodore Géricault et Eugène Delacroix se rendent en Angleterre, ils embarquent face à la Lieutenance, et sont à leur tour conquis par la beauté des lieux où ils reviennent séjourner. Georges Michel et Eugène Isabey y vivent déjà. Paul Huet les y rencontre, ainsi que Richard-Parkes Bonington. 
La réputation de la Côte de Grâce se répand par la vertu du bouche à oreille, et d’autres vont bien vite les suivre. Jean-Baptiste Camille Corot à partir de 1822 ; Gabriele Smargiassi en 1830 ; Théodore Rousseau et Jean-Auguste Gagnery en 1832. 
Le moteur principal du mouvement sera pourtant le Normand Eugène Boudin. Familier du Havre, le Honfleurais passe fréquemment d’un côté de l’eau à l’autre. Il finit par  s’établir en 1854 à l’auberge des Toutain, vite rejoint par une multitude d’autres artistes, d’abord pein­tres, puis poètes, musiciens et écrivains. 
Femmes dans un verger à St-Siméon, par Louis-Alexandre Dubourg.
Ainsi la ferme St-Siméon sera-t-elle fréquentée par Jean Achard, Stephane Baron, Charles Baudelaire, Frédéric Bazille, Amédée Besnus, Frank-Myers Boggs, Eugène Boudin, Ulysse Butin, Adolphe-Félix Cals, Frantz Charlet, Eugène-Louis Charpentier, Gustave Colin, Jean-Baptiste Camille Corot, Maurice Courant, Gustave Courbet, Thomas Couture, Joseph Dantan, Victor Danvin, Charles François et Karl Daubigny, Alexandre Defaux, Narcisse Diaz de la Peña, Louis-Alexandre Dubourg, Jules et Léon Dupré, Gottlob Fischer, Camille Flers, François-Louis Français, Louis Garneray, Ar­mand Gautier, Paul-Elie Gernez,  André Gill, les frères Goncourt, Théodore Gudin, Henri-Charles Guérard, Antoine Guillemet, Eva Gonzalès, Gustave Hamelin, Henri Harpignies, Adolphe Hervier, Paul Huet, Eugène Isabey, Johan Barthold Jongkind, Charles Lapostolet, Albert Le­bourg, Eugène Le Marcis, Stanislas Lépine, Ferdinand Levillain, Adolphe Marais, Emile Van Marcke De Lummen, le Père Martin, Emile Louis Ma­thon, Louis Matou, Joseph Mé­nard, Georges Michel, Jean-François Millet, Claude Monet, Charles Pécrus, Louis Rémy, Emile Renouf, Théodule Ribot, Amédée Rosier, Jules Rozier, Alfred Sainte-Marie, Alexandre Schanne, Alexandre Thiollet, Constant Troyon… ! La liste n’est pas exhaustive.


Aujourd’hui, la ferme St-Siméon est devenue le haut lieu touristique de la Côte-de-Grâce. Si le corps de la ferme initiale a été à peu près conservé, au prix d’une toiture de chaume remplacée, d’abord par de l’ardoise, puis par une tuile en accord avec les couvertures du Pays d’Auge, on est tenté de juger avec moins d’indulgence son extension face à la mer, œuvre du sieur Chasles : une sorte de grand chalet bardé d’essentes de bois, propre à accueillir un nombre important de visiteurs. On peine à évoquer à travers cet ensemble trop bien agencé l’univers créatif et plutôt bohême des artistes qui ont concouru au XIXe siècle à sa réputation.

Portrait d’enfant, par Adolphe-Félix Cals.
Ce berceau de l’impressionnisme, la ferme et ses abords, ainsi que leurs occupants, servent de modèles aux peintres. Et, bien sûr, le port, l’estuaire, les ba­teaux, le ciel, toute la Côte de Grâce, et la corniche et la plage jusqu’au port de Trouville. A la craie, au charbon ou à la mine de plomb, le talent des artistes s’exerce jusque sur les murs des chambres de l’auberge. Portraits, croquis, paysages, scènes de la vie quotidienne s’y étalent fugitivement, une pratique assez courante à l’époque, qu’on re­trouve du reste en Normandie à St-Céneri-le-Géré.

La fin des quarante glorieuses 
 
Mise en vente en 1865, la ferme St-Siméon est reprise cinq ans plus tard par le propriétaire du Cheval Blanc de Honfleur. Il y entreprend d’importants travaux qui vont dénaturer le site et faire considérablement monter les prix de pension. L’ardoise remplace le chaume, des jardins et des allées apparaissent, ainsi qu’un immense pavillon face à l’estuaire.



