Patrimoine normand

Haras du Pin - le « Versailles des chevaux » au pays du Merlerault

Lundi 7 Janvier 2008
Haras du Pin - le « Versailles des chevaux » au pays du Merlerault

Le Haras du Pin. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand).


Extrait Patrimoine Normand n°07.
Par Valérie Duclos.

 

La Normandie, berceau de la plus belle conquête de l'homme, cache en son cœur le fleuron des Haras Nationaux, le Pin. Riche d'une histoire de plusieurs siècles, les visiteurs affluents nombreux pour découvrir ce superbe domaine où tradition et modernité vivent en parfaite communauté.

L`histoire des Haras Nationaux a pris son essor avec le haras du Pin à la charnière des XVIIe et XVIIIe siècle. Au centre d`une architecture élaborée en fer à cheval, le `château` domine le vaste doma

L'histoire des Haras Nationaux a pris son essor avec le haras du Pin à la charnière des XVIIe et XVIIIe siècle. Au centre d'une architecture élaborée en fer à cheval, le "château" domine le vaste domaine du pays de Merlerault depuis trois cent ans (© Fabrice Simon).
 

Au cœur du pays de Merlerault, dans une campagne aussi belle qu'un parc, se cache « le Versailles des chevaux » selon l'expression de Jean de la Varende.

Le Haras du Pin ne fût pas le premier dépôt royal mais il conserve son titre de maison-mère, parce que c'est bien le seul qui, à l'époque, représentait la volonté du roi.

C'est en 1338 que l'on trouve les premières traces de ce genre d'institution. Comprenant 56 têtes, Philippe VI était le propriétaire d'un domaine établi, près de Domfront.

Sous Louis XIII, ensuite, Richelieu, souhaite développer l'élevage des chevaux « enfin d'empêcher les sorties d'or du Royaume », nécessaires pour acheter en Allemagne, au Danemark, en Espagne ou ailleurs, la remonte indispensable. Il faut attendre donc, le 17 octobre 1665, pour que soit promulgué un arrêt du Conseil d'Etat pour l'établissement des haras. Louis XVI souhaite en effet créer un lieu où l'élevage serait mission première.

Il avait échoué, auparavant, en voulant s'établir à Meung-sur-Loire et à Saint-Léger en Yvelines. Les résultats s’étaient avérés insatisfaisants. Un mémoire de 1714 expose en effet que l'exploitation de ce dernier est ruineuse et la production équine moindre.

Un arrêt du Conseil d'Etat du 2 avril 1715 ordonne le transfert des chevaux de Saint-Léger au Pin. Devant notaire est alors signé un échange de terre entre le haras du Pin dont le propriétaire est le sieur Louis Béchameil de Nointel (inventeur de la célèbre sauce) et celles de Noyelles-sur-mer, Hermont et Coutteville, en Picardie, que le roi offre en contrepartie.

Ainsi naquit donc, il y a plus de trois siècles, le haras du Pin à Exmes.
 

Dans les écuries conçues comme des logements de princes, les étalons ont la vie de château (© Patrimoine Normand/ Photo Rodolphe Corbin).

Dans les écuries conçues comme des logements de princes, les étalons ont la vie de château (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand).

Une légende cousue de fil d'or

Une légende s'est longtemps promenée dans les couloirs de la demeure ancestrale. En effet, Jules-Hardouin Mansart et André le Nôtre auraient été les pères constructeurs de ce domaine. Ce dernier, d'ailleurs, aurait dessiné les jardins du Pin à l'image de ceux de Versailles. Ajoutant à ces deux hommes, Colbert et le Roi Soleil, le tableau était complet et le haras du Pin pouvait s'enorgueillir d'une prestigieuse naissance.

Mais il n'en est rien. Comme le montre les Archives Nationales, Colbert, Mansart et le Nôtre étaient décédés lorsque la construction du Pin débuta. Cependant les plans de Mansart furent repris et le jardins et allées en perspectives de Le Nôtre furent respectés.