Deux toiles de Frank-Myers Boggs (Springfield 1855-Meudon 1926) : La Lieutenance à Honfleur ; et Retour au port.



C’est le début de sa légende. Après quatre décennies vouées à la créativité artistique, l’avènement du règne de l’argent scelle la fin d’un âge d’or qui jamais ne reviendra. La mère Toutain, congédiée, s’en va les bras chargés des toiles laissées en gage par certains peintres qui l’avaient payée en nature faute de liquidités (qui, d’elle ou de l’homme d’affaires, a réalisé la meilleure opération ?!). Les ar­tistes, eux, migrent vers des lieux plus hospitaliers : Deauville, Trouville, Etretat, et Dieppe qui devient dans les années 1880 un haut lieu de la nouvelle peinture. Mais, même si la ferme est désertée, Honfleur va continuer à recevoir la visite des peintres. La Belle Epoque y voit passer ou s’installer Braque, Boggs, Friesz, Grau-Sala, Gromaire, Lagar, Manguin, Marquet, Pissaro, Raffaëlli, Seurat, Sisley, Toulouse-Lautrec, Nicolas de Staël,  Vallotton… Si l’on parle à juste titre d’Ecole de Honfleur, c’est toutefois une école sans maître ni théorie dominante. On y peint en cham­bre ou en pleine nature, d’après croquis ou même à partir de photographies. Son vrai professeur, c’est la nature normande et ses habitants ; son esprit, celui de la ferme St-Siméon, réduit aujour­d’hui à l’état de souvenir. Et d’argument touristique.


Adolphe-Félix Cals - Coucher de soleil à Honfleur.

 




 

 

 

 
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1/3/2012Rouen : Les fantômes de l’armada


Rouen : 
Les fantômes de l’armada
 

Extrait Patrimoine Normand N°68
Par Erick Follain et Dominique Pitte

 



1 et 2. Château de Tancarville (76). Un navire a été gravé sur la face interne du parapet de la terrasse de l’une des tours du châtelet d’entrée (au premier plan, sur la photo). (Photo © E. Follain.) 
Les navires qui se sont rassemblés à Rouen au début du mois de juillet (2006) ont aujourd’hui regagné la mer. Ils nous ont rappelé que la Seine est depuis longtemps empruntée par une multitude d’embarcations vouées à la guerre, à la pêche, au commerce ou au transport des hommes. D’innombrables graffiti, gravés sur les murs des églises, châteaux, manoirs ou maisons répartis de part et d’autre du fleuve, ont gardé le souvenir de bateaux aujourd’hui disparus. Durant plusieurs siècles, des mains anonymes ont reproduit dans le calcaire ou dans le plâtre l’image d’une grande variété de navires qui constituent une formidable armada de pierre.
Le recensement et l’étude des graffiti maritimes est une discipline récente, dans laquelle notre région a joué un rôle pionnier. C’est en effet dans les années 1950 qu’Henri Cahingt s’attache à leur recensement et leur étude, centrés sur la région de Dieppe et la vallée de la Seine ; il démontre l’intérêt de ces recherches à l’occasion d’une communication au premier colloque d’histoire ma­ritime qui s’est tenu à Paris en 1956 et prolonge ses recherches par une exposition intitulée « graffiti du Moyen Âge au XVIIIe s. », accueillie en 1964 par le château-musée de Dieppe. Dans un ouvrage intitulé « Les murs qui parlent », publié un quart de siècle plus tard, l’auteur remarque que « les graffiti ne se trouvent que dans les régions où le matériau les permet : pierre calcaire, plâtre, mortier lissé » ; il conclut qu’on en rencontrait en grand nombre dans la vallée de la Seine et que les plus beaux d’entre eux se trouvaient à l’embouchure du fleuve, à Honfleur, 
Harfleur, Quillebeuf et Vatteville-la-Rue, "métropoles historiques de la navigation ". 
En 1976, nombre de graffiti sont collectés par Alain Joubert, Eric Rieth et Jean Lepage, au cours d’une étude des bateaux votifs des églises du Val de Seine réalisée dans le cadre du Parc Naturel régional de Brotonne ; Anne-Sophie Sergent entreprend, à la fin de la décennie suivante, des investigations sur un territoire beaucoup plus vaste. Des recherches sont venues encore plus récemment enrichir le dossier et montrent que les graffiti marins se répartissent régulièrement le long du fleuve jusqu’à Rouen, comme l’a montré la collecte effectuée  par Nicolas Wasylyszyn dans le canton de Grand-Couronne.


Eglise Notre-Dame-de-Bonport, à Quillebeuf-sur-Seine (27). Intérieur, pilier nord-ouest du carré du transept. (photo © E. Follain.)


Eglise paroissiale de Trouville-la-Haule (27). Extérieur du bas-côté sud. (photo © E. Follain)
La diversité des représentations est grande et va de la simple évocation en quelques traits d’une barque à la reproduction jusque dans ses moindres détails d’un trois-mâts : les hommes sont curieusement absents de la plupart de ces dessins. Si un nombre important de ces œuvres anonymes se sont concentrées sur les églises, elles sont cependant loin d’être absentes des châteaux, manoirs ou bâtiments agricoles qui longent le fleuve. Les historiens de la marine ont reconnu dans ce corpus des navires allant de la fin du Moyen Âge au début du XXe siècle ; si bon nombre de  na-

Arrêtés par le pont, une multitude des navires se massent le long des quais de Rouen. Ce spectacle impressionnant a été figuré par Jacques Gomboust dans son plan de la ville, en 1655.
vires sont aisément identifiables, par les détails du dessin, et par là-même datables, il n’en est pas de même pour des représentations plus symboliques ; c’est le cas de ces embarcations dont la coque est constituée par un simple croissant, surmonté par un trait vertical figurant le mât, reliés entre-eux par des traits obliques en guise de haubans : certains auteurs ont cru reconnaître des navires médiévaux, dans ces gravures qui ont la plupart du temps été effectuées sur des supports datant de l’époque moderne. Analysant les milliers de graffiti relevés sur des églises de Picardie, Normandie et Île-de-France, Christian Montenat et Marie-Laure Guiho-Montenat notent que « quels que soient les événements dont on ait voulu garder le souvenir, on constate que la pratique consistant à confier une mémoire aux murs des églises était rare jusqu’à la fin du XVIe, croissante tout au long du XVIIe, atteignant sa plus grande fréquence au XVIIIe, et disparaissant rapidement dans les premières décennies du XIXe siècle ». Au vu de la représentation de la Seine sur le plan de Rouen par Jacques Gomboust en 1655, on comprend que ces navires qui parcouraient en si grand nombre le fleuve ont constitué une source d’inspiration pour les auteurs des graffiti.
La partie résidentielle du manoir de la Vigne, au Mesnil-sous-Jumièges (76). (photo  D. Pitte).
La partie résidentielle du manoir de la Vigne, au Mesnil-sous-Jumièges (76). (photo © D. Pitte).  
Les motivations de ces gravures sont diverses, et il convient, lors­que l’on aborde ce point, de considérer l’emplacement où elles ont été exécutées. Anne-Sophie Auger-Sergent pense que dans les lieux de culte, elles « ont sans conteste un sens sacré et se rattachent aux ex-voto ». Christian Montenat et Marie-Laure Guiho-Montenat précisent que dans la plupart des cas « les bâteaux gravés ont sans doute cette vocation déjà reconnue pour d’autres types de graffiti : être des “memento” qui gardent la mémoire des disparus et appellent les prières à leur intention ».
Luc Bucherie avance de son côté que « cette approche religieuse n’explique pas tout et ne tient pas toujours compte des très nombreux graffiti maritimes laissés sur des monuments profanes » ; il ajoute que « la fascination exercée sur l’homme par les navires doit également être prise en considération dans toute tentative d’explication globale ». C’est ainsi qu’on ne saurait attribuer une signification religieuse à ce navire gravé sur le parapet de la terrasse de l’une des tours du châtelet d’entrée du château de Tancarville ; on imagine plutôt un guetteur cherchant à tuer le temps en fixant dans la pierre l’un des navires qu’il voyait passer sur la Seine. C’est également le cas des graffiti retrouvés sur les cloisons intérieures du Manoir de la Vigne, au Mesnil-sous-Jumièges, que l’on soupçonne être l’œuvre de paysans au repos, ou dans l’attente d’une tâche.



Manoir de l’abbaye de Jumièges, à Norville (76). Graffito exécuté sur le mur extérieur du bâtiment situé rue de la Mare (face au chevet de l’église paroissiale qui comporte également de nombreux graffiti). (photo © E. Follain.) 



Localisation des graffiti sur fond de carte par Cassini (XVIIIe s.)

Localisation des graffiti sur fond de carte par Cassini (XVIIIe s.)