C'est à « Pierre Le Mousseux, architecte du Roy » que revient l'honneur de donner corps au « Versailles du cheval ».

Après quinze années de travaux, le premier recteur du Pin en prend possession. Nous sommes en 1730. L'homme s'appelle Messire François Gédéon de Garsault, « Ecuyer du Roy ».

Le haras du Pin souffrira au cours de l'histoire. La Révolution, en effet, abolit « le régime prohibitif des haras », l'assemblée constituante vend à vil prix les étalons nationaux.

Mais consciente de l'absurdité de cette décision, la Convention vote le 2 germinal de l'an III une loi portant rétablissement de sept dépôts d'étalons. Napoléon, ensuite, réaffirme la nécessité de l'intervention de l'Etat dans l'élevage. Il décide de ne plus l'abandonner au hasard mais de le soumettre à des règles strictes. Il ordonne, par décret du 4 juillet 1806, la création de six haras, trente dépôts d'étalons et eux écoles d'expérimentation, celles d'Alfort et de Lyon. Le Pin retrouve ainsi sa légitimité. Les trois guerres (1879, 1914, 1939) marquent le dépôt par les exils et les occupations successives. En 1945, la jumenterie française a subi des pertes énormes et les achats pour la remonte de l'Armée n'existent plus.

 

un `H` stylisé orne les oeillères des attelages du Pin et marque son appartenance aux Haras Nationaux

Un "H" stylisé orne les oeillères des attelages du Pin et marque son appartenance aux Haras Nationaux (Photo Franck Boucourt).

Napoléon III et la reine Elisabeth en visite au Pin

Entre ces épisodes fâcheux, des événements donnes du prestige à l'endroit. Tout d'abord avec la création de l'hippodrome de la Bergerie en 1823, puis le passage de Napoléon III en août 1865 (d'où le nom donné à la partie ouest du château, dit « pavillon de l'Empereur »). Un siècle plus tard, en 1967 Elisabeth, reine d'Angleterre, rend visite au haras. En 1978, la première grande fête du cheval est organisée. Elle rassemble pas moins, de 45 000 spectateurs et 400 cavaliers, sur la plus belle scène hippique de France: le parc de Hautbois. Malgré des débuts difficiles et incertains, le Pin est aujourd'hui le fleuron de 23 dépôts dispersés au quatre coins de la France.

 

Haras du Pin

Patrimoine architectural et patrimoine équin se côtoient au haras du Pin. Les cracks des champs de course et des concours hippiques continuent souvent une carrière de reproducteur. C'est le cas de Blaise, Pur-Sang-Arabe à qui les juments sont venues rendre vicie dans l'ancienne station de monte de Saint-Aubin d'Escroville pendant la saison 1995 (Photo Franck Boucourt).

Un des haras les plus visités au monde

Au delà de sa première mission qui demeure identique à celle de Louis XIV, à savoir la reproduction équine , le Haras du Pin a su conserver les valeurs inculqués à la plus belle conquête de l'homme. Au travers de l'attelage, des défilés, des habits rouge, tout le patrimoine de ce riche domaine est porté à son apogée. Le spectateur est appelé à venir se rendre compte par lui-même. Rien de plus étonnant, alors, à ce que le haras du Pin soit un des plus visités au monde.