Quels que soient leur origine et leur emplacement, ces représentations se rejoignent pour former un vaste corpus iconographique éclairant des pans parfois mal connus de l’histoire et de la vie du fleuve. Leur nombre est tel qu’il est difficile d’en envisager un recensement exhaustif ; d’autant que les bateaux gravés ne se concentrent pas seulement aux alentours immédiats du fleuve et qu’on en rencontre également à l’intérieur des terres, comme au manoir d’Ecretteville-les-Baons, au cœur du Pays de Caux (cf. Patrimoine Normand n° 52, no­vembre 2004 – janvier 2005, p. 42-49). 
Cette flotte immobile continue à fasciner et il n’est pas une année sans qu’une publication ne se fasse l’écho de nouvelles découvertes ou rappelle l’existence de ce patrimoine à la fois discret et fragile ; c’est le cas du dernier bulletin de la Commission des Antiquités de la Seine-Maritime (tome LIII, 2005) qui signale la présence d’un grand nombre de graffiti de navires sur l’église de Montigny, près de Rouen, précisant qu’ils se trouvent (comme c’est souvent le cas) sur le mur extérieur sud de la nef. Ces mentions ou recherches sont cependant trop rares et trop éparpillées pour contrer de façon significative l’érosion qui affecte ce patrimoine. Traductions de cro­yances et de traditions populaires, ces témoignages ne bé­néficient pas de la même considération que les œuvres émanant de la culture officielle et sont menacés par de nombreux périls.

Eglise paroissiale de Vatteville-la-Rue (76), extérieur du bas-côté sud. (photo © E. Follain.)


Eglise paroissiale de Vatteville la Rue. (photo © E. Follain
Réalisés pour une bonne part sur la face externe des murs, les graffiti sont atteints par la dégradation naturelle de la pierre sous l’effet des intempéries ou par le vandalisme. A l’intérieur des bâtiments, la fragilité du support sur lequel ils ont été gravés peut nuire à leur conservation : c’est le cas des cloisons de plâtre où nombre de bateaux ne subsistent plus qu’à l’état de traces uniquement détectables avec un éclairage rasant. Les travaux effectués sur les édifices ne les respectent pas toujours ; enfin, la démolition d’un bâtiment agricole peut s’accompagner de la disparition de nombreux signes qui n’ont pas été repérés.
 

La dégradation naturelle des supports peut parfois entraîner la disparition partielle ou complète de certains graffiti, comme ici sur l’église de la Cerlangue. (photo © E. Follain.) 
Le relevé, la photo, le moulage, prolongés par une publication, constituent autant de manières de garder la trace de ce patrimoine qu’il n’est pas toujours possible de maintenir dans son intégrité.
A l’opposé des représentations du fleuve proposées par les peintures et gravures, les graffiti maritimes nous impressionnent par leur puissance d’évocation. Ils constituent un lien avec ceux de nos ancêtres qui ont animé ou ont été impressionnés par le spectacle offert par le fleuve ; ils méritent de ce simple fait toute notre attention.
Les recherches sur 
les graffiti maritimes
 
Il est impossible de nommer, dans le cadre de cet article, tou­tes les études - abouties ou en cours - consacrées aux graffiti dans notre région. Nous nous bornerons à quelques références susceptibles de guider le lecteur dans une recherche plus approfondie.
Citons tout d’abord le remarquable ouvrage intitulé « Prières des murs », consacré par C. Montenat et M.L. Guiho-Montenat aux graffiti (maritimes ou non) exécutés aux XVIIe et XVIIIe siècles sur des églises de Picardie, Normandie et Ile-de-France. Cette étude a été publiée en 2003 par le Groupe d’Etude des Monuments et Œuvres d’Art de l’Oise et du Beauvaisis –GEMOB. Ce travail constitue, de notre point de vue, une référence sur la manière de classer et interpréter ces traces. Les auteurs ont évité le piège de l’extrapolation, dans lequel il est si facile de tomber lorsque l’on s’attache à percer les motivations des auteurs de graffiti.
Il est également impossible d’ignorer l’important travail réalisé par Luc Bucherie, en particulier dans le sud-ouest de la France. L’auteur a évoqué notre région dans un article intitulé « Panorama des graffiti maritimes des côtes du Ponant », publié dans les actes du VIIe colloque international de glyptographie qui s’est déroulé à Rochefort-sur-Mer en juillet 1990.
On retrouvera le travail d’Henri Cahingt dans le catalogue intitulé « Les murs qui parlent. Le navire en graffiti du Moyen Âge au XVIIIe siècle » édité en 1990 à l’occasion d’une exposition organisée au château-musée de Dieppe.
Continuatrice du travail d’Henri Cahingt, Anne-Sophie Auger-Sergent a consacré en 1991 une thèse de doctorat aux « graffiti marins de la Normandie ». On trouvera une synthèse de son travail dans « Les graffiti à sujets maritimes de la Normandie du XIIIe au XIXe siècle », publié en 1996 dans le n° 55 des Cahiers Havrais de recherche Historique. L’auteur a évoqué une part de ses recherches dans « Le passé maritime et fluvial de Vatteville-la-Rue », paru dans le n° 3 de notre revue, juin-juillet 1995, p. 72-77.
(Les citations figurant dans le corps de l’article sont tirées des publications qui viennent d’être évoquées.)



Eglise paroissiale Saint-Martin de Villequier (76). Mur sud. (photo © E. Follain.)
 


 

 


 

 
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29/2/2012Bayeux : L’ancien parc de Moisson de Vaux

Le chemin partant de cette entrée est bordé par un platane puis des frênes enfin des aulnes.

Bayeux : L’ancien parc de Moisson de Vaux



Extrait Patrimoine Normand N°68
Par Georges Bernage
Photos : Erik Groult

Un parc botanique avait été créé à Bayeux,  à la fin du XVIIIe siècle, à proximité de la cathédrale.
Retrouvons ses traces…

 
L’une des entrées de l’actuel Parc d’Ornano, vestige du parc d’exception créé ici à la fin du XVIIIe siècle >



Malgré l’espace dévolu aux parkings, le Parc d’Ornano présente encore de beaux espaces arborés et fleuris. Dominés par les tours de la cathédrale, nous voyons au centre un chêne vert et, à droite, un petit arbre en boule (un noisetier de Byzance) dominé à droite par un cyprès chauve. Des perovskias au premier plan à droite.
 
Gabriel Moisson de Vaux, célèbre botaniste de la fin du XVIIIe siècle, a qui l’on doit la propagation de  la culture de la pomme de terre en Normandie, popularisée en France par Parmentier, avait développé, en son château de Vaux-sur-Aure, un jardin botanique où il avait acclimaté des plants nouveaux. Sous la Révolution, il est consulté par la Commission des Arts et il rédige un rapport pour solliciter auprès des Administrateurs du District de Bayeux la concession d’un terrain propre à l’éducation des plantes et pépinières. Il commence ainsi son rapport daté du 24 Messidor de l’an II (1794) : « Le temps est venu où tous les efforts du patrimoine et de l’esprit industriel vont tendre à donner à l’agriculture et à tous les arts qui en dérivent le plus grand degré possible d’activité et de perfection. Une terre libre, cultivée par des hommes libres doit se couvrir de toutes les productions utiles disséminées par la nature sur les quatre parties du monde. »
Dans son rapport, il fait quelques commentaires intéressants con­cernant les avantages du climat doux et maritime de la Normandie : « Le District de Ba­yeux, quoique d’un degré plus au nord que Paris, n’est pas sujet à éprouver au même point que cette ville et ses environs les ravages de la gelée ; les excès de heresécheresse et de chaleur y sont aussi moins sensibles. Peut être est-ce à l’influence des émanations marines qu’il est redevable de cette heureuse exception. 

Quoiqu’il en soit de la cause, l’effet est certain, et cette position convient plus qu’aucune autre à la naturalisation, à la cutlure et à la multiplication des arbres et des plantes qui croisent spontanément sous des latitudes beaucoup plus méridionales. En effet, nous voyons que des hivers médiocres détruisent souvent à Paris le cyprès, même le thuya de Chine et une foule d’autres espèces d’arbres étrangers qui y résistent cons­tamment dans ce pays-ci. (…) De plus, le District de Bayeux a l’avantage de réunir dans son arrondissement des terrains de toute nature, depuis la terre la plus riche et la plus forte en grains et en pâturages, jusqu’à ce sol légr qui ne nourrit que des bruyères, mais qui d’ailleurs est si propre aux semis, à l’éducation et à la culture d’une foule de plantes intéressantes de l’Amérique septentrionale et des Alpes. Cette réunion de circonstances naturelles et heureuses concourt avec l’utilité générale à réclamer la formation dans ce District d’un grand établissement national de pépinières d’arbres et d’arbrisseaux indigènes et étrangers, d’un jardin de plantes médicinales et d’un vaste dépôt de toutes celles qui peuvent servir à la nourriture des hommes et des animaux, ainsi qu’aux arts du tisserand, du teinturier, du corroyeur, etc. (…) Bientôt les platanes d’Orient et de Virginie borderont nos grandes routes maintenant si nues et offriront au voyageur l’abri de leur immense feuillage. » Il évoque ensuite le jardin botanique à créer, mais aussi les plantes médicinales : « Ainsi on en viendrait à peu près à réaliser cette salutaire idée de former une pharmacie indigène et de soustraire le Français au charlatanisme des marchands de drogues et à leurs mixtions suspectes. »

Il rappelle qu’avec les troubles de la Révolution certains hôtels particuliers ont été abandonnés, certains avec des arbres rares, y compris dans des orangeries, qu’il faut sauver. 