L'entrée du haras est matérialisée par une belle grille en fer forgé, ornée en son dessus d'une tête de cheval. Une fois introduit en ces lieux, la cour d'honneur dite cour Colbert accueille les curieux. Cette Cour a été dessinée en forme de fer à cheval. Une visite s'impose pour découvrir les écuries, les selleries, les remises de voitures (collection de calèches essentiellement du XIXe siècle), les terrasses et les cours. La brique rouge des bâtiments donnent de la chaleur à l'endroit. Le château qui fait face à la grille d'entrée, est le logement des directeurs du dépôt. Le domaine du haras s'étend sur plus de 1112 ha. Un quart environ sont constitué d'herbages où quelques deux cents chevaux pâturent.
 

percherons haras du pin Haras du Pin
Symbole d'une activité rurale ancienne et cher au cœur des Normands, le Percheron trouve une place d'honneur lors des défilés d'attelage sur l'hippodrome du Pin.Dans les écuries conçues comme des logements de princes, les étalons ont la vie de château (Photo Franck Boucourt). S'ils ont orienté leurs efforts sur la modernité, les Haras Nationaux n'en ont pas pour autant abandonné leurs activités traditionnelles telle que les sorties quotidiennes des attelages (Photo Franck Boucourt).


Entre modernité et tradition

Le domaine du Pin c'est aussi L'école National du Haras, fondée en 1810. Ingénieurs, agronomes, forestiers... complètent en son sein leur formation tandis que d'autres viennent y apprendre les métiers plus traditionnels de palefreniers, maréchaux-ferrants. La Jumenterie fait aussi partie de l'ensemble. Elle est le siège du Centre de Formation pour la Maîtrise de la Reproduction. Les techniques modernes de reproduction y sont enseignées et des recherches poursuivies.

Le site du Pin abrite l'Hippodrome du même nom. Il a présidé au développement des premières courses normandes au début du XIXe siècle et est célébré, à présent, pour les trois réunions de courses qu'il organise dans un cadre superbe.

Lors des jours de défilé, les habits hauts en couleurs flirtent avec les chevaux lourds utilisés dans nos campagnes, naguère. Aujourd'hui, ils ont trouvé leur place, de choix, dans l'art de l'attelage. Le Spécial Percheron, qui se déroule en septembre, porte son flot d'éleveurs de toutes nationalités.

Au cœur de la Normandie est ancré un domaine riche d'histoire. Aujourd'hui encore, les visiteurs sont nombreux à venir découvrir l'étrange vie d'un Haras National. Visiter le Haras du Pin et le pays de Merlerault, qui a beaucoup fait à la gloire du cheval, est un vibrant hommage à celui que l'on estime depuis toujours comme étant « la plus belle conquête de l'homme ».

 

Le rôle du Haras du Pin

Rattaché au ministère de l'agriculture, le Haras National du Pin a un rôle multiple. Il rassemble les trois secteurs d'activité de l'élevage, de l'équitation et des courses. Pour ce qui concerne l'élevage, le haras compte près de 80 étalons dispersés dans la campagne pendant la saison de monte (de mi-février à début juillet). Les étalons sont envoyés dans les 23 stations de la circonscription (Orne, Calvados, Eure et Seine-Maritime) où les juments sont conduites par leurs propriétaires pour être saillies. Les reproducteurs de races de chevaux de course étant plutôt du domaine privé, contrairement aux races de selle et de trait affiliées à l'Etat.
Durant l'hiver, les techniciens récoltent la semence des étalons et la congèlent. Ainsi pendant la saison de monte, la semence sera prête à être inséminée. Ces techniques modernes de reproduction (insémination artificielle; congélation, transfert d'embryon) permettent d'obtenir d'excellents résultats, en nombre comme en qualité.


Visite du "Versailles des chevaux"

Le Haras National du Pin sur la RN 26, à 180 km à l'ouest de Paris, 40 km au nord d'Alençon et 15 km à l'est d'Argentan.
Visitie guidées : 
Du 1er avril au 15 octobre, le haras est ouvert tous les jours de 9 h 30 à 12 h et de 14 h à 17 h 30.
Du 15 octobre au 31 mars, ouvert tous les jours de 14 h à 16 h.
Plus d'informations : www.haras-national-du-pin.com

 

 


Retrouvez l'article intégral dans la version papier de PATRIMOINE NORMAND (n°07, février-mars 1996). 
Toute reproduction interdite sans l'autorisation de l'auteur et de la rédaction.
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