Il préconise, pour sauver ce patrimoine végétal, la création d’un parc botanique : " Ce dépôt végétal projeté, qui n’a rien de semblable ni dans le département ni dans ceux qui l’avoisinent, rassemblant toutes les plantes dont l’industrie humaine peut tirer parti, ouvrirait un commerce d’échange avec tous les jardins botaniques de France, serait un magasin toujours ouvert aux besoins de vos concitoyens et fournirait aussi des vivaces aux bons citoyens qui voudront les cultiver, conformément au dé­cret sur les secours pu­blics. "

Toujours sur les bords de l’Aure, deux érables sycomores et des aubépines en arrière plan. Au premier plan à gauche : petasites puis persicania.

Cependant, ce mémoire ne provoqua pas de réponse de la part de l’Administration supérieure. La situation générale était alors très grave en France, avec entre autres la guerre extérieure, et un tel sujet était relégué au second plan. Le Doyenné est tout d’abord affecté pour cette con­servation de plantes ; il s’y trouve alors douze orangers et citronniers. 

L’Hôtel Tardif
 
Un Museum est crée auquel est adjoint un jardin en 1795. Mais le Doyenné doit être rendu à ses propriétaires, en 1797. Il faut trouver un autre emplacement. Finalement, pour les sauver, les plants sont transportés dans la propriété particulière de Gabriel Moisson de Vaux, une belle propriété avec un hôtel particulier donnant sur la rue de l’Hôpital (actuelle rue de Nesmond).

Facade de l'empire
Celui-ci est constitué d’une aile située au nord, le long de cette rue, édifiée sous Louis XV, vers le milieu du XVIIIe siècle, et une aile en retour, à l’ouest, alors récente car édifiée à l’époque Louis XVI. Son vaste jardin est baigné à l’est par les eaux de l’Aure ; Moisson de Vaux peut s’y livrer à son penchant pour l’horticulture. On pourra y re­censer, vers le milieu du XIXe siècle, un beau cèdre du Liban, deux cyprès chauves (de la Loui­siane), plusieurs pins, d’Ecosse, des tulipiers - on note à cette époque que « deux de ces magnolias, situés près du lit de la rivière, se font surtout remarquer par leur taille gigantesque - La tige de l’un à son embase accuse une circonférence de 2,35 mètres. » Il y avait aussi un bignonia catalpa de près de deux mètres de tour, un beau chêne vert ayant acquis une circonférence de 1,35 mètre, un chêne kermès de plus de 3,40 mètres de tour et diverses espèces d’érables, et un noyer des Indes de 2,35 mètres de circonférence.
Après Gabriel Moisson de Vaux, la famille Tardif devient propriétaire de l’hôtel particulier, qui prend alors son nom actuel d’Hôtel Tardif. Il s’articule autour de trois ailes, l’aile Louis XV au nord, l’aile Louis XVI à l’ouest et l’aile Empire au sud. La propriété est acquise en 1849 par Monsieur Henneguy. Le descriptif précèdent ayant été fait peu après cette acquisition. Elle appartiendra ensuite à Maî­tre Dodeman, maire de Bayeux pendant la guerre. Séparée en deux lots, celui du sud est acquis vers 1947 par l’entreprise Ma­zuet avant de devenir l’ac­tuel parking d’Ornano, présentant encore de très beaux spécimens d’arbres fort bien entretenus par les services de la ville, paysage buccolique baigné par le cours de l’Aure. Le reste du parc et la plus grande partie de l’Hôtel Tardif (qui avait lui aussi été démembré après guerre) sont valorisés par l’Hôtel Tardif qui accueille des touristes du monde entier dans un cadre de qualité.




 

 
 
 

 

 

 
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29/2/2012Bayeux : jardin botanique et monument historique !

Par delà le cèdre bleu du Liban et les chênes rouvres, la seconde entrée du jardin, à l’ouest, était à l’origine visible du portail principal situé au sud.

Bayeux : 
jardin botanique et monument historique !

Extrait Patrimoine Normand N°68
Par Olinda Longuet

Célèbre par son hêtre pleureur classé monument naturel en 1932, le jardin public de Bayeux est désormais inscrit dans son ensemble à l’in­ventaire des Monuments Historiques de France. Une reconnaissance méritée pour cette réalisation du Second Empire qui, dès sa naissance, s’est distinguée par son originalité.
Qu’il s’agisse d’église, de mu­sée, de théâtre ou de jardin, on trouve presque toujours à la source un généreux donateur. Celui du parc de Bayeux a pour nom Jean-Delamare, et pour prénoms Jacques et Charlemagne. Né en 1772 dans la petite bourgeoisie de la capitale du Bessin, il est le fils d’un maître chandelier de la rue St-Jean. Son intelligence et son opiniâtreté le mènent à l’Ecole polytechnique et lui ouvrent les voies de la réussite professionnelle. Devenu riche, mais demeuré célibataire et sans descendance, l’an­cien industriel consacre la fin de sa vie à aider les pauvres de sa ville natale. C’est ainsi qu’il y fait ouvrir une école gratuite pour 200 jeunes filles et crée de nombreux prix à destination d’élèves et apprentis particulièrement méritants. Il décide enfin d’offrir à la municipalité deux hectares et demi de terrain au nord de la ville, en vue de l’im­plantation d’un jardin. 
Charlemagne Jean-Delamare, mécène du jardin botanique.
En cette année 1851, la mode est à l’édification de la jeunesse. De même que l’ouverture d’un Musée des Beaux-Arts favorise la sensibilisation à l’esthétique et donne aux pein­tres et sculpteurs en herbe l’exemple des maîtres, il s’agit ici de créer un établissement horticole pour former les jardiniers de demain. Il n’en sera rien.


Le hêtre pleureur, symbole du jardin public de Bayeux.
 
A gauche : Parmi d’autres arbres, bambous et noyers agrémentent les promenades des visiteurs
A droite : Derrière le bassin, le pavillon nord invite à visiter la serre peuplée de cactacées.


Car pour l’heure, Auguste Gauquelin-Despallières, maire de Bayeux de 1838 à 1870, a en tête pour ces parcelles agricoles une autre destination que celle envisagée par le mécène : non une école d’horticulture (cette dernière verra le jour dans le Bessin, ce sera à l’ancien prieuré St-Gabriel), mais un jardin d’agré­­- ment, comme il sied alors à toute ville coquette soucieuse du bien-être de ses habitants. Aussi le premier magistrat de l’antique cité des Bajocasses n’entend-il pas lésiner sur les moyens. Puis­que les terrains sont gratuits, il va pouvoir s’autoriser le recours aux plus grands architectes paysagistes du temps.
Ils ont nom Bühler, et pour prénoms Eugène et Denis. De re­nommée nationale, ils ont déjà signé le parc de la Tête d’Or à Lyon, et le jardin du Thabor à Rennes. Charlemagne Jean-De­lamare ne verra jamais leur œuvre, car il meurt en 1858. Cette même année, Eugène Bühler commence seulement à concevoir les plans du futur jardin public. Il va s’ouvrir sur la route de Port-en-Bessin entre deux pavillons d’entrée destinés au personnel, à la manière de ceux qui gardent les manoirs ruraux. A l’ouest, un autre portail donnera directement sur la campagne, en guise d’invitation à passer du site aménagé à un espace brut, comme pour mieux marquer la différence entre la nature sauvage et celle, domestiquée, du projet.

< Jeu de lumière à travers des feuilles de platane.
750 mètres d’allées vont sinuer tout autour et à travers, et l’on pourra d’une entrée du jardin en apercevoir l’autre, une perspective devenue difficile en raison de la croissance des arbres qui aujourd’hui font écran au regard des visiteurs. S’appuyant sur une harmonieuse ondulation de buttes artificielles, fidèles à l’esprit de leurs précédentes créations, les paysagistes ont choisi de donner la priorité aux espèces arborescentes, qui couvriront la moitié du terrain, l’autre moitié étant dévolue aux pelouses et, dans une bien moindre mesure, aux parterres.


Une gravure romantique : roses, massif, feuillus... et statue du fondateur.

Exotisme et terroir : des bananiers surgissent d’une butte artificielle recouverte d’œillets d’Inde. L’en­semble est cerné de conifères.

Un jardin exotique
 
Les plantations s’échelonnent de 1859 à 1864, année d’ouverture au public du parc. Celui-ci met en avant le savoir botanique le plus avancé de la seconde moitié du XIXe siècle. Les lointaines explorations liées à l’essor commercial font découvrir à l’Europe une multitude d’espèces in­connues, dont beaucoup s’ac­­cli­matent à nos latitudes. Une nouveauté sous le Second Empire.
Ainsi les Bayeusains vont-ils faire connaissance avec des es­sences aussi exotiques que le pin du Chili, le séquoia géant ou le tulipier de Virginie. C’est en tout plus de 400 arbres en provenance des cinq continents qui prennent place à Bayeux, à raison d’un tiers de conifères pour deux tiers de feuillus, une proportion qui évite la monotonie et laisse la part belle au rythme des saisons par le dépouillement cyclique des ramures. 
De même Eugène Bühler a-t-il évité l’accumulation excessive d’essences exogènes qui n’eût abouti qu’à un catalogue tropical indigeste au visiteur. On y trouve aussi plusieurs espèces courantes dans l’hémisphère nord, et plus particulièrement en France, comme les tilleuls, les hêtres ou les chênes, hôtes habituels de nos forêts.
D’autres, courantes de nos jours, attiraient à l’époque l’attention pour leur rareté. Il en va ainsi, par exemple, du platane acerifolia (à feuilles d’érable) qui, loin alors de jalonner nos voies de circulation, provient du croisement de deux espèces jadis fort banales qui ont presque complètement disparu : platanus orientalis et platanus occidentalis. La première, originaire d’Asie centrale, a été pro­- pagée en Gaule par les Romains. La seconde a été introduite d’Amérique du Nord en Europe au XVIIe siècle.
De même sait-on peu que des plantes aussi fréquentes en jardinerie que sur les landes du massif armoricain sont en fait d’origine exotique : azalées, camélias, hortensias et rhododendrons n’ont été importés de Chine, du Japon, des Indes ou d’Amérique qu’aux XVIIe et XIXe siècles. Ces essences, dites de terre de bruyère, s’accommodent d’un sol pauvre, acide et sablonneux. Travaillées par les horticulteurs, elles ont donné naissance à de nombreuses va­riétés.
Quant au marronnier d’Inde, dont le fruit fait le bonheur des enfants quand vient l’automne, son nom indique de lui-même une origine asiatique, du nord-ouest de l’Himalaya. Sa première introduction en Europe en 1851, due à un officier de l’ar­mée britannique, est encore toute récente lors de la création du jardin de Bayeux.


Le tronc tourmenté du vieux hêtre pleureur, au cœur d’un ombrage de près de 1 300 m2 !



Le même jardin  qu’à sa création
 
Si les arbres ont poussé, ils sont généralement les mêmes qu’à la naissance du parc, ceux qui ont disparu ayant été remplacés à l’identique. Si l’on déplore l’abattage d’un vieux hêtre à la suite de la tempête, il y subsiste fort heureusement l’antique hêtre pleureur planté vers 1860, devenu un monstre végétal qui attire la sympathie par son originalité. Qu’on en juge : d’un diamètre qui excède les 40 mè­tres, il atteint la hauteur de 17 mètres et couvre pas moins de 1250 m2, une surface qu’envieraient beaucoup d’accédants à la propriété pour y bâtir leur maison ! Unique en son genre, il est selon toute vraisemblance le produit d’une greffe entre fagus sylvatica, autrement dit le hêtre commun dont il a conservé le tronc droit, et une variété de la forêt de Verzy, dans la Marne, aux branches tordues, entremêlées et tourmentées qui forment une étonnante couronne. En près d’un siècle et demi, elle aurait dû se retrouver au sol ; si tel n’est pas le cas, c’est d’une part en raison de la taille attentive prodiguée par les jardiniers au fil du temps, d’autre part grâce aux étais qui en ont soutenu les branches maîtresses. Depuis 2002, une armature spécifique à base de mâts et de haubans d’acier assure la stabilité de l’arbre, classé monument naturel en décembre 1932, puis la­bellisé arbre remarquable de France en 2000, vénérable précurseur du classement de 2008.
Au cœur du parc, l’indispensable roseraie prodigue de chatoyantes couleurs qui tranchent avec l’imposante sobriété du vieux hêtre, à deux pas des taches de verdure des pelouses et des futaies.
Concession à la volonté pédagogique de son initiateur, le parc s’est doté d’une nouvelle serre (très exotique !) destinée à recevoir une collection de plantes de la famille des cactacées, originaires pour la plupart des zones tropicales de l’Amérique. Dans le même esprit d’édification, des vivaces sont présentées en bordure des premières serres, de l’autre côté du bassin circulaire qui agrémente cette partie du jardin, une démarche en accord avec les plates-bandes et massifs ornés d’annuelles, bisannuelles et vivaces qui ponctuent çà et là le parcours du visiteur et reprennent les différentes es­pè­ces mises en valeur dans la ville.
Produit conjugué du romantisme et de l’évolution urbaine, le jardin public de Bayeux constitue sans aucun doute l’une des plus belles réalisations paysagères de Normandie. Sortie de ses limites historiques depuis la Libération, la ville aurait pu l’envelopper et l’absorber. Il n’en a rien été, bien au contraire : proche du stade, il participe d’une véritable coulée verte où vont jouer les enfants, courir les sportifs, respirer les anciens et folâtrer les amoureux. Un destin multiple que n’avait sans doute pas soupçonné le généreux Charlemagne Jean-Delamare.


 
 
 
 


 

 
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PATRIMOINE NORMAND N°81
Avril-Mai-Juin 2012
 
 

